Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

regret dans le Littré

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regret s. m. (re-grè ; le t ne se prononce pas et ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel l's se lie : des re-grè-z éternels ; regrets rime avec paix, succès, traits, etc. Palsgrave, p. 24, dit que devant une voyelle le t se fait sentir)

  1. 1Déplaisir d'avoir perdu, ou de n'avoir pu obtenir quelque chose.

    • Familièrement. Il ne doit pas avoir regret à sa jeunesse, se dit d'un homme qui a passé sa jeunesse dans les plaisirs.

  2. 2Particulièrement. Chagrin que cause la mort, la perte, l'absence d'une personne.

  3. 3Déplaisir causé par le souvenir de ce qu'on a fait ou omis de faire.

    • Familièrement, en être aux regrets, se repentir trop tard d'avoir fait ou dit quelque chose.

  4. 4Toute espèce de déplaisir.

    • En sorte que les vaincus n'eussent point de regret à mes victoires Vaugelas, Q. C. 468
    • J'ai tous les regrets du monde d'être obligé d'en user ainsi Molière, Mar. forcé, 16
    • Je suis fort redevable à vos feux généreux.... ....Et j'ai regret, monsieur, de n'y pouvoir répondre Molière, Femm. sav. V, 1
    • Je suis contente, et n'ai point de regret à mon voyage Mme de Sévigné, 24 oct. 1687
    • Quand.... dix-huit ans [son âge de dix-huit ans] lui donneraient [au jeune Grignan] quelque regret à carême prenant [quitter Paris à ce moment] Mme de Sévigné, 25 janv. 1690
    • Ils [les alliés assiégeant Maestricht] n'ont point voulu attendre le combat ; le prince d'Orange, qui avait regret à ses peines, voulait tout hasarder Mme de Sévigné, 2 sept. 1676
    • Les pluies nous empêchent de faire les foins, et nous avons grand regret à cette perte Mme de Sévigné, 31 juill. 1680
    • En vain je veux au moins faire grâce à quelqu'un ;Ma plume aurait regret d'en épargner aucun Boileau, Sat. VII
  5. 5Au plur. Plaintes, lamentations.

    • Nous entrons dans une salle, où nous voyons une vieille femme mourante, assistée d'une servante qui faisait des regrets Molière, Fourber. I, 2
    • Ô prince, le digne objet de nos louanges et de nos regrets Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets Racine, Bajaz. I, 4
    • Coups de cloche intermittents, pendant des funérailles.

  6. 6Au plur. Cendres d'orfévre.

  7. 7À regret, loc. adv. Avec répugnance.

    • L'abbaye de Monte-à-regret [la potence], Dict. argot-franç. à la suite du poëme de Cartouche, par Granval, 1725.

Étymologie

Wallon, li r'gret d'on mau, le retour d'un mal ; dicton namurois, on a todis des r'grets d'on mau do moeis de maiye, on a toujours des retours d'une maladie gagnée au mois de mai (CHAVÉE, Rev. de ling. t. I, p. 224). La plus ancienne étymologie de regretter et la plus reçue est le latin re-quiritari, composé de quiritari, se plaindre. Pour le changement de q en g, on a l'exemple de Guienne venant de Aquitania ; et, bien que quiritari ait donné crier, on peut expliquer la conservation du t dans regretter, par fugita qui a donné fuite à côté de fuie. Une autre étymologie est celle de Mätzner, qui, appuyant sur le sens de plaindre attaché au mot regretter, renvoie au goth. gretan, ancien scand. grata, anglo-sax. graetan, graedan, pleurer, plaindre ; Diez est favorable à cette étymologie, parce que, regretter ne se trouvant pas dans les langues sœurs, il est probable que l'origine dans le français en est germanique. Enfin Mahn le dérive du lat. gratus ; avec ce radical, regretter signifiera primitivement reprendre avec reconnaissance ; mais, de là, le passage au sens de regretter est difficile. M. Chavée, Revue de linguistique, t. I, p. 224, arguant du sens du mot regret en wallon, y voit le latin recretum, chose qui recroît, qui repousse, de recrescere : le c changé en g, comme dans segret, prononciation très usitée de secret ; le sens de fàcherie attaché à ce mot, comme dans l'italien increscere, rincrescere (il aurait pu ajouter que cette signification de increscere n'est pas étrangère à l'ancien français, encroistre y ayant signifié peiner). En définitive, il faut un mot qui renferme l'idée de retour : regret du passé, d'une perte, recroissance, comme dans le wallon, et, pour regretter, rappeler, invoquer, comme dans certains textes du vieux français. On a repoussé avec raison le lat. regressus, qui aurait donné regrès, non regret ; mais ce sens fondamental apparaît quand on compare regret à degret (voyez l'historique à DEGRÉ) ; regret répond à une forme regradus, comme degret à une forme degradus. De cette façon, on rend raison de toutes les acceptions, en conservant l'analogie entre regret et degret. Une difficulté reste : le radical étant gradus, le verbe devrait être regreder, non regreter ; mais le changement de d en t se voit dans convoitise, de cupidicia, dans piétiner, piéton, de pedem ; et, inversement, de t en d, dans plaider, de placitum, et cuider, de cogitare.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander