Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

reformé dans le Littré

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1reformé, ée part. passé (re-for-mé, mée)

  1. 1Formé de nouveau. Un abcès reformé dans la cuisse.

  2. 2Terme de guerre. Qui a repris son ordre de formation. Le bataillon, reformé, marcha à l'assaut.

2réforme s. f. (ré-for-m')

  1. 1Changement en bien, par rapport aux mœurs, et, particulièrement, par rapport à la piété.

    • Un homme abondamment pourvu de tout, à qui rien ne manque, s'érige aisément en prédicateur de la plus exacte réforme Bourdaloue, Panégyr. t. I, p. 12
    • Un homme de talent et de réputation, s'il est chagrin et austère, il effarouche les jeunes gens, les fait penser mal de la vertu, et la leur rend suspecte d'une trop grande réforme, et d'une pratique trop ennuyeuse La Bruyère, XII
    • J'ai renoncé aux vanités du monde, et je me suis jeté dans la réforme Regnard, Sérénade, 13
    • S'il y a quelque réforme à tenter dans les mœurs publiques, c'est par les mœurs domestiques qu'elle doit commencer J.-J. Rousseau, Hél. 2e préface.
  2. 2Action de ramener à l'ancienne forme ou de donner une forme meilleure. La réforme d'un empire.

    • Croyez-moi, après qu'on a bien raisonné ou sur l'amour, ou sur telle autre matière qu'on voudra, on trouve au bout du compte que les choses sont bien comme elles sont, et que la réforme qu'on prétendrait y apporter gâterait tout Fontenelle, Dial. II, morts anc. mod.
    • L'histoire de Lycurgue, la réforme qu'il fit dans Sparte, et les lois qu'il y établit Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 29, dans POUGENS
    • Il [l'abbé de Saint-Pierre] pensait que les établissements les plus utiles avaient besoin de réforme ; il les comparait à des horloges, qu'il faut de temps en temps nettoyer et remonter D'Alembert, Éloges, l'abbé de St-P. note 11
    • On ne peut faire une réforme véritablement avantageuse, qu'autant qu'on donne à la nation la faculté de faire elle-même les lois Condillac, Étud. hist. III, 4
    • La réforme des abus, le retranchement des abus qui se sont introduits.

      • Tout abus doit être réformé, à moins que la réforme ne soit plus dangereuse que l'abus même Voltaire, Dict. phil. Annales.
    • Réforme parlementaire, ou, absolument, la réforme, s'est dit des mesures qui ont modifié la composition du parlement d'Angleterre.

      • Singulier homme, philosophe, lettré autant qu'on saurait être, grand partisan de la réforme non parlementaire seulement, mais universelle, il veut refaire tous les gouvernements de l'Europe, dont le meilleur, dit-il, ne vaut rien Paul-Louis Courier, Pamphl. des pamphl.
    • Réforme s'est dit, absolument, de la réforme électorale, c'est-à-dire des changements à apporter dans la loi qui régissait les élections en France sous Louis-Philippe ; cette réforme qu'on demandait consistait dans l'adjonction, à la liste électorale, des capacités, c'est-à-dire des hommes exerçant les professions libérales.

  3. 3La réforme, les changements que Zwingle et Calvin ont introduits au XVIe siècle dans la doctrine et dans la discipline catholiques ; aujourd'hui réforme se dit, comme réformation, de l'ensemble du mouvement protestant.

    • À ce mot de réforme, tout le monde applaudissait ; des milliers de chrétiens se pervertissaient, les simples se laissaient surprendre, les libertins secouaient le joug de l'Église, les politiques demeuraient neutres et indifférents Bourdaloue, 3° Dim. après la Pentec. Dominic. t. II, p. 361
    • Corps de doctrine adopté par les protestants.

    • Communion des Églises protestantes.

    • Les catholiques disent : la prétendue réforme.

  4. 4Rétablissement de l'ancienne discipline dans un ordre religieux.

    • La sage abbesse, qui la crut [Anne de Gonzague] capable de soutenir sa réforme, la destinait au gouvernement Bossuet, Anne de Gonz.
    • J'ai vu dans Saint-Denis la réforme établie Boileau, Lutr. II
    • Rancé (Jean le Bouthillier de), né en 1616, commença par traduire Anacréon, et institua la réforme effrayante de la Trappe Voltaire, Louis XIV, Écrivains, Rancé.
    • M. le Camus, évêque de Bellay, observe que le seul ordre des minoritains a souffert plus de vingt-cinq réformes en quatre cents ans Voltaire, Dict. phil. Quête.
  5. 5Réduction, licenciement partiel des troupes (sens aujourd'hui peu usité). Dès que la paix sera faite, on s'occupera de la réforme des troupes ; on dit aujourd'hui réduction.

  6. 6Anciennement, mesure par laquelle on ôte leur emploi à des officiers, en leur conservant néanmoins une partie de leur traitement ; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui mettre à la suite. Traitement de réforme. Il a obtenu la réforme. Être mis à la réforme.

    • Aujourd'hui, éloignement, de l'armée, d'un militaire reconnu impropre au service.

    • Congé de réforme, congé accordé à un soldat reconnu impropre au service.

  7. 7Remplacement des chevaux de cavalerie, d'artillerie, etc. qui ne sont plus en état de servir.

    • On le dit quelquefois des chevaux réformés. On va vendre les réformes de tel régiment.

    • Il se dit aussi d'armes détériorées qu'on met au rebut.

      • La plupart des distributions de détail du gaz hydrogène dans les diverses parties de l'hôpital Saint-Louis se font au moyen de canons de fusils de réforme GIRARD, Instit. Mém. scienc. 1821 et 1822, t. V, p. 7
  8. 8Réduction à un moindre nombre des employés d'une administration. Il y a une grande réforme dans ce ministère.

  9. 9Diminution dans la dépense, dans le train d'une maison.

    • Il fallait mettre la réforme dans son ménage Hamilton, Gramm. 11
    • Je commençai ma réforme par ma parure J.-J. Rousseau, Conf. VIII
    • Faire une grande réforme dans sa maison, diminuer sa table, ses équipages, le nombre de ses domestiques.

  10. 10Autrefois, réforme des monnaies, action de rétablir la valeur des monnaies dont on avait surhaussé le prix.

Étymologie

Voy. RÉFORMER ; ital. riforma.

3réformé, ée part. passé (ré-for-mé, mée)

  1. 1Qui a éprouvé la réforme morale, intellectuelle.

    • Les directeurs des âmes les plus réformés en apparence et les plus rigides Bourdaloue, 1er dim. après l'Épiph. Dominic. t. I, p. 20
    • Un air réformé, une modestie outrée, la singularité de l'habit, une ample calotte, n'ajoutent rien à la probité, ne relèvent pas le mérite La Bruyère, XII
  2. 2Il se dit des religieux qui suivent la réforme établie dans leur ordre.

    • Il n'avait que six ou sept ans que des religieux très réformés admiraient sa vie austère et mortifiée Bossuet, Panég. St Franç. de Paule, 1
    • Substantivement. C'est un réformé.

  3. 3La religion réformée, l'Église réformée, le culte réformé, le protestantisme, et, plus particulièrement, le calvinisme.

    • Ce Jean Knox est celui dont le violent discours anima tellement le peuple réformé de Perth à la sédition Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 40
    • Substantivement. Les réformés, ceux qui suivent la religion réformée.

      • Gaspard de Coligny, amiral de France, après la mort du prince de Condé, fut déclaré chef du parti des réformés en France Voltaire, Henr. II, notes.
      • Il faut savoir que Colbert croyait les réformés aussi nécessaires à l'État sous Louis XIV par leur industrie, qu'ils l'avaient été à Henri IV par leur courage ; Louvois ne les croyait que dangereux Voltaire, Mél. litt. Observ. mém. Noailles.
      • Les catholiques disent : La religion prétendue réformée (qu'on écrivait la R. P. R.), les prétendus réformés. C'est en vertu d'un article du traité de Beaulieu (1576) que la formule : ceux de la religion prétendue réformée, a été prescrite par les actes publics.

        • Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et différends entre nos subjects, avons permis et permettons à ceux de ladite religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes et lieux de cettuy nostre royaume, Édit de Nantes, art. 6
      • En 1612, les assemblées provinciales demandèrent que les protestants fussent dispensés de se qualifier ainsi ; la cour s'engagea non pas à faire une déclaration formelle en ce sens, mais à avertir les parlements de ne plus exiger qu'ils se désignassent eux-mêmes par ces termes humiliants.

  4. 4Anciennement, officier réformé, officier à qui on retirait son emploi, mais en lui conservant une partie de ses appointements (on dit présentement officier à la suite).

    • Depuis que ton officier réformé est venu nous enlever le cœur de cette jolie fermière Regnard, Attend. s. l'orme, 3
    • Aujourd'hui, officier réformé, celui auquel le grade a été enlevé, par suite d'infirmités physiques ou morales.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander