Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pleurer dans le Littré

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pleurer v. n. (pleu-ré ; Chifflet, Gramm. p. 98, recommande de ne pas dire plorer)

  1. 1Répandre des larmes.

    • Pleurer de, avec un substantif.

    • Pleurer de, avec un verbe à l'infinitif.

    • Pleurer sur, déplorer.

      • Il [Jésus] les avertit [les femmes de Jérusalem] de pleurer et de ne pas pleurer ; de ne pas pleurer sur lui, qui par sa mort allait être glorifié, mais de pleurer sur elles-mêmes et sur leurs enfants Bourdaloue, Myst. Passion de J. C. t. I, p. 242
      • [Monime] pleurant sur cette malheureuse beauté qui, au lieu d'un mari, lui avait donné un maître Rollin, Hist. anc. Œuv. t. x, p. 199, dans POUGENS
      • C'est une espèce d'Héraclite chrétien, toujours prêt à pleurer sur la folie de ses semblables Diderot, Mém. t. I, p. 91, dans POUGENS
    • Pleurer comme un enfant, pleurer abondamment et facilement comme fait un enfant.

      • Mais enfin, me remettant devant les yeux ce que je devais à son père et à son frère, je n'eus recours qu'à mes larmes : je pleurai comme un enfant Scarron, Rom. com. I, 15
    • Pleurer comme une Madeleine, pleurer avec effusion.

    • Familièrement. Pleurer comme un veau, comme une vache, pleurer excessivement.

    • On dirait qu'il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau, etc. se dit d'un homme qui a un habit écourté, un chapeau trop petit.

    • Il ne lui reste, on ne lui a laissé que les yeux pour pleurer, il a tout perdu, on lui a tout pris.

    • Il pleure d'un œil et rit de l'autre, se dit d'un homme incertain entre deux sentiments opposés.

      • Il pleure d'un œil et il rit de l'autre La Bruyère, VIII
    • Jean qui pleure et Jean qui rit, homme qui se laisse aller aux sentiments les plus opposés d'un instant à l'autre ; c'est le titre d'un poëme de Voltaire, où l'auteur montre qu'il y a dans le monde de quoi se réjouir et de quoi s'affliger.

  2. 2S. m. Le pleurer.

    • En quoi consiste le rire et le pleurer Descartes, L'homme.
    • En cet endroit où il [Homère] fait pleurer Achille et Priam, l'un du souvenir de Patrocle, l'autre de la mort du dernier de ses enfants, il dit qu'ils se soûlent de ce plaisir, il les fait jouir du pleurer comme si c'était quelque chose de délicieux La Fontaine, Psyché, I, p. 96
  3. 3Pleurer se dit des larmes provoquées par quelque chose d'âcre. Les yeux pleurent quand on pèle de l'oignon, quand on est exposé à la fumée.

    • Les yeux lui pleurent, ses yeux pleurent, se dit de quelqu'un qui a une incommodité qui fait que les larmes coulent sans cesse de l'œil.

  4. 4Il se dit du cerf.

  5. 5La vigne pleure, il dégoutte de l'eau de son bois.

  6. 6Poétiquement. Se dit du saule pleureur dont les branches semblent pleurer.

  7. 7V. a. Pleurer quelqu'un, s'affliger de la perte, de la mort, du malheur de quelqu'un.

    • Cherchez avec soin et faites venir les femmes qui pleurent les morts, envoyez à celles qui y sont les plus habiles Saci, Bible. Jérémie, IX, 17
    • Mme de Bersillac est à l'agonie.... elle est mal pleurée ; le père et le mari voudraient qu'elle fût déjà sous terre Mme de Sévigné, 24 janv. 1680
    • Et vous, messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu [pendant l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, sa mère], qu'elle dût sitôt vous y rassembler pour la pleurer elle-même ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Il perd son fils unique.... il remet sur d'autres le soin de le pleurer, il dit : Mon fils est mort, cela fera mourir sa mère La Bruyère, XI
    • Il faut pleurer les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort Montesquieu, Lett. pers. XL.
    • Drusille, à qui il [Caligula] accorda les honneurs divins, étant morte, c'était un crime de la pleurer, parce qu'elle était déesse, et de ne la pas pleurer parce qu'elle était sa sœur Montesquieu, Rom. 15
    • Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme Lamartine, Méd. I, 14
    • Familièrement. On ne l'a pleuré que d'un œil, il n'a été regretté qu'en apparence.

  8. 8Il se dit des choses regrettées.

    • Ce malheur devrait être pleuré avec des larmes de sang, en larmes de sang, c'est-à-dire il devrait causer la plus vive douleur.

    • Pleurer ses péchés, ses fautes, s'affliger profondément de les avoir commis.

      • En déplorant vainement les fautes qui ont ruiné nos affaires, une meilleure réflexion nous apprend à déplorer celles qui ont perdu notre éternité, avec cette singulière consolation qu'on les répare quand on les pleure Bossuet, Reine d'Anglet.
      • Si, dans le moment que vous pleurez votre péché, vous n'en voulez pas retrancher l'occasion Bourdaloue, Pénitence, 2e avent, p. 476
      • Les crimes que vous viendrez pleurer aux pieds des ministres Massillon, Carême, Jeûne.
    • Dans le langage biblique, pleurer sa virginité, se dit d'une jeune fille qui pleure de mourir avant d'avoir été mariée.

      • Laissez-moi [la fille de Jephté] sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes Saci, Bible, Juges, XI, 37
  9. 9Familièrement. Il pleure le pain qu'il mange, se dit d'un avare qui regrette la nourriture qu'il prend.

  10. 10Pleurer une larme, verser quelques larmes.

  11. 11Se pleurer, v. réfl. Verser des pleurs sur soi-même.

Étymologie

Wallon, ploré ; génev. pleurer la nourriture à quelqu'un, la lui reprocher, la lui plaindre ; provenç. plorar ; espagn. llorar ; portug. chorar ; ital. plorare ; du lat. plorare, qui signifie verser abondamment des larmes, et que Curtius, n° 369, rattache à pluere, pleuvoir.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander