Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pardonner dans le Littré

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pardonner (par-do-né)

  1. 1V. a. Remettre la punition ou la vengeance de quelque chose. Pardonner une offense. Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne ses torts.

    • Dieu pardonne plus aisément les crimes que les vices Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Dangeau, 16 mai 1708
    • Quelque délicat qu'on soit en amour, on pardonne plus de fautes que dans l'amitié La Bruyère, IV
    • On pardonne les maux, mais non pas les injures Delille, Parad. perdu, IV
  2. 2Excuser, tolérer.

    • Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes La Fontaine, Fabl. I, 7
    • Les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes, quand la fortune nous les pardonne ! Bossuet, Reine d'Anglet.
    • M. de Montausier n'a-t-il pas eu, dans la licence de la guerre, une scrupuleuse retenue dans un temps où l'on pardonnait un peu d'avarice, pour entretenir le courage et la bonne humeur des gens de guerre ! Fléchier, Duc de Mont.
    • En faveur de Titus vous pardonnez le reste Racine, Bérén. I, 4
    • Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortuneCe reste de fierté qui craint d'être importune Racine, Andr. III, 6
    • L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts La Bruyère, V
    • Si quelquefois une femme survient qui n'est pas de leurs plaisirs [des gens d'une coterie]..., ils ne lui pardonneront ni son ton de voix, ni son silence, ni sa taille, ni son visage, ni son habillement, ni son entrée, ni la manière dont elle est sortie La Bruyère, VII
    • Elle nous a amenées, et elle ne nous le pardonnerait pas si nous restions Marivaux, Marianne, 7e part.
    • Ô mes rois, pardonnez mes larmes paternelles Voltaire, Orphel. II, 2
    • Neutralement, même signification.

      • Terme de civilité. Pardonnez-moi la liberté que je prends d'être d'une autre opinion que vous.

      • On dit de même : pardonnez-moi ce langage, ces expressions.

        • Représentons-nous ce jeune prince que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains ; pardonnez-moi ces expressions ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur Bossuet, Mar.-Thér.
      • Il s'emploie aussi absolument dans des formules analogues de civilité. Pardonnez-moi, ou, simplement, pardonnez si je vous contredis. Vous me pardonnerez si je rectifie ce que vous venez de dire.

      • Dans cette acception, on dit quelquefois simplement et sans rien ajouter : Pardonnez-moi, vous me pardonnerez, pour exprimer civilement qu'on n'est pas d'accord de ce qu'un autre dit.

  3. 3Ne point pardonner, juger sévèrement, condamner.

  4. 4Voir sans dépit, sans jalousie. On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie.

    • Il [Antoine Arnauld] plaida cette cause avec une véhémence et un éclat que les jésuites ne lui ont jamais pardonnés Racine, Hist. Port-Royal.
    • Les grands surtout ne pouvaient pardonner à César la vie qu'il leur avait donnée dans les plaines de Pharsale VERTOT, Révol. rom. XIII, 270
  5. 5V. n. Épargner, excepter (en cet emploi, il ne se dit qu'avec ne et à). La mort ne pardonne à personne.

    • On ne pardonne ni à âge, ni à sexe, à lieu sacré ni à profane PERROT, Tacite, 42
    • Absolument. Cette maladie ne pardonne point, on y succombe tôt ou tard.

  6. 6Se pardonner, v. réfl. Être pardonné.

Remarque

Quand ce verbe a pour régime un nom de personne, c'est toujours le régime indirect qu'il faut employer : pardonner à quelqu'un, et non pardonner quelqu'un. Cependant le passif s'emploie quelquefois ; voyez ce qui est noté au participe.

Étymologie

Prov. ét esp. perdonar ; port. perdoar ; ital. perdonare ; du latin per, et donare : proprement donner complétement, remettre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander