oublier v. a. (ou-bli-é)
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1N'avoir pas souvenir de. N'oubliez pas que je vous attends.
En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois ; mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j'oublie à toute heure ; ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tends qu'à connaître mon néant
Pascal, Pens. VI, 48Qu'il n'y avait sans formalité qu'à vous dire ses intentions, et que vous iriez encore au delà et suppléeriez de vous-même à tout ce qu'il pourrait avoir oublié
Bossuet, Louis de Bourbon.Elle [la vérité] est dans les consciences, je dis même dans les consciences des plus grands pécheurs ; mais elle y est souvent oubliée
Bossuet, Sermons, Prédicat. 2- Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix Racine, Phèdre, II, 2
- Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même,Aux pieds de l'Éternel je viens m'humilier,Et goûter le plaisir de me faire oublier Racine, Esth. I, 1
- De ce couple perfideJ'avais presque oublié l'attentat parricide Racine, ib. II, 3
- Avez-vous bien promis d'oublier ma mémoire ? Racine, Bérén. v, 5
Moins de cent quarante ans après, Archimède était déjà si parfaitement oublié de ses citoyens malgré les grands services qu'il leur avait rendus, qu'ils niaient qu'il fût enterré à Syracuse
Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. X, p. 101, dans POUGENSIl n'y a pas grand mal à être oublié, c'est même souvent un bonheur ; le mal est d'être persécuté
Voltaire, Lett. Marmontel, 29 sept. 1772Oublier si vite ce qu'on a aimé, c'est flétrir le passé au moins autant que l'avenir
Mme de Staël, Corinne, XVII, 3
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Il a peur que je n'oublie mon nom, c'est-à-dire il m'appelle sans cesse.
Madame Perrinelle par-ci, madame Perrinelle par-là : elle a peur que j'oublie mon nom, je pense
Dancourt, les Vac. SC. 9
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Fig. Il a oublié la commission, il a négligé de la faire et il a gardé l'argent.
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Avec un infinitif, oublier prend la préposition de.
Je n'oublierai jamais d'avoir vu beaucoup pleurer une petite fille qu'on avait désolée avec la fable du loup et du chien
J.-J. Rousseau, Émile, II
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Familièrement. Il a oublié d'être bête, se dit d'une personne qui est loin de manquer d'intelligence.
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Absolument. Il apprend facilement et il oublie de même.
On oublie trop et trop vite
Voltaire, Dict. phil. Arrêts notables.
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2Ne pas songer à.
Il vaut mieux que nous oubliions le passé
Mme de Sévigné, 129- Si j'aime encor Thésée, oublié-je qu'il fuit ? Thomas Corneille, Ariane, V, 5
- Que deux cœurs unis sont heureuxD'oublier le reste du monde ! QUIN., Rol. III, 2
Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser
La Bruyère, IVLe meilleur parti qu'on puisse prendre contre la calomnie, c'est de l'oublier
Voltaire, Lett. l'évêque d'Annecy, 15 avr. 1768J'oublie aisément mes malheurs, mais je ne puis oublier mes fautes, et j'oublie encore moins mes bons sentiments
J.-J. Rousseau, Conf. VII
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Oublier l'heure, laisser passer l'heure où l'on avait quelque chose à faire.
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Oublier l'heure, les heures, perdre le sentiment du temps en quelque occupation agréable. On oublie l'heure, les heures à lire, à jouer.
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Oublier de, avec un infinitif, manquer à quelque chose par défaut de mémoire.
Je crois que vous n'avez pas oublié aussi d'écrire ou de faire faire un compliment par M. d'Hacqueville à Mme et à M. de Lavardin
Mme de Sévigné, 16 août 1671
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Oublier à, même sens.
- J'oubliais à vous dire que.... Voiture, Lett. 167
J'oubliais à remarquer que la prison où je mets Égée est un spectacle désagréable que je conseillerais d'éviter
Corneille, Médée, Examen.On n'avait point oublié à délibérer sur la principale occupation de l'Académie, sur ses statuts et sur les lettres qu'il fallait pour son établissement
PELLISSON, Hist. de l'Acad. IJ'ai oublié à vous dire qu'il y a des Escobar de différentes impressions
Pascal, Prov. VIIIJ'oubliai inhumainement, contre l'ordinaire des grand'mères, à vous parler de ma petite d'Aix
Mme de Sévigné, 1680Je crois que vous n'avez pas oublié à remercier Dieu
Mme de Sévigné, 16 août 1671
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Oublier à, se dit ou plutôt s'est dit (car cette locution vieillit) pour perdre l'habitude de quelque chose. Si vous ne lisez jamais, vous finirez par oublier à lire.
- Le trouble de vos sens dont vous n'êtes plus maîtreVous a fait oublier, seigneur, à me connaître Corneille, Sophon. IV, 5
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3Laisser par inadvertance. Il a oublié sa canne.
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4Omettre, ne pas faire mention de. Il a oublié une citation importante.
Rendait-il compte d'une bataille, il n'oubliait rien, sinon que c'était lui qui l'avait gagnée
Fléchier, Turenne.
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5Négliger.
- Pour elle contre vous qu'ai-je oublié de faire ? Thomas Corneille, Ariane, I, 4
L'Égypte n'oubliait rien pour polir l'esprit, ennoblir le cœur, et fortifier le corps
Bossuet, Hist. III, 3Je voudrais qu'elle [une affaire] fût perdue, à condition que celles de Jouarre prissent fin ; je n'y oublierai rien
Bossuet, Lett. abb. 61Ils [les Romains] n'oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des archers crétois, des frondeurs baléares, des vaisseaux rhodiens
Montesquieu, Rom. 2
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6Laisser de côté. Il oubliait sa grandeur.
Vous avez oublié vos plus justes prétentions, quand il a fallu donner des marques de votre zèle et de votre foi
Bourdaloue, Myst. Résurrect. de J. C. t. I, p. 362
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7Manquer à, se mettre hors.
M. de Pompone n'était pas de ces ministres sur qui une disgrâce tombe à propos, pour leur apprendre l'humanité, qu'ils ont presque tous oubliée
Mme de Sévigné, 22 nov. 1679On avait oublié pour ces étrangers jusqu'à cette politesse singulière qui distingue notre nation
Fléchier, Lamoignon.- On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse,Il élève en sa cour l'ennemi de la Grèce Racine, Andr. I, 1
- Tes prières m'ont fait oublier mon devoir Racine, Phèdre, IV, 6
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Ne point conserver de reconnaissance.
Oui, je vous ai promis et j'ai donné ma foi De n'oublier jamais tout ce que je vous doi
Racine, Bajaz. III, 5Oublie tous mes services passés, regarde-moi comme un traître, et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empêcher
Montesquieu, Lett. pers. 159
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Ne point garder de ressentiment.
Dans des fautes si sincèrement reconnues et dans la suite si glorieusement réparées par de fidèles services, il ne faut plus regarder que l'humble reconnaissance du prince qui s'en repentit, et la clémence du grand roi qui les oublia
Bossuet, Louis de Bourbon.- Le bonheur de te voir me fait tout oublier Voltaire, Adelaïde, II, 2
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Absolument.
Fontenelle, qui, par modération ou par prudence, ne se vengeait jamais et se plaignait rarement, oubliait encore moins
D'Alembert, Éloges, Despréaux.
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8En parlant des personnes, négliger quelqu'un, ne pas agir envers lui comme on le devrait.
Il est vrai qu'on oublie bientôt les gens qui se sont dépouillés
Fénelon, Dial. des morts mod. X
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Par forme de reproche obligeant. Vous ne venez plus nous voir, vous nous oubliez.
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N'oubliez pas les pauvres, les malades, les besoins de l'église, espèce de formule qui s'emploie à l'église, quand on quête pour les pauvres, pour l'œuvre, pour les besoins de l'église.
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9Oublier qui l'on est, se méconnaître, vouloir, par orgueil, s'élever au-dessus de sa condition.
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On dit aussi : vous oubliez qui je suis, c'est-à-dire vous n'avez pas pour moi les égards que vous me devez.
Agamemnon : Oubliez-vous ici qui vous interrogez ? - Achille : Oubliez-vous qui j'aime et qui vous outragez ?
Racine, Iphig. IV, 6
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10S'oublier, v. réfl. Perdre le souvenir de soi-même.
- De cette étude opiniâtreQuel charme le rend idolâtre ?C'est qu'il s'oublie, et c'est assez LAMOTTE, Odes, t. I, p. 284, dans POUGENS
Ah ! vous pleurer est le bonheur suprême, Mânes chéris de quiconque a des pleurs ; Vous oublier c'est s'oublier soi-même : N'êtes-vous pas un débris de nos cœurs ?
Lamartine, Harm. II, 1
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11Être oublié.
Cette affaire me parut si médiocrement bonne, que je souhaitai qu'elle s'oubliât tout à fait
STAAL, Mém. t. III, p. 171- Il fut bientôt oublié, comme tout s'oublie Voltaire, Dict. phil. Ordination.
- Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la FranceVit luire hélas ! en vain, sa dernière espérance,Ministres dont le nom ne s'est point oublié André Chénier, Hymne à la France.
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12Ne plus penser à l'heure, à ce qu'on fait.
- Heureux cent fois l'auteur avec qui l'on s'oublie ! LAMOTTE, Odes, t. I, p. 335, dans POUGENS
Ils s'oublient quelquefois chez Mlle l'Espinasse
Marmontel, Mém. VIIMais je m'oublie tout en causant ; il est midi ; j'ai vingt personnes à déjeuner qui doivent être arrivées à présent
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. l'Enfant gâté, I, 1
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13Perdre le souci, le soin de soi-même.
- Absorbé tout en toi par un parfait amour,Je m'oublierai moi-même et fuirai tout le reste Corneille, Imit. IV, 13
- Que dis-je ? en ce moment mon cœur hors de lui-mêmeS'oublie et se souvient seulement qu'il vous aime Racine, Bérén. IV, 5
Il faut s'oublier entièrement quand on veut instruire les hommes, et n'avoir en vue que la vérité
Voltaire, Dict. phil. Esséniens.
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Particulièrement. Négliger le soin de ses propres intérêts. Il ne s'est pas oublié.
Et je dois d'autant moins oublier sa vertu, Qu'elle-même s'oublie
Racine, Esth. II, 3Il s'oublie lui-même pour se sacrifier au bien public
Fénelon, Tél. VNous avons oublié M. Abauzit ; ah ! dites, méchant ami ! cet homme respectable qui passe sa vie à s'oublier soi-même, doit-il être oublié des autres ?
J.-J. Rousseau, Lett. à M. Vernes, Correspondance, t. V, p. 36, dans POUGENS.
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14Faire avec négligence.
Si le peintre ne se fût pas oublié dans le petit paysan, les raisins n'eussent pas eu ce succès prodigieux
Fontenelle, Athénaïs.
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15Manquer à ce que l'on doit aux autres ou à soi-même.
- Une grande princesse à ce point s'oublier,Que d'admettre en son cœur un simple cavalier ! Corneille, Cid, I, 3
David s'oublie pour un peu de temps
Bossuet, Hist. II, 4Le roi blâma le premier président en le taxant d'impertinent qui s'oubliait
Saint-Simon, 110, 188Dès qu'on a oublié la dignité de son état, on s'oublie bientôt soi-même
Massillon, Confér. Man. dont les clercs doivent se cond. dans le mondeSortez, Lucinde ; quand de grands seigneurs s'attachent à de petites créatures comme vous, elles ne doivent pas pour cela s'oublier
Lesage, Gil Bl. liv. V, ch. 1- À cet indigne mot je m'oublierais peut-être Voltaire, Adél. du Guesclin. II, 2
Il s'oublia jusqu'à présenter un mémoire au sénat pour me faire arrêter
J.-J. Rousseau, Confess. VII
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16Devenir vain, orgueilleux. Les parvenus s'oublient aisément.
Il faut s'oublier soi-même pour cela [les grandeurs], et croire qu'on a quelque excellence réelle au-dessus d'eux [les inférieurs]
Pascal, Condition des grands, I- L'esprit dans ce nectar heureusement s'oublie :Chapelain veut rimer, et c'est là sa folie Boileau, Sat. IV
- Les ennemis offensés de sa gloire....En leur fureur de nouveau s'oubliant Racine, Poés. div. Idylle sur la paix.
- Polyphonte, abusant de mon triste destin,Ose enfin s'oublier jusqu'à m'offrir sa main Voltaire, Mérope, II, 1
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17On a dit, dans le XVIIe siècle, s'oublier de, ne plus songer à, emploi qui a vieilli.
- De mon propre néant jamais ne m'oublier Corneille, Imit III, 21
Et, s'oubliant de ce qu'il est en lui-même, il [un grand, flatté] se va chercher dans les discours des autres, et s'imagine être tel que la flatterie le représente
Bossuet, Sermons, Honneur du monde, 2Que les sciences humaines s'oublient de leur dignité, jusqu'à n'avoir plus d'usage que dans le commerce, ce n'est pas à moi, chrétiens, de le déplorer dans cette chaire
Bossuet, Panég. sainte Cather.
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On a dit aussi dans le même sens : s'oublier que.
La bravoure l'a emporté sur la prudence, et l'on s'est oublié que l'on était capitaine pour faire le métier de soldat
Fléchier, Réflex. sur les diff. caract. des hommes, 1
Proverbes
Il n'oublie pas ses mains
, se dit d'un homme qui vole ou qui exige. Est bien fou qui s'oublie
, c'est-à-dire c'est une folie de ne pas songer à soi.
Étymologie
Bourg. obliai ; Berry, oblier, obelier ; provenç. oblidar ; espagn. olvidar ; ital. obbliare ; d'un verbe fictif oblitare, fait du supin oblitum, de oblivisci, oublier, qui vient de ob, et d'un radical liv que Corssen, Nachtr. p. 34, rattache à livor, livere, lividus ; oblivisci signifierait donc pâlir, s'obscurcir. HORACE, Odes, IX, 30, a dit lividas obliviones.