Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

place dans le Littré

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1place s. f. (pla-s')

  1. 1Espace, lieu public découvert et environné de bâtiments (ce qui est le sens étymologique).

    • Aristarque se transporte dans la place avec un héraut et un trompette ; celui-ci commence, toute la multitude accourt et se rassemble La Bruyère, IX.
    • Après avoir fait achever le pont Neuf, commencé sous Henri III.... il [Henri IV] fit bâtir la place Royale sur l'emplacement de l'hôtel des Tournelles, et la place Dauphine sur deux petites îles qu'on joignit ensemble SAINT-FOIX, Ess. Paris, Œuvr. t. III, p. 17, dans POUGENS
    • On dit dans le même sens : place publique.

    • Dévots de place, hypocrites qui font parade de leur dévotion comme sur une place.

    • Place de fiacres, de cabriolets, endroit où stationnent les voitures à l'usage du public. La tête, la fin de la place. Une voiture de place. Un cabriolet de place.

  2. 2Place marchande, place commode pour vendre de la marchandise.

    • Être en place marchande, être dans une place où l'on peut bien vendre, et fig. Être dans un lieu où l'on ne peut manquer d'être vu.

    • Fig. Nous ne sommes pas en place marchande, nous ne sommes pas en lieu convenable pour traiter d'affaires.

  3. 3Place d'armes, terrain libre et spacieux où s'assemble la garnison d'une ville de guerre.

    • Se dit aussi, dans un camp, du lieu où la troupe campée vient s'assembler.

    • Place d'armes d'une attaque ou d'une tranchée, poste où on loge de la cavalerie et de l'infanterie pour s'opposer aux sorties de la garnison et favoriser le travail des tranchées.

    • Place d'armes d'un fossé sec, espèce de chemin couvert qui en traverse toute la largeur.

    • Places d'armes du chemin couvert, espaces pratiqués à ses angles saillants et rentrants pour assembler les soldats.

    • Places basses, les casemates et les flancs de bastion qui défendent le fossé et la courtine.

    • Place d'armes se dit aussi d'une ville frontière où est le dépôt principal des vivres, des munitions, etc.

    • Terme de marine.

      • Dans les anciens navires, place d'armes, partie du gaillard d'arrière comprise entre le grand mât et l'entrée de la dunette, où était le corps de garde JAL
  4. 4En général, lieu découvert, espace libre.

    • Les lieux où des feux étaient allumés et les bêtes déchaînées, s'appelaient, en la langue de la primitive Église, la place où l'on donne les couronnes Guez de Balzac, Socr. chrét. III
    • Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces ? Corneille, Hor. V, 3
    • Je me représente la vaste enceinte des sciences, comme un grand terrain parsemé de places obscures et de places éclairées Diderot, Interprét. de la nat. n° 14
    • Sur la place, à terre, par terre. Un coup de bâton l'étendit sur la place.

      • Il fallait à la justice divine un nombre infini de victimes ; elle voulait voir onze cent mille hommes couchés sur la place, dans le siége d'une seule ville [de Jérusalem par Titus] Bossuet, Sermons, Bonté et rigueur de Dieu, 2
    • On dit quelquefois dans le même sens : au milieu de la place. Cela est tombé au milieu de la place.

    • Demeurer, rester sur la place, être jeté à terre et y rester étendu, mort ou non.

    • Fig. Demeurer sur la place, avoir le dessous.

      • Enfin, mon cher maître, voilà la bataille engagée, et le signal donné : il faut que Shakspeare ou Racine demeure sur la place D'ALEMBERT, Lett. à Voltaire, 20 août 1776
    • Par la place, à terre, par terre.

      • À certains endroits vous jetterez le livre [du P. Maimbourg] par la place SÉVIGNÉ, 1er déc. 1675
    • Terme d'eaux et forêts. Places vaines et vagues, terrains qui ne produisent rien ; vides d'une grande étendue dans une forêt. Place vide, clairière absolument sans bois.

    • Terme de manége. Endroit où on se trouve étant à cheval. Arrêter sur la place ou sur place.

    • Espace qui est entre deux poteaux dans une écurie, pour loger un cheval.

  5. 5Espace qu'occupe ou que peut occuper une personne. Une place au parterre, dans un wagon, etc. Je n'ai pu trouver de place, trouver place au concert. Faites-moi une petite place auprès de vous. Il me gardait une place. J'ai payé votre place.

    • Carlos, voulant s'asseoir parmi les comtes, et empêché par Don Manrique : J'ai vu la place vide, et cru la bien remplir. - Don Manrique : Un soldat bien remplir une place de comte ! Corneille, Don Sanche, I, 3
    • Mien, tien : c'est là ma place ou soleil ; voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre Pascal, Pens. VI, 50, éd. HAVET.
    • Je pense qu'elle [Mme de Gèvres] s'attendait que je lui dusse offrir ma place ; ma foi, je lui devais une incivilité de l'autre jour ; je la lui payai comptant, et ne branlai pas SÉVIGNÉ, 27
    • Mme Scarron se souvint avec combien d'esprit vous aviez soutenu autrefois une mauvaise cause, à la même place et sur le même tapis où nous étions SÉVIGNÉ, 6 janv. 1672
    • La mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Elle va descendre à ces sombres lieux.... avec ces rois et ces princes anéantis, parmi lesquels à peine peut-on la placer, tant les rangs y sont pressés, tant la mort est prompte à remplir ces places Bossuet, ib.
    • L'infidèle s'est vu partout envelopper,Et je n'ai pu trouver de place pour frapper Racine, Andr. V, 3
    • Il se met le premier à table et dans la première place La Bruyère, V
    • Il [Giton, le riche] occupe à table et à la promenade plus de place qu'un autre La Bruyère, VI
    • Il [Phédon, le pauvre] n'occupe point de lieu, il ne tient point de place, il va les épaules serrées La Bruyère, ib.
    • Fig. Tenir une grande place, être un personnage considérable.

      • Le voilà donc mort, ce grand ministre [Louvois], cet homme si considérable, qui tenait une si grande place, dont le moi, comme dit M. Nicole, était si étendu Mme de Sévigné, 26 juillet 1691
    • Il est aujourd'hui la Saint-Lambert, qui quitte sa place la perd (voy. LAMBERT).

    • Prendre place, s'asseoir.

      • Mes enfants, prenez place CORNEILLE, Rodog. II, 3
      • À la table d'Esther l'insolent près du roi A déjà pris sa place Racine, Esth. III, 3
    • Demeurer en place, ne pas bouger.

    • Ne pas tenir en place, aimer à voyager.

    • Ne pas tenir en place, s'agiter, marcher, par impatience ou par allégresse.

      • Non, j'entendrai debout ; vous savez qu'en parlant je ne saurais tenir en place Beaumarchais, Mère coupable, IV, 13
      • Je ne tiens pas en place, je me sens heureux et léger PICARD, Vieille tante, IV, 1
    • La place n'est pas tenable, on ne saurait y demeurer sans y souffrir.

    • Tenir la place de, occuper la place.

      • Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place Pascal, Prov. X
      • À ce Christ, à cet homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin, la place de la vérité Bossuet, Hist. II, 6
    • Faire place à quelqu'un, se ranger afin qu'il passe ; lui donner une place auprès de soi ou lui céder celle qu'on occupe.

      • Tyran, descends du trône et fais place à ton maître Corneille, Héracl. I, 2
      • À ces mots La médiocrité revient ; on lui fait place La Fontaine, Fabl. VII, 6
      • Allons, mon gentilhomme, une superbe audace ! Un train de roi ! cet air qui dit : faites-moi place ! C. DELAVIGNE, les Enfants d'Édouard, II, 3
    • Faire place, céder.

      • Tout fit place à mes armes RACINE, Bérén. II, 2
    • Faire faire place, faire écarter la foule.

      • Dorus passe en litière par la voie Appienne, précédé de ses affranchis et de ses esclaves, qui détournent le peuple et font faire place La Bruyère, VI
    • Se faire place, écarter, pour passer, ceux qu'on a devant soi.

    • Quitter la place, céder la place, se retirer.

    • Place, place ! rangez-vous, laissez passer.

    • En place, loc. elliptique, pour : restez en place, ou remettez-vous en place. En place les danseurs. On dit dans le même sens : à vos places.

    • Faire place nette, vider le logement qu'on occupait dans une maison.

    • À la place de, au lieu de.

      • Et qui des rois, hélas ! heureux petit moineau,Ne voudrait être en votre place ! Molière, Mélicerte, I, 5
      • La Garde veut toujours que, si M. de Grignan ne vient pas, vous veniez à sa place Mme de Sévigné, 15 déc. 1673
      • Et toujours la créature adorée à la place du créateur Bossuet, Hist. II, 12
      • La loi se met à la place de celui qui est offensé, et demande pour lui la satisfaction que, dans un moment de sang-froid, il aurait demandée lui-même Montesquieu, XXX, 19
    • Fig. Se mettre en ou à la place de quelqu'un, se supposer dans l'état, la situation où il se trouve. On dit dans un sens analogue : mettre en la place de.

      • Mettez-vous en ma place, représentez-vous les circonstances.... et dites-moi votre avis Mme de Sévigné, 7 févr. 1689
      • Il se mettait volontiers en la place des autres, ce qui produit l'équité et l'indulgence Fontenelle, Boerhaave.
      • Il n'est pas dans le cœur humain de se mettre à la place des gens qui sont plus heureux que nous, mais seulement de ceux qui sont plus à plaindre J.-J. Rousseau, Émile, IV
      • Figaro : On fait comme on peut : mettez-vous à ma place. - Bartholo : Me mettre à votre place ! ah ! parbleu, je dirais de belles sottises BEAUMARCHAIS, le Barb. de Sév. III, 5
      • Que la compassion soit un retour vers nous-mêmes qui nous mette en la place des malheureux La Bruyère, IV
    • À la place de, en supposant qu'on fût dans la position de celui dont il s'agit.

      • Je n'ai rien fait, monsieur, que vous n'eussiez fait à ma place Molière, Festin, III, 5
      • À votre place, je prendrais mon parti, j'abandonnerais tout ce tripotage TH. LECLERCQ, Prov. t. IV, p. 259, dans POUGENS
    • On dit, dans un sens analogue : être dans la place de quelqu'un.

      • Si j'étais dans votre place, je ne jouerais plus Hamilton, Gram. 3
    • Je ne voudrais pas être à sa place, se dit de quelqu'un qui est dans une situation embarrassante, ou menacé de quelque événement fâcheux.

    • Fig être en place de, être à même de.

      • Vous qui êtes en place de sentir ces désagréments Mme de Sévigné, 18 janv. 1690
    • En termes de pratique, subroger quelqu'un en son lieu et place.

  6. 6Espace qu'occupe ou que peut occuper une chose. Ranger chaque chose à sa place, en sa place. Changer des meubles de place. C'était là la place de sa maison. Il n'y a pas de place ici pour tous ces livres. La place d'une blessure.

    • En termes d'architecture, emplacement, lieu propre pour bâtir.

    • En place, dans la place qui est destinée à un objet.

      • Il faut voir les choses en place LAMOTTE, Fabl. I, 15
    • Fig. Tenir une grande place, se dit des choses qui prennent une grande part du temps ou de l'intérêt.

      • Recevoir des lettres, y faire réponse, tient une grande place dans notre vie Mme de Sévigné, 582
    • Tenir place de quelque chose, en être l'équivalent.

      • C'est une chose étrange qu'il n'y ait rien dans la nature qui n'ait été capable de lui [à l'homme] en tenir la place [de Dieu] : astres, ciel, terre, élément, plantes, choux.... Pascal, Pens. VIII, 2
    • Faire place, être substitué à.

    • Faire place, passer après.

      • Tout fait place à ce commerce [de lettres] Mme de Sévigné, 192
    • Prendre la place de, succéder à.

      • La mort ne l'a point changée, si ce n'est qu'une immortelle beauté a pris la place d'une beauté changeante et mortelle Bossuet, Mar.-Thér.
    • Fig. Un esprit hors de sa place, se dit d'un esprit troublé d'une façon quelconque.

      • J'ai l'esprit un peu hors de sa place Mme de Sévigné, 147
      • Je me suis souvenu de l'étonnement où vous en étiez [de la mort de Madame], et comme votre esprit en était hors de sa place Mme de Sévigné, 8 juill. 1671
    • À la place de, dans le lieu occupé par.

    • Laisser place, permettre.

    • Ce fait, cette réflexion trouvera place, aura place dans l'ouvrage, il en sera fait mention.

  7. 7La situation, le rang qui convient ou appartient à une personne.

    • Les pilotes du fils d'Éson,Dont le nom jamais ne s'efface,Ont gagné la première placeEn la fable de la toison Malherbe, III, 3
    • La place de Mme de Maintenon est unique dans le monde Mme de Sévigné, 27 sept. 1684
    • Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Toutes les fois que, regardant cette grande place qu'elle remplissait si bien, vous sentirez qu'elle y manque Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Quoique le roi d'Angleterre sût que la princesse sa sœur, recherchée de tant de rois, pouvait honorer un trône, il lui vit remplir avec joie la seconde place de France, que la dignité d'un si grand royaume peut mettre en comparaison avec les premières du reste du monde Bossuet, ib.
    • J'espérais que, fuyant un indigne repos,Je prendrais quelque place entre tant de héros Racine, Baj. II, 5
    • Quand je suis dans une situation qui demande de la force et du courage, il me semble que je me trouve presque à ma place Montesquieu, Lysim.
    • Lorsque les rois de Macédoine obtinrent une place parmi les amphictyons Montesquieu, Esp. IX, 2
    • Les places que la postérité donne sont sujettes, comme les autres, aux caprices de la fortune Montesquieu, Rom. 1
    • L'homme n'est point une énigme, comme vous vous le figurez pour avoir le plaisir de la deviner ; l'homme paraît être à sa place dans la nature Voltaire, Pens. Pascal, III
    • Avoir place dans l'histoire, tenir sa place dans l'histoire, être mentionné, être célèbre dans l'histoire.

    • Cet homme n'est pas à sa place, il n'est pas dans la situation, dans l'emploi qui lui convient.

      • Chacun se plaint, nul n'est à sa place Massillon, Carême, Dégoûts.
    • Fig. Se tenir à sa place, ne pas se tenir à sa place, observer, ne pas observer les bienséances qu'exige sa condition, son état.

    • Tenir sa place, figurer convenablement, remplir un rôle convenable.

      • M. et Mme de Grignan tiendraient fort bien leur place à la cour Mme de Sévigné, 399
      • Quand l'espérance voudra se mêler à ces pensées, elle y sera la très bien venue et y tiendra sa place admirablement Mme de Sévigné, 340
    • Remettre quelqu'un à sa place, lui faire sentir qu'il s'écarte des convenances, des bienséances.

  8. 8Il se dit, dans un sens analogue, du rang donné aux choses.

    • On souffre bien des douleurs inutiles dans l'éloignement, et jamais notre joie ni notre tristesse ne sont à leur place Mme de Sévigné, 15 mars 1676
    • Quand on est si loin, on ne fait quasi rien, on ne dit quasi rien qui ne soit hors de sa place Mme de Sévigné, 6 déc. 1671
    • Cette petite nouvelle.... a paru une misère qui n'a pas tenu sa place devant la mort de M. de Turenne Mme de Sévigné, 26 août 1671
    • Un retour à la volonté de Dieu.... remet la raison à sa place et fait prendre patience Mme de Sévigné, 30 nov. 1689
    • Il faut.... que.... j'accoutume votre esprit à mettre ces événements dans leur place, sans y regarder autre chose que l'ordre des temps Bossuet, Hist. Dessein génér.
    • Malherbe.... D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir Boileau, Art p. I
    • Les belles choses le sont moins hors de leur place La Bruyère, XIV
    • Être à sa place, se dit d'une chose qui est dans de justes convenances.

      • Je ne suis point blessée de toutes les choses qui sont à leur place Mme de Sévigné, 11 nov. 1671
      • Rien n'est plus à sa place que d'être protégée par un gendre Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 15 déc. 1715
      • C'est en ce moment que la réserve et la gravité sont à leur place J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Cela n'est pas tout à fait à sa place, se dit, par adoucissement, d'une action, d'une parole manquant de convenance.

      • Je ne sais s'il était à sa place de permettre sur le théâtre français de couvrir de ridicule des esprits qui font assurément honneur à la nation Mme DE PUISIEUX, Ridic. à la mode, p. 292, dans POUGENS
  9. 9Fig. Place se dit de l'intérêt, de l'attachement, de l'estime, de l'amour qui occupent l'esprit, le cœur. Ne me refusez pas une place dans votre amitié.

    • Obtenir une place dans le cœur, dans l'estime de quelqu'un, être aimé, estimé de lui.

  10. 10Dignité, fonction, charge, emploi.

    • Une si haute place Corneille, Cinna, I, 1
    • Richelieu sembla montrer son successeur à la France ; et Mazarin s'avançait secrètement à la première place Bossuet, le Tellier.
    • Est-on, disait-il, dans les places pour se reposer et pour y vivre ? ne doit-on pas sa vie à Dieu, au prince et à l'État ? Bossuet, ib.
    • M. de Colbert est mort, et M. le président Pelletier va remplir sa place Mme de Maintenon, Lett. à M. d'Aubigné, 7 sept. 1683
    • L'on se présente pour les charges de ville, l'on postule une place dans l'Académie française La Bruyère, VIII
    • On pensa à moi pour une place ; mais, par malheur, j'y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint Beaumarchais, Mar. de Fig. v, 3
    • Prendre la place de, s'emparer de la dignité de.

    • On dit dans un sens analogue : se mettre en la place de.

    • Prendre la place de, succéder à, remplacer.

    • Mettre à la place de, remplacer par.

      • Asdrubal mourut, et Annibal, quoiqu'il n'eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place Bossuet, Hist. I, 8
    • Les grandes places, les hauts emplois dans le gouvernement.

      • Il avait appris d'un politique philosophe, que les grandes places sont comme les rochers escarpés, qu'il n'y a que les aigles et les reptiles qui y parviennent D'Alembert, Éloges, l'abbé de Choisy.
      • L'habitude des affaires apprend à mal penser des hommes ; et cette mauvaise opinion de l'humanité est un malheur attaché aux grandes places Condorcet, Maurepas.
    • Un homme en place, un homme qui exerce un emploi important dans l'administration.

      • Il faut plaire aux femmes et aux hommes en place, se mêler des plaisirs et des affaires VAUVENARGUES, Max. LX.
      • Les gens en place sont, au fond, beaucoup plus modestes qu'on ne le croit ; car ils supposent toujours que les louanges qu'on leur donne sont intéressées Mme de Genlis, Mlle de la Fayette, p. 190, dans POUGENS
    • Être en place, être dans un emploi, dans une charge qui donne de l'autorité, de la considération.

      • On dit : être en place, depuis que M. un tel est en place, pour dire : depuis qu'il est pourvu de quelque emploi qui lui donne de l'autorité ou du crédit ; toutes ces nouvelles façons de parler sont bonnes CAILLIÈRES, Mots à la mode, Convers. I
    • Rester en place, conserver son emploi.

    • Perdre sa place, être destitué.

    • Être sans place, n'avoir point d'emploi.

    • Être hors de place, avoir été dépouillé de son emploi.

  11. 11Place se dit d'un domestique en service. Être en place. Une bonne place. être sans place.

  12. 12Terme de collége. Rang qu'un élève obtient par sa composition. On a donné les places ; il est le premier.

    • Une bonne place, une place parmi les premiers. Cet élève a toujours de bonnes places.

  13. 13Le lieu du change, de la banque ; l'endroit où les négociants s'assemblent pour y traiter les affaires de leur commerce.

    • Ils [des financiers] étaient des plus riches et pécunieux de la place Mém. duc d'Orl. depuis 1608, p. 137, dans LACURNE
    • Après vingt ans entiers qu'on me débite dans la place [qu'on vend mes ouvrages] La Bruyère, XII
    • Il y avait, ce jour-là, de compte fait, cinquante trois religions sur la place [la bourse d'Amsterdam], en comptant les arméniens et les jansénistes ; on fit pour cinquante-trois millions d'affaires le plus paisiblement du monde Voltaire, Facéties, Pot-pourri, 5
    • Avoir du crédit sur la place, avoir du crédit parmi les gens de banque, de commerce d'une ville.

      • Je crois que sa fortune et la vôtre sont toutes faites, et son papier a sur la place un crédit.... Dancourt, les Agiot. III, 6
    • Jour de place, un des jours où les négociants d'une ville ont coutume de s'assembler.

    • Faire la place, se dit d'un commis qui va dans toute une ville offrir les marchandises de son patron aux autres commerçants, ou conclure des traités avec eux.

    • Par extension, place, tout le corps des négociants, des banquiers d'une ville. Cette grande faillite a mis la place en émoi.

  14. 14Place se dit d'une ville, d'une localité.

    • M. de Rével est parti ce matin pour aller voir Brest, qui est présentement la plus belle place qu'on puisse voir Mme de Sévigné, 569
  15. 15Place forte ou place fortifiée, ou, simplement, place, ville défendue, protégée par des remparts capables de soutenir un siége.

    • Les ordres avaient été donnés au connétable Wrangel pour entrer dans les États de l'électeur de Brandebourg, et même pour aller droit à Berlin, qui n'est pas une place de grande défense PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 211, dans POUGENS
    • Elle assiége et prend d'assaut une place considérable Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Le prince, par son campement, avait mis en sûreté non-seulement toute notre frontière et toutes nos places, mais encore tous nos soldats : il veille, et c'est assez Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Elle trahit mon père, et remit aux RomainsLa place et les trésors confiés à ses soins Racine, Mithr. I, 1
    • Louvois voulait que tout fût place et garnison ; c'était là son génie, c'était aussi le goût du roi Voltaire, Louis XIV, 11
    • Il [Louis XIV] construisit ou répara cent cinquante places de guerre Voltaire, ib. 29
    • Cohorn et Vauban ouvrirent les yeux à l'Europe sur l'art de défendre, mais surtout d'attaquer les places Raynal, Hist. phil. XIX, 4
    • Fig.

      • Enfin cette beauté m'a la place rendue Malherbe, V. 4
      • Je sens qu'elle chancelle et défend mal la place Corneille, Hor. II, 5
      • Ouvrez mon cœur, Seigneur ; entrez dans cette place rebelle que les vices ont occupée Pascal, Prière.
      • Je suis fort aise, comme vous, de la diversion que la goutte fait aux entrailles de M. de Grignan ; Dieu conserve le dedans de cette place, et empêche les dehors d'être si terriblement insultés ! Mme de Sévigné, 5 oct. 1689
      • En remontant des phénomènes les plus sensibles par une exacte analyse de tous les dehors de la nature, je me flatte de parvenir bien plus sûrement au corps intérieur de la place LE P. CASTEL, dans Mém. de Trévoux, 1725, t. I, p. 296
  16. 16Ustensile de fer enfoncé par le pied dans un gros bloc de bois, qui sert comme d'établi au cloutier pour fabriquer les clous.

  17. 17Place de commerce, ville où se font beaucoup d'affaires commerciales.

Étymologie

Picard, plache ; bourg. plaice ; provenç. plassa ; esp. plaza ; port. praça ; ital. piazza ; du lat. platea, place publique, lequel vient du grec πλατεῖα, féminin de πλατὺς, large (comparez PLAT).

2placé, ée part. passé (pla-sé, sée)

  1. 1Mis dans un certain lieu, dans une certaine place.

  2. 2Déposé de manière à produire intérêt ou rente, en parlant de l'argent.

    • Mon bien est solidement placé sur le receveur général des finances de Ninive, j'ai de quoi vivre dans l'indépendance Voltaire, Memnon.
  3. 3Fig. Mis, en parlant des personnes, en des choses que l'on compare à un lieu, à une place.

    • Un souverain placé sur le trône, ou par des conjurés, ou par des rebelles Diderot, Claude et Nér. I, 73
    • Placé dans un temps de calme et sous des règnes modérés, la fortune lui refusa et ses hautes faveurs, et ses rigueurs extrêmes Marmontel, Mém. X
    • C'est un homme qui serait placé partout, bien placé partout, c'est un homme fait pour être bien reçu dans les meilleures sociétés, et aussi un homme qu'on pourrait élever à des emplois importants.

    • Il se dit en un sens analogue en parlant des choses.

      • Ne trouvez-vous pas que Dieu prend toujours le parti du roi, et que rien ne pouvait être ni plus glorieux à la réputation de ses armes, ni mieux placé que cette victoire [de Fleurus] ? Mme de Sévigné, 12 juill. 1690
      • Un voyage d'une longueur ridicule, placé dans le milieu du vôtre Mme de Sévigné, 22 avr. 1671
      • Ce mot tâter fait ici un très bel effet ; car il n'y a guère de mot qui, étant heureusement placé, ne puisse contribuer au sublime Voltaire, Comm. Corn. rem. Sertor. III, 2
  4. 4Avoir le corps bien placé, la poitrine, les épaules bien placées, les avoir dans la position où il convient.

    • Terme de manége. Cheval bien placé, celui dont le front tombe perpendiculairement sur le bas du nez.

    • Être placé à cheval, y être bien installé.

  5. 5Fig. Avoir le cœur bien placé, mal placé, avoir des sentiments honnêtes, en être dépourvu.

  6. 6Bien placé, mal placé, se dit aussi de ce dont on fait un bon, un mauvais emploi.

    • Zoon plaisait aux yeux ; mais ce n'est pas assez ; Son peu d'esprit, son humeur sombre Rendaient ses talents mal placés La Fontaine, Filles de Minée.
    • Convenable.

      • Je ne lui ai jamais rien entendu dire qui ne fût bien placé et dit de bon goût Marivaux, Marianne, 5e part.
    • Assez placé, assez convenable.

      • Il eût été assez placé que le Kain ou Mlle Clairon eût présenté l'ouvrage [Tancrède à Mme de Pompadour] Voltaire, Lett. d'Argental, 15 avr. 1761
    • Cela n'est pas bien placé, se dit d'une chose que l'on désapprouve comme peu convenable.

  7. 7Terme de turf. Un cheval est placé, quand il n'est distancé par le gagnant que de quelques longueurs ; dans le cas contraire, il n'est pas placé.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander