Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

préjugé dans le Littré

2 articles· 22 citations· rimes· synonymes

1préjugé, ée part. passé (pré-ju-jé, jée)

  1. Question préjugée.

2préjugé s. m. (pré-ju-jé)

  1. 1Ce qui a été jugé auparavant dans un cas analogue. Cette sentence est un préjugé pour notre cause.

  2. 2Circonstance, apparence qui fait supposer ce qu'on doit craindre ou espérer.

    • Je ne vois rien qui m'oblige à supprimer des événements remarquables qui se rencontrent dans mon sujet, et qui peuvent servir d'instruction et de préjugé en des occasions pareilles PELLISSON, Hist. de l'Acad. IV
    • L'inutilité de la vie de quelques-uns [des prêtres] ne doit pas être un préjugé contre la régularité et l'utilité de la conduite des autres Fléchier, Serm. II, 330
    • À son port, il ne douta point qu'il n'y eût de quoi former des préjugés avantageux sur tout le reste Hamilton, Gramm. 7
    • Lachaussée fait de très bons vers, du moins dans le genre didactique ; ce n'est pas un bon préjugé pour le genre de la comédie Voltaire, Lett. en vers et en prose, 32
    • Un avocat qui ne se nomme pas, et c'est un funeste préjugé contre lui, écrit un libelle diffamatoire contre M. de Morangiès et contre moi Voltaire, Polit. et lég. Rép. à l'écrit d'un avocat.
  3. 3Opinion, croyance qu'on s'est faite sans examen.

    • Le défaut de nos examens c'est que nous ne nous examinons jamais que dans nos propres préjugés Massillon, Carême, Confess.
    • Ce mot va paraître un blasphème à l'idolâtre préjugé LAMOTTE, Odes, t. I, p. 360, dans POUGENS
    • Les préjugés de la superstition sont supérieurs à tous les autres préjugés Montesquieu, Esp. XVIII, 18
    • J'appelle ici préjugés, non pas ce qui fait qu'on ignore certaines choses, mais ce qui fait qu'on s'ignore soi-même Montesquieu, Préf. de l'Espr. des lois.
    • Le soleil se lève, la lune aussi, la terre est immobile : ce sont là des préjugés physiques naturels Voltaire, Dict. phil. Préjugés.
    • Le préjugé est une opinion sans jugement Voltaire, ib.
    • Ce n'est point par préjugé que vous courez au secours d'un enfant inconnu prêt à tomber dans un précipice, ou à être dévoré par une bête ; mais c'est par préjugé que vous respecterez un homme revêtu de certains habits, marchant gravement, parlant de même Voltaire, ib.
    • J'ai rendu justice à l'Anglais Shakspeare, comme à l'Espagnol Calderon, et je n'ai jamais écouté le préjugé national Voltaire, Irène, Lett.
    • Si, en faveur du préjugé [qui admet que Turenne changea de religion à cinquante ans par persuasion], il faut adoucir ce trait, de tout mon cœur ; je ne veux point choquer d'aussi grands seigneurs que les préjugés Voltaire, Lett. Henault, 8 janv. 1752
    • Les préjugés, de quelque espèce qu'ils puissent être, ne se détruisent pas en les heurtant de front D'ALEMBERT, Mélanges etc. t. V, Réflexions sur l'ode.
    • Ces préjugés tiennent moins à l'ignorance qu'à la passion : l'Anglais a les préjugés de l'orgueil, et le Français ceux de la vanité J.-J. Rousseau, Ém. V
    • Les préjugés même doivent être discutés et traités avec circonspection Duclos, Consid. mœurs, 2
    • Un préjugé, n'étant autre chose qu'un jugement porté ou admis sans examen, peut être une vérité ou une erreur Duclos, ib.
    • On est revenu, depuis quelque temps, de beaucoup de préjugés ; mais on s'accoutume trop à regarder comme tel tout ce qui est admis Duclos, Œuv. t. VII, p. 202
    • Les préjugés ne se retirent que comme les ombres, successivement et par degrés BAILLY, Hist. astr. mod. t. II, p. 423
    • Il avait les principes et les préjugés qui servent à maintenir en tout pays les choses comme elles sont Mme de Staël, Corinne, VI, 4
    • On ne saurait trop le redire, préjugé est le synonyme de jugement précipité ; et on perd bien du temps pour vouloir aller trop vite DESTUTT-TRACY, Instit. Mém. scienc. mor. et pol. t. I, p. 356

Étymologie

Préjugé 1.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander