Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

pousser dans le Littré

1 article· 154 citations· rimes· synonymes· conjugaison

pousser v. a. (pou-sé)

  1. 1Ôter quelqu'un ou quelque chose de sa place, avec une idée d'effort ou de violence. Pousser quelqu'un dans un précipice. Poussez-lui un fauteuil.

    • Laissez-moi ce discours [Mme de Grignan avait dit que sa jeunesse était chose perdue] ; quand vous le faites, il me pousse trop loin Mme de Sévigné, 17 juin 1685
    • Il y a bien du monde ; on nous pousse ; que j'aie l'honneur de vous donnez la main pour plus de sûreté, madame Marivaux, Pays. parv. 5e part.
    • Le moine me poussa dehors, ferma la porte.... Montesquieu, Lett. pers. 133
    • Qu'il m'eût poussé un peu plus fort, et il m'eût jeté à terre COLLÉ, Part. de chasse de Henri IV, III, 3
    • Fig.

      • De cette sorte, sans faire de hautes exclamations, il [un courtisan calomniateur] persuade une âme timide, et pousse la crainte dans la cruauté Guez de Balzac, De la cour, 5e disc.
      • Une pensée, une affaire, une occupation pousse ce qui est devant elle ; ce sont des vagues, la comparaison du fleuve est juste Mme de Sévigné, 13 juin 1685
      • Quand il [le temps] me déplaît... je le pousse à l'épaule... puis quand je pense à ce que je pousse... et sur quoi cela roule, et où cela me pousse moi-même... je n'ose plus rien pousser Mme de Sévigné, 28 mars 1689
      • Cette recrue continuelle du genre humain, je veux dire les enfants qui naissent, à mesure qu'ils croissent et qu'ils s'avancent, semblent nous pousser de l'épaule, et nous dire : retirez-vous, c'est maintenant notre tour Bossuet, Sermons, Mort, I
      • Famille auguste mais malheureuse que la piété et la religion avaient poussée jusqu'aux dernières épreuves de l'adversité La Bruyère, Disc. à l'Académie française.
    • fig. Il va comme on le pousse, se dit d'un homme qui obéit aux suggestions d'autrui.

    • Fig. Va comme je te pousse, se dit d'une affaire qui va de soi et s'en qu'on s'en mêle.

      • C'est maintenant qu'il faut dire : Va comme je te pousse ; vive l'amour, mon cher maître Marivaux, Surpr. de l'amour, III, 5
    • Fig. Pousser le temps avec l'épaule, Voy. ÉPAULE.

    • Pousser le temps, s'en débarrasser, se hâter le plus qu'on peut.

      • Quand vous étiez à l'hôtel de Carnavalet..., je ménageais les heures, j'en étais avare ; dans l'absence, ce n'est plus cela, on ne s'en soucie point ; on les pousse même quelquefois Mme de Sévigné, 10 janvier 1689
    • Terme de marine. Pousser la planche, faire glisser du navire à terre la planche au moyen de laquelle on pourra descendre du bâtiment sur le quai ou sur le rivage.

  2. 2Pousser quelqu'un du coude, du genou, le toucher doucement avec le coude, le genou, pour l'avertir, lui faire prendre garde.

    • On dit, dans le même sens, pousser, sans adjonction d'un mot.

      • M. le Prince, quoique animé par le prince de Conti, qui le poussa, ce qui fut remarqué de tout le monde, comme pour le presser de s'en ressentir, ne s'emporta point Retz, mém. t. III, liv. IV, p. 16, dans POUGENS
      • Je vois Mme de Gêvres qui dégante sa main maigre ; je pousse Mme d'Arpajon, elle m'entend et se dégante Mme de Sévigné, 27
  3. 3Pousser, faire reculer, quand celui qui pousse est en face.

    • Croyant qu'après que les ennemis auraient poussé ce régiment, quelque autre des nôtres voudrait les pousser eux-mêmes PELLISSON, Lett. hist. t. II, p.203
    • Ce vaillant homme, poussant enfin, avec un courage invincible, les ennemis qu'il avait réduits à une fuite honteuse Fléchier, Turenne.
    • Mentor, ayant achevé de mettre les ennemis en désordre, les tailla en pièces, et poussa les fuyards jusque dans les forêts Fénelon, Tél. I
    • faire avancer, quand celui qui pousse est par derrière.

      • J'allais de tous côtés encourager les nôtres, faire avancer les uns, et soutenir les autres, Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour Corneille, Cid, IV, 3
      • Dès l'âge de vingt-six ans aussi capable de ménager ses troupes, que de les pousser dans les hasards, et de céder à la fortune que de la faire servir à ses desseins Bossuet, Louis de Bourbon.
  4. 4Communiquer un mouvement à un corps, en le jetant ou en le frappant. Pousser une balle avec la raquette.

    • Troie en a vu la flamme, et jusque dans ses portsLes vents en ont poussé les débris et les morts Racine, Iphig. I, 2
    • Les Zaporaviens, selon les lois se jetèrent les uns aux autres ce pauvre homme, comme on pousse un ballon Voltaire, Russie, I, 17
    • Vous qui en savez tant, dites-moi pourquoi un corps en pousse un autre Voltaire, Dict. phil. Mouvement.
    • Ses pieds ont de larges rames, et ses grandes ailes, demi-ouvertes au vent, sont les voiles qui poussent le vaisseau, navire et pilote à la fois Buffon, Ois. t. XVII, p. 8
    • Pousser un clou dans une muraille, dans du bois, l'y faire entrer en frappant dessus avec le marteau.

    • Pousser la porte au nez de quelqu'un, la fermer au moment où il va entrer.

    • Pousser la porte, signifie aussi la mettre près du montant, sans la fermer tout à fait.

  5. 5Terme d'arts. Pousser des moulures, les former sur le bois, le plâtre.

  6. 6Terme d'escrime. Pousser une botte à quelqu'un, lui porter un coup de pointe.

    • Absolument.

      • Quand on pousse en quarte, on n'a qu'à faire cela ; et, quand on pousse une tierce, on n'a qu'à faire cela Molière, Bourg. gent. III, 3
      • Tu me pousses en tierce avant que de pousser en quarte, et tu n'as pas la patience que je pare Molière, ib.
      • Fig.

        • Poussez à Marcassus, poussez à Marcellus la métaphore, l'antithèse, l'hypotypose Paul-Louis Courier, Lettres au Censeur, X
      • Fig. et absolument. Pousser, lancer des arguments, des attaques.

        • Beaumont pousse à Jean-Jacque, et Jean-Jacque à Beaumont Voltaire, Épît. 101
      • Fig. Pousser une botte à quelqu'un, l'attaquer de paroles, le presser vivement.

      • Par analogie.

  7. 7Faire sortir de la poitrine ou de la bouche.

  8. 8Manifester avec force, avec ardeur. ancer, en parlant d'une lueur qui est projetée.

  9. 10Faire naître.

  10. 11Faire aller.

  11. 12Porter plus loin, étendre. Il faut pousser cette allée jusque dans les champs. On a poussé la tranchée, la sape jusqu'à cent pas de la contrescarpe.

    • Mme de la Fayette fait encore une augmentation à son appartement, qu'elle pousse jusque sur son jardin Mme de Sévigné, 19 avr. 1680
    • Il [Alexandre] entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que le célèbre vainqueur [Bacchus] Bossuet, Hist. III, 5
    • Étant allé voir un jour avec Mme d'Épinay ces ouvrages, nous poussâmes notre promenade un quart de lieu plus loin J.-J. Rousseau, Confess. VIII
    • Mlle du Châtelet m'apprit qu'en effet son amie avait passé à Lyon, mais qu'elle ignorait si elle avait poussé sa route jusqu'en Piémont J.-J. Rousseau, ib. IV
    • Terme de marine. Pousser une bordée, la prolonger plus qu'à l'ordinaire.

  12. 13Prolonger, faire durer.

    • Amphitryon, c'est trop pousser l'amusement ;Finissons cette raillerie Molière, Amph. II, 2
    • Je ne pousserai point ce séjour-ci plus loin que le beau temps.... Mme de Sévigné, 21 septembre 1676
    • Le pauvre M. de Montausier est encore à l'extrémité, poussant son bon esprit au-delà de l'agonie Mme de Sévigné, mai 1690, t. IX, p. 504, éd. RÉGNIER.
    • Il vint chez elle du monde qui y demeura jusqu'au soir, selon l'ennuyeuse coutume de la campagne ; encore leur fut-on bien obligé, car la campagne leur donné aussi le droit de pousser leur visite jusqu'au lendemain, s'ils eussent voulu FONT., Mondes, 2e soir.
    • Dans un langage rude et familier. Prolonger la vie d'un agonisant.

      • Il s'adresse au père infirmier ; celui-ci lui dit... " Il y a un grand garçon qui n'a plus que deux heures à aller... " on tâchera de vous le pousser " Diderot, Lett. à Mlle Voland, 1er déc. 1765
    • Étendre plus loin, en parlant d'un récit, d'annales. Pousser l'histoire de France jusqu'à la Révolution.

  13. 14Fig. Porter, étendre, en parlant de choses intellectuelles, morales, abstraites. Il a bien poussé sa fortune.

    • C'est ce que vous répétez dans tous vos écrits, et que vous poussez jusqu'à dire : que j'ai tourné les choses saintes en raillerie Pascal, Prov. X
    • Ma fille vous écrit, et vous parlera sans doute de l'inquiétude qu'elle a de son fils ; et, comme elle pousse toujours ses pensées au delà de la vérité... Mme de Sévigné, à Guitaut, 26 mai 1681
    • Sans doute on pousse trop loin l'aversion de votre religion [le protestantisme] ; mais ne poussez-vous pas trop loin aussi les préventions de votre enfance ? MAINT., Lett. à M. de Villette , 16 juill. 1684
    • Il ne faut pas pousser cette crainte trop loin Fénelon, Tél. VIII
    • Il paraît... que les anciens avaient poussé la partie du dessin, du clair-obscur, de l'expression et de la composition, aussi loin que les modernes les plus habiles peuvent l'avoir fait Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, 1ere part. p. 197, dans POUGENS
    • Pousserons-nous assez loin la sincérité que nous nous sommes toujours prescrite, pour oser dire ici qu'il lisait jusqu'à des romans et y prenait beaucoup de plaisir ? Fontenelle, Saurin.
    • Il [Platon] poussa son roman jusqu'à dire qu'autrefois les âmes humaines avaient des ailes, que les corps des hommes avaient été doubles Voltaire, Philos. Établ. christ. III
    • Ils [Catherine II et le roi de Pologne] poussent l'un et l'autre la bonté jusqu'à me dire que mes faibles écrits n'ont pas peu contribué à leur inspirer ces sentiments [de tolérance] Voltaire, Lett. Christin, 14 mars 1767
    • Strafford poussa la vertu jusqu'à supplier lui-même le roi de consentir à sa mort, et le roi poussa la faiblesse jusqu'à signer cet acte fatal, qui apprit aux Anglais à répandre un sang plus précieux Voltaire, Mœurs, 179
    • L'archevêque Péréfixe pousse jusqu'à cent mille le nombre des victimes frappées dans la proscription de Charles IX Voltaire, Fragm. sur l'hist. X
    • Pousser ses succès, les continuer, les rendre plus décisifs.

    • Pousser son travail, s'en occuper avec activité et continuité.

    • Pousser des travaux, les faire avancer vers leur fin.

      • Ils [les Samaritains] en obtinrent [du roi de Perse] un ordre qui portait défense aux juifs de pousser plus loin la construction de leur ville et de leur temple Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 336, dans POUGENS
    • Absolument et familièrement. Poussez, continuez.

      • Pousser les études, y donner plus d'extension que d'habitude.

        • M. l'abbé de Gouvon était un cadet destiné par sa famille à l'épiscopat, et dont par cette raison l'on avait poussé les études plus qu'il n'est ordinaire aux enfants de qualité J.-J. Rousseau, Confess. III
      • Poursuivre avec activité.

        • Quoique tous les parents consentent à ce mariage [de Mlle de Mazarin avec le marquis de Richelieu qui l'avait enlevée], le Mazarin ne laisse pas de pousser les informations [judiciaires] Mme de Sévigné, 23 déc. 1682
      • Pousser jusqu'au bout l'aventure, suivre jusqu'à sa conclusion quelque tentative, quelque affaire où on est engagé.

      • On dit de même : pousser plus loin.

      • Pousser sa pointe, poursuivre avec vigueur ce qu'on a commencé.

        • Quoi qu'il en soit, poussons notre pointe, faisons demander la dame en mariage... Lesage, Guzm. d'Alf. IV, 2
      • Pousser sa chance, sa fortune, tenter tout ce que la chance, la fortune offre actuellement.

      • Pousser les affaires, aller en quelque chose jusqu'aux extrémités.

      • Pousser une affaire, se dit des affaires d'honneur dans lesquelles on ne fait aucun compromis.

      • On dit de même : pousser les choses.

      • Pousser la chose ou les choses, les ramener à une extrémité.

      • Pousser les choses plus loin, renchérir sur ce qu'on avait fait ou dit jusqu'alors.

        • Celles-ci [consciences] poussent encore les choses plus loin [que les consciences qui se glorifient de leurs défauts] Bossuet, Ét. d'orais. IV, 8
  14. 15Appuyer sur, examiner au fond.

    • Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions Molière, Critique, 7
    • Mais, mon père, qui voudrait pousser cela, vous embarrasserait Pascal, Prov. IX
    • Assez instruit de vos maximes et bien résolu de les pousser autant que je croirai que Dieu m'y engagera Pascal, ib. XVII
    • Développer.

      • Si vous trouvez que je pousse un peu trop loin ce chapitre, c'est qu'il me tient au cœur par dessus toutes choses Mme de Sévigné, 537
      • Plus je donne de force à mes raisons, et plus il pousse les siennes [de quitter le service] avec une volonté si déterminée... Mme de Sévigné, 29 mars 1680
      • Là-dessus M. de Louvois entra sur ce même ton dans la plaisanterie ; cela fut poussé un quart d'heure fort agréablement Mme de Sévigné, 30 juill. 1677
      • Poussez le parallèle, et vous verrez que vous êtes plus encore votre idole et votre divinité, que le Seigneur n'est le Dieu de ceux qui l'aiment et qui l'invoquent Massillon, Carême, Prosp. tempor.
  15. 16Faire avancer quelqu'un, lui faciliter les moyens de faire fortune.

    • Métellus, si bon juge de valeur, le poussa [Marius] depuis aux premières charges de l'armée VERTOT, Révol. rom. IX, 390
    • Voici un jeune homme qui vous convient, qui est fort honnête garçon, que je pousserai Marivaux, Marianne, 6° part.
    • Tu as de l'esprit, de la littérature ; je te prônerai, je te servirai, je te pousserai PICARD, Marionnettes, IV, 4
    • Faire entrer dans une carrière.

      • Le monde est plein d'artisans et surtout d'artistes qui n'ont point le talent naturel de l'art qu'ils exercent, et dans lequel on les a poussés dès leur bas âge J.-J. Rousseau, Ém. III
    • Pousser un élève, un écolier, lui faire faire des progrès. Il l'a poussé assez loin dans les mathématiques.

  16. 17Presser, en parlant d'animaux qu'on excite à courir.

    • Cela dit, il poussa son cheval à travers les champs, et son camarade le suivit Scarron, Rom. com. I, 7
    • Lorsqu'il [Hippolyte] poussait son char dans la carrière Barthélemy, Anach. ch. 53
  17. 19Presser quelqu'un, ne pas lui laisser de retraite, d'échappatoire.

    • J'étonnai un peu ma petite huguenote... je ne la poussai point sur le saint sacrement Mme de Sévigné, 435
    • Et M. Fouquet, quoiqu'il ait trop appuyé sur cet endroit où on le pouvait pousser, il se trouve pourtant que par l'événement il aura bien dit Mme de Sévigné, à Pompone, 24 nov. 1664
    • On ne sait point le véritable état de son affaire [ de M. de Luxembourg, sur les empoisonnements], ni sur quoi on le pousse Mme de Sévigné, 14 févr. 1680
    • Puisque vous me poussez, je vous dirai que le désintéressement et la modération valent mieux qu'un peu de naissance Fénelon, Dial. des morts mod. 17
  18. 20Pousser quelqu'un, entrer en lutte avec lui, l'offenser.

    • Perdre, écraser.

      • Je ne sais si on voudra m'en croire ; mais il est vrai pourtant qu'au milieu de la joie que j'eus de me voir appuyé par de si puissants protecteurs, je ressentis une espèce de douleur de reconnaître qu'un homme à qui j'avais tant d'obligation, prince du sang, neveu du premier ministre, n'eût pas le pouvoir de pousser un domestique [lui, Cosnac, poursuivi par le prince de Conti, son maître, mais protégé par la reine mère, le roi et Mazarin] COSNAC, Mémoires, t. I ; p. 242
  19. 21Terme de nourrisseur. On pousse les vaches au lait, lorsqu'on prolonge activement la lactation pendant un an environ, au lieu de six à sept mois, terme moyen de sa durée dans les pays où l'on fait des élèves.

    • familièrement. Pousser quelqu'un de nourriture, le faire trop manger. Il est poussé de nourriture, il a trop mangé.

  20. 22Pousser le feu, le rendre plus vif, activer la combustion.

    • M. Needham vous avez objecté qu'en poussant trop le feu, vous aviez altéré l'air des vases.... Bonnet, Lett. div. t. XII, p. 6, dans POUGENS
  21. 23Faire monter le prix d'un objet par des enchères.

    • C'est M*** qui a si extravagamment poussé ce bijou Mme DU DEFFANT, Lett. à H. Walpole, t. III, p. 228, dans POUGENS
  22. 24Produire, en parlant d'êtres vivants ou de parties d'êtres vivants. La vigne pousse beaucoup de bois. Cet arbre pousse des rejetons nouveaux.

    • Quand on dit que la terre pousse beaucoup d'herbe ou qu'une branche a poussé un grand rejeton.... Bossuet, Lib. arb. 9
    • Je vis le même individu [polype] laissé dans l'eau pure pousser successivement douze têtes, après avoir été mutilé onze fois dans sa partie antérieure Bonnet, Consid. corps org. Œuv. t. V, p.330, dans POUGENS
    • Pousser les dents, se dit du travail de la dentition.

      • Quand les enfants n'ont pas la force de les pousser [les dents] dans le temps, ils n'ont pas celle de soutenir le mouvement qui les veut faire percer toutes à la fois Mme de Sévigné, 16 juill. 1677
    • Pousser ses dents, se dit d'un cheval dont les dents qui succèdent aux dents de lait commencent à paraître.

    • Pousser le rouge, voy. ROUGE.

  23. 25V. n. faire effort pour déplacer. Vous poussez bien rudement.

    • Fig. Pousser à la roue, aider.

  24. 26Terme d'architecture. Faire effort, par le poids, contre des constructions. La voûte a poussé sur les murs. Les terres poussent contre le mur de la terrasse.

    • Le mur pousse en dehors, il se jette en dehors et menace ruine. Il pousse au vide, il fait ventre.

  25. 27Pousser, se porter, s'avancer sur, contre.

    • Pousser aux ennemis, aller aux ennemis pour les charger ( locution vieillie et qui ne se disait que de la cavalerie).

    • Pousser jusqu'à un lieu, aller jusqu'à ce lieu.

      • Si absolument vous voulez pousser jusqu'à Essonne, épargnez-vous au moins de faire quatorze lieues en un jour Mme de Sévigné, 9 oct. 1687
      • J'avais envie de pousser jusque à la vedette Hamilton, Gramm. 5
      • J'ai poussé jusqu'au bout de la grande avenue COLLIN D'HARLEV., Optimiste, I,2
    • Terme de marine. Pousser au large, s'écarter d'un quai, d'un bâtiment, etc. étant dans une embarcation.

    • Pousse au large, commandement fait à une embarcation qu'on veut faire déborder, qu'on veut repousser loin du navire qu'elle se prépare à accoster.

    • Pousser de fond, faire effort contre le fond avec des avirons, gaffes ou perches.

    • La mer pousse du fond, lorsque, par son agitation, elle remue un fond mobile, rapproché, et qu'elle se charge de ses parties les plus légères.

  26. 28En parlant des chevaux poussifs, battre des flancs. Ce cheval pousse beaucoup.

  27. 29Croître, se développer, en parlant de ce qui végète. Ces fleurs poussent déjà. Il ne pousse que des ronces dans son champ. Les blés ont bien poussé cette année.

    • Par analogie. Sa barbe, ses cheveux, ses ongles ont beaucoup poussé pendant sa maladie.

    • Il se dit aussi d'enfants qui grandissent.

      • Pauvres enfants ! chacun d'eux pousse Frais comme un bouton printanier BERANG., Jeanne la Rousse.
  28. 30Paraître, être produit, en parlant des dents des enfants. Ses dents commencent à pousser. Il lui a poussé une dent.

  29. 31Terme de peinture. Se dit des couleurs qui ternissent l'éclat et la fraîcheur de celles avec lesquelles elles sont rompues ou que l'on a couchées par-dessus. La terre d'ombre et les noirs poussent beaucoup.

    • Ce tableau pousse au noir, les couleurs en noircissent. Les tableaux de Géricault poussent au noir.

  30. 32Devenir malade de la pousse, en parlant du vin. Ce vin pousse, a poussé.

  31. 33Se pousser. V. réfl. Être poussé.

    • Leurs années [des mortels] se poussent successivement comme des flots Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Avancer, en poussant les autres.

      • Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse Boileau, Sat. VI
      • Tout en chancelant, je me pousse jusqu'au chalet de monseigneur Béranger, Hab. de cour.
      • Chacun se lance ; non, à la cour on se glisse, on s'insinue, on se pousse Paul-Louis Courier, Lett. VIII
  32. 34Être continué avec activité.

    • Le siège de Trèves se pousse vivement Mme de Sévigné, 210
    • Être porté à un certain point, en parlant de choses. , 3.

      • Cela [une discussion] se pousse fort loin et fort agréablement Mme de Sévigné, 15 sept. 1680
      • Cela se pousse si avant, que par cette légère faute l'âme périrait... Bossuet, Ét. d'orais. V
      • Je prendrai un grand intérêt à la brouillerie que vous m'apprenez être survenue entre Saurin et Lamotte, si elle se poussait assez avant pour obliger ce dernier à démasquer son très digne ami, ce père spirituel en Lucifer J.-B. Rousseau, Lett. à Boutet, 15 juillet 1715
  33. 35Avancer, faire fortune.

    • On sait que ce pied-plat... par de sales emplois s'est poussé dans le monde Molière, Mis. I, 1
    • L'ambitieux fait consister toute sa sagesse à ne pas manquer une occasion de se pousser aux honneurs du monde Bourdaloue, Instruct. Prudence du salut, Exhort. t. II, p.425
    • L'âge viril, plus mûr, inspire un air plus sage,Se pousse auprès des grands, s'intrigue, se ménage Boileau, Art p. III
    • Te voilà devenu habile garçon ; il faut songer à te pousser Lesage, Gil Bl. I, 1
    • Je serais privé de la protection... de MM. les comédiens ordinaires du roi, et je serais obligé d'aller travailler au feuilles de M. Fréron, pour me pousser dans le monde Voltaire, Lett. d'Argental, 19 janv. 1772
  34. 36Se pousser de nourriture, manger beaucoup.

  35. 37S'élever en haut (emploi vieilli).

    • Autant que ce grand arbre s'était poussé en haut, autant semblait-il avoir jeté en bas de fortes et profondes racines Bossuet, Sermons, ambition, 2
  36. 21Ajoutez :

    • Pousser d'orge un cheval, lui faire manger beaucoup d'orge.

      • On retirait les chevaux de la charrue et on les poussait d'orge ; on réparait les armes, on achetait des armes, de la poudre Journ. offic. 23 avril 1875, p. 2938, 3e col.

Remarque

On disait au XVIIe siècle :

Étymologie

Prov. pulsar : ital. pulsare ; du lat. pulsare, frapper fréquemment, dérivé de pulsum, supin de pellere, choquer, battre, rattaché par Corssen (Beitr. 308) à la racine sanscrite sphar pour spar, agiter, secouer.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander