Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

ou dans le Littré

2 articles· 176 citations· rimes· synonymes

1ou conj. (ou)

  1. 1Il marque l'alternative. Oui ou non.

  2. 2Ou, avec deux sujets et le verbe au pluriel (cas où la force conjonctive de ou l'emporte).

    • Avant l'affaire, Le roi, l'âne ou moi, nous mourrons La Fontaine, Fabl. VI, 19
    • La crainte ou le déplaisir ne l'ont jamais empêchée Fléchier, Mme de Mont.
    • Le bonheur ou la témérité ont pu faire des héros ; mais la vertu seule peut former de grands hommes Massillon, Petit carême, Triomphe.
    • La peur ou le besoin font tous ses mouvements [de la souris] Buffon, dans GIRAULT-DUVIVIER
    • Avec le verbe au singulier (cas où l'idée de disjonction domine).

      • En quelque endroit écarté du monde que la corruption ou le hasard les jette [les parcelles de notre corps] Bossuet, Duch. d'Orléans.
      • Sa perte ou son salut dépend de sa réponse Racine, Bajaz. I, 3
      • Seigneur, il vous est donc indifférent que nous périssions, et notre perte ou notre salut n'est plus une affaire qui vous intéresse Massillon, Pet. carême, Écueils.
      • L'un ou l'autre cas est digne des siècles les plus barbares Voltaire, Lett. Mme de Florian, 20 mai 1762
      • La vivacité ou la langueur des yeux fait un des principaux caractères de la physionomie Buffon, dans GIRAULT-DUVIVIER
  3. 3L'adjectif se rapportant à deux ou plusieurs substantifs construits avec ou se met au pluriel. On demande un homme ou une femme âgés. Les Samoïèdes se nourrissent de chair ou de poisson crus.

  4. 4Avec ou, précédé de lequel, on peut mettre devant les noms la préposition de, qui n'a pas son sens ou qui n'a pas de signification.

    • Lequel des deux fut le plus intrépide, de César ou d'Alexandre ? Dans les champs phrygiens les effets feront foi Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi Racine, Iphig. I, 2
    • Voy. à la préposition DE la discussion de cette locution.

    • La construction se passe très bien de la préposition de.

      • Je ne sais dans son funeste sort, Qui m'afflige le plus, ou sa vie, ou sa mort Corneille, Rodog. V, 5
      • Qui est plus criminel, à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n'a que faire ? Molière, l'Av. II, 3
      • Lamoignon, nous irons, libres d'inquiétude, ...Chercher quels sont les biens véritables ou faux, ....Quel chemin le plus droit à la gloire nous guide, Ou la vaste science, ou la vertu solide Boileau, Épître VI
      • Qui des deux est plus fou, le prodigue ou l'avare ? Regnard, Épître I, à M. le marquis de....
      • Lequel vaut mieux, ou une ville superbe en marbre, en or et en argent, avec une campagne négligée et stérile ; ou une campagne cultivée et fertile, avec une ville médiocre et modeste dans ses mœurs Fénelon, Tél. XXII
      • Ils ne savaient lequel ils devaient admirer davantage, ou un roi de Suède qui, à l'âge de vingt-deux ans, donnait la couronne de Pologne, ou le prince qui la refusait Voltaire, Charles XII, 2
  5. 5Ou, employé dans des cas où l'on met ni d'ordinaire.

  6. 6Ou, autrement, en d'autres termes. La logique ou la dialectique. Naples ou Parthénope.

  7. 7Il se joint quelquefois à l'adverbe bien. Il payera, ou bien il ira en prison.

  8. 8Ou remplaçant un second soit.

    • J'avais mes desseins, soit que vous eussiez un fils ou une fille Mme de Sévigné, à Mme de Guitaut, 2 déc. 1671

Remarque

1. Les grammairiens disent sur l'accord avec ou : " Dans une proposition composée de deux sujets liés ensemble par la conjonction ou, et d'un seul verbe, ce verbe se met au singulier, s'il n'y a qu'un des sujets qui puisse avoir fait l'action ; exemple : C'est Cicéron ou Démosthène qui a dit cela. Le verbe est au singulier parce que l'attribut ne peut convenir qu'à l'un des deux sujets, à Cicéron ou à Démosthène. Si les deux sujets peuvent concourir à l'action, il faut employer encore le singulier, parce que la disjonctive ou indique séparément l'action de l'un ou de l'autre, et ne permet pas qu'on puisse concevoir l'action des deux sujets comme simultanée ; exemple : Ce sera son père ou sa mère qui obtiendra cela de lui. En effet ils n'obtiendront pas cela ensemble, ce sera l'un ou l'autre. Cependant, si les deux sujets sont supposés avoir opéré de la même manière, à part et dans des temps différents et indéterminés, le verbe prend alors le pluriel. Ainsi Massillon a dit : Le bonheur ou la témérité ont pu faire des héros, Petit car. Triomphe. " Ces décisions des grammairiens ne peuvent tenir contre la syntaxe et l'usage. La construction nécessaire : Lui ou moi ferons cela, où l'alternative est la plus nette et où, suivant leur décision, il faudrait : Lui ou moi je ferai cela, indique qu'en général c'est l'idée de conjonction qui domine ; de sorte que le pluriel est la construction la plus naturelle. Mais l'idée de disjonction peut aussi prévaloir dans l'esprit de celui qui parle ou écrit ; et alors on peut mettre le singulier : c'est donc le sentiment de l'écrivain et l'euphonie qui en décident. Vaugelas, à tort, voulait qu'on mît toujours le singulier. 2. Après ou, il faut répéter l'article, le pronom ou la préposition, dont on s'est servi auparavant. Corneille a dit : Réduit à te déplaire ou souffrir un affront, Cid, III, 4. Il fallait répéter la préposition et dire : ou à souffrir.... Pourtant il serait trop rigoureux d'assujettir absolument la poésie à cette règle. 3. Lorsque soit doit être redoublé, on met quelquefois ou au lieu du second soit : Soit que vous ayez fait cela, ou que vous ne l'ayez pas fait. 4. Ou ne doit être employé que dans le sens affirmatif. Dans le sens négatif on se sert de ni. Voyez cependant des exemples de Molière et de Corneille dans lesquels ou est pour ni.

Étymologie

Bourg. vou ; wallon, au ; prov. esp. et ital. o ; du lat. aut, ou, qui est pour auti (forme osque), comme ut pour uti ; comparez le grec αὐτὸς et αὖτι, ici.

2adv. (ou)

  1. 1Où, pris absolument et sans nom exprimé, signifie le lieu.

    • Avec interrogation, en quel lieu, en quel endroit ? Où menez-vous ces enfants et ces femmes ? Racine, Athal. III, 7
    • Je regrette jusqu'au fond du cœur le président Hénault : je le rejoindrai bientôt ; mais où ? et comment ? on chantait à Rome sur le théâtre public devant quarante mille auditeurs : où va-t-on après la mort ? où l'on était avant de naître Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 déc. 1770
    • Fig.

      • Où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple ? J.-J. Rousseau, Émile, IV
      • Monseigneur, où sont je ne dis pas l'équité, la charité chrétienne, mais le bon sens et l'humanité ? J.-J. Rousseau, Lett. à l'archev. de Par.
    • Il se construit avec l'infinitif, sous-entendu le verbe pouvoir. Où le trouver ?

    • Où.... que ? dans quel endroit.... si ce n'est.... ? (locution elliptique où ailleurs est sous-entendu : où.... ailleurs que).

      • On aspire naturellement à s'acquérir l'immortalité ; et où peut-on plus sûrement l'acquérir que dans une compagnie [l'Académie française] où toutes les belles connaissances se trouvent ramassées... ? Thomas Corneille, Disc. de réception.
      • Où naissent les passions, que dans les palais des grands ? Massillon, Carême, Prosp.
    • Terme de marine. Où est le cap ? c'est-à-dire quelle est la direction de la quille ou du cap par rapport à la ligne nord-sud de la boussole ; quelle est la route ou l'aire de vent que suit le navire ?

    • Sans interrogation. Dites-moi où il est.

    • Fig.

    • Il peut se construire avec l'infinitif après les verbes savoir, ignorer, etc.

      • Que serait-ce si tous les monuments des anciens subsistaient ? les modernes ne sauraient pas où placer les leurs Fontenelle, Morts anc. II, 1
    • Où que, en quelque lieu que, avec le subjonctif.

  2. 2Fig.

    • Sans interrogation.

      • Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre Corneille, Cinna, II, 1
      • Et, puisqu'il faut que je le die, Rien où l'on soit moins préparé La Fontaine, Fabl. VIII, 1
      • Orgon : Vous devez n'avoir soin que de me contenter. - Mariane : C'est où je mets aussi ma gloire la plus haute Molière, Tart. II, 1
      • Mais pensez un peu plus où vous vous engagez Pascal, Prov. XI
      • Cette petite précipitation me coûte plus de deux cents pistoles ; je ne m'en soucie point du tout ; voilà où la Providence triomphe ; quand il n'y a point de ma faute ni de remède, je me console tout aussitôt Mme de Sévigné, 21 août 1677
      • Voilà où souvent l'on se trompe Mme de Sévigné, 30 juin 1680
      • Où, à quel point, à quel terme ? Ah ! destins ennemis, où me réduisez-vous ? Racine, Bajaz. V, 11
      • Hé bien, mes enfants, où en sommes-nous ? tout cela se passera-t-il comme il faut ? Dancourt, Prix de l'arquebuse, sc. 3
    • Sans interrogation.

    • C'est où, c'est à quoi, c'est là que.

      • Il est vrai qu'on peut s'informer, et que c'est où la franchise et la naïveté trouvent leur compte Mme de Sévigné, 21 juill. 1677
      • La mort nous égale tous ; c'est où nous attendons les gens heureux Mme de Sévigné, 13 nov. 1690
      • C'est où il n'y a point de remède Mme de Sévigné, 3 juill. 1680
  3. 3Où, avec un nom pour antécédent, remplace le pronom relatif lequel complément d'une préposition et la préposition elle-même qui le gouvernerait, quand il s'agit de temps ou de lieu. La maison où je demeure.

  4. 4Par extension, il se dit en tous les cas possibles, en parlant des choses, pour auquel, dans lequel, duquel, chez lequel, dont, etc.

  5. 5Où se dit aussi des personnes, pour à qui, en qui, chez qui.

    • ....Que vous cherchiez de ces sages coquettes Où peuvent tous venants débiter leurs fleurettes Corneille, Ment. I, 1
    • Et je n'en veux l'éclat que pour avoir la joieD'en couronner l'objet où le ciel me renvoie Molière, D. Garc. V, 5
    • Le véritable AmphitryonEst l'Amphitryon où l'on dîne Molière, Amph. III, 5
    • Les esprits où il n'y a point de remède Mme de Sévigné, 42
    • Quand j'ai vu que ce commissaire où il nous renvoyait était ce cher ami que nous aimons et que nous estimons si parfaitement Mme de Sévigné, 13 juin 1684
    • Il [le fils de Bussy] était bien dans le nombre de mes jeunes garçons où je prends intérêt Mme de Sévigné, 12 juil. 1690
    • L'hôtesse où vous avez logé, qui vous aime tant.... Mme de Sévigné, 21 août 1677
    • Mes pauvres filles de Sainte-Marie, où je passe une partie de mes après-dînées Mme de Sévigné, 25 mai 1680
    • Les Égyptiens sont les premiers où l'on ait su les règles du gouvernement Bossuet, Hist. III, 3
    • Le premier de tous les peuples où on voie des bibliothèques est celui d'Égypte Bossuet, ib.
    • Ces âmes où domine l'ambition Bossuet, le Tellier.
    • Cette sage compagnie où sa réputation vit encore Bossuet, ib.
    • Il ne reste que moiOù l'on découvre encor les vestiges d'un roi Racine, Alex. II, 2
  6. 6D'où, loc. adv. De quel lieu ? D'où venez-vous ?

    • Fig.

      • D'où tirez-vous cette conséquence ? D'où vous est-il connu, demanda Bélisaire attendri ? Marmontel, Bélis. ch. 2
    • Il marque la cause.

    • L'usage permet de dire par ellipse : D'où vient faites-vous cela ?

    • D'où, sans interrogation, de quel lieu.

      • Ne regarde pas d'où tu viens ; vois où tu vas : cela seul importe à chacun Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 16
    • Il se dit aussi pour dont.

    • D'où signifie aussi du lieu où.

      • Bélisaire en superbe appareil, De retour d'où le peuple adore le soleil Rotrou, Bélis. I, 4
      • Vous voyez, d'où vous êtes, tout ce qui se dit, et la joie qu'on témoigne Mme de Sévigné, 166
    • D'où signifie encore raison, cause pour laquelle. D'où il suit.

      • D'où suit que.... D'où je conclus que.... Un ange contre qui il [Jacob] eut un combat plein de mystères, lui donna le nom d'Israël, d'où ses enfants sont appelés les Israélites Bossuet, Hist. I, 3
  7. 7Par où, loc. adv. Par quel lieu ? Par où irez-vous ?

    • Avec l'infinitif. Par où passer pour sortir ?

    • Sans interrogation. Voilà par où j'ai passé.

    • Avec interrogation, comment, par quel moyen, par quelle raison ?

    • Sans interrogation, par lequel, par laquelle, par lesquels, par lesquelles. Les olympiades par où les Grecs comptaient les années.

      • Je viens tout à l'heure de recevoir des lettres par où j'apprends que mon oncle est mort Molière, Méd. m. lui, III, 11
      • Voit-on dans les horreurs d'une telle pensée,Par où jamais se consolerDu coup dont on est menacée ? Molière, Amph. I, 3
      • Vous louez Revel par où je l'ai loué, ma chère fille, en disant que je l'avais trouvé vrai et loin de toute vanité Mme de Sévigné, 21 sept. 1689
      • Le pape a mis sur pied une ancienne bulle par où il ôte toutes les immunités.... Mme de Sévigné, 31 mai 1683
      • Nous ne savons plus par où excuser cette prudence présomptueuse qui se croyait.... Bossuet, Reine d'Anglet.
      • On a trouvé de lui après sa mort quantité d'écrits sur l'antiquité, sur l'histoire, sur la théologie même, si éloignée des sciences par où il est connu FONT., Newton.
      • Je ne parle pas des voies illicites par où on les acquiert [les biens] Massillon, Prof. rel. 2
      • Dans tout discours il y a une idée par où l'on doit commencer, une par où l'on doit finir, et d'autres par où l'on doit passer ; la ligne est tracée ; tout ce qui s'en écarte est superflu Condillac, Art d'écr. III, 4
    • Par où signifie aussi par l'endroit où.

      • Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible Corneille, Cinna, I, 2
      • Puis-je vous cacher tout à fait l'inquiétude que me donne votre santé ? c'est un endroit par où je n'avais pas encore été blessée Mme de Sévigné, 8 juin 1677
      • Il ne s'attendait pas que ses projets dussent être traversés par où ils le furent Fontenelle, Hartsoeker.
  8. 8Ici où, là où, dans l'endroit où. Ici où vous êtes. Je l'ai laissé là où vous l'avez rencontré. (Il vaut mieux suivre en ceci Amyot et l'usage que Coëffeteau et Vaugelas.)

    • Là où pour au lieu que n'est pas du beau langage, quoiqu'on le die communément, et qu'Amyot s'en serve toujours ; mais M. Coëffeteau ne s'en sert jamais, ni après lui aucun de nos excellents écrivains Vaugelas, t. I, p. 74, dans POUGENS
  9. 9Vers où, vers le lieu où.

    • Le bien vers où vous alliez Mlle DE SCUDÉRY, Cyrus, IXe partie, liv. II, p. 268

Remarque

Dans le XVIIe siècle, rien n'était plus fréquent que de faire de où un emploi pléonastique. Les grammairiens ont condamné ce pléonasme ; et aujourd'hui l'on prescrit de mettre dans tous ces exemples que à la place de où.

Étymologie

Wallon, wiss ; Berry, voù, évou ; prov. o ; anc. espagn. o ; anc. portug. ou ; ital. ove ; du lat. ubi. Ubi est pour cubi par chute de l'initiale, comme le prouvent ali-cubi, et l'ombrien pufe, osque puf, qui est ubi (on sait qu'en ombrien et en osque p égale c, q) ; c'est donc la racine du pronom relatif qui, cu-jus, un datif comme ti-bi ; ce datif bi, ombrien fe, est le sanscrit bhyam de tu-bhyam.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander