Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

poèle dans le Littré

3 articles· 8 citations· rimes· synonymes

1poèle s. m. (poî-l')

  1. 1Voile qu'on tient sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale.

    • Il [le cardinal de Fleury] fut aumônier du roi, et en cette qualité il tint le poêle au mariage de feu M. le duc d'Orléans en 1692 MAIRAN, Éloges, card. de Fleury.
    • Mettre un enfant sous le poêle, se dit en parlant d'un enfant né avant le mariage qu'on a reconnu et légitimé, et sur lequel on étend le poêle à la cérémonie du mariage.

  2. 2Drap dont on couvre le cercueil pendant les cérémonies funèbres, et dont quelquefois, par honneur, les coins sont tenus, pendant la marche du convoi, par certaines personnes.

    • M. Newton était honoré de son vivant, et l'a été après sa mort comme il devait l'être : les principaux de la nation se sont disputé l'honneur de porter le poêle à son convoi Voltaire, Mél. litt. Consid. due aux gens de lett.
  3. 3Dais sous lequel on porte le saint sacrement.

  4. 4Dais qu'on présentait aux rois, aux princes et aux gouverneurs des provinces, quand ils faisaient leur entrée dans une ville.

Étymologie

Picard, poisle, manteau ; provenç. palli, pali ; espagn. palio ; ital. pallio. Diez, contestant que poîle ou poile puisse venir du latin pallium, qui n'a pu donner que paile, le tire du bas-lat. petalum, ornement ou feuille métallique dorée sur la tête du pape (qui vient du grec πέταλον, quelque chose d'étendu). Mais, si l'on suit la série des orthographes palie, paile, poele, poile, paesle, sans qu'il y ait interruption du sens, on verra que paile est devenu poile au XVIe siècle, comme je fois pour je fais, je vois pour je vais, etc.

2poêle ou poile s. m. (poî-l')

  1. 1Grand fourneau de terre ou de métal, souvent embelli de figures, qui sert dans les pays septentrionaux à échauffer une chambre, et dont l'usage a passé en France.

    • Fig.

    • Poêle de construction, poêle construit à demeure avec des carreaux de faïence ou de terre non vernissée sur la place qu'il doit occuper.

    • Terre à poêle, sorte de terre employée dans la construction des poêles.

    • Poêle à la Désarnaud, sorte de poêle en fonte de peu de profondeur que l'on place dans une cheminée.

    • Poêle suédois, gros poêle que l'on construit ordinairement de toute la hauteur de la pièce.

  2. 2Nom donné en Allemagne et en Hollande à la chambre où est le poêle.

    • N'ayant, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout le loisir de m'entretenir de mes pensées Descartes, Méth. II, 1

Étymologie

Bas-lat. pisalis, piselis, piselum, pysalis, qui est synonyme du bas-lat. genecium, gynæceum, lieu où les femmes de service travaillaient aux ouvrages de laine. Comme ces lieux étaient chauffés, on prit l'habitude de donner au nom de ces ouvroirs le sens de chambre chauffée. Jusque-là tout est clair ; mais d'où vient piselis ? Du Cange le tire de pensile, venant de pensum, tâche, à cause de la tâche que faisaient les ouvrières des gynécées ou poêles. En effet le bas-latin a pensilis, dérivé de pensum ; pensiles ancillæ, des servantes chargées de faire une tâche dans les gynécées ou ouvroirs. Dès lors on voit la filiation : pensile, d'où pēsile, d'où poisle, chambre où l'on fait une tâche, de pensum, tâche (voy. POIDS). Scheler le tire de l'adjectif latin pensilis, suspendu : balneæ pensiles (de Pline), cabinets de bain suspendus, c'est-à-dire construits sur des voûtes et chauffés par-dessous. Mais, pour cette dérivation, on n'a pas comme pour le pensile, de pensum, le chaînon intermédiaire pensiles ancillæ.

Supplément

2. POÊLE ou POILE. Ajoutez : - REM. M. Ch. Berthoud, de Gingins, canton de Vaud, observe que le mot poêle au sens de chambre où l'on se tient d'habitude en hiver est fort employé dans la Suisse française : le grand poêle de l'hôtel de ville ; mais qu'il ne l'est pas du tout dans la Suisse allemande. En effet, poêle est la traduction du mot allemand ou hollandais qui désigne cette chambre, traduction employée au XVIe siècle et par Descartes ; mais au Dictionnaire la définition est défectueuse : il faut lire : Nom donné par les Français à la chambre où est le poêle en Allemagne et en Hollande.

3poêle s. f. (poî-l')

  1. 1Ustensile de cuisine dont on se sert pour frire, pour fricasser.

    • Fig. Être dans la poêle, être dans l'embarras.

      • J'en ris tout autant que vous, quoique je sois dans la poêle D'Alembert, Lett. à Voltaire, 18 oct. 1760
    • Fig. Tomber de la poêle en la braise, ou dans le feu, tomber d'un mal en un pire.

    • Il n'y en a point de plus empêché que celui qui tient la queue de la poêle (voy. QUEUE).

    • Fig. Qui pourrait s'empêcher de rire ? Lebrun d'un vol audacieux Se précipite dans les cieux, Et tombe dans la poêle à frire, DOMERGUE, Epigr. contre Lebrun qui avait épousé sa cuisinière.

  2. 2Poêle à confitures, poêle de cuivre sans queue, avec deux anses ; plus souvent appelée bassine.

  3. 3Chaudière dans laquelle les chandeliers font fondre leur suif.

    • Grand bassin de cuivre sur lequel les ciriers travaillent leurs ouvrages à la cuiller.

    • Vase de fonte qu'emploient les chaudronniers pour faire fondre l'étain.

  4. 4Terme de marbrier. Vase de fonte avec deux anses et trois pieds, dans lequel on allume du charbon pour faire chauffer les petites parties de marbre, les goujons avant de les graisser, et les pinces des polisseurs.

  5. 5Nom donné dans nos salines de l'Est à une vaste chaudière servant à l'évaporation du liquide avant qu'on le mette dans les cristallisoirs. Poêle de graduation, poêle de préparation.

  6. 6Terme de pêche. Partie du fond d'un étang, plus profonde que le reste, et située vis-à-vis de la bonde, où tout le poisson se rend, à mesure que l'on vide l'étang pour le pêcher.

  7. 7Terme de gravure. Ustensile qui sert à chauffer la planche que l'on encre.

Étymologie

Wallon, paill ; picard, payelle, poyelle ; provenç. padela, padena ; catal. paella ; ital. padella ; du lat. patella, diminutif de patena, patène.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander