Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

patron dans le Littré

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1patron, onne s. m. et f. (pa-tron, tro-n')

  1. 1Terme d'antiquité. Chez les Romains, le maître à l'égard de l'affranchi, le protecteur à l'égard du client.

    • S'est dit, sous les empereurs romains, des citoyens qui faisaient métier de plaider devant les tribunaux.

  2. 2Celui, celle qui sert de protection, d'appui ; celui, celle qui s'intéresse à notre fortune et qui cherche à la pousser.

  3. 3Saint, sainte, dont on porte le nom.

    • C'est le jour de mon saint patron que je vous écris Bossuet, Lett. abb. 32
    • Quel moyen de s'appeler Pierre, Jean, Jacques, comme le marchand ou le laboureur ?... qu'elle [la multitude] s'approprie les douze apôtres, leurs disciples, les premiers martyrs (telles gens, tels patrons).... pour nous autres grands, ayons retours aux noms profanes.... La Bruyère, IX
    • Saint, sainte, à qui une église est dédiée ou qui protège particulièrement une ville, un pays, etc. Notre-Dame de Bon Secours, patronne des mariniers. Saint Denis, patron de la France. Sainte Geneviève, la patronne de Paris.

      • Cette opinion [que les Moscovites n'avaient pu être vaincus que par un pouvoir surnaturel] fut si générale, que l'on ordonna à ce sujet des prières publiques à saint Nicolas, patron de la Moscovie Voltaire, Charles XII, 2
      • Le moine Lazare, digne de devenir le patron des peintres Chateaubriand, Génie, III, I, 3
    • Fig. Personnage sous qui on se met, bien qu'il ne soit pas un saint.

    • Fig. Il se dit aussi de celui qui donne crédit, autorité à quelque chose.

      • Je porte une infinité de remèdes bons ou mauvais.... il n'y en a pas un qui n'ait son patron et qui ne soit la médecine de mes voisins Mme de Sévigné, 6 sept. 1675
  4. 4Familièrement. Le maître d'une maison.

    • Où est le patron ? La fortune cruelle A ramené des champs le patron de la belle Molière, École des f. III, 4
    • On dit dans le même sens : le patron de la case ; ce qui s'applique aussi à un homme qui, sans être le maître d'une maison, y a tout pouvoir.

      • Le Génois, qui devint à son tour le patron de la case LE SAGE, Guzm. d'Alf. I, 4
      • Sur les deux ou trois cents invités, il n'en est aucun qui n'ait un rôle à jouer pour les patrons de la case, les plus francs égoïstes que le siècle ait créés MUSSET-PATHAY, Contes histor. p. 58
  5. 5Dans l'industrie, nom que les ouvriers donnent au maître de l'établissement. Le patron est sorti. Querelles des ouvriers avec les patrons.

  6. 6Patron se dit aussi, par manière de qualification amicale, à un homme d'un rang inférieur. Bonjour, patron.

  7. 7Terme de marine. Patron d'une chaloupe, quartier-maître ou contre-maître chargé du commandement d'une embarcation.

    • Anciennement, patron de galère, homme pratique qui conduisait la galère et en était le capitaine marin, sous l'autorité du capitaine militaire.

      • Je suis empereur, lui dit-il [Théophile à sa femme Théodora], et vous me faites patron de galère Montesquieu, Esp. XX, 19
    • Dans l'ancienne Venise, patron du port, plébéien qui dirigeait les affaires du port.

    • Fig. Il est le patron de la barque, c'est-à-dire c'est lui qui a le plus de crédit dans une société, dans une affaire, etc.

  8. 8Galère patronne, ou, simplement, la patronne, galère que, dans l'escadre des navires de son espèce, montait le lieutenant général ou celui qui avait le commandement après le chef d'escadre ; elle avait le second rang, la réale ayant le premier ; elle tenait entre les galères le même rang que le vice-amiral entre les vaisseaux de haut bord. La patronne n'était que la troisième galère des États maritimes qui avaient une capitane, outre la réale.

  9. 9Titre d'une dignité princière, dans quelques villes, au moyen âge. Patron de Salonique.

  10. 10Dans le Levant, le maître à l'égard de l'esclave. Réduit en esclavage, il eut le bonheur d'avoir pour patron un homme compatissant.

  11. 11Autrefois, le prélat ou le seigneur laïque qui nommait à un bénéfice.

    • Le roi est patron de toutes les églises cathédrales et collégiales, des abbayes et des monastères, s'il n'y a point de titre au contraire FEVET, De l'abus, ch. 8, dans RICHELET
    • Patron d'une église, celui qui avait bâti, fondé ou doté une église.

  12. 12Cardinal patron s'est dit, à la cour de Rome, du cardinal qui gouvernait comme premier ministre.

  13. 13Nom qu'on a d'abord donné à la giberne. On disait aussi la patronne (c'est de là que cartouche se dit en allemand Patrone).

  14. 14Patron des maréchaux et des charbonniers, la mésange charbonnière.

Étymologie

Provenç. patron, patro, et aussi pairon, pairo ; catal. padró, patró ; espagn. patron ; ital. padrone ; du lat. patronus, patron, protecteur, dérivé de pater, père.

2patron s. m. (pa-tron)

  1. 1Modèle sur lequel travaillent certains artisans, comme les brodeurs, les tapissiers et autres.

    • Malheureusement Mlle Catherine Vadé, qui en a trouvé le manuscrit, ne sachant pas ce que c'était, en a fait des patrons de manchettes, et ne nous a donné que le discours aux Velches Voltaire, Facéties, Suppl. au disc. aux Velches.
    • Dentelle d'un beau patron, dentelle faite sur un beau patron.

  2. 2Morceau de papier découpé de manière à figurer certaines parties des vêtements d'homme ou de femme, et sur lequel on taille l'étoffe. Le patron d'une chemise, d'un bonnet, d'une veste. Tailler un patron.

  3. 3Terme de luthier. Il se dit de certaines pièces de bois qui ont la forme des différentes parties d'un instrument tel que violon, basse, etc. et d'après lesquelles on taille le bois dont ces instruments doivent être faits. Violon d'un grand patron, d'un petit patron. Les stradivarius sont d'un grand patron, les amatis sont en général d'un petit patron.

  4. 4Papier ou carton découpé qu'on applique sur une surface quelconque pour peindre les parties que ces découpures laissent à découvert. Les cartes à jouer s'impriment avec des patrons.

    • Sorte de peinture faite avec des patrons découpés.

  5. 5Dans les manufactures d'or, d'argent et de soies figurées, dessin fait par le peintre et rehaussé de couleurs, qui sert à monter le métier, et à représenter sur l'ouvrage les différentes figures de fleurs, d'animaux et de grotesques, dont le fabricant veut l'embellir.

  6. 6Patron ou table à patron, table de bois blanchie sur laquelle les vitriers tracent les figures d'après lesquelles ils veulent couper leurs pièces.

  7. 7Modèle en bois dont on se sert pour former le creuset et les étalages d'un fourneau.

  8. 8Fig. Modèle.

    • Chaque mère à sa bru l'alléguait pour patron La Fontaine, Matrone.
    • Fais toutes choses selon le patron qui t'a été montré Pascal, Figuratifs, 13, édit. FAUGÈRE.
    • N'allez pas prendre patron sur mes lettres.... je vous en ai écrit depuis peu d'infinies Mme de Sévigné, 12 avr. 1671
    • Notre esprit si faible et si court ne peut se former par lui-même cette image de l'infini qui n'aurait aucun patron Fénelon, Exist. 53
    • Le curé de Veretz est un homme sensé.... ami de la jeunesse, trop raisonnable pour la réformer sur le patron des âges passés Paul-Louis Courier, Pétition pour les villageois qu'on empêche de danser
    • Cet homme s'est formé sur un bon, sur un mauvais patron, il s'est formé sur un bon, sur un mauvais modèle.

Remarque

Malherbe a dit patron, au sens passif, pour image exacte : Belle âme, beau patron des célestes ouvrages, Qui fus de mon espoir l'infaillible recours, VI, 11.

Étymologie

Prov. patron, modèle ; bas-lat. patronus, patrunus, modèle ; angl. pattern, Du sens de protecteur, on a passé à celui de guide et, finalement, de modèle.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander