perfection s. f. (pèr-fè-ksion ; en vers, de quatre syllabes)
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1Achèvement. Cet édifice approche de sa perfection.
Comme leur perfection [des sciences] dépend du temps et de la peine
Pascal, Fragm. d'un traité sur le videJe crois que vous serez obligés de venir achever ici la cérémonie de chevalier dans le cours de l'année prochaine, prendre le collier, prêter le serment, et achever ainsi la perfection d'un chevalier sans reproche
Mme de Sévigné, 13 déc. 1688Ce sage législateur [Moïse], qui ne fait pas tant de merveilles que conduire les enfants de Dieu dans le voisinage de leur terre, nous sert lui-même de preuve que sa loi ne mène rien à la perfection
Bossuet, Hist. II, 3
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2Par extension, état de ce qui est parfait dans son genre.
Je sais que la perfection ne se trouve pas du premier coup
Guez de Balzac, liv. IV, lett. 17Je m'avisai de considérer que souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces et faits de la main de divers maîtres qu'en ceux auxquels un seul a travaillé
Descartes, Méth. II, 1Vous me parlez de M. de Beauvilliers et de l'abbé de Fénelon, et de la perfection de tous ces choix, comme je vous en ai déjà parlé : ils sont divins
Mme de Sévigné, 11 sept. 1689Elle connaissait si bien la beauté des ouvrages de l'esprit, que l'on croyait avoir atteint la perfection quand on avait su plaire à Madame
Bossuet, Duch. d'Orl.Elle [la mort] a effacé, pour ainsi dire sous le pinceau même, un tableau qui s'avançait à la perfection avec une incroyable diligence
Bossuet, ib.Je suis, dit-il, celui qui suis ; l'être et la perfection m'appartiennent à moi seul
Bossuet, Hist. II, 3La poésie latine fut portée à sa dernière perfection par Virgile et par Horace
Bossuet, ib. I, 10Ronsard et les auteurs ses contemporains ont plus nui au style qu'ils ne lui ont servi ; ils l'ont retardé dans le chemin de la perfection
La Bruyère, IIls [les stoïciens] lui ont tracé [à l'homme] l'idée d'une perfection et d'un héroïsme dont il n'est point capable
La Bruyère, XILe législateur se fatigua ; il fatigua la société, pour faire exécuter aux hommes par préceptes ce que ceux qui aiment la perfection auraient exécuté comme conseil
Montesquieu, Espr. XXIV, 7Je suis difficile pour moi-même et pour les autres ; il est dur de sentir la perfection, et de n'y pouvoir atteindre
Voltaire, Lett. d'Argental, 25 févr. 1763Encore un coup, ne cherchons point la chimère de la perfection, mais le mieux possible selon la nature de l'homme et la constitution de la société
J.-J. Rousseau, Lett. à d'Alemb.Tout s'accorda [dans le siècle de Louis XIV] pour porter notre idiome à cette perfection qui se sent elle-même et n'est autre chose que le plus grand degré de justesse et de force heureusement réunies
VILLEMAIN, Dictionnaire de l'Académie, Préface
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En perfection, loc. adv. Parfaitement.
Il a en perfection le don de décrire et de contrefaire
Guez de Balzac, liv. VI, lett. 5Elle [Mlle de Scudéry] fut remercier Sa Majesté un jour d'appartement ; elle fut reçue en toute perfection
Mme de Sévigné, 5 mars 1683Parménion, dans la lettre qu'il écrivit à Alexandre, marque qu'il avait trouvé à Damas trois cent vingt-neuf concubines de Darius, qui savaient toutes la musique en perfection
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VI, p. 258, dans POUGENS
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En perfection, se dit aussi, par ironie, en un sens défavorable.
Façonnière et coquette en perfection
Mme de Sévigné, 94
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On dit de même : dans la perfection.
J'ai quasi envie de ne vous rien dire sur ma santé ; elle est dans la perfection
Mme de Sévigné, 15 nov. 1684Comédienne qui jouait dans la perfection
Hamilton, Gramm. 9
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On dit encore dans le même sens : d'une perfection, mais toujours avec quelque déterminatif.
Il dansa... les folies d'Espagne... d'une perfection, d'un agrément qui ne se peut représenter
Mme de Sévigné, 24 juill. 1689Parlons de ma santé... Dieu me la donne jusqu'à présent d'une perfection qui me surprend moi-même
Mme de Sévigné, 8 janv. 1690
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3Terme de spiritualité. La perfection chrétienne, la perfection de la vie religieuse, et, absolument, la perfection.
J'appelle perfection chimérique celle qui nous porte à faire le bien que nous ne sommes pas obligés de faire, et à omettre celui que nous devons faire
Bourdaloue, 10e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 225Une bigote altière Qui, dans son fol orgueil aveugle et sans lumière, à peine sur le seuil de la dévotion, Pense atteindre au sommet de la perfection
Boileau, Sat. X
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4Au plur. Qualités excellentes de l'âme et du corps.
- Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable ;Ils comptent les défauts pour des perfections Molière, Mis. II, 5
Cette éloquence n'était pas seulement de la clarté, de la justesse, de l'ordre, toutes les perfections froides que demandent les sujets dogmatiques
Fontenelle, Du Verney
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Il se dit aussi des choses.
J'étais présent quand on lui conseilla d'y aller [aux eaux de Balaruc], après lui en avoir dit les perfections
Mme de Sévigné, 1er juin 1689
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En termes de spiritualité. Les perfections divines, les qualités qui sont en Dieu.
Pour connaître la nature de Dieu autant que la mienne en était capable, je n'avais qu'à considérer, de toutes les choses dont je trouvais en moi quelque idée, si c'était perfection ou non de la posséder ; et j'étais assuré qu'aucune de celles qui marquaient quelque imperfection n'était en lui, mais que toutes les autres y étaient
Descartes, Méth. IV, 4
Étymologie
Provenç. perfectio ; espagn. perfeccion ; ital. perfezione ; du lat. perfectionem, de perfectum, supin de perficere (voy. PARFAIT).