Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

relâcher dans le Littré

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relâcher v. a. (re-lâ-ché)

  1. 1Faire qu'une chose soit moins tendue, moins serrée. Au moyen d'une vis on tend, on relâche cette membrane.

    • Fig.

      • Je m'en vais écrire à Vivonne pour un capitaine bohême, afin qu'il lui relâche un peu ses fers Mme de Sévigné, 62
      • S'il [un bon citoyen dans un État despotique] aimait l'État, il serait tenté de relâcher les ressorts du gouvernement Montesquieu, Esp. IV, 3
      • Elle va former de nouvelles chaînes qui relâcheront les doux liens de l'amitié J.-J. Rousseau, Hél. II, 15
    • Fig. Relâcher l'esprit, donner du délassement à l'esprit.

      • Il est nécessaire de relâcher un peu l'esprit Pascal, Pens. div. 27, édit. FAUGÈRE.
    • Se relâcher l'esprit, relâcher à soi l'esprit, se reposer, interrompre le travail.

      • Dans les divertissements qu'il [le czar] prenait avec sa cour, tels que quelques révélations nous les ont exposés, on peut trouver des restes de l'ancienne Moscovie ; mais il lui suffisait de se relâcher l'esprit, et il n'avait pas le temps de mettre beaucoup de soin à raffiner sur les plaisirs Fontenelle, Pierre Ier.
  2. 2Rendre plus doux, en parlant de la température. Le vent tourna au sud et relâcha le temps.

  3. 3Rendre plus lâche, plus mou, moins sévère, laisser perdre de sa force.

  4. 4Diminuer, ôter.

    • Lorsque je relâche quelque chose de mon attention Descartes, Médit. III, 20
    • Rodrigue suit ici son devoir sans rien relâcher de sa passion Corneille, Cid, Exam.
  5. 5Renoncer en partie à..., remettre quelque chose de ses droits, de ses prétentions. Je lui ai relâché la moitié de ce qu'il me devait.

    • On ne se figure plus être si fort au-dessus de l'agresseur, on n'est plus si persuadé qu'il doive nous relâcher tout et condescendre à toutes nos volontés Bourdaloue, Car. I, Pensées de la mort, 21
    • Rebuté des affaires et des procès dont son esprit était incapable, il relâcha ce qu'on voulut, et crut que c'était un gain que de savoir perdre Fléchier, duc de Montaus.
    • Je répondais que je saurais bien tenir les peuples dans leur devoir, en me faisant aimer d'eux ; en ne relâchant rien de mon autorité, quoique je les soulageasse Fénelon, Tél. XII
  6. 6Laisser aller, remettre en liberté.

    • Antigone, ayant appris la détention de son père, fut pénétré de la plus vive douleur, et écrivit à tous les rois et à Séleucus lui-même, pour le prier de relâcher Démétrius, s'offrant en otage pour lui Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 294, dans POUGENS
    • Philippe le Long, à peine roi de France, avait assemblé les cardinaux dans cette ville libre [Lyon] ; et, après leur avoir juré qu'il ne leur ferait aucune violence, il les avait enfermés tous et ne les avait relâchés qu'après la nomination de Jean XXII Voltaire, Mœurs, 68
  7. 7V. n. Rabattre de sa première exactitude, ardeur, sévérité, etc.

    • J'ai honte que mon cœur, auprès d'elle attaché,De son ardeur pour vous ait souvent relâché Corneille, Clit. V, 1
    • Il [Mazarin] relâcha même beaucoup de la morgue des cardinaux les plus ordinaires Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 97, dans POUGENS
    • Si nos pères n'eussent un peu relâché de la sévérité de la religion pour s'accommoder à la faiblesse des hommes Pascal, Prov. VII
    • Ayez affaire à de pauvres gens chargés d'une grande famille, souvent vous les trouverez droits, modérés, capables de relâcher pour la paix et d'une facile composition Bossuet, Sermons, Oblig. ét. relig. 2
    • La nature, en cette occasion [en temps de peste], relâche beaucoup de ses droits et de ses obligations ordinaires Fléchier, Duch. de Mont.
    • Et vous avez pu voirCombien je relâchais pour vous de mon devoir Racine, Andr. III, 2
    • Il faudra disputer, contester, conjurer, s'insinuer, relâcher même des règles, pour vous faire agréer les remèdes Massillon, Carême, Passion.
  8. 8Terme de marine. Discontinuer le cours de sa navigation, pour mouiller dans quelque lieu sûr, lorsqu'on y est forcé par le mauvais temps ou engagé par d'autres raisons.

    • Pendant notre navigation les vents nous ont contraints de relâcher dans l'île de Cypre Fénelon, Tél. IV
    • On relâcha en Corse et à Monaco à cause d'une tempête et surtout de la flotte anglaise Voltaire, Louis XV, 21
    • Houtman reconnut les côtes d'Afrique et du Brésil, s'arrêta à Madagascar, relâcha aux Maldives, et se rendit aux îles de la Sonde Raynal, Hist. phil. II, 3
    • C'est sûrement un grand bien pour les équipages de faire le tour du monde sans relâcher à O-Taïti LA PÉROUSE, Voy. t. IV, p. 224
    • Fig. et absolument.

      • Mais quoi ! ma barque vagabonde Est dans les Syrtes bien avant ; ....Je ferai mieux de relâcher, Et borner le soin de te plaire Par la crainte de te fâcher Malherbe, IV, 5
  9. 9Terme employé par les pêcheurs pour dire que les anguilles descendent les rivières ou s'abandonnent au cours de l'eau.

  10. 10Se relâcher, v. réfl. Être détendu. Des cordes qui se relâchent.

    • Le temps se relâche, il s'adoucit.

  11. 11Il se dit des choses qui perdent de leur force, de leur activité.

    • Il paraît que la fièvre de ce pauvre chevalier s'est relâchée, et lui a donné un jour de repos Mme de Sévigné, 588
    • La prospérité a attiré les pertes, la grandeur est venue, et la discipline s'est relâchée Bossuet, Sermons, Église, 3
    • Mais sa haine, sur vous autrefois attachée,Ou s'est évanouie, ou s'est bien relâchée Racine, Phèd. I, 1
    • Insensiblement, cette désolation à laquelle je m'étais abandonnée se relâcha Marivaux, Marianne, part. 6
    • Avec ellipse du pronom réfléchi.

      • Distrait par un autre attachement, je sentis relâcher le mien pour elle J.-J. Rousseau, Conf. VIII
  12. 12Rabattre de la première ardeur, exactitude, sévérité, etc.

    • Je n'entends plus un lâcheQui dès le premier pas chancelle et se relâche Rotrou, St Gen. III, 4
    • Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent par sa durée LA ROCHEFOUC., Réfl. mor. n° 215
    • Quelque violence que lui pût faire sa passion, il est certain qu'elle [Chimène] ne devait point se relâcher dans la vengeance de la mort de son père Acad. Sentim. Cid
    • Il [un Juif annonçant la ruine de Jérusalem] continua durant sept ans à crier de cette sorte sans se relâcher, et sans que sa voix s'affaiblît Bossuet, Hist. II, 8
    • M. de Lamoignon jamais ne se démentit, jamais ne se relâcha Fléchier, Lamoignon.
    • Ses travaux [de Pierre le Grand], dont il ne se relâcha jamais, augmentèrent son mal et hâtèrent sa fin Voltaire, Russie, II, 17
    • Ces anciens philosophes étaient outrés dans leurs préceptes, parce qu'ils savaient par expérience qu'on se relâche toujours assez dans la pratique Diderot, Opin. des anc. phil. (cynique, secte).
    • Se relâcher à, se laisser aller à.

      • Il y a des gens de bien qui, examinant la vie de saint Thomas de Cantorbéry, sont portés à croire qu'il aurait pu, sans violer les lois de l'Église, se relâcher à beaucoup de choses que le roi Henri II désirait de lui NICOLE, Contin. des Essais, 8e tr. chap. 5
    • Avec ellipse du pronom réfléchi.

      • Et ce qu'il leur prescrit d'user de prudence, sachez et entendez, ô pécheurs, que ce n'est pas pour les faire relâcher à cette condescendance molle et languissante que votre cœur insensible et impénitent exige d'eux Bossuet, Sermon pour le mardi de la Passion, 2
  13. 13Céder de ses droits, de ses prétentions.

    • Relâchez-vous un peu des droits de la naissance Molière, Tart. IV, 3
    • Ne vous relâchez pas ; et faites bien en sorteD'empêcher que sur vous ma mère ne l'emporte Molière, Femm. sav. V, 2
    • Pour la paix du pape, l'abbé Bigorre nous assure qu'elle n'est point du tout prête, que le saint père ne se relâche sur rien Mme de Sévigné, 510
    • Le pape, traîné d'exil en exil, et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin parmi les souffrances, sans se plaindre ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère Bossuet, Hist. I, 11
    • Saint Louis, se relâchant volontiers sur les injures qui n'attaquaient que sa personne royale Bourdaloue, Serm. Dim. t. II, p. 37, Soin des domestiques.
    • Représentez-vous cette île fameuse où deux hommes chargés des intérêts et du destin des deux nations [Espagne et France].... tantôt se soutenant avec grandeur, tantôt se relâchant avec prudence.... Fléchier, Mar.-Thér.
    • Elle [la véritable grandeur] s'abandonne quelquefois, se néglige, se relâche de ses avantages, toujours en pouvoir de les reprendre et de les faire valoir La Bruyère, II
    • Ils me demandèrent toujours trente tomans, et ne se relâchèrent jamais d'un seul Montesquieu, Lett. pers. 67
    • L'empereur.... étouffe pour quelque temps les troubles naissants, en accordant.... tout ce que les protestants demandent.... on ne pouvait se relâcher davantage ; c'était aux Turcs que les luthériens devaient cette indulgence Voltaire, Ann. Emp Charles-Quint, 1532
    • Avec ellipse du pronom réfléchi.

      • Que sa bonté l'ait fait relâcher de ses droits aux dépens de sa justice Bourdaloue, Car. III, Conv. de Magd. 120
    • Se relâcher de, être moins sévère.

      • La loi de Moïse était bien rude [au sujet des esclaves].... quel peuple que celui où il fallait que la loi civile se relâchât de la loi naturelle ! Montesquieu, Esp. XV, 17
  14. 14Se livrer à un délassement.

    • L'esprit se relâchait, pendant que les mains industrieusement occupées s'exerçaient dans des ouvrages dont la piété avait donné le dessin Bossuet, Anne de Gonz.

Étymologie

Re..., et lâcher ; provenç. relaxar, relachar ; espagn. relaxar ; ital. rilassare.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander