Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

poison dans le Littré

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poison s. m. (poi-zon)

  1. 1Nom générique de toutes les substances qui, introduites dans l'économie animale, soit par l'absorption cutanée, soit par la respiration, soit par les voies digestives, agissent d'une manière assez nuisible sur le tissu des organes, pour compromettre la vie ou déterminer très promptement la mort (voy. VENIN).

    • Cour des poisons, chambre royale établie à l'Arsenal en 1679, pour connaître et juger les crimes d'empoisonnement, maléfice, sacrilège et fausse monnaie.

    • Terme de pratique. Crime d'empoisonnement. Accusation de poison.

  2. 2Par exagération, breuvage, nourriture de mauvaise qualité.

  3. 3Fig. Maxime pernicieuse, discours, écrit corrupteur.

    • Et si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons, Elle y pourra semer de dangereux poisons Corneille, Sertor. IV, 3
    • Il répand tant de poison dans ses discours Bossuet, Var. 9
    • Des poisons qu'un flatteur distille,C'était à qui le nourrirait Béranger, Étoiles qui f.
    • Qui dit pamphlet dit un écrit tout plein de poison. -De poison ?, -Oui, monsieur, et du plus détestable, sans quoi on ne le lirait pas, s'il n'y avait du poison ; non, le monde est ainsi fait ; on aime le poison dans tout ce qui s'imprime Paul-Louis Courier, Pamphlet des pamphlets
    • Le poison de l'hérésie, les dogmes des hérétiques.

  4. 4Fig. Tout ce qui trouble la raison, agite le cœur.

    • La crainte, le regret, le déplaisir et tout ce qu'il y a de poisons froids dans l'amour Voiture, Œuv. t. II, p. 10, dans POUGENS
    • Enfin, je fis du poison de tout, et je vins voir Bélasire, plus désespéré et plus en colère que je ne l'avais jamais été LA FAY., Zayde, Œuv. t. I, p. 214, dans POUGENS
    • C'est un poison pour vous que la tristesse, et c'est la source des vapeurs Mme de Sévigné, à Bussy, 9 oct. 1675
    • L'orgueil, qui est presque inséparable de la faveur, est un poison pénétrant et subtil qui se glisse insensiblement dans l'âme des grands Fléchier, Mme de Montausier.
    • D'un regard enchanteur connaît-il le poison ? Racine, Brit. II, 2
    • Quel funeste poisonL'amour a répandu sur toute sa maison ! Racine, Phèdre, III, 6
    • Tout le reste n'a servi qu'à augmenter le poison qui brûle déjà dans mon cœur Fénelon, Tél. IV
    • Défiez-vous de ces douces paroles ; ne lui ouvrez jamais votre cœur ; craignez le poison flatteur de ses louanges Fénelon, ib.
    • Quand ils [les princes] n'ont jamais goûté que le doux poison des prospérités, ils se croient des dieux, ils veulent que les montagnes s'aplanissent pour les contenter Fénelon, ib. XXIV
    • De quel poison charmant je me sens pénétré ! Voltaire, Samson, III, 3
    • Heureux.... Pour qui les yeux n'ont point de suave poison ! André Chénier, Élégies, 15
  5. 5Au féminin, dans le langage le plus trivial, une femme, une fille mauvaise comme du poison. Ampère raconte qu'il entendit une Canadienne qui appelait son enfant, dire : As-tu vu cette poison d'enfant ?

Remarque

Poison était autrefois féminin, comme le veut l'étymologie ; Malherbe lui a encore donné ce genre : César assiégeant Corfinium, Domitius, qui était dedans, commanda à un qui était son serviteur et son médecin tout ensemble de lui donner de la poison, le Traité des bienf. de Sénèque, III, 24. Ce genre se conserve dans la bouche du peuple.

Étymologie

Prov. poizo, poyzon ; espagn. pocion ; ital. pozione ; du lat. potionem, potion (voy. ce mot). Poison n'a signifié d'abord qu'un breuvage, puis, à la longue, s'est particularisé et a signifié un breuvage malfaisant. Le genre, qui naturellement était féminin, a changé vers le XVIe siècle.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander