ouïr v. a. (ou-ir. Des grammaires disent que ce mot a une demi-aspiration ; cela est contre l'usage qui élide l'é devant ouïr : l'ouïr)
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1Recevoir les sons par l'oreille, entendre. (les Anglais écrivent non ois, mais oyes, qu'ils prononcent ôièce, et qui est le français oyez).
Il m'est avis que je l'ois qui tient ce langage à la fortune
Malherbe, Traité des bienf. de Sénèque, I, 9- Et le peuple, qui tremble aux frayeurs de la guerre,Si ce n'est pour danser n'orra plus de tambours Malherbe, II, 1
C'est un miracle que je n'entends point ; et, quand j'ai ouï les religieuses de Loudun parler latin et grec, je n'ai pas été si étonné
Voiture, Lett. 45Si j'ois maintenant quelque bruit, si je vois ce soleil
Descartes, Méd. III, 7- Aussitôt on ouït d'une commune voixSe plaindre de leur destinéeLes citoyennes des étangs La Fontaine, Fabl. VI, 12
- Quel charme de s'ouïr louer par une boucheQui, même sans s'ouvrir, nous enchante et nous touche ? La Fontaine, Filles de Minée.
- Et nous n'oyions jamais passer devant chez nousCheval, âne ou mulet.... Molière, Éc. des f. I, 3
Hé, je vous en conjure de toute la dévotion de mon cœur, que nous oyions quelque chose qu'on ait fait pour nous
Molière, Préc. 12Et voilà de quoi j'ouïs l'autre jour se plaindre Molière
Molière, Impromptu, 3- Oyez-vous la friponne ? elle parle pour soi Thomas Corneille, le Charme de la voix, II, 2
J'ai ouï dire à notre grand prince qu'à la journée de Nordlingue, ce qui l'assurait du succès, c'est qu'il connaissait M. de Turenne dont l'habileté consommée....
Bossuet, Louis de Bourbon.Et vous, sainte compagnie, qui avez désiré d'ouïr de ma bouche le panégyrique de votre père
Bossuet, Bourgoing.Quelle partie du monde habitable n'a pas ouï les victoires du prince de Condé et les merveilles de sa vie ?
Bossuet, Louis de Bourbon.On vit souffrir Mme d'Aiguillon, mais on ne l'ouït pas se plaindre
Fléchier, Mme d'Aiguillon.- De son triomphe affreux je le verrai jouir,Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr Racine, Phèdre, III, 3
A-t-on jamais ouï parler d'aventures si merveilleuses ?
Fénelon, Tél. VIIDes terres presque inconnues ouïrent la parole de vie
Massillon, Or. fun. Villars.- Prêt à verser son sang, qu'ai-je ouï ? qu'ai-je vu ? Voltaire, Fanat. III, 8
Oyez n'est plus usité qu'au barreau ; on a conservé ce mot en Angleterre ; les huissiers disent ois, sans savoir ce qu'ils disent
Voltaire, Comment. Corn. Poly. III, 2J'avais toujours ouï dire qu'il est difficile de mourir ; je touche à ce dernier moment, et je ne trouve pas cette résolution si pénible
Duclos, Règne de Louis XIV, Œuv. t. V, p. 148On n'oyait dans ce gouffre de vapeurs [du haut du Vésuve] que le sifflement du vent et le bruit lointain de la mer, sur les côtes d'Herculanum
Chateaubriand, Italie, le Vésuve.
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Ouïr la messe, assister à la messe.
- J'oyais un de ces jours la messe à deux genoux Régnier, Sat. VIII
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2Écouter, prêter attention, donner audience. Un juge doit ouïr les deux parties.
Oyons : - Dorante : Sa courtoisie est extrême et m'étonne
Corneille, Suite du Menteur, I, 2- Quoi ! mon père étant mort et presque entre mes bras,Son sang criera vengeance et je ne l'orrai pas Corneille, Cid, III, 3
- Oyez ce que les dieux vous font savoir par moi Corneille, Cinna, V, 3
- Il ne faut jamais dire aux gens :Écoutez un bon mot, oyez une merveille La Fontaine, Fabl. XI, 9
- Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr,Fis vœu, sur leurs autels, de leur désobéir Racine, Iphig. I, 1
Le parlement de Provence commença par condamner dix-neuf habitants de Mérindol, leurs femmes et leurs enfants, à être brûlés, sans ouïr aucun d'eux
Voltaire, Hist. parl. ch. 19- La nuit revient son ombre : Oyez ces sons lointains BÉR., Ménétr. de Meud.
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3Écouter favorablement, exaucer. Daignez ouïr nos vœux.
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4Recevoir une déposition.
Nous venons d'ouïr un martyr qui fait gloire d'avoir bien servi les empereurs à la guerre
Bossuet, 5e avertiss. § 12
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En termes de procédure, ouïr des témoins, recevoir leurs dépositions.
- Les témoins sont ouïs, son procès est tout fait Thomas Corneille, Comte d'Ess. II, 2
Le demandeur faisait ouïr ses témoins pour établir sa demande ; le défendeur faisait ouïr les siens pour se justifier
Montesquieu, Esp. XXVIII, 13
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Ancien terme de procédure criminelle. Être assigné pour être ouï, être assigné pour répondre en personne devant le juge. Décret d'assigné pour être ouï, ordonnance judiciaire qui assignait un prévenu à comparaître en personne.
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5Substantivement, l'oyant compte (voy. OYANT).
Étymologie
Picard, aouir, auir, aoir ; wallon, oiî ; j'aus ben, j'entends bien ; provenç. ausir ; esp. oir ; port. ouvir ; ital. udire ; du lat. audire ; comparez OREILLE. Audire paraît être un dénominatif de auris, oreille, qui est pour ausis. Voltaire (Comm. Corn. Poly. III, 2) prétend qu'à l'infinitif nous disions autrefois oyer, et que les sessions de l'échiquier de Normandie s'appelaient oyer et terminer. C'est une erreur ; oyer à l'infinitif serait un barbarisme dont il n'y a pas de trace dans notre historique ; oyer et terminer est non pas du normand, mais de l'anglo-normand ; enfin oyer, terminer sont non des infinitifs mais des substantifs.