Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pourquoi dans le Littré

1 article· 34 citations· rimes· synonymes

pourquoi conj. (pour-koi)

  1. 1Pour quelle chose, pour quelle raison.

    • Familièrement. Vous ferez telle chose ou vous direz pourquoi, sorte de commandement ou de menace : c'est-à-dire vous ne pouvez vous dispenser de le faire.

    • On dit de même : il faut qu'il vienne, ou qu'il dise pourquoi.

    • Demandez-moi pourquoi, c'est-à-dire je ne sais pas pourquoi.

      • J'ai vu dans le palais une robe mal mise Gagner gros : les gens l'avaient prise Pour maître tel, qui traînait après soi Force écoutants ; demandez-moi pourquoi La Fontaine, Fabl. VII, 15
  2. 2Il s'emploie à la place de : pour lequel, laquelle, etc. en parlant des choses.

    • Est-ce un sujet pourquoi Vous fassiez sonner vos mérites ? La Fontaine, Fabl. IV, 3
    • Vous mériteriez bien....Qu'afin de vous punir je vous tinsse cachéLe grand secret pourquoi je vous ai tant cherché Molière, le Dép. I, 2
    • Quand....je considère le petit espace que je remplis.... je m'effraye, et m'étonne de me voir ici plutôt que là ; car il n'y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors Pascal, Pens. XXV, 16, éd. HAVET.
    • Dernière raison pourquoi la méprise dans le choix d'un état est si fort à craindre Massillon, Carême, Vocat.
  3. 3Pourquoi, adv. Pour laquelle raison (vieux en ce sens).

    • Interrogé par son père Lycophron se taisait ; pourquoi Périandre en colère à la fin le chassa de sa maison Paul-Louis Courier, Trad. d'Hérod.
  4. 4C'est pourquoi, c'est pour cette raison.

    • Avec deux membres de phrase commençant l'un et l'autre par c'est pourquoi, dans le second pourquoi peut être remplacé par que.

      • C'est pourquoi il [Jésus-Christ] a souffert et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances, et que, comme Dieu et comme homme, il a été tout ce qu'il y a de plus grand et tout ce qu'il y a de plus abject Pascal, Lett. sur la mort de son père.
    • Dans le XVIIe siècle, plusieurs écrivains mettaient ce fut pourquoi avec un verbe au passé. Ce fut pourquoi les Romains immolèrent des victimes.

  5. 5Il s'emploie pour interroger, et alors la construction est celle des phrases interrogatives.

    • Pourquoi ne suis-je point mort dans le sein de ma mère ? pourquoi n'ai-je point cessé de vivre aussitôt que j'en suis sorti ? Saci, Bible, Job, III, 11
    • Pourquoi suit-on la pluralité ? est-ce à cause qu'ils ont plus de raison ? non, mais plus de force Pascal, Pens. V, 4
    • Pourquoi viens-tu mentir pour moi, qui ne mentis jamais pour personne ? Fléchier, Duc de Mont.
    • Pourquoi les astres circulent-ils d'occident en orient plutôt qu'au contraire Voltaire, Dict. phil. Les pourquoi.
    • Pourquoi non ? c'est-à-dire pourquoi ne le ferais-je pas ? pourquoi cela ne serait-il pas ?

      • Voyez ces animaux, faites comparaison De leurs beautés avec les vôtres ; êtes-vous satisfait ? Moi, dit-il, pourquoi non ? La Fontaine, Fabl. I, 7
    • Substantivement.

      • Je doute fort, repartit le roi, qu'avec ses deux cents licornes il soit en état de percer à travers tant d'armées. - Pourquoi non ? dit Amazan. - Le roi de la Bétique sentit le sublime du pourquoi non Voltaire, Pr. de Babyl. X
      • Je n'ai aucune peine à concevoir que le soleil et les étoiles pussent être habités, et il me semble que l'ingénieux Fontenelle ne devait pas borner son pourquoi non aux plantes Bonnet, Lett. div. t. XII, p. 33, dans POUGENS
      • Avec pourquoi on peut sous-entendre le verbe.

      • Il peut se construire avec le verbe à l'infinitif.

      • Pourquoi.... que..., c'est-à-dire pourquoi.... sinon.... (tournure qui s'explique facilement par l'ellipse du mot autre : pour quelle chose autre que pour....).

        • Pourquoi le temps vous est-il donné, que pour demander à Dieu qu'il oublie vos crimes ? Massillon, Carême, Prière 1
        • Pourquoi nous laissez-vous sur la terre que pour méditer votre possession éternelle ? Massillon, Carême, Temps.
      • Quelquefois, avec pourquoi, on peut ne pas suivre la construction interrogative ; mais c'est quand demander est antécédemment exprimé ou sous-entendu.

        • Suivez votre goût, raisonnez avec votre bon médecin ; je lui demande une chose : pourquoi, si votre poitrine n'est point attaquée, vous avez toujours ce poids et cette chaleur au même côté ? pourquoi vous êtes si pénétrée du froid ? et pourquoi vous êtes si maigre, surtout à la poitrine ? Mme de Sévigné, 16 févr. 1680
        • Agamemnon : Pourquoi le demander, puisque vous le savez ? - Achille : Pourquoi je le demande ? ô ciel, le puis-je croire, Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire ? Racine, Iph. IV, 6
      • Que remplaçant un second pourquoi interrogatif (tournure qui s'explique par l'ellipse de arrive-t-il ? se fait-il ? devant ce que substitué).

        • Oui, mais pourquoi chacun n'en fait-il pas de même, Et que nous en voyons qui paraissent joyeux Lorsque leurs femmes sont avec les beaux monsieurs ? Molière, Éc. des fem. II, 3
        • Pourquoi avez-vous tous conspiré contre moi, et que personne ne m'avertit où est le fils d'Isaï ? Bossuet, Polit. III, II, 10
  6. 6S. m. Le pourquoi, la cause, la raison.

    • Même aux plus avancés demandant le pourquoi Régnier, Sat. XVI
    • Nous ne sommes pas faits pour rendre raison du pourquoi des choses Buffon, Animaux, ch. 10
    • Au surplus pourvu qu'il soit pendu n'importe le pourquoi D'Alembert, Lett. à Voltaire, 12 janv. 1763
    • Nous ne savons, si je puis m'exprimer de la sorte, ni le pourquoi, ni le comment de rien D'Alembert, Mélanges, etc. t. V, § 3
    • Interrogation. Vos pourquoi sont hors de saison.

    • Vos pourquoi ne finissent pas, se dit à une personne qui fait interrogation sur interrogation au sujet du motif des choses.

    • Anciennement, faire le pourquoi, se disait d'une femme qui avait une faiblesse.

Remarque

Si la négation se trouve après pourquoi, elle doit toujours être complétée par pas. On ne dit pas : Pourquoi ne vient-il ? Mais : Pourquoi ne vient-il pas ?

Étymologie

Pour, et quoi ; wallon, pokoi ; bourg. porquey.

Supplément

POURQUOI. - REM. Ajoutez : 2. Il ne faut pas confondre pour quoi en deux mots et pourquoi en un seul. Pour quoi vous sentez-vous de l'attrait, pour les sciences ou pour les lettres ? Mais pourquoi les lettres plutôt que les sciences ?

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander