Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

patrie dans le Littré

1 article· 22 citations· rimes· synonymes

patrie s. f. (pa-trie)

  1. 1Pays où l'on a pris naissance.

  2. 2Particulièrement. Province, ville où l'on est né. Marseille est sa patrie.

    • La petite patrie, la localité où l'on est né, et aussi la famille.

      • Comme si ce n'était point par la petite patrie, qui est la famille, que le cœur s'attache à la grande J.-J. Rousseau, Ém. V
  3. 3Fig. La nation dont on fait partie, la société politique dont on est membre.

    • J'aurais mauvaise grâce de chercher de la gloire et des avantages par des choses qui ne sont pas de ma profession ; mais je suis Français très affectionné à ma patrie.... VAUBAN, Dîme, p. 2
    • Il n'y a point de patrie dans le despotique ; d'autres choses y suppléent, l'intérêt, la gloire, le service du prince La Bruyère, X.
    • Que me servirait, comme à tout le peuple.... que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivais dans l'oppression ?... La Bruyère, X.
    • L'ambassadeur [du roi de Sicile].... avait ordre de faire tous ses efforts pour l'engager [M. Delisle] à passer dans les États de ce prince.... l'amour de la patrie le retint, et peut-être aussi l'espérance qu'elle n'aurait pas l'ingratitude assez ordinaire à toute patrie Fontenelle, Delisle.
    • Une patrie est un composé de plusieurs familles ; et, comme on soutient communément sa famille par amour-propre, lorsqu'on n'a pas un intérêt contraire, on soutient par le même amour-propre sa ville ou son village qu'on appelle sa patrie Voltaire, Dict. phil. Patrie.
    • Ce ne sont ni les murs ni les hommes qui font la patrie ; ce sont les lois, les mœurs, les coutumes, le gouvernement, la constitution, la manière d'être qui résulte de tout cela J.-J. Rousseau, Lett. à Pictet, Corresp t. VI, p. 91
    • Vaut-il mieux avoir éclairé le genre humain qui durera toujours, que d'avoir ou sauvé ou bien ordonné une patrie qui doit finir ? Diderot, Claude et Nér. II, 75
    • L'État n'est plus un corps, et l'on n'a pas vu qu'il fallait des siècles pour y rétablir cette unité qu'on appelle patrie, et qui est l'ouvrage insensible et lent de l'habitude et de l'opinion Marmontel, Bélisaire, ch. 11
    • Patrie commune, l'État dans lequel on possède des droits politiques.

  4. 4La mère patrie, voy. MÈRE, n° 25.

  5. 5Par extension, contrée, climat propre à certains animaux. Les régions arctiques sont la patrie de l'ours blanc. La patrie des palmiers.

  6. 6Fig. Il se dit des contrées, des villes où fleurissent, où sont en abondance certaines espèces d'hommes ou de choses. Athènes fut la patrie des philosophes. Ce pays est la patrie des sciences et des lettres.

  7. 7La céleste patrie, le ciel, le séjour des bienheureux.

Étymologie

Wallon, patreie ; du lat. patria, patrie, de pater, père. Ménage dit que patrie n'était pas usité du temps de Henri II, vu que Charles Fontaine le reproche comme un néologisme à du Bellay : « Qui a païs, n'a que faire de patrie ....le nom de patrie est obliquement entré et venu en France nouvellement et les autres corruptions italiques, » Quintil Horatian, p. 185. D'un autre côté on a dit que patrie datait de François Ier. François Ier était un roi vraiment national ; c'est sous son règne, c'est au XVIe siècle que le mot patrie fut transporté de la langue latine dans la nôtre, A. DE ST-PRIEST, les Guise, Revue des Deux Mondes, 1er mars 1850, p. 825. Mais le mot est plus ancien ; l'historique le montre.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander