Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

porte dans le Littré

3 articles· 126 citations· rimes· synonymes

1porte s. f. (por-t')

  1. 1Ouverture pratiquée dans les murs d'une ville, pour y entrer et en sortir (ce qui est le sens propre du latin porta).

    • Thèbes le pouvait disputer aux plus belles villes de l'univers ; ses cent portes chantées par Homère sont connues de tout le monde Bossuet, Hist. III, 3
    • Il ne faut qu'ouvrir l'Écriture, pour trouver partout que la puissance publique paraissait aux portes des villes, où se tenaient les conseils et se prononçaient les jugements Bossuet, 2e instr. sur les prom. de l'Église, 40
    • Dès que Darius se vit en possession de Babylone, il fit enlever les cent portes et abattre les murailles de cette superbe ville, pour la mettre hors d'état de se révolter dans la suite Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. III, p. 73, dans POUGENS
    • Un étranger né à Mynde voulut savoir comment il [Diogène] avait trouvé cette ville : j'ai conseillé aux habitants, répondit-il, d'en fermer les portes, de peur qu'elle ne s'enfuie. C'est qu'en effet cette ville, qui est très petite, a de très grandes portes Barthélemy, Anach. ch. 28
  2. 2Ouverture faite pour entrer dans un lieu fermé et pour en sortir. La baie, le seuil d'une porte. Percer une porte dans un mur.

    • Entrez dans cette porte et laissez-vous conduire Molière, École des femmes, v, 3
    • L'un est un bon marchand à grand'porte cochère, Où l'étoffe par aune est d'un écu plus chère BOURSAULT, Mots à la mode, sc. 4
    • Qui pourrait le croire ? les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d'élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d'eux ce changement Montesquieu, Lett. pers. 99
    • Mettre quelqu'un à la porte, le chasser de chez soi.

      • On me mit à la porte avec un peu plus de vingt francs en petite monnaie qu'avait produits ma quête J.-J. Rousseau, Confess. II
    • Mettre un domestique à la porte, le congédier avec mécontentement.

    • Familièrement. Prendre, gagner la porte, se retirer, s'échapper.

    • Prenez-moi la porte, et bien vite, sortez d'ici au plus tôt.

    • On dit dans le même sens : passez la porte, passez-moi la porte, enfilez-moi la porte bien vite.

    • Être à la porte, être mis dehors.

    • À la porte, en entrant.

    • Familièrement. Être logé à la porte de quelqu'un, avoir une habitation voisine de la sienne.

    • Fig.

      • Cette mort qui est peut-être à la porte Massillon, Carême, Mort.
      • Serez-vous toujours, Seigneur, à la porte de mon cœur pour en solliciter l'entrée ? Massillon, Myst. Visit.
    • On dit dans un sens analogue : il a une maison à la porte, aux portes de la ville, il a une maison qui est fort près de la ville.

    • Être à la porte, attendre la sortie de quelqu'un.

    • Être porte à porte, se dit de personnes qui logent dans des maisons contiguës.

    • Dans le langage familier, être porte à porte de quelqu'un.

      • La maréchale de Villars, qui logeait porte à porte de nous, entre chez Mme de Saint-Simon Saint-Simon, 235, 130
      • Heureusement la servante d'un vieux bon homme qui logeait au-dessous de moi se leva au bruit, courut appeler M. le châtelain, dont nous étions porte à porte J.-J. Rousseau, Conf. XI
    • Dans les couvents, faire la porte, remplir les fonctions de portier.

    • Donner la porte à quelqu'un, le faire passer devant soi par honneur.

      • Ils passent devant les uns dans leur propre maison, ils chicanent avec les autres pour éviter de leur offrir la porte CAILLIÈRES, Mots à la mode, II
    • Fig. Rentrer par une autre porte, avoir recours à un autre moyen.

      • Varangeville rentra par une autre porte et dit à Monsieur.... Mme de Sévigné, 28 août 1675
    • Fig. Par la porte et par les fenêtres, de toutes parts.

      • La fortune entre dans cette maison de Fouquet par la porte et les fenêtres GUI PATIN, Lettr. t. II, p. 428
    • Fig. Si on le chasse par la porte, il rentre par la fenêtre, se dit d'un importun dont on ne peut se défaire.

  3. 3Il se dit, par extension, des endroits de Paris où étaient anciennement les portes de l'enceinte.

    • Du faubourg Saint-Jacques à la porte de Richelieu, de la porte de Richelieu ici, d'où je dois aller encore à la Place-Royale Molière, l'Amour méd. II, 3
    • Porte se dit, à Paris, de quelques monuments en forme d'arcs de triomphe. La porte Saint-Martin.

      • Là est le dessin de la porte Saint-Denis, dont la plupart des Parisiens ne connaissent pas plus les beautés, que le nom de François Blondel, qui acheva ce monument Voltaire, Temple du Goût.
  4. 4Assemblage de bois et quelquefois de métal qui sert à fermer l'entrée d'une maison, d'une ville, d'une chambre, etc. Les vantaux, les battants d'une porte.

    • Frapper à la porte, y donner des coups avec le marteau pour se la faire ouvrir.

    • Fig.

      • Quand ce divin Esprit frappe à la porte du cœur, pour s'y faire entendre en qualité de docteur et de maître Bossuet, Sermons, 2e exhort. pour une visite.
    • Fig. Heurter, frapper à toutes les portes, s'adresser à toutes sortes de personnes, chercher toutes sortes de moyens pour réussir.

      • Fénelon avait frappé longtemps à toutes les portes sans se les pouvoir faire ouvrir Saint-Simon, 31, 105
    • Dans un sens analogue : il a heurté à la bonne porte, il s'est adressé à qui il fallait.

    • Fig. Heurter à la porte, faire quelque demande.

      • Vous me faites rire, quand vous dites que vous n'avez plus d'esprit ; mais, si vous heurtiez tant soit peu à cette porte, vous trouveriez bientôt qui vous répondrait Mme de Sévigné, 2 mars 1689
      • Quoi ! une inconnue nommée la raison, soutenue de la vérité, heurtera à la porte, et elle en sera chassée.... et on ne voudra pas seulement l'entendre Mme de Sévigné, 25 sept. 1689
    • Fig. Mettre la clef sous la porte, quitter furtivement sa maison.

    • Fermer à quelqu'un la porte au nez, sur le nez, fermer une porte avec vivacité pour empêcher quelqu'un d'entrer.

    • Pousser la porte au nez de quelqu'un, même sens.

    • On dit dans le même sens : faire de la porte un masque sur le nez.

      • ....Si jamais chez nous vous revenez, Je vous fais de la porte un masque sur le nez Regnard, Ménechmes, II, 5
    • Écouter aux portes, être aux aguets pour surprendre les secrets de quelqu'un.

    • On dit de même : c'est un écouteur aux portes.

    • Cela vous apprendra à écouter aux portes, se dit à quelqu'un dont l'indiscrète curiosité a été punie.

    • Il a écouté aux portes, se dit de quelqu'un qui paraît avoir deviné un secret ; ou, dans un sens ironique, de celui qui répète mal quelque chose entendu ou compris à moitié.

    • Fig. Enfoncer une porte ouverte, faire un effort pour surmonter un obstacle qui n'existe pas.

    • On dit de même : c'est un enfonceur de portes ouvertes.

    • Il est entré, il est sorti par la belle porte, par une bonne porte, par une mauvaise porte, il a obtenu, il a quitté son emploi honorablement ou d'une manière peu honorable.

      • Dites-leur, reprit-il, que, si jamais j'entre à l'Académie, ce sera par la belle porte Marmontel, Mém. VII
    • Fig. et en un sens analogue, porte se dit des différentes issues, des différents partis que l'on prend.

      • C'est la vraie porte pour en sortir honnêtement Mme de Sévigné, 125
      • Il [Brancas] est à l'armée, volontaire, désespéré de mille choses, qui n'évitera pas trop de rêver ou de s'endormir vis-à-vis d'un canon ; il ne voit guère d'autre porte pour sortir de tous ses embarras Mme de Sévigné, 2 juin 1672
      • Vous voyez un jeune homme tout frais sorti de l'académie, qui cherche à entrer dans le monde, mais qui aimerait mieux n'y mettre jamais le pied, que de n'y pas entrer par une belle porte Dancourt, la Femme d'intr. II, 6
      • Il vaut mieux, puisque je veux sortir par là (et c'est la bonne porte), leur dire ce qu'ils veulent Mirabeau, Lett. origin. t. III, p. 272
    • Porte vitrée, porte partagée par des croisillons de petit bois, dont les vides sont remplis par des carreaux de verre. Porte de glace, porte vitrée avec des morceaux à glace étamée, au lieu de verre transparent.

    • Porte coupée, porte à deux ou à quatre vantaux coupés à hauteur d'appui.

    • Porte brisée, porte dont une moitié se brise et se replie sur l'autre, dans le sens de la hauteur.

    • Porte-croisée, fenêtre sans appui qui ouvre sur un balcon, sur une terrasse.

    • Porte battante, châssis ordinairement couvert d'étoffe, qu'on met devant les portes des chambres, et qui retombe et se ferme de lui-même.

    • Porte perdue, porte à laquelle on a donné le même arasement et la même décoration qu'au lambris où elle est pratiquée.

    • Porte feinte, imitation de porte qui sert à faire symétrie avec une ou plusieurs portes véritables.

    • Fausse porte, synonyme de porte feinte.

    • Fausse porte, se dit aussi d'une porte dissimulée par laquelle on peut se dérober.

    • Fausse porte, se dit encore, dans une maison, d'une petite porte par laquelle on ne passe pas ordinairement.

    • Fausse porte, dans une place de guerre, porte destinée pour faire des sorties, ou pour recevoir du secours en cas de siége.

    • Porte flamande, porte composée de deux jambages avec un couronnement et une fermeture de grilles de fer.

    • Porte de derrière, porte ouverte sur les derrières d'un bâtiment.

      • Quand le roi [Jacques II] fut à Rochester, on le garda moins ; il y avait des portes de derrière à son palais ; un domestique qui était au roi lui fit trouver des chevaux, dont il se servit LAFAYETTE, Mém. cour de France, Œuvr. t. II, p. 402, dans POUGENS.
    • Fig. Porte de derrière, faux-fuyant, défaite, échappatoire.

    • Il a toujours quelque porte de derrière, se dit d'un homme peu loyal qui trouve moyen d'échapper à ses engagements, à ses promesses.

  5. 5Dans l'ancienne cour, gardes de la porte, gardes qui veillaient dans l'intérieur du palais.

    • Capitaine de la porte, capitaine de ces gardes.

      • Les solitaires de Martaigne ne logèrent que le père de la Chaise, confesseur du roi, et son frère capitaine de la porte Saint-Simon, I, 31
  6. 6Fig. Il se prend au sens de demeure, logis.

    • Jamais homme de sa profession [d'Ormesson, dans l'affaire Fouquet] n'a eu une plus belle occasion de se faire paraître, et ne s'en est mieux servi ; s'il avait voulu ouvrir sa porte aux louanges, sa maison n'aurait pas désempli Mme de Sévigné, à Pompone, 17 déc. 1664
    • Veux-tu voir tous les grands à ta porte courir.... Boileau, Sat.
    • Se présenter à la porte de quelqu'un, se présenter à sa demeure pour lui rendre visite.

    • On dit de même : être à la porte de quelqu'un.

      • Il était tous les jours à sa porte Hamilton, Gramm. 4
    • Passer à la porte de quelqu'un, même sens.

      • On ne m'a pas dit que M. l'archevêque de Sens soit venu à ma porte ; et je n'en ai point été surprise, parce qu'il m'a toujours paru que, par une discrétion bien rare dans un évêque, il ne me voulait voir que pour affaires Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Villette, 11 août 1708
    • Se faire écrire à la porte de quelqu'un, se faire écrire sur la liste du portier, afin que la personne qu'on va voir sache qu'on est venu.

    • Trouver porte close, ne trouver personne, ou n'être pas reçu dans la maison où l'on va.

    • La porte de cette maison est ouverte à tous les honnêtes gens, c'est-à-dire tous les honnêtes gens sont bien reçus dans cette maison.

    • Refuser la porte à quelqu'un, ne pas le laisser entrer en quelque endroit.

    • Faire refuser la porte à quelqu'un, ne pas vouloir recevoir sa visite.

      • Faites-moi refuser votre porte J.-J. Rousseau, Hél. I, 1
    • Fermer sa porte à quelqu'un, ne plus le recevoir.

    • Absolument. Fermer sa porte, ne plus recevoir de visites.

      • À dix heures elle s'habilla, fit fermer sa porte, et ne vit que le roi, avec qui elle passa tout le reste de la matinée Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 235, dans POUGENS
      • Ouvrir, rouvrir sa porte, commencer, recommencer à recevoir.

      • Faire défendre sa porte, défendre de laisser entrer personne chez soi.

      • On dit dans le même sens : sa porte était défendue.

      • Forcer la porte de quelqu'un, entrer chez lui bien que sa porte soit défendue.

      • Toutes les portes lui sont ouvertes, toutes les portes tombent devant lui, se dit d'un homme à qui ses places, son crédit, sa considération rendent toutes les entrées faciles.

        • Le roi fit fort bien à M. de Pompone, et lui parla comme à l'ordinaire ; mais d'être dans la foule, après avoir vu tomber les portes devant lui, c'est une chose qui le pénètre toujours Mme de Sévigné, 28 févr. 1680
      • Se morfondre la porte de quelqu'un, essayer de pénétrer chez lui sans pouvoir y réussir.

  7. 7Les portes du temple de Janus, à Rome, que l'on ouvrait quand on déclarait la guerre, et qu'on fermait quand on faisait la paix.

  8. 8Chez les anciens monarques de l'Asie, la porte du roi, le palais du roi.

    • Les jeunes seigneurs [chez les anciens Perses] étaient élevés à la porte du roi, avec ses enfants Bossuet, Hist. III, 5
    • Une légère attention de la part d'une femme qui envoyait des pelisses et quelques bagues, comme il est d'usage dans toutes les cours ou plutôt dans toutes les portes orientales Voltaire, Russie, II, 1
    • Aujourd'hui, la Porte, la Porte ottomane, la Sublime Porte (avec une majuscule), la cour de l'empereur des Turcs.

      • Partis de la vie pastorale, les Turcs ont fait de la tente immobilisée le symbole de l'empire ; cette tente.... a deux portes : la porte du gouvernement et la porte de la béatitude (le harem) MICHELET, Orig. du droit franç. Introd. XXXVIII
  9. 9Fig. Les portes de la mort, état où la vie est près d'abandonner un homme.

    • Être aux portes de la mort, être à l'extrémité.

      • Il [Télémaque] périssait, tel qu'une fleur qui.... ainsi le fils d'Ulysse était aux portes de la mort Fénelon, Tél, VII
      • Vous avez été jusqu'aux portes de la mort Massillon, Carême, Impénit.
    • On dit de même : les portes du tombeau.

      • Borgia ne pouvait pas prévoir que lui-même serait aux portes du tombeau Voltaire, Mœurs, 111
    • Les portes de l'éternité, la mort.

      • Dès que la mort se fait voir de près, que les portes de l'éternité s'ouvrent à lui Massillon, Avent, Mort du péch.
      • Recevez mes tendres et derniers adieux ; les portes de l'éternité s'ouvrent pour moi Voltaire, Socrate, III, 10
    • Malherbe a dit aux portes de la peur, comme on dit aux portes de la mort, c'est-à-dire à l'approche d'une grande peur.

  10. 10Les portes de la Jérusalem céleste, les portes éternelles, la porte de la maison du Seigneur, l'entrée du paradis.

    • Il [le Seigneur] vient enfin de vous ouvrir la voie des saints et les portes éternelles Massillon, Avent, Mort du péch.
    • C'est un droit qui nous ouvre la porte de la maison du Seigneur Massillon, Carême, Vocal.
    • La porte des cieux, même sens.

    • Par opposition. Les portes de l'enfer, les puissances de l'enfer.

      • Les portes d'enfer signifient naturellement toute la puissance des démons Bossuet, 2e instr. sur les prom. de l'Église, 40
      • Tandis que l'Église de Jésus-Christ subsistera (or elle subsistera toujours, puisque les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle) Bourdaloue, Sur la récomp. des saints, 1er avent, p. 38
  11. 11Terme de mythologie. Porte de corne, celle par laquelle sortaient les songes véridiques. Porte d'ivoire, celle par laquelle passaient les songes menteurs.

  12. 12Une ouverture quelconque.

  13. 13Ce qui permet d'entrer dans un pays. Cette place est la porte de tel pays.

    • Fermer la porte, les portes d'un pays à une nation, ne pas lui permettre d'y entrer. Les Japonais avaient fermé la porte de leur pays à tous les Européens, sauf les Hollandais.

  14. 14Fig. Ce qui sert de passage aux impressions intellectuelles ou morales.

    • Que pour sortir d'un cœur elles trouvent de portes ! Corneille, Nicom. III, 8
    • Je ne parle que des vérités de notre portée ; et c'est d'elles que je dis que l'esprit et le cœur sont comme les portes par où elles sont reçues dans l'âme Pascal, Géométr. II
    • Hélas ! vous sentez qu'à ces derniers moments.... toutes les portes de mon entendement sont fermées, mes idées s'enfuient, ma pensée s'éteint Voltaire, Polit. et lég. Diat. entre un mourant et un homme qui se porte bien
    • Tout entre dans l'esprit par la porte des sens Delille, Imaginat. I
  15. 15Entrée, introduction. La géométrie est la porte des sciences mathématiques.

    • Accès, moyen d'arriver. La porte des honneurs, des grandeurs, des emplois.

      • Placide : De mon rang [de gouverneur] en tous lieux je soutiendrai l'honneur. - Marcelle : Considérez donc mieux quelle main vous y porte ; L'hymen seul de Flavie en est pour vous la porte Corneille, Théod. I, 2
      • Maître de lui ouvrir ou fermer à son gré la porte des grandes magistratures J.-J. Rousseau, Lett. à d'lvernois, Corresp. t. VII, p. 41
    • Les portes secrètes, les moyens cachés de réussir.

      • Vous me dites une grande parole, que les portes secrètes s'ouvriront ou se fermeront, selon ce qui plaira à M. d'Argenson Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 16 févr. 1718
    • Ouvrir la porte, donner accès.

      • Le soin de la chair.... Aux fragiles pensers ayant ouvert la porte Malherbe, I, 4
      • Il n'est ni train pompeux, ni superbes palaisQui n'ouvrent quelque porte à des maux incurables Molière, Psyché, IV, 1
      • Il est nécessaire qu'il y ait de l'inégalité parmi les hommes, cela est vrai ; mais, cela étant accordé, voilà la porte ouverte non seulement à la plus haute domination, mais à la plus haute tyrannie Pascal, Pens. VI, 1 bis, éd. HAVET
      • C'était ouvrir une porte bien large à la calomnie Montesquieu, Esp. XII, 16
      • Mon premier vol ouvrit la porte à d'autres J.-J. Rousseau, Confess. I
    • Fermer la porte à, exclure, refuser, couper court à.

    • Fig. Une porte fermée, une incapacité à comprendre, à sentir.

      • On ne fait point entrer certains esprits durs et farouches dans le charme et dans la facilité des ballets de Benserade et des fables de la Fontaine ; cette porte leur est fermée Mme de Sévigné, à Bussy, 14 mai 1686
    • Laisser une porte, ne pas empêcher complétement.

      • Le moyen d'apaiser le mal était de laisser une porte au repentir, et non de jeter les hommes dans le désespoir par un refus absolu et irrévocable de pardon Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 543, dans POUGENS
  16. 16Ce qui ferme certains meubles, certaines constructions. Les portes d'une armoire. La porte d'un four.

    • Porte d'écluse, grande clôture de bois qui arrête l'eau dans les écluses.

    • Bateau-porte, bateau que l'on coule à fond à la porte d'un bassin pour le fermer.

    • Porte marinière, synonyme de passelis.

      • Les portes marinières [sur la Sarthe], ménagées dans les massifs des barrages, n'offrent que 4m, 30 à 5m, 20 de passage, comme celles de la Mayenne, et, comme ces dernières, elles sont fermées au moyen d'aiguilles et de petites vannes ou appareils super posés E. GRANGEZ, Voies navig. de France, p. 598
      • Ces portes, réservées dans les barrages, pour la descente ou la remonte des bateaux, se composaient, comme on le voit encore sur plusieurs points, et même, au rapport des voyageurs, sur les canaux de la Chine, d'une voie de 6 à 7 mètres de largeur, fermée par plusieurs poutrelles mobiles placées les unes au-dessus des autres, et suivie d'un plan plus ou moins incliné, bordé latéralement par des estacades en charpente, et servant à racheter la différence de niveau des deux biefs contigus DUTENS, Hist. de la navig. intér. de la France, I, 80
  17. 17Porte d'agrafe, petit fil de cuivre étamé, plié en forme de cercle d'un côté, les deux bouts formant deux petits cercles serrés l'un à côté de l'autre ; le bout arrondi sert à retenir l'agrafe, et les deux petits cercles à fixer la porte sur l'étoffe.

  18. 18Au plur. Pas, gorge, défilé.

    • Plusieurs de ces gorges [du Caucase], les seules sans doute qui fussent praticables, étaient fermées par des portes connues sous le nom de portes Caspiennes, de portes d'Albanie, et, en général, de portes du Caucase BAILLY, Atlantide, p. 140
  19. 19Terme d'anatomie. Portes du lait, nom donné aux ouvertures par lesquelles, chez la vache, les veines mammaires, s'étendant de la partie antérieure des mamelles jusqu'à la région antérieure et latérale du ventre, pénètrent dans les parois profondes et inférieures de la poitrine ; elles sont faciles à explorer.

  20. 20Les portes du Sadder, les chapitres de ce livre.

    • Le Sadder est divisé en cent articles, que les Orientaux appelaient portes ou puissances Voltaire, Mœurs, 5
  21. 21De porte en porte, loc. adv. De maison en maison.

    • Il va de porte en porte comme le pourceau de saint Antoine.

  22. 22De porte à porte, sans intermédiaire, en face.

    • Jusque-là je suis assez glorieux pour vous dire de porte à porte que je ne vous crains ni ne vous aime Corneille, Lett. apolog.
  23. 23À porte close, loc. adv. En secret.

    • On dit dans le même sens : à porte fermée.

      • J'aurais donné tout au monde pour le voir représenter [le Devin de village] à ma fantaisie, à portes fermées, comme on dit que Lulli fit une fois jouer Armide pour lui seul J.-J. Rousseau, Confess. VIII
    • Par opposition. à portes ouvertes, publiquement.

      • Apollon à portes ouvertes Laisse indifféremment cueillir Les belles feuilles toujours vertes Qui gardent les noms de vieillir Malherbe, III, 2
      • Heureusement en Angleterre aucun procès n'est secret.... tous les interrogatoires se font à portes ouvertes Voltaire, Polit. et lég. Hist. d'Élis. Canning.
  24. 24À porte ouvrante, à portes ouvrantes, à porte fermante, à portes fermantes, à l'heure où, dans une place de guerre, les portes s'ouvrent ou se ferment.

Étymologie

Bourguig. pote ; provenç. et ital. porta, espagn. puerta ; du lat. porta, que les Latins, Tite Live entre autres, tirent de portare, parce que, en traçant l'enceinte des villes avec une charrue, on soulevait, portait la charrue à l'endroit où l'on voulait ménager des portes ; mais portare eût donné portata, et non porta. Porta est bien un participe passif d'un verbe simple perdu, poro, pero, traverser (grec, πόρος, περάω ; sanscrit, par, traverser).

2porte adj. (por-t')

  1. Terme d'anatomie. Éminences portes, nom de deux saillies de la face inférieure du foie qui bornent, l'une en devant, l'autre en arrière, le sillon transversal.

    • Veine porte grosse veine qui reçoit le sang de l'estomac, de la rate, du pancréas et des intestins, et qui se distribue dans le foie.

    • Sillon de la veine porte, ou sillon transversal, sinuosité profonde qui loge le sinus de la veine porte.

    • Appareil porte, vaisseaux portes ou de petite circulation, nom donné à toutes les parties de l'appareil circulatoire dans lesquelles le sang marche des capillaires d'un organe vers les capillaires d'un autre organe. Il y en a un d'annexé à chacun des appareils de la vie de nutrition, et non pas seulement un pour l'appareil digestif.

  2. 25La porte de Saint-Nicolas, sorte de jeu usité en Lorraine.

    • Les joueurs, se donnant la main, forment une longue chaîne, dont chaque anneau est représenté alternativement par une dame et un cavalier ; les deux meneurs, qui se trouvent en tête, élèvent leurs mains jointes de manière à former une sorte d'arceau A. THEURIET, Rev. des Deux-Mondes, 1er juin 1874, p. 481

Étymologie

Porte 1, à cause qu'on a comparé les deux éminences du foie à une porte.

3porté, ée part. passé (por-té, tée)

  1. 1Soutenu comme un faix, une charge.

  2. 2Transporté d'un lieu à un autre. Des tableaux portés dans un musée.

    • Fig.

      • La guerre portée par Charles VIII et par Louis XII en Italie Voltaire, Mœurs, 74
    • Tout porté, se dit de quelqu'un qui n'a pas à se déplacer pour faire quelque chose.

      • Je vous conseille de demeurer à Paris jusqu'à ce que vous soyez las d'y être, puisque vous y êtes tout porté Mme de Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 10 oct. 1685
      • Le roi nomma Villars son premier ambassadeur plénipotentiaire pour aller à Baden, le comte de Luc pour le second, qui se trouvait tout porté, étant ambassadeur en Suisse Saint-Simon, 353, 161
    • Tout porté, se dit aussi des choses qui sont sous la main.

      • J'eusse opiné à tâter du climat de Provence, cette année seulement, puisqu'il était tout porté Mme de Sévigné, 593
  3. 3Porté à terre, jeté par terre, en parlant des personnes.

    • En vénerie, porté par terre, se dit d'un cerf que les chiens ont forcé et fait tomber.

    • Fig.

      • Quand Périclès avait été porté par terre dans la lutte, il persuadait aux assistants qu'il n'était point tombé et les contraignait de croire moins à leurs yeux qu'à leurs oreilles PELLISS., Fragm. sur les préf. p. 112
  4. 4Terme de peinture. Ombre portée, ombre qu'un corps projette sur une surface.

  5. 5Excité, animé, poussé.

    • Être porté, avoir de l'inclination, de la disposition à.

      • J'aime en vérité Pauline, je me sens portée pour elle Mme de Sévigné, 546
      • Toujours porté à faire le mal Bossuet, Hist. I, 11
      • Je ne suis pas fort portée, ma chère nièce, à demander des grâces Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 17 juill. 1701
      • Il n'est que fier et indépendant, plus porté d'ailleurs à s'apprécier au-dessous qu'au-dessus de ce qu'il vaut D'Alembert, Portr. de l'auteur.
    • Être plus porté pour une personne que pour une autre, avoir plus de disposition, plus de goût pour une personne que pour une autre.

  6. 6Déclaré, exprimé.

    • Les parents qu'on avait gagnés se plaignirent, qu'étant demeurée maîtresse de ses biens avant l'âge porté par les lois, elle [Olympias] les dissipait en présents et en aumônes indiscrètes Fléchier, Hist. de Théod. III, 87
    • Le jeune César acquitta, des deniers qui provinrent de ces ventes, une partie des legs portés par le testament VERTOT, Révol. rom. XIV, 306
  7. 7Rendu, promulgué, en parlant de loi, de décret.

    • Les lois portées en 1680, 1713 et 1741 pour extirper ce reste de barbarie [l'esclavage des indigènes au Brésil] Raynal, Hist. phil. IX, 15
  8. 8S. m. Effet que produit, dans la mise, dans le costume, tel ou tel objet de toilette. Écharpe d'un joli porté.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander