Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pendre dans le Littré

1 article· 36 citations· rimes· synonymes· conjugaison

pendre v. a. (pan-dr')

  1. 1Attacher un objet en haut, de manière qu'il ne touche point à la terre. Pendre un lièvre par les pattes.

    • Écoutez-moi, mes frères, pendez cette tête [d'Holopherne] en haut de nos murailles Saci, Bible, Judith, XIV, 1
    • Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards Voltaire, Candide, 30
    • La tour hospitalière Où je pendrai mon nid Victor Hugo, Odes, V, 25
    • Fig. Pendre au croc, voy. CROC 2.

  2. 2Attacher quelqu'un à la potence ou à tout autre endroit, pour l'étrangler.

    • Prenez tous les princes du peuple et pendez-les en plein jour, afin que ma fureur ne tombe point sur Israël Saci, Bible, Nomb. XXV, 4
    • Ils [les Germains] pendaient les traîtres et noyaient les poltrons : c'étaient, chez eux, les seuls crimes qui fussent publics Montesquieu, Espr. XXX, 19
    • Les juges du comté de Valois firent le procès à un taureau qui avait tué un homme d'un coup de corne, et le condamnèrent à être pendu ; la sentence fut confirmée par arrêt du parlement le 7 février 1314 SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuv. t. V, p. 399, dans POUGENS
    • Un des Omer disait qu'il ne mourrait pas content qu'il n'ait vu pendre un philosophe ; je peux l'assurer que ce ne sera pas moi qui lui donnerai ce plaisir Voltaire, Lett. Mme d'Argental, novembre 1764
    • On a vu pendre dans une ville très riche une fille de dix-huit ans d'une rare beauté ; quel était son crime ? elle avait pris dix-huit serviettes à une cabaretière, qui ne lui payait pas ses gages Voltaire, Pol. et lég. Prix de la just. et de l'hum. 2
    • On avait toujours soin de les pendre [les Juifs] entre deux chiens, lorsqu'ils étaient condamnés Voltaire, Mœurs, 103
    • On ne pouvait pas avoir été plus mal pendu que je ne l'avais été : l'exécuteur des hautes œuvres de la sainte inquisition brûlait à la vérité les gens à merveille, mais il n'était pas accoutumé à pendre Voltaire, Cand. 28
    • Le comte : Sa probité ? - Figaro : Tout juste autant qu'il en faut pour n'être point pendu Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 4
    • Pendre haut et court, pendre à quelque chose d'élevé et avec une corde courte.

    • Absolument.

      • Les rigueurs s'adoucissent ; à force d'avoir pendu, on ne pendra plus Mme de Sévigné, 3 nov. 1675
      • Chez les anciens, pendre à la croix, attacher à la croix, crucifier.

        • Le Fils de Dieu a été pendu à la croix Bossuet, Serm. Exalt. de la croix, préamb.
      • Dire pis que pendre de quelqu'un, en dire outrageusement du mal (locution dont on rend compte en rétablissant ainsi les ellipses : dire d'un homme plus de mal qu'il n'en faudrait pour le faire pendre).

        • À qui en avez-vous, ma bonne, de dire pis que pendre à votre esprit, si beau et si bon ? Mme de Sévigné, 5 juin 1680
        • Pour écrire pis que pendre à madame sa cousine Hamilton, Gramm. 8
      • Cet homme ne vaut pas le pendre, ne vaut pas la corde pour le pendre, c'est un misérable.

      • Je veux être pendu si..., locution familière qui s'emploie pour affirmer d'une manière péremptoire.

      • Dans le même sens.

      • Autant vaudrait être pendu que d'avoir fait cela, se dit en parlant d'une action blâmable ou d'un ouvrage mal fait.

  3. 3V. n. Être suspendu.

    • Fig. Être toujours pendu aux côtés ou à la ceinture de quelqu'un, le suivre partout.

    • Cet enfant est toujours pendu au cou de sa mère, il l'embrasse sans cesse.

    • Être pendu aux oreilles de quelqu'un, lui parler sans cesse de quelque chose.

      • Mme de Montrevel est enragée : après avoir été pendue un mois aux oreilles du roi et de Quanto [Mme de Montespan].... Mme de Sévigné, 4 sept. 1675
  4. 4Fig. Être menaçant.

    • Un pressentiment et une espèce de prédiction du malheur qui pendait sur sa tête Rollin, Traité des Ét. III, 1
    • Fig. et familièrement. Autant lui en pend à l'oreille, au nez, à l'œil, c'est-à-dire il pourra lui en arriver autant.

      • Que notre ami Noailles prenne garde à lui ; on dit qu'il lui en pend autant à l'œil Mme de Sévigné, 9 mars 1672
    • On a dit aussi : pendre devant les yeux.

      • Ne vous en moquez pas, monseigneur ; autant vous en pend devant les yeux Voiture, Lett. 186
  5. 5Fig. Être en jugement.

  6. 6Descendre trop bas, tomber trop bas. Votre robe pend d'un côté.

    • Les joues lui pendent, ses joues sont flasques.

  7. 7Se pendre, v. réfl. Se suspendre à quelque chose.

    • Se pendre à la sonnette, sonner avec beaucoup de force et de continuité.

      • La maréchale se pendit aux sonnettes, pour demander à grands cris de l'eau de fleur d'orange Mme de Genlis, Mères riv. t. I, p. 50, dans POUGENS
    • Fig. Se pendre à l'oreille de quelqu'un, lui parler constamment dans l'oreille.

      • M. de Rohan, qui la trouve belle [Mlle de Lannion] dès l'année passée, s'est pendu à son oreille d'une si étrange façon.... Mme de Sévigné, 26 août 1671
  8. 8Se donner la mort en se suspendant par le cou pour s'étrangler.

    • Monime, détachant le diadème d'autour de sa tête, l'attacha à son cou et s'y pendit Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. X, p. 100, dans POUGENS
    • Par exagération. Il y a de quoi se pendre, se dit en parlant d'un événement qui accable.

    • Après cela il faut se pendre, se dit quand on a manqué une belle occasion.

    • Je ne m'en pendrai pas, se dit en parlant d'un mécompte auquel on attache peu d'importance.

      • Tout est manqué ; je ne m'en pendrai pas, PICARD, Deux Philibert, III, 1

Remarque

Pendre, v. n. se conjugue avec l'auxiliaire avoir : Ce linge a longtemps pendu à la fenêtre. Quand il se construit avec l'auxiliaire être, il se confond avec le passif de pendre, verbe actif : Le linge est depuis longtemps pendu à la fenêtre.

Proverbes

Par compagnie on se fait pendre, voy. COMPAGNIE. Les grands voleurs pendent les petits.

Étymologie

Wallon, peind ; prov. pendre ; cat. pendrer ; esp. pender ; ital. pendere ; du lat. Pendēre ou pendere, qui se rapportent l'un à l'autre comme jacĕre et jacēre. Les langues romanes ont toutes pris pendĕre, et délaissé pendēre. Quant à la locution pendre à l'œil, Génin émit la conjecture qu'elle provenait du conte où l'abbesse arrive avec un vêtement masculin sur la tête ; sur quoi on lui demande ce qui lui pend là devant les yeux. Son argumentation péchait, en ce qu'il croyait la locution du XVIe siècle, tandis qu'elle est bien plus ancienne comme on peut voir par l'historique. Toutefois il est probable qu'ayant tort dans la forme, il a raison dans le fond. En effet la locution est aussi bien pendre devant les yeux que pendre à l'œil ; ce qui va bien avec le conte ; puis ce conte lui-même, avec la locution, est cité par un auteur du commencement du XIVe siècle : dès lors rien n'empêche de penser que le conte remonte plus baut, et que c'est de là en définitive que la locution provient.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander