Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

oui dans le Littré

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1oui (oui ; ce mot a une demi-aspiration : ce oui ; des oui, dites : dê oui ; un oui, dites : un (sans liaison)

  1. 1Il affirme et est opposé à non.

    • J'y vois des bergères qui ne savent que oui et non BALZAC, liv. IV, lett. 15
    • Ils rapportent les raisons de ceux qui disent que oui Pascal, Prov. XI
    • Et si l'on trouve que oui, vous aurez la gloire de l'avoir mieux entendu Pascal, ib. XVII
    • M. de Montausier ne voulut apprendre d'autre langage que celui de l'Évangile : oui, oui, non, non Fléchier, duc de Mont.
    • Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru La Bruyère, V
    • Pour moi, j'aime les gens dont l'âme se peut lire,Qui disent bonnement oui pour oui, non pour non Gresset, Méchant, I, 5
  2. 2Oui est souvent la réponse à une interrogation, et alors il équivaut à une phrase entière : Avez-vous fait cela. - Oui, c'est-à-dire j'ai fait cela.

  3. 3Quelquefois il est simplement affirmatif, sans opposition à non, et en ce cas il se met au commencement du membre de phrase.

  4. 4Oui marquant la surprise. Il a dit telle chose, oui ? c'est-à-dire est-ce vrai qu'il ait dit telle chose ?

  5. 5Oui-da, certainement.

    • Direz-vous par exemple qu'un homme ait, la nuit et sans aucune lumière, le pouvoir prochain de voir ? - Oui-da, il l'aurait selon nous, s'il n'est pas aveugle Pascal, Prov. I
    • Carin : Byrrhie, instruit d'un mal que j'ai peine à vous taire, Vous peut de mes malheurs découvrir le mystère. -Byrrhie : Oui-da, je le ferai très volontiers BARON, Andrienne, II, 2
    • Vraiment.

      • Néron : N'avais-je pas ma maison Dorée qui devait être plus grande que les plus grandes villes ? oui-da, je m'entendais en magnificence Fénelon, t. XIX, p. 313
      • Oui-da, l'état de veuve est une douce chose Regnard, le Bal, 4
    • Oui-da est quelquefois ironique. Le croyez-vous ?- Oui-da, je n'en crois rien.

  6. 6Oui, joint à des adverbes. Oui vraiment. Vraiment oui. Eh mais oui.

    • Oui bien, se dit et surtout se disait par opposition à une affirmation pour affirmer autre chose.

      • Prononcez, messieurs, un arrêt digne de vous, qui fasse voir à toute l'Europe que le Cid n'est point le chef-d'œuvre du plus grand homme de France, mais oui bien la moins judicieuse pièce de M. Corneille SCUDÉRY, Lett. à l'Académie
      • Philis : Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous, Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous ; Cela vous doit suffire. - Cléandre : Oui bien à des volages Qui peuvent en un jour adorer cent visages Corneille, la Place Roy. II, 8
      • Je n'ai point encore vu M. Fagon depuis que j'ai reçu de vos nouvelles ; oui bien M. Daquin, qui trouve fort étrange que vous ne vous soyez pas mis entre les mains de M. des Trapieres Racine, Lett. à Boileau, 4 août 1687
  7. 7S. m. Un oui, une affirmation par oui.

    • Savoir le oui ou le non de quelque chose, savoir si une chose se fera ou ne se fera pas.

      • La pensée du moment où je saurai le oui ou le non d'avoir ou de n'avoir pas de vos nouvelles.... Mme de Sévigné, 14 juill. 1680
    • Dire le grand oui, se marier. C'est demain qu'elle dit le grand oui.

    • Fig. Pour un oui, pour un non, pour la cause la plus légère.

      • Pour un oui, pour un non, on va se jeter à l'eau TH. LECLERCQ, Proverb. t. V, p. 168, dans POUGENS
  8. 8Langue d'oui, voy. OÏL.

  9. 2L'usage veut qu'à une interrogation affirmative on réponde par oui, et à une interrogation négative, par non. Avez-vous fait cela ? oui. N'avez-vous pas fait cela ? non. La raison en est que, dans les interrogations négatives, la réponse par oui serait amphibologique, et qu'on ne saurait si oui détruit la négation ou la confirme.

  10. 3Malherbe élidait l'e de le devant oui : En matière de choses futures, l'oui et le non trouvent des amis, qui parient les uns d'un côté, les autres d'un autre, Lexique, éd. L. Lalanne.

Remarque

Dans la citation de Molière au n° 2, l'e muet du mot avant oui n'est pas élidé, et il l'est dans la citation de Gilbert au n° 3.

Étymologie

La forme primitive est oïl, toujours dissyllabe, et formée du latin hoc illud, oui cela (hoc ayant pris le sens de oui : Ne dit ne o ne non, R. de Cambrai 264) ; oïl est donc fait comme nennil, qui représente non illud, non cela. Picard, awi ; Berry, voui ; wallon, awoi, dans lequel Grandgagnage regarde l'a comme prosthétique ; bourguig. vouei ; différents dialectes cités par Grandgagnage ai, âï, oï. On trouve dans les anciens textes, quoique rarement, des formes singulières de ce mot : oal, ouail, ol, odil.

2ouï, ïe part. passé (ou-i, ie)

  1. 1Qu'on a entendu.

  2. 2En termes de procédure, ouï le rapport d'un tel.

    • En cet emploi, il est invariable. Ouï les témoins. Ouï les parties dans leur réplique.

    • Mais on dirait : un jugement rendu parties ouïes. Ouïes séparément, ces personnes auraient peut-être dit autre chose.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander