Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

réserver dans le Littré

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réserver v. a. (ré-zèr-vé)

  1. 1Retenir quelque chose d'un tout, ou un objet entre plusieurs. Réserver une part du butin.

  2. 2Garder pour un autre temps, pour un autre usage, pour une autre occasion, pour un autre traitement.

    • Il se construit avec à et un infinitif.

      • Ayant vu notre contenance déterminée, ils [les voleurs] s'arrêtèrent et réservèrent à prendre mieux leur avantage Regnard, Voyage de Pologne.
      • Les princesses lui apprirent en peu de paroles la violence qu'on leur avait faite, réservant à dire le reste avec un plus grand loisir Mlle DE LA FORCE, Reine de Nav. 1re part. p. 69
    • Au passif et impersonnellement.

      • Socrate vit et déplora les malheurs de sa patrie ; c'est à Thrasybule qu'il était réservé de les finir J.-J. Rousseau, Disc. vertu des héros.
    • Au barreau, l'avocat a prié les juges de lui réserver la réplique, il leur a demandé le droit de répliquer quand il en sera temps.

    • Se réserver la réplique, déclarer qu'on veut répliquer.

  3. 3Destiner à.

  4. 4Se réserver, réserver pour soi, garder pour soi.

    • Il ne se peut pas dire qu'ils [les égoïstes] aient de mauvais desseins contre l'État, et qu'ils en désirent la ruine ; ils se réservent seulement leurs premières et leurs plus tendres affections Guez de Balzac, De la cour, 4e disc.
    • C'est par son désintéressement que M. de Lamoignon se réserva cette liberté d'esprit si nécessaire dans la place qu'il occupait Fléchier, Lamoignon.
    • Dans leurs prospérités [de ses amis], il estima leur modération, et se réserva le droit de les avertir de leur orgueil Fléchier, Duc de Mont.
    • [à Rome] les rois se réservèrent le jugement des affaires criminelles, et les consuls leur succédèrent en cela Montesquieu, Esp. XI, 18
    • Se réserver à faire quelque chose, ou de faire quelque chose, attendre, remettre à faire cette chose pour un temps, une occasion, un lieu qu'on jugera favorable.

      • Je me réserve à vous dire le reste quand vous serez de retour d'Italie Guez de Balzac, liv. I, lett. 8
      • Il se réserve de payer plus ou moins PATRU, Plaidoyer III, dans RICHELET
      • Je me réserve à vous faire un second discours où j'aurai une raison nécessaire de vous parler de la France et de ce grand conquérant [Louis XIV] qui.... Bossuet, Hist. III, 7
      • Dieu, qui l'accorde [la paix] quand il lui plaît et comme il lui plaît, se réservait à la donner par l'entremise de notre princesse Fléchier, Mar.-Thér.
  5. 5Se réserver, v. réfl. Faire la réserve de soi-même.

  6. 6Se ménager pour un autre temps, pour une autre occasion. Il se réserve pour de plus grandes choses. Je ne danserai point de contredanse, je me réserve pour la valse. Je me réserve pour le rôti, pour le dessert.

Étymologie

Provenç. et espagn. reservar ; ital. riservare ; du lat. reservare, de re, et servare, garder.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander