Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

raillerie dans le Littré

1 article· 29 citations· rimes· synonymes

raillerie s. f. (râ-lle-rie, ll mouillées, et non raye-rie)

  1. Action de railler.

    • Je tourne en raillerie un si fâcheux mystère Régnier, Sat. X
    • Et l'amertume enfin de cette raillerie.... Corneille, Théod. III, 5
    • Quittez ces contre-temps de froide raillerie Corneille, Don Sanche, I, 4
    • La raillerie est un air de gaieté qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se présentent ; l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpreté LA ROCHEFOUC., Réfl. div. p. 117 dans POUGENS
    • Ce qui n'était que jeu doit-il faire un divorce ?Et d'une raillerie a-t-on lieu de s'aigrir ? Molière, Amph. II, 6
    • Ils vous reprocheraient de tourner les choses de la religion en raillerie Pascal, Prov. VIII
    • J'avouerai franchement que, si j'en avais de bons témoignages [d'un miracle], sans faire ni l'esprit fort ni me soucier des railleries de M. Basnage, je le croirais de bonne foi Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 7
    • Ne sont-ce pas les railleries qui font les plaies les plus vives, les plus cruelles et les plus sanglantes ? Bourdaloue, 11e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. III, p. 268
    • C'était sa maxime [de la Dauphine] que la raillerie ne convient pas à ceux qui sont élevés au-dessus des autres ; que les traits qui partent d'en haut font des blessures plus profondes Fléchier, Dauphine.
    • Il est convaincu que, quelque scrupuleuse exactitude que l'on ait dans sa manière d'écrire, la raillerie froide des mauvais plaisants est un mal inévitable, et que les meilleures choses ne leur servent souvent qu'à leur faire rencontrer une sottise La Bruyère, I
    • Celui qui est d'une éminence au-dessus des autres qui le met à couvert de la répartie, ne doit jamais faire une raillerie piquante La Bruyère, V
    • Il en faisait des railleries, le traitant de faible et d'efféminé Fénelon, Tél. XVI
    • Elle [Mme de Montespan] joignait à cette dureté de cœur une raillerie continuelle Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 108, dans POUGENS
    • Épargnez-vous, marquis, ces froides railleries Destouches, Phil. mar. V, sc. dern.
    • Quelques-unes de ces lettres [lettres d'Henriette à Charles Ier, saisies par les parlementaires] n'étaient que des expressions de tendresse et de douleur ; la chambre les lut avec ces railleries amères qui sont le partage de la férocité Voltaire, Mœurs, 180
    • Rousseau ayant montré à son antagoniste une ode à la postérité, celui-ci lui dit : Mon ami, voilà une lettre qui ne sera jamais reçue à son adresse ; cette raillerie ne fut jamais pardonnée Voltaire, Comment. œuv. aut. Henr.
    • La raillerie est l'éclair de la calomnie Pensée chinoise, dans GRIMM, Correspond. t. IX, p. 491
    • Cette tournure de raillerie qui est le sublime de l'insolence Marmontel, Mém. VIII
    • Familièrement. Cela passe la raillerie, se dit d'une raillerie trop forte, d'une chose qui pourrait avoir des suites fâcheuses.

    • Familièrement. La raillerie en est-elle ? c'est-à-dire est-il permis de railler ? peut on railler sans crainte d'offenser ?

    • Raillerie à part, sans raillerie, sérieusement, tout de bon.

    • Entendre la raillerie, entendre bien la raillerie, avoir le talent de railler avec esprit.

    • Entendre raillerie, ne point s'offenser des railleries dont on est l'objet.

      • Mais les hypocrites n'ont point entendu raillerie Molière, Tart. Préface
      • Je ris quand on veut rire, et j'entends raillerie Thomas Corneille, Baron d'Albikrac, V, 4
      • J'ai reconnu en vous une qualité que j'estime fort ; c'est que vous entendez très bien raillerie, quand d'autres que moi vous font la guerre sur vos petits défauts Racine, Lett. à son fils, 41
    • Il n'entend pas raillerie, se dit d'un homme sévère, exigeant, difficile.

      • Ils ont accusé M. de Saint-Foix d'avoir mal parlé de la religion ; M. de Saint-Foix, qui n'entend pas raillerie, a résolu de leur donner sur les oreilles Voltaire, Facéties, Préface
    • Il n'entend pas raillerie là-dessus, se dit d'un homme sensible, sévère sur une certaine chose.

      • Nous n'entendons point raillerie sur les matières de l'honneur, et nous l'avons élevée [notre fille] dans toute la sévérité possible Molière, G. Dandin, I, 4
    • Familièrement. C'est une raillerie, c'est une plaisante raillerie, se dit d'une chose qui ne paraît pas vraisemblable.

    • C'est une raillerie de nous venir dire que.... C'est une raillerie de croire que.... c'est-à-dire c'est une chose ridicule, absurde, de dire.... de croire....

      • La maison du garde.... réellement nous appartient comme ayant de tout temps fait partie de la forêt ; c'est une raillerie de prétendre avoir vendu le pot et non l'anse Paul-Louis Courier, Corresp. 6 fév. 1816
    • Il n'y a point de raillerie à cela, ce n'est point une raillerie, la chose est sérieuse, ce n'est pas un conte fait à plaisir.

    • On dit dans le même sens : le jeu passe la raillerie.

Synonymes

RAILLERIE, MOQUERIE. Ces deux mots sont très voisins l'un de l'autre ; cependant la nuance est que la raillerie est une aggravation de la moquerie, une moquerie acerbe.

Étymologie

Railler.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander