Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

public dans le Littré

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public, ique adj. (pu-blik, bli-k')

  1. 1Qui appartient à tout un peuple, qui concerne tout un peuple.

  2. 2Morale publique, l'ensemble des préceptes que doivent observer les hommes à l'égard de leurs semblables.

    • Où trouver la moindre apparence, le moindre soupçon d'offense à la morale publique, dans un écrit dont le public non-seulement approuve la morale, mais la juge même trop rigide pour le train ordinaire du monde ? Paul-Louis Courier, Procès
    • Pudeur publique, sentiment de retenue qui affecte la masse des individus comme si elle ne faisait qu'un seul homme.

  3. 3Puissance publique, la puissance du peuple, de la nation.

  4. 4Personnes publiques, personnes revêtues de l'autorité publique.

    • On voit, dans le monde, des personnes publiques, des familles d'un grand nom.... Massillon, Carême, Pardon.
    • Si vous êtes homme public, l'usage injuste de votre autorité, tous les maux que vous faites et tous les biens que vous ne faites pas.... Massillon, Carême, Vocat.
    • Je voudrais que tout homme public, quand il est près de faire une grosse sottise, se dît toujours à lui-même : l'Europe te regarde Voltaire, Lett. d'Alemb. 28 août 1765
    • On dit dans un sens analogue : professions publiques.

      • Ce n'est pas qu'il faille.... négliger ces professions publiques qui fournissent aux besoins de la société Massillon, Carême, Vocat.
    • Vie publique, actions d'un homme revêtu de quelque autorité publique, par opposition à vie privée.

  5. 5Charges publiques, impositions que tout le monde doit payer pour subvenir aux dépenses de l'État.

    • Services publics, les diverses branches de l'administration des affaires de l'État.

  6. 6Ministère public, magistrature établie près de chaque tribunal, pour y requérir l'exécution et l'application des lois.

    • La partie publique, le magistrat qui, dans les causes civiles ou criminelles, porte la parole et requiert au nom de la société.

      • Il n'y avait point alors [chez les anciens] de partie publique, d'accusateur public, de vindicte publique LÉVESQUE, Instit. Mém. scienc. mor. et pol. t. IV, p. 175
    • Officier public, fonctionnaire public, celui qui exerce quelque charge ou fonction déléguée par la société.

    • Droit public, science qui fait connaître la constitution des États, leurs droits, etc.

  7. 7Commun, à l'usage de tous. La voie publique.

    • Édifices publics, édifices employés aux différents services publics.

    • Terme de pratique. Marchande publique, femme qui tient boutique ouverte, et qui, à cause de son commerce, peut s'obliger sans l'autorisation de son mari.

      • La femme ne peut ester en jugement sans le consentement de son mari, quand même elle serait marchande publique Cod. Nap. art. 215
  8. 8Femmes publiques, filles publiques, les prostituées.

  9. 9Qui est dans la bouche de tout le monde.

    • Je voudrais que vous nous entendissiez quelquefois mêler notre critique aux admirations publiques du P. Bourdaloue Mme de Sévigné, 9 avr. 1683
  10. 10Qui est manifeste, connu de tout le monde, répandu de toutes parts. Cette nouvelle est déjà publique. Un bruit public.

  11. 11Qui a lieu en présence de tout le monde. Cours public. Débats publics.

    • Je me suis un peu arrêté sur Boindin, parce que c'est le seul de l'Académie des belles-lettres dont on n'ait point parlé à la séance publique qui suivit sa mort Duclos, Œuv. t. x, p. 60
  12. 12S. m. Le peuple pris en général.

    • Mais le bien du public est une faible loiQue l'on respecte peu quand chacun craint pour soi DU RYER, Scévole, I, 3
    • Vivez pour le public, comme je meurs pour lui Corneille, Œdipe, II, 4
    • Ils étaient de ceux-là qui viventSur le public, et, craignent peu les coups La Fontaine, Fabl. VIII, 7
    • Ô vous ! dont le public emporte tous les soins, Magistrats, princes et ministres La Fontaine, ib. XII, 27
    • Le public paraît content, c'est beaucoup : car on est si sot que c'est quasi sur cela qu'on se règle Mme de Sévigné, à Bussy, 4 déc. 1668
    • Après tout, mon ami le public fait toujours bien : il loue quand on fait bien ; et, comme il a bon nez, il n'est pas longtemps la dupe, et blâme quand on fait mal Mme de Sévigné, 19 juill. 1671
    • Quand je me vis donnée au public et répandue dans les provinces [il s'agit du portrait satirique de Mme de Sévigné par Bussy], je vous avoue que je fus au désespoir Mme de Sévigné, à Bussy, 28 août 1668
    • Je rends au public ce qu'il m'a prêté : j'ai emprunté de lui la matière de cet ouvrage, il est juste que... je lui en fasse la restitution La Bruyère, les Caractères.
    • Où il s'agit de l'intérêt et des commodités de tout le public, le particulier est-il compté ? La Bruyère, x.
    • Ni son génie ni l'habitude de réussir ne lui avaient inspiré de confiance, et il n'avait jamais cessé de craindre ce même public qui avait tant de vénération pour lui FONT., Bernoulli.
    • Que dites-vous, en tout genre, de ce monstre énorme qu'on appel le public, et qui a tant d'oreilles et de langues, étant privé des yeux ? Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 10 sept. 1773
    • ... Être né dans un siècle dégoûté qui ne veut plus que des drames et des doubles croches... le public est à table depuis quatre-vingts ans ; il boit enfin de mauvaise eau-de-vie sur la fin du repas Voltaire, Lett. Condorcet, 18 juill. 1774
    • Qui du public s'est fait le serviteurPeut se vanter d'avoir un méchant maître Voltaire, Guerre Gen. IV
    • Qu'on se figure cinq cents miroirs se renvoyant l'un à l'autre la lumière qu'ils réfléchissent, ou cinq cents échos le même son ; c'est l'image d'un public ému par le ridicule ou par le pathétique Marmontel, Œuv. t. IX, p. 176
    • Le public ? combien faut-il de sots pour faire un public ? CHAMFORT, Caractères et anecdotes.
    • Le monde ne s'abuse point, et les sentences des magistrats ne sont flétrissantes qu'autant que le public les a confirmées Paul-Louis Courier, Procès.
  13. 13Nombre plus ou moins considérable de personnes réunies pour assister à un spectacle, à une cérémonie, à une réunion, etc. Je connais mon public.

    • Il n'y a personne qui n'ait son public, c'est-à-dire une portion de la société commune dont on fait soi-même partie ; voilà le public dont on doit attendre le jugement, sans le prévenir ni même le solliciter Duclos, Consid. mœurs, 16
    • Tel [comédien] que le public applaudit comme homme de talent, nous l'estimons comme honnête homme Casimir Delavigne, les Coméd. Prologue.
    • Toi, prépare, Laurent, les vers et la couronne Que le public charmé doit jeter de ta main à l'acteur de Paris qui paraîtra demain Casimir Delavigne, ib. I, 8
    • Se donner au public, assister aux réunions, cérémonies, etc.

      • Je comprends le plaisir que vous faites à ce cordon bleu [M. de Grignan] de vous donner au public de si bonne grâce... il craignait ici que vous ne fussiez toujours cachée et chagrine Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 25 févr. 1689
  14. 14Le public, l'intérêt public, la chose publique (vieilli en ce sens).

    • Le peuple laissera entre les mains de ses supérieurs la liberté, la religion et le public Guez de Balzac, liv. VIII, lett. 45
  15. 15En public, loc. adv. En présence de tout le monde, à la vue de tout le monde.

    • En demi-public, en ne se montrant et ne se cachant qu'à moitié.

      • Les visites journelles en demi-public du roi à son ancienne maîtresse [Mme de Montespan] faisaient un contraste fort ridicule avec son assiduité chez celle qui l'avait servie Saint-Simon, 413, 188
  16. 13Dans le langage des bureaux, un public, un individu qui se présente à la caisse centrale du trésor, au mont-de-piété, etc.

    • L'individu qui se présente au mont-de-piété pour emprunter s'appelle un public ; presque toutes les administrations ont ainsi à leur usage une série de vocables avec lesquels le dictionnaire de l'Académie n'a rien de commun, et qui sont nés des obligations mêmes du service, qu'ils facilitent singulièrement MAXIME DU CAMP, Rev. des Deux-Mondes, 15 janv. 1873, p. 317

Étymologie

Provenç. public ; anc. cat. public ; espagn. publico ; ital. pubblico ; du lat. pūblicus, de populus, peuple (voy. PEUPLE). L'ancienne forme est poublicom dans les monuments, puis poblice ; l'o ou l'u long indique une contraction : pūblicus pour populicus.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander