pardonner (par-do-né)
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1V. a. Remettre la punition ou la vengeance de quelque chose. Pardonner une offense. Tes péchés te sont pardonnés. Je lui pardonne ses torts.
Dieu pardonne plus aisément les crimes que les vices
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Dangeau, 16 mai 1708Quelque délicat qu'on soit en amour, on pardonne plus de fautes que dans l'amitié
La Bruyère, IV- On pardonne les maux, mais non pas les injures Delille, Parad. perdu, IV
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Neutralement, même signification. Je lui pardonne de m'avoir offensé.
- On pardonne aisément aux personnes qu'on aime HAUTEROCHE, le Coch. 23
- Ô ciel ! pardonne-lui comme je lui pardonne Molière, Tart. III, 7
- Pardonnez-vous sans peine à tous vos ennemis ? Boileau, Ép. XI
Il est pénible à un homme fier de pardonner à celui qui le surprend en faute, et qui se plaint de lui avec raison
La Bruyère, IVLes rois pardonnent rarement à ceux qu'ils craignent
Duclos, Œuv. t. III, p. 38- On ne pardonne point à qui nous fait rougir LA HARPE, Mélanie, III, 1
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Il s'applique quelquefois à un nom de chose personnifiée.
- Et qui pardonne au crime en devient le complice Voltaire, Brutus, V, 1
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Absolument.
- On dit que pardonner est une œuvre divine Régnier, Sat. XI
- Pardonner à demi, c'est ne pardonner pas MAIRET, Mort de Chrispe, III, 2
- Qui pardonne aisément invite à l'offenser Corneille, Cinna, IV, 3
On pardonne tant que l'on aime
LAROCHEF., Max. 330- Dire qu'on ne saurait haïrN'est-ce pas dire qu'on pardonne ? Molière, Amph. II, 6
- Les rois comme les dieux sont faits pour pardonner BOURSAULT, Ésope à la cour, V, 7
- Peut-être l'on préfère avec quelque plaisirL'orgueil de pardonner à l'orgueil de punir LA HARPE, Warwick, IV, 4
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Familièrement. Dieu me pardonne, espèce d'excuse ou d'adoucissement à ce qu'on dit.
Dieu me pardonne ! madame, je crois que vous n'avez point de chemise !
Voltaire, Dial. 23
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Faire grâce. Le roi lui pardonna. Cet écolier avait mérité une punition, le maître lui a pardonné.
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2Excuser, tolérer.
Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes
La Fontaine, Fabl. I, 7Les plus expérimentés dans les affaires font des fautes capitales ; mais que nous nous pardonnons aisément nos fautes, quand la fortune nous les pardonne !
Bossuet, Reine d'Anglet.M. de Montausier n'a-t-il pas eu, dans la licence de la guerre, une scrupuleuse retenue dans un temps où l'on pardonnait un peu d'avarice, pour entretenir le courage et la bonne humeur des gens de guerre !
Fléchier, Duc de Mont.- En faveur de Titus vous pardonnez le reste Racine, Bérén. I, 4
- Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortuneCe reste de fierté qui craint d'être importune Racine, Andr. III, 6
L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts
La Bruyère, VSi quelquefois une femme survient qui n'est pas de leurs plaisirs [des gens d'une coterie]..., ils ne lui pardonneront ni son ton de voix, ni son silence, ni sa taille, ni son visage, ni son habillement, ni son entrée, ni la manière dont elle est sortie
La Bruyère, VIIElle nous a amenées, et elle ne nous le pardonnerait pas si nous restions
Marivaux, Marianne, 7e part.- Ô mes rois, pardonnez mes larmes paternelles Voltaire, Orphel. II, 2
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Neutralement, même signification.
Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient ; mais nous ne pardonnons pas à ceux que nous ennuyons
LA ROCHEFOUC., dans GIRAULT-DUVIVIER- Pardonne, cher Hector, à ma crédulité Racine, Andr. III, 6
Je lui pardonne De préférer les beautés De Palès et de Pomone Au tumulte des cités
J.-B. Rousseau, dans GIRAULT-DUVIVIER- Ah ! seigneur, pardonnez à son impatience Voltaire, Fanat. II, 3
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Terme de civilité. Pardonnez-moi la liberté que je prends d'être d'une autre opinion que vous.
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On dit de même : pardonnez-moi ce langage, ces expressions.
Représentons-nous ce jeune prince que les Grâces semblaient elles-mêmes avoir formé de leurs mains ; pardonnez-moi ces expressions ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur
Bossuet, Mar.-Thér.
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Il s'emploie aussi absolument dans des formules analogues de civilité. Pardonnez-moi, ou, simplement, pardonnez si je vous contredis. Vous me pardonnerez si je rectifie ce que vous venez de dire.
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Dans cette acception, on dit quelquefois simplement et sans rien ajouter : Pardonnez-moi, vous me pardonnerez, pour exprimer civilement qu'on n'est pas d'accord de ce qu'un autre dit.
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3Ne point pardonner, juger sévèrement, condamner.
- Il ne pardonne point les endroits négligés Boileau, Art p. I
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V. n. Même signification.
- Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle Boileau, Sat. IX
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4Voir sans dépit, sans jalousie. On lui pardonne ses succès à cause de sa modestie.
Il [Antoine Arnauld] plaida cette cause avec une véhémence et un éclat que les jésuites ne lui ont jamais pardonnés
Racine, Hist. Port-Royal.Les grands surtout ne pouvaient pardonner à César la vie qu'il leur avait donnée dans les plaines de Pharsale
VERTOT, Révol. rom. XIII, 270
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V. n. Même signification.
- Des droits de ses enfants une mère jalousePardonne rarement au fils d'une autre épouse Racine, Phèdre, II, 5
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5V. n. Épargner, excepter (en cet emploi, il ne se dit qu'avec ne et à). La mort ne pardonne à personne.
On ne pardonne ni à âge, ni à sexe, à lieu sacré ni à profane
PERROT, Tacite, 42
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Absolument. Cette maladie ne pardonne point, on y succombe tôt ou tard.
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6Se pardonner, v. réfl. Être pardonné.
- Perfide, cet affront se peut-il pardonner ? Racine, Iphig. II, 5
Remarque
Quand ce verbe a pour régime un nom de personne, c'est toujours le régime indirect qu'il faut employer : pardonner à quelqu'un, et non pardonner quelqu'un. Cependant le passif s'emploie quelquefois ; voyez ce qui est noté au participe.
Étymologie
Prov. ét esp. perdonar ; port. perdoar ; ital. perdonare ; du latin per, et donare : proprement donner complétement, remettre.