Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pitié dans le Littré

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pitié s. f. (pi-tié)

  1. 1Sentiment qui saisit à la vue des souffrances et qui porte à les soulager.

    • La pitié d'un malheur où nous voyons tomber nos semblables, nous porte à la crainte d'un pareil pour nous, cette crainte au désir de l'éviter Corneille, 2e disc.
    • Je suis peu sensible à la pitié, et je voudrais ne l'y être point du tout ; cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement d'une personne affligée La Rochefoucauld, Portrait.
    • Mais un fripon d'enfant, cet âge est sans pitié, Prit sa fronde.... La Fontaine, Fabl. IX, 2
    • Je veux vous prouver que la pitié est le mouvement le plus agréable de tous ; votre erreur provient de ce que vous confondez ce mouvement avec la douleur La Fontaine, Psyché, I, p. 100
    • Vous me faites une pitié extrême de la goutte de M. le chevalier Mme de Sévigné, 608
    • La pitié d'un rival punit mieux que sa haine QUIN., Astrate, I, 2
    • Ne jetterez-vous point un regard de pitié sur ceux que l'indigence réduit aux dernières nécessités ? Bourdaloue, Exhort. char. env. les prison. t. I, p. 78
    • Si de tant de malheurs quelque pitié te touche Racine, Bajaz. v, 8
    • Jamais femme ne fut plus digne de pitié Racine, Phèdre, II, 5
    • Je ne vous dis point ma naissance pour me vanter, mais seulement pour vous inspirer quelque pitié de mes malheurs Fénelon, Tél. IV
    • Oui, la pitié est le contre-poison de tous les fléaux de ce monde ; voilà pourquoi Jean Racine prit pour devise, dans l'édition de ses tragédies, crainte et pitié Voltaire, Lett. de Launay, 8 déc. 1777
    • La terreur et la pitié, qui font le seul but, la seule constitution de la tragédie Voltaire, Olympie, note.
    • Et la fausse pitié pire que le mépris Voltaire, Tancr. I, 4
    • La pitié naturelle est fondée sur les rapports que nous avons avec l'objet qui souffre ; elle est d'autant plus vive que la ressemblance, la conformité de nature est plus grande Buffon, Quadrup. t. II, p. 139
    • La pitié qu'on a du mal d'autrui ne se mesure pas sur la quantité de ce mal, mais sur le sentiment qu'on prête à ceux qui le souffrent J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Les femmes sont plus sensibles que nous à la pitié, qui donne une sorte d'amour pour l'être faible et souffrant qu'on peut soulager ST-LAMB., Sais. ch. I, note 1
    • Et c'est à l'homme heureux que la pitié sied bien Casimir Delavigne, Paria, III, 3
    • Mon malheur n'a donc point lassé votre pitié ! P. LEBRUN, M. Stuart, v, 3
    • Au plur.

      • Par pitié, par un sentiment qui porte à plaindre et à soulager.

      • Fig.

      • Sans pitié, d'une façon inexorable.

        • Les dieux l'ont traité sans pitié comme vous Fénelon, Tél. XX
        • Vous [Sylla] avez exercé sans pitié les fonctions de la plus terrible magistrature qui fut jamais Montesquieu, Dial. Sylla et Eucrate.
      • Prendre pitié, être saisi de pitié.

      • Avoir pitié, éprouver le sentiment de la pitié.

        • Mettons fin à des jours que la Parque elle-même A pitié de filer Malherbe, V, 1
        • Ayez pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis, ayez pitié de moi, car la main du Seigneur m'a frappé Saci, Bible, Job, XIX, 21
        • Pauvres gens, je les plains ; car on a pour les fousPlus de pitié que de courroux La Fontaine, Fabl. VII, 12
        • Il faut avoir pitié de soi, et avoir de la générosité pour soi-même, comme on en a pour les autres Mme de Sévigné, 51
        • M. Holwell a vu dans son gouvernement, en 1734, la plus belle femme de l'Inde, âgée de dix-huit ans, résister aux prières et aux larmes de milady Russell, femme de l'amiral anglais, qui la conjurait d'avoir pitié d'elle-même Voltaire, Lett. chinoises. 9
      • Faire pitié, inspirer le sentiment de la pitié. Ô d'un illustre époux noble et digne moitié.

        • Dont le courage étonne, et le sort fait pitié Corneille, Pomp. III, 5
        • Il dit cela si tristement qu'il me fit pitié Pascal, Prov. II
        • La pitié qu'elle [Mme de Monaco] a faite n'a jamais pu obliger personne de faire son éloge Mme de Sévigné, 20 juin 1678
        • Ne vous fais-je point un peu de pitié de passer ma vie sans vous voir ? Mme de Sévigné, 5 nov. 1676
        • Votre petite d'Aix me fait pitié d'être destinée à demeurer dans ce couvent.... en attendant une vocation, vous n'oseriez la remuer, de peur qu'elle ne se dissipe Mme de Sévigné, 24 juill. 1680
      • Regarder en pitié, jeter un regard de pitié.

      • C'est une pitié, c'est grande pitié, c'est grand'pitié, c'est une chose très digne de pitié.

        • Un bûcheron perdit son gagne-pain... Ce fut pitié là-dessus de l'entendre La Fontaine, Fabl. V, 1
        • Pour vous elle est de flamme. - Elle ! - Et vous aime tant,Que c'est grande pitié MOLIÈRE, l'Ét. I, 6
        • [Chez M. de la Rochefoucauld] une grosse fièvre, une oppression, une goutte remontée ; enfin c'était une pitié Mme de Sévigné, 13 mars, 1680
        • Pour moi, je ne dors plus ; aussi je deviens maigre, C'est pitié Racine, Plaid. I, 1
        • C'est grand'pitié quand le valet chasse le maître [paroles du président de Harlay aux ligueurs] Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 80, dans POUGENS
      • C'est grande pitié, c'est grand'pitié que de nous, c'est-à-dire la condition humaine est sujette à beaucoup de misères.

  2. 2Pitié, se dit quelquefois en un sens où il entre quelque mépris.

    • Elle en eut pitié, mais de cette sorte de pitié qui porte au mépris, et qui ramène aussitôt après à la colère Retz, Mém. t. II, liv. III, p. 490, dans POUGENS
    • Regarder, parler, traiter avec une pitié offensante, insultante, avec une apparence de pitié mêlée à des marques de mépris.

    • C'est pitié, c'est une pitié, cela excite un certain dédain, fait hausser les épaules.

    • Il se dit au pluriel dans le même sens.

    • Avoir pitié, se dit en un sens de dédain.

      • Combien vous aurez pitié de moi ! que mes éternelles inquiétudes vous paraîtront misérables ! Chateaubriand, René.
    • Regarder en pitié, avoir du dédain pour.

    • Faire pitié, exciter une pitié mêlée de dédain.

      • Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite,Si je t'abandonnais à ton peu de mérite Corneille, Cinna, v, 1
      • Don Manrique : à tant de beaux exploits rendez cette justice, Et de notre pitié secondez l'artifice. - Carlos : Je suis bien malheureux, si je vous fais pitié Corneille, Don Sanche, v, 5
      • Vous me faites pitié ; faut-il vous expliquer cela davantage ? Pascal, Prov. XVI
      • Vous me faites pitié de nous demander des oranges ; c'est une étrange dégradation que de les voir gelées en Provence Mme de Sévigné, 13 déc. 1679
      • Leur ignorance [des Syracusains touchant la sépulture d'Archimède] fit pitié à Cicéron, et ne servit qu'à allumer encore davantage le désir qu'il avait de faire cette découverte Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. X, p. 101, dans POUGENS
      • Ces Parisiens qui n'ont jamais perdu de vue le dôme des Invalides, font pitié, ma parole d'honneur CH. DE BERNARD, la Femme de 40 ans, § 7
    • Raisonner, chanter à faire pitié, très mal.

    • Quelle pitié ! c'est-à-dire que la chose mérite de dédain !

      • Quelle pitié de voir que M. Bayle, un si beau génie, se plaise à déterrer les plus méprisables brochures.... D'OLIVET, Hist. Acad. t. II, p. 203, dans POUGENS
      • Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée ? quelle pitié ! J.-J. Rousseau, Émile, II
    • Quelle pitié ! c'est-à-dire quelle chose inexcusable !

      • Ah ! mon Dieu, madame, vous voilà toute seule ? quelle pitié est-ce là ? toute seule ! Molière, Comtesse d'Esc. 2
    • De pitié, avec un sentiment de dédain.

Synonymes

PITIÉ, COMPASSION. Ces deux mots se rapportent à un même mode de l'âme. Ce qui les distingue, c'est que pitié exprime plus particulièrement la qualité, la vertu, et compassion le sentiment, Aussi, pour peu qu'on personnifie, c'est de pitié que l'on se sert, et non de compassion ; et, dans la fable, quand le roseau dit au chêne : Votre compassion part d'un bon naturel, c'est compassion qui convient et non pitié.

Proverbes

Guerre et pitié ne s'accordent pas ensemble, c'est-à-dire à la guerre on n'est pas touché de pitié, et même il n'est pas sûr de l'être. Il vaut mieux faire envie que pitié.

Étymologie

Bourg. pidié ; prov. pietat, piatat, pitat, pidat; espagn. Piedad; portug. pidade ; ital. pietà ; du lat. pietatem. Le sens de piété a, par une analogie facile, passé, dans les langues romanes, à celui de pitié. Au reste, en quelques textes les deux sens se confondent.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander