Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

prononcer dans le Littré

1 article· 33 citations· rimes· synonymes· conjugaison

prononcer v. a. (pro-non-sé. Le c prend une cédille devant a et o prononçant, prononçons)

  1. 1Déclarer avec autorité, en vertu de son autorité (ce qui est le sens latin).

    • Achab crut éluder la rigueur de cette juste sentence [mort violente], en faisant une querelle particulière à Élie, qui avait eu ordre de la lui prononcer Bossuet, Polit. VIII, II, 3
    • Pourquoi chercher des preuves d'une vérité que le Saint-Esprit a prononcée par une sentence manifeste ? Dieu même menace les peuples qui altèrent sa religion... Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Et ne me pique point du scrupule insenséDe bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé Racine, Baj. I, 1
    • Le public, qui sait si bien faire entendre son jugement sans le prononcer en forme, ne souscrivit pas à celui des commissaires impériaux Fontenelle, Marsigli.
    • Frédéric gouvernait l'Église aussi despotiquement que l'État ; c'était lui qui prononçait les divorces, quand un mari et une femme voulaient se marier ailleurs Voltaire, Comment. hist.
    • Prononcez votre arrêt et ne redoutez rien Voltaire, Olymp. V, 6
    • Fig. Le destin, le sort a prononcé l'arrêt.

    • Particulièrement. Déclarer, en parlant de celui qui préside une juridiction, une assemblée, ce qui a été décidé à la pluralité des voix.

    • Absolument. Ce président prononce bien, il fait entendre avec ordre et netteté les différents chefs d'un jugement.

      • Le greffier a prononcé au criminel son arrêt, sa sentence, il lui a lu le jugement rendu contre lui.

      • Fig. Prononcer sa propre condamnation, prononcer sa sentence, se condamner par ses propres aveux, par ses propres paroles.

        • Je veux encore vous faire prononcer cet arrêt à vous-mêmes contre vous-mêmes Pascal, Prov. XVI
  2. 2Réciter, débiter.

    • Vous donc qu'elle assistait avec tant de joie.... quel admirable panégyrique prononceriez-vous par vos gémissements à la gloire de cette princesse, s'il m'était permis de vous introduire dans cette auguste assemblée ! Bossuet, Mar.-Thér.
    • Quel supplice que celui d'entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l'emphase d'un mauvais poëte ! La Bruyère, I
    • La cour a chargé ce prélat éloquent de faire l'éloge funèbre d'une princesse, et il doit le prononcer dans deux jours Lesage, Diable boit. ch. 16
    • Là [près de mon tombeau] quelquefois encore daignez vous rassembler ; Là prononcez l'adieu M. J. CHÉN., la Promen.
  3. 3Articuler les lettres, les syllabes, les mots, en exprimer les sons.

    • Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur Racine, Athal. II, 7
    • Il passait des heures entières sans prononcer aucune parole Fénelon, Tél. XX
    • Il y a des peuples qui ne sauraient prononcer certaines lettres ; les Chinois ne connaissent ni le b, ni le d, ni l'r DUMARS., Œuv. t. IV, p. 378
    • La rivière que nous appelons Veronise [en Russie], nom très doux à prononcer, est appelée dans les mémoires Woronestch ; et dans les observations on me dit que vous prononcez Voronège Voltaire, Lett. Schouvalof, 11 juin 1761
    • Ces mœurs sont vos devoirs... Sachez que le premier est... de n'oser jamais Me prononcer le nom d'un rival que je hais Voltaire, Alz. IV, 2
    • Absolument.

      • Une chose assez singulière et qui peut-être ne se trouve que dans notre langue, c'est que nous avons deux manières de prononcer : l'une pour la conversation, l'autre pour la déclamation ; celle-ci donne la force et du poids aux paroles, et laisse à chaque syllabe l'étendue qu'elle peut comporter ; au lieu que celle-là, pour être coulante et légère, adoucit certaines diphthongues, et supprime des lettres finales D'OLIV., Rem. Racine, § X
      • La première règle, et la seule raisonnable, est d'écrire comme on prononce : les Italiens nous en donnent l'exemple, et nous devrions le suivre D'Alembert, Lett. à Voltaire, 26 oct. 1770
  4. 4Il se dit des articulations d'une langue. Il ne prononce pas bien l'anglais.

    • La manière dont les Romains prononçaient le latin était, en plusieurs choses, très différente de celle dont nous le prononçons aujourd'hui Rollin, Traité des Ét. I, 3
  5. 5Terme de peinture. Bien indiquer les parties d'une figure, par comparaison avec l'articulation de la voix. Prononcer un bras, les muscles.

    • Le nu que la sculpture est plus jalouse encore de prononcer que la peinture Diderot, Salon de 1765, Œuv. t. XIII, p. 323, dans POUGENS
  6. 6V. n. Déclarer ce qui a été décidé, jugé. L'Église a prononcé. Le ciel prononcera.

    • Les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi Bossuet, Hist. I, 11
    • Du sénat la volonté suprême Est que sur votre fils vous prononciez vous-même VOLTAIRE, Brutus, V, 5
  7. 7Dans le langage ordinaire. Déclarer son sentiment, décider.

    • Que je hais ta vaine science et ta mauvaise subtilité, âme téméraire, qui prononces si hardiment : Ce péché que je commets sans crainte est véniel ! Bossuet, Mar.-Thér.
    • Hé bien donc, prononcez ; que voulez-vous qu'on fasse ? Racine, Brit. IV, 2
    • Gardez-vous de réduire un peuple furieux,Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux Racine, Iphig. I, 3
    • Si... il prononce d'un mets qu'il est friand, le maître et les conviés, qui en mangeaient sans réflexion, le trouvent friand La Bruyère, V
    • Il reste à savoir s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts ; et c'est sur quoi je n'ose prononcer Voltaire, Comm. Corn. Rem. Rodog. III, 4
    • Leibnitz n'a pas hésité à prononcer que le globe terrestre devait sa forme à l'élément du feu Buffon, Théor. terr. Part. hyp. Œuv. t. IX, p. 320
    • J'ai prononcé là-dessus autrefois un peu légèrement Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 316
    • C'est aux hommes de juger les femmes, et aux femmes de prononcer sur les hommes AL. DUVAL, Jeun. de Richelieu, III, 8
  8. 8Se prononcer, v. réfl. Être prononcé.

    • La consonne d se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus des dents d'en haut Molière, Bourg. gent. II, 6
  9. 9Faire voir, manifester son intention, sa pensée.

Étymologie

Prov. et espagn. pronunciar ; ital. pronunziare : du lat. pronunciare, de pro, et nunciare, annoncer (voy. NONCE).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander