Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

précipiter dans le Littré

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précipiter v. a. (pré-si-pi-té)

  1. 1Jeter d'un lieu élevé dans un lieu fort bas, dans un lieu profond.

    • Fig.

      • Je sais.... Que du trône.... Britannicus par moi s'est vu précipiter Racine, Brit. I, 1
    • Précipiter dans le tombeau, causer la mort.

  2. 2Fig. Pousser violemment dans quelque sentiment.

    • Ce fut de ce penchant de la peur que nous crûmes que nous le pourrions précipiter dans nos pensées ; l'expression est bien irrégulière, mais je n'en trouve point qui marque mieux le caractère d'un esprit comme le sien Retz, Mém. t. I, liv. I, p. 31, dans POUGENS
    • Ne puis-je pas dire, pour me servir des paroles du plus grave des historiens, qu'elle allait être précipitée dans la gloire ? car quelle créature fut jamais plus propre à être l'idole du monde ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Elle eût pu renoncer à sa liberté [en se faisant religieuse], si on lui eût permis de la sentir ; et il eût fallu la conduire, et non pas la précipiter dans le bien Bossuet, Anne de Gonz.
  3. 3Faire tomber dans un grand malheur, dans un grand danger.

  4. 4Lancer avec la vitesse d'une chute dans un précipice.

  5. 5Hâter, accélérer.

    • La faveur que pour lui je vous avais offerte,Au lieu de le sauver, précipite sa perte Corneille, Poly. V 6
    • Nous admirions, mon fils et moi, comme vous avez pressé et précipité heureusement sa vie [du jeune marquis de Grignan], pour le faire tomber à propos dans l'état où il fallait être pour avoir le régiment de son oncle Mme de Sévigné, 7 déc. 1689
    • Je regrette ce que je passe de ma vie sans vous, et j'en précipite les restes pour vous retrouver Mme de Sévigné, 18 août 1680
    • Les saints désirs de la mort le pressent tellement [Saint-Aubin mourant], qu'il en a précipité tous les sacrements Mme de Sévigné, 17 nov. 1688
    • Valens précipite le combat Bossuet, Hist. I, 11
    • Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des artifices qu'elles croient servir à les rendre belles La Bruyère, VIII
    • Les plaisirs abrégent leurs jours, et les chagrins qui suivent toujours les plaisirs, précipitent le reste de leurs années Massillon, Pet. carême, Malh. des gr. qui abandonnent Dieu.
    • Les longues maladies ont précipité chez moi la décrépitude Voltaire, Lett. d'Argence, 15 juin 1765
    • On précipita les travaux, et les assiégés, fatigués par des assauts continuels, se soumirent le huitième jour Raynal, Hist. phil. II, 17
    • Autrefois, quand nous étions ensemble, vous ne cherchiez pas à précipiter les heures, vous en jouissiez Mme de Staël, Corinne, XIII, 3
    • Précipiter sa marche, ses pas, aller très vite.

      • C'est en vain qu'à travers des bois, avec sa cavalerie toute fraîche, Bek précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épuisés Bossuet, Louis de Bourbon.
      • Loin de ces lieux cruels précipitez vos pas Racine, Iph. IV, 10
    • Précipiter les pas de quelqu'un, le faire aller plus vite.

    • Fig.

      • Heureuse négligence, puisqu'elle anime et précipite cette marche vigoureuse, où il s'abandonne à toute la véhémence et l'énergie de son âme D'Alembert, Éloges, Bossuet.
  6. 6Apporter de la précipitation.

    • Précipiter les affaires, c'est le propre de la faiblesse, qui est contrainte de s'empresser dans l'exécution de ses desseins Bossuet, Sermons, Providence, 1
    • Mon Dieu.... je veux apprendre.... à voir et non à deviner, à ne précipiter pas mon jugement, mais à attendre le vôtre Bossuet, Serm. Jugem. hum. 1
    • Il ne faut rien précipiter, il ne faut pas agir à la hâte.

    • Précipiter les choses, les pousser à toute extrémité.

      • Les nouvelles d'Angleterre sont très mauvaises : les jésuites y ont trop précipité les choses Mme de Maintenon, Lett. à Mme de St-Géran, 5 sept. 1688
  7. 7Terme de chimie. Séparer de son dissolvant une matière dissoute, et la faire tomber au fond du vase.

    • Le foie de soufre ou sa seule vapeur noircit et altère l'argent ; il précipite en noir tous les métaux blancs Buffon, Min. t. III, p. 181
    • Le cobalt précipite le cuivre et le nickel de leur dissolution à l'état métallique FOURCROY, Connaiss. chim. t. I, p. CXV, dans POUGENS
    • Neutralement.

      • La liqueur filtrée après l'ébullition a précipité abondamment avec l'eau de chaux BERTHOLLET, Instit. Mém. scienc, 1806, 1er sem. p. 256
  8. 8Se précipiter, v. réfl. Se jeter de haut en bas.

    • Quelques-uns se précipitèrent dans les ondes de désespoir Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Serait-on reçu à dire qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de se précipiter ? La Bruyère, VI
  9. 9Aller avec une grande vitesse.

    • L'Égypte, jusqu'au Delta, est resserrée par deux chaînes de rochers, entre lesquels le Nil se précipite, en descendant d'Éthiopie, du midi au septentrion Voltaire, Mœurs, Introd. Égypte.
    • Se précipiter sur quelqu'un, s'élancer sur lui.

      • C'est ainsi qu'en général les nations s'aveuglent sur leurs vrais intérêts, et se précipitent les unes sur les autres Condillac, Traité des syst. ch. 15
    • Ils se sont précipités dans les bras l'un de l'autre, ils se sont embrassés avec empressement.

    • On dit de même : se précipiter au cou de quelqu'un.

      • Je me jette à genoux ; ma chère Adèle vient se précipiter à mon cou Mme de Genlis, Ad. et Théod. t. III, p. 415, dans POUGENS
    • Se précipiter aux pieds de quelqu'un, se mettre avec vivacité à genoux devant lui.

      • Elle se précipitera aux pieds de César, et tiendra ses genoux embrassés Diderot, Claude et Nér. I, 25
    • Le peuple, la foule se précipitait au-devant de lui, se portait à sa rencontre avec empressement.

  10. 10Fig. S'écouler rapidement, se perdre.

  11. 11Fig. Se jeter dans ce qui est comparé à un précipice.

    • C'eût été se faire arrêter lui-même, et se précipiter dans un obstacle invincible au dessein qu'il voulait exécuter Corneille, Cinna, Exam.
    • Il ne commande point que l'on s'y précipite Corneille, Poly. II, 6
    • On ne doit pas se précipiter dans le plaisir, parce qu'on le rend plus agréable à force de le désirer MÉRÉ, dans RICHELET
    • S'ils [les hommes] reconnaissaient l'infirmité de la nature, ils en ignoraient la dignité ; de sorte qu'ils pouvaient bien éviter la vanité, mais c'était en se précipitant dans le désespoir Pascal, Pens. XII, II, éd. HAVET.
    • Tous les peuples se précipitaient dans l'idolâtrie Bossuet, Hist. II, 2
    • Il ne faut pas s'étonner de l'avoir vue [la réforme] se précipiter dès son origine de changement en changement Bossuet, Var. X
    • À peine ont-ils épuisé le présent, qu'ils se précipitent dans l'avenir Montesquieu, Lett. pers. 130
    • On dit aussi se précipiter à.

      • On y voit [dans une histoire] le roi de Portugal, jeune et brave prince, se précipiter rapidement à sa mauvaise destinée Mme de Sévigné, 9 mai 1680
      • Et lui-même à la mort il s'est précipité Racine, Théb. IV, 4
    • Racine le fils a blâmé à tort se précipiter à, dans ce vers. Mme de Sévigné a aussi cet emploi.

  12. 12Se hâter, mettre trop de hâte. Ne vous précipitez pas.

    • Elle [la fille de la princesse de Tarente] s'est un peu précipitée de se marier devant les signatures de toute sa famille Mme de Sévigné, 7 juill. 1680
  13. 13Terme de chimie. Tomber sous forme de précipité.

    • Une portion de la colle se précipite avec les principes qu'elle a enveloppés Mme de Genlis, Maison rust. t. III, p. 299, dans POUGENS

Étymologie

Lat. praecipitare, de praeceps, qui tombe la tête en avant, de prae, en avant, et caput, tête (voy. CHEF).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander