Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pâtir dans le Littré

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pâtir v. n. (pâ-tir ; en ce mot, c'est par irrégularité que l'a est devenu long)

  1. 1Éprouver une souffrance. Il a été longtemps malade, il a bien pâti avant de mourir.

    • Pâtir de quelque chose, en souffrir du dommage.

      • On dit bien vrai que les petits pâtissent toujours des chagrins des grands GHERARDI, Théât. ital. t. I, p. 291 (le Phénix).
      • Hélas ! on voit que de tout tempsLes petits ont pâti des sottises des grands La Fontaine, Fabl. II, 4
      • Les petits pâtissent du malheur des grands, et quelquefois même de leur bonheur Voltaire, Lett. Richelieu, 29 avr. 1771
      • Il n'est pas juste que vous pâtissiez des frivolités de ma jeunesse ; cependant il faut que je vous propose de daigner partager un peu mes faiblesses Voltaire, Lett. d'Argental, 12 juin 1776
    • Pâtir pour quelqu'un, souffrir d'une faute qu'il a faite, d'un tort qu'il a eu.

  2. 2Avoir du mal, éprouver des privations.

    • J'ai une tendresse pour mes chevaux qu'il me semble que c'est moi-même, quand je les vois pâtir ; je m'ôte tous les jours pour eux les choses de la bouche MOLIÈRE, l'Avare, III, 5
    • C'est à force d'expérience, en pâtissant beaucoup, qu'à la fin vous en acquerrez quelque petite lumière [de la vérité] Bossuet, Polit. X, II, 7
    • Quand on a un peu pâti, le plaisir en semble meilleur Marivaux, Double inconst. I, 12
    • Si vous laissez pâtir les enfants, vous exposez leur santé J.-J. Rousseau, Ém. II
  3. 3Il se dit aussi des choses qui souffrent de l'altération, du mal. Il a fait des excès, sa santé on a pâti. Cet arbre a pâti.

    • Il se dit, dans un sens analogue, des sentiments qui sont froissés.

      • Ciel ! que mon cœur pâtit ! Molière, Éc. des femm. II, 2
      • Ma fierté pâtissait à retourner chez des gens qui m'avaient si mal reçu J.-J. Rousseau, Conf. XI
      • Près de beauté touchante Mon cœur en vain pâtit BÉRANGER, Voc.
    • Nature pâtit, se dit en parlant d'une personne qui se fait violence pour cacher les sentiments pénibles qu'elle éprouve.

  4. 4Terme des mystiques. Être dans l'inaction, dans une contemplation paisible et passive.

    • Il faut expliquer que ce qu'on appelle pâtir et souffrir ou endurer en cette matière [l'oraison passive] n'est pas le pâtir et le souffrir qui est opposé à la joie et accompagné de douleur, mais le pâtir et le souffrir qui est opposé au mouvement propre et à l'action qu'on se peut donner à soi-même Bossuet, États d'orais. VII, 2
  5. 5Endurer, avoir patience (sens qui vieillit).

    • Mais je ne puis pâtir de me voir rejeté Régnier, Sat. II
    • Avez-vous de la peine à pâtir dans vos traverses, envisagez Jésus-Christ Bossuet, Sermon sur le silence, 3
    • Les mutins de Rennes se sont sauvés, il y a longtemps ; ainsi les bons pâtiront pour les méchants Mme de Sévigné, 20 oct. 1675
    • Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

Étymologie

Wallon, pati ; provenç. patir ; ital. patire ; d'une forme non latine patiri ou patire, du latin pati, de même radical que le grec παθεῖν. L'espagnol dit padecer, d'une forme non latine patiscere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander