rendre v. a. (ran-dr')
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1Remettre une chose, une personne à celui à qui elle appartient, redonner.
Je ne pus m'empêcher de lui répondre [à un seigneur qui hésitait à se lancer dans un hasard] : vous devez tant à la fortune, vous avez tant reçu d'elle ; ce ne sera pas lui donner beaucoup, ce ne sera que lui rendre quelque chose
Guez de Balzac, De la cour, 4e disc.Bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais qu'accomplir l'ouvrage que j'ai commencé.... achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à mon maître
Bossuet, Bourgoing.Allez, hypocrites, dit-il : rendez à César ce que vous confessez vous-mêmes être à César, et rendez à Dieu ce qui est à Dieu
Bourdaloue, Serm. 22e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 318- Pour consumer autrui, le monstre se consume,Et, dévorant maisons, palais, châteaux entiers,Rend pour des monceaux d'or de vains tas de papiers Boileau, Lutr. V
- C'est un homme d'honneur, de piété profonde,Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde Boileau, Sat. IX
Gardons Proserpine, Les enfers ne rendent rien
QUIN., Proserp. V, 1C'est l'usage parmi tous les honnêtes gens : Quand il est survenu rupture ou brouillerie.... On se rend l'un à l'autre et lettres et portraits
Regnard, les Ménechm. IV, 3- D'un maudit lansquenet le caprice outrageantM'oblige à te prier de vouloir bien me rendreCent louis que de moi le besoin te fit prendre Regnard, ib. IV, 5
Nous rendrons aux quatre éléments ce que nous tenons d'eux, après avoir souffert quelque temps par eux, et après avoir été agités de crainte et d'espérance pendant les deux minutes de notre vie
Voltaire, Lett. à Mme du Deffant, 1er nov. 1773Louis le Germanique avait pris l'Alsace à Lothaire, mais il la rendit ; Charles le Chauve la prit et ne la rendit point
Voltaire, Ann. Emp. Louis II, 869Il [Frédéric III] rend le jeune Ladislas à ses peuples ; on l'a beaucoup loué d'avoir été un tuteur fidèle, quoiqu'il n'eût rendu ce dépôt que forcé par les armes
Voltaire, ib. Frédéric d'Autriche, 1450Je n'ai guère vu dans les enfants que ces deux espèces de générosité : donner ce qui ne leur est bon à rien, ou donner ce qu'ils sont sûrs qu'on va leur rendre
J.-J. Rousseau, Ém. IIUne autre difficulté encore plus grande, c'est l'argent que je n'ai pas ; beaucoup d'amis m'en offrent ; mais je ne serais pas en état de le rendre, et je ne veux l'aumône de personne
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 août 1770
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Rendre le pain bénit, voy. PAIN, n° 6.
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Rendre le reste d'une pièce de monnaie, donner ce qui reste de la valeur d'une pièce, après avoir pris sur cette pièce ce qui était dû.
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Rendre à quelqu'un sa parole, le dégager de l'engagement qu'il avait pris.
- Moi-même je vous rends le serment qui vous lie Racine, Iph. IV, 6
Cléante m'a rendu ma parole de la meilleure grâce
Mme de Genlis, Théâtre d'éduc. la Cloison, sc. 18
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Populairement. Quand il emprunte, c'est à ne jamais rendre, c'est-à-dire il ne rend pas volontiers ce qu'on lui a prêté.
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Fig. Je lui ai rendu mon estime, ma confiance, mon cœur.
Une fois elle avait rendu son cœur à Dieu
Bossuet, Anne de Gonz.- Mais si ce feu, seigneur, vient à se rallumer,S'il lui rendait son cœur, s'il s'en faisait aimer ? Racine, Andr. I, 3
Lysimaque, me dit-il, je te rends mon amitié, rends-moi la tienne
Montesquieu, Lysim.
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Dans un sens analogue, se rendre, rendre à soi-même.
- Rends-toi cette vertu pleine, haute, sincère,Qui t'affermit si bien au trône de mon frère Corneille, Perth. V, 2
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Rendre un dépôt, remettre ce qui a été confié.
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Fig.
Philippe.... examine d'un œil et d'un soin curieux Où les vagues rendront ce dépôt précieux
Corneille, Pomp. II, 2
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2Terme de marine. Rendre son bâtiment après le désarmement, le remettre et le laisser aux soins des directions du port.
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Rendre le quart, remettre le service du quart à celui ou à ceux qui le prennent après.
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Anciennement. Rendre le bord, revenir au port.
Il [le capitaine] ne rendra le bord qu'après avoir consommé tous ses vivres, en sorte qu'il ne lui en reste au plus que pour quinze jours lorsqu'il entrera dans le port où il devra désarmer,
Ordonn. de 1689, VII, 26
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3Remettre à son adresse. Rendre un paquet.
Le cardinal de Bouillon, à qui la lettre était adressée, ne l'a point rendue au roi, et lui en a seulement rendu compte
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 416Ta lettre m'a été rendue à Erzeron où je suis
Montesquieu, Lett. pers. 8Voici les lettres que j'ai reçues pour vous ; je suis bien fâché de ne vous les pas rendre en main propre
Voltaire, Lett. Rochefort, 28 janv. 1767
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Rendre réponse, faire par écrit une réponse ou transmettre par un messager une réponse.
- Voici le fils qui me vient rendre réponse Molière, Mar. forcé, X
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Rendre un cartel, remettre un cartel.
- J'ai charge de sa part de lui rendre un cartel Corneille, Suivante, V, 1
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4Voiturer, porter, conduire. Rendre des marchandises en un lieu.
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Dans ce sens il se dit des personnes. Montez dans ma voiture, et dans une heure je vous rendrai chez vous.
- Sans reculer plus loin l'effet de ma parole,Je vous rends dans trois mois au pied du Capitole Racine, Mithr. III, 1
M. d'Almare veut absolument que nous soyons rendus à Toulon vers les derniers jours d'avril
Mme de Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 267, dans POUGENS
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Rendre quelqu'un (avec un qualificatif), le ramener en tel ou tel état.
Ne prétendez nous le rendre ni beau, ni spirituel ; rendez-nous le sain : c'est tout ce qu'on veut
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Ventadour, 30 juill. 1712
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Rendre quelqu'un en quelque lieu, avec un nom de chose pour sujet, l'y faire arriver.
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5Rendre de l'ouvrage, le remettre à celui à qui il est destiné. J'ai donné de l'ouvrage à mon tailleur qui ne me le rend pas.
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6Transmettre.
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7Fig. S'acquitter, en parlant de certains devoirs, de certaines obligations, de marques de respect, de civilité. Absolument.
- Au nom de cette aveugle et prompte obéissanceQue j'ai toujours rendue aux lois de la naissance Corneille, Poly. III, 4
- J'adore ce grand cœur qui rend ce qu'il doit rendreAux illustres aïeux dont on vous voit descendre Corneille, Sertor. II, 3
Vous n'avez point rendu gloire au Dieu qui tient dans sa main votre âme et tous les moments de votre vie
Saci, Bible, Daniel, V, 23Si on lisait dans le cœur du maître [Louis XIV], je crois que l'on y verrait qu'il estime plus les hommages de M. le Prince [Condé] que ceux que lui pourrait rendre tout le reste de l'univers
La Fontaine, Lett. XI- Et le mari benêt, sans songer à quel jeu,Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu Molière, Éc. des femmes, I, 1
Mais au moins sois complaisante aux civilités qu'on te rend
Molière, Princ d'Él. II, 4- Mais, quand on est du monde, il faut bien que l'on rendeQuelques dehors civils que l'usage demande Molière, Mis. I, 1
Les ministres lui rendent [à Mme de Maintenon] la cour que les autres leur font
Mme de Sévigné, 21 juin 1680Mettez la foi et l'obéissance à la place de la raison, passez outre sur ma parole et rendez-moi cette obéissance
Bossuet, Lett. à Mme du Mans, 27 mai 1701Elle que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir [oraison funèbre] à la reine sa mère, devait être, sitôt après, le sujet d'un discours semblable
Bossuet, Duch. d'Orl.Le prince victorieux fléchit le genou, et, sur le champ de bataille [Rocroy], il rend au Dieu des armées la gloire qu'il lui envoyait
Bossuet, Louis de Bourbon.Il ne fallut pas emprunter la voix d'un prophète inconnu pour lui dire comme à Ézéchias : vous mourrez ; un fils osa rendre ce triste et charitable office à son père, et la fidélité de l'un fit voir la résignation de l'autre
Fléchier, le Tellier.- Andromaque elle-même, à Pyrrhus si rebelle,Lui rend tous les devoirs d'une veuve fidèle Racine, Andr. V, 5
[à Athènes] Au retour d'une bataille on rendait publiquement les derniers devoirs à ceux qui avaient été tués
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 467, dans POUGENS.Quand même vous vous tromperiez.... en rendant à une fausse vertu l'estime et l'honneur qui ne sont dus qu'à la vertu véritable, qu'eu serait-il ?
Massillon, Carême, Injust. du monde.- Je lui rends des respects et des soins Dancourt, Parisienne, SC. 3
Il [Montézuma] met le comble à son avilissement, en rendant hommage de sa couronne au roi d'Espagne
Raynal, Hist. phil. VI, 9M. de Louvois, toute sa vie, avait une grande considération pour elle [Mme de Boisdauphin, mère de Mme de Louvois], et ses enfants après lui ; c'était une femme aussi qui savait se faire rendre
Saint-Simon, 129, 176
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Rendre le devoir conjugal, ou, simplement, rendre le devoir, satisfaire à l'intention du mariage.
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Rendre une reconnaissance, témoigner de la reconnaissance.
J'ai rendu jusqu'ici cette reconnaissance à ces soins tant vantés d'élever mon enfance
Corneille, Héracl. I, 2
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Rendre des honneurs, accorder, décerner des honneurs.
Il n'y a que les républiques qui rendent de tels honneurs [une statue] ; les rois ne donnent que des récompenses
Voltaire, Charles XII, 3
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Terme de féodalité. Rendre foi et hommage, rendre aveu, reconnaître en qualité de suzerain.
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Rendre visite, aller visiter.
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Fig.
- Et quand la mort vient nous rendre visite,Achille est-il plus heureux que Thersite ? J.-B. Rousseau, Épît. I, 1
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Rendre ses visites, faire les visites que l'usage prescrit dans certaines circonstances.
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Rendre à quelqu'un sa visite, faire une visite à une personne qui est venue vous visiter.
Les croyant de retour, elle avait été chez eux sans les trouver, et ils venaient lui rendre sa visite
Mme de Genlis, Veillées du château t. I, p. 424, dans POUGENS
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Rendre le salut, saluer quelqu'un par qui on a été salué.
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On dit de même : Je lui ai rendu son salut. Il ne m'a pas rendu mon salut.
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8Rendre service à quelqu'un, l'obliger.
L'important service qu'il rendait continuellement à l'État, en faisant connaître les hommes capables de remplir les grandes places
Bossuet, le Tellier.Voulez-vous être rare ? rendez service à ceux qui dépendent de vous
La Bruyère, VIRichelieu était ingrat, ambitieux, tyrannique ; mais il avait rendu de très grands services
Voltaire, Hist. parl. L.
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Rendre de bons offices, de mauvais offices à quelqu'un, servir ou desservir quelqu'un de parole ou d'action.
Ce grand pontife [Robespierre] aux indévots Rendit quelques mauvais offices
M. J. CHÉNIER, Épître à Delille
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Il se dit parfois en un sens tout opposé. Rendre des mépris, témoigner des mépris.
- Telle rend des mépris qui veut qu'on l'importune Corneille, Menteur, III, 6
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Rendre un déplaisir, rendre déplaisir, causer un déplaisir, causer déplaisir.
J'offre ces mêmes vœux et ces mêmes hosties Pour ceux dont la malice ou les antipathies M'ont rendu déplaisir, m'ont nui, m'ont offensé
Corneille, Imit. IV, 9J'ai des parents et des amis parmi eux, à qui j'ai été bien aise de ne rendre pas ce déplaisir
Corneille, Lett. au P. Boulard, 10 juin 1656
-
9Rendre preuve, s'est dit pour faire acte de.
La grande preuve qu'il avait rendue de sa vertu l'avait fait honorer de ses sujets et élever en l'état où il était
Mém. de Villeroy, t. V, p. 105, dans LACURNEAyant rendu toutes les preuves de générosité qu'on saurait attendre d'un prince
ARNAULD D'ANDILLY, Lett. 71, dans GODEFROY, Lex. de Corneille.
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On a dit dans le même sens : rendre témoignage de.
Les témoignages de valeur qu'il [Alexandre] y rendit vont au delà de toute l'imagination
La Fontaine, Lett. XI
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10Payer de retour soit en bien, soit en mal. Rendre la pareille. Rendre le réciproque. Rendre le change.
- Et rendons le malheur à qui nous l'a donné MAIRET, M. d'Asdrub. III, 1
- Et si c'est un bienfait qu'il faut rendre aujourd'hui,Comme il parla pour vous, vous parlerez pour lui Corneille, Pomp. I, 1
- L'effet a dû t'apprendre,Quand on feint avec moi, que je sais bien le rendre Corneille, Veuve, IV, 8
- Et je ne rendrai pas menace pour menace ! Corneille, Nicom. II, 3
- Ici furent portés et rendus tant de coups.... Rotrou, Antig. III, 6
Enfin, ma fille, il faut que vous soyez ingrate : le moyen de rendre tout cela ?
Mme de Sévigné, 48Je ne rougis pas de pardonner une injure, jusqu'à rendre le bien pour le mal
Bourdaloue, Resp. hum. 2e avent, p. 403- Rendons-lui les tourments qu'elle me fait souffrir Racine, Andr. II, 1
J'aurais vu massacrer et mon père et mon frère.... Et moi.... Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage !
Racine, Ath. II, 7Si vous ne haïssez pas de me parler, je vous le rends bien, ma chère Angélique
Marivaux, l'Épreuve, SC. 8On tua prodigieusement de Russes, mais ils nous le rendirent bien
Voltaire, Candide, 12Vous êtes prêtre papiste, je suis prêtre calviniste, vous m'avez ennuyé, et je vais vous le rendre
Voltaire, Quest. mir. 15- Je dis ce qui me vient, et l'on peut me le rendre Gresset, le Méch. I, 4
Il faut convenir que sur ce point nous sommes un peu en avance avec eux, et qu'ils ne nous rendent pas fort exactement les louanges que nous leur donnons
D'Alembert, Ess. sur la soc. des g. de lett. Œuv. t. III, p. 56, dans POUGENS.Les coups qu'on sent le plus sont ceux qu'on ne peut pas rendre
D'Alembert, Éloges, l'abbé de St-Pierre.Cochin n'aime pas Greuze, et celui-ci le lui rend bien
Diderot, Lett. à Falconet, 1767Alors il [l'homme statue] remarque que tout ce qu'il touche sur lui rend à sa main sentiment pour sentiment
Condillac, Trait. anim. ch. 6Et pourquoi, lorsqu'il vous bat ainsi, ne le lui rendez-vous pas ?
Mme de Genlis, Veillées du château t. I, p. 80, dans POUGENS
-
Au passif et impersonnellement.
Au grand jour où il sera rendu à chacun selon ses œuvres
Massillon, Avent, Bonheur.
-
Absolument.
Le cheval sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut
Buffon, Morc. choisis, p. 137
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Le cheval rend à la main, il sent la bride et y obéit.
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Dieu vous le rende, phrase que prononcent d'ordinaire ceux à qui on fait l'aumône ou à qui on rend quelque service.
Que le ciel vous le rende, madame, lui répondis-je
Marivaux, Pays. parv. part. 1
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11Rendre combat, rendre le combat, résister à une attaque, combattre.
Timée, après avoir rendu un glorieux combat, demeura sur la place
Vaugelas, Q. C. 591- Où sont-ils ces combats que vous avez rendus ? Racine, Iphig. IV, 4
La terreur de ses armes [de Charles XII] était si grande, que la moitié de l'armée saxonne s'enfuit à son approche sans rendre le combat
Voltaire, Charles XII, 2
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Fig.
Les péchés véniels où ils ont trouvé cette jeune âme rendant du combat et faisant de la résistance....
Guez de Balzac, 7e disc. sur la cour.- C'en est fait, Angélique, et je ne saurais plusRendre contre tes yeux des combats superflus Corneille, la Place Roy. V, 4
J'ai si peu de combats à rendre contre moi-même
J.-J. Rousseau, Hél. I, 8
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On a dit de même : rendre résistance, opposer de la résistance.
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12Faire recouvrer ce qui a été perdu. Rendre la santé, la vue. Rendre la parole. Rendre la liberté.
- La mort de votre amant vous rendra-t-elle un père ? Corneille, Cid, V, 5
C'est ainsi que sa mort lui rend toute sa gloire, à vous toute l'Égypte, à César la victoire
Corneille, Pomp. V, 3- Et peut-on voir mensonge assez tôt avortéPour rendre à la vertu toute sa pureté ? Corneille, Nicom. IV, 1
- En achevant ces mots, la déesse guerrière....Rend aux trois champions leur intrépidité Boileau, Lutr. III
- Il faut à votre fils rendre son innocence Racine, Phèdre, V, 7
- Dieux, vous rendrez Oreste aux larmes de sa sœur Voltaire, Oreste, I, 2
- Le supplice d'un Dieu leur rendra l'innocence Delille, Paradis perdu, X
Éternité, néant, passé, sombres abîmes, Que faites-vous des jours que vous engloutissez ? Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes Que vous nous ravissez ?
Lamartine, Médit. le Lac.
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Par exagération. Rendre la vie, tirer d'une grande peine.
- Et par cette nouvelle il m'a rendu la vie Corneille, Cinna, III, 1
-
13Remettre en un certain état, avec un nom de personne pour régime. Ce médecin le rendit à la santé. Un arrêt de non-lieu l'a rendu à la liberté.
- Et vous n'avez, seigneur, qu'à vous y faire voirPour rendre d'un coup d'œil chacun à son devoir Corneille, Othon, V, 2
- Au jour que je fuyais c'est toi qui m'as rendue Racine, Phèdre, IV, 6
- Tu ne ris du vice des hommesQue pour les rendre à la vertu LAMOTTE, Odes, t. I, p. 504, dans POUGENS
- Tu me rends à l'espoir, tu me rends à la vie Ducis, Othello, II, 1
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Cela le rendit à lui-même, cela le remit en son état ordinaire, fit cesser ses illusions, ses préventions.
- Ah ! je vous reconnais ; et ce juste courroux,Ainsi qu'à tous les Grecs, seigneur, vous rend à vous Racine, Andr. II, 5
Il n'en fallait pas moins pour me rendre à moi-même ; mais j'y suis rendu, cela est sûr ; ou plutôt je suis tout à l'amitié....
J.-J. Rousseau, Lettre à Mme d'Houdetot, Corresp. t. V, p. 6, dans POUGENSCet excès de fausseté me rend enfin à moi-même
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. le Méchant par air, V, 2
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14Faire devenir, être cause qu'une personne ou une chose devient ce qu'elle n'était pas auparavant. Rendre suivi d'un participe passé ; tournure moins usitée qu'avec un adjectif, mais autorisée par les meilleurs auteurs.
Qui peut rendre pur celui qui est né d'un sang impur ?
Saci, Bible, Job, XIV, 4J'aime tout en vous, et même votre beauté.... ayez pitié de votre portrait, ne le rendez point celui d'une autre [en devenant maigre par la maladie]
Mme de Sévigné, 18 oct. 1688Si vous ne me rendez cet endroit vraisemblable, je croirai que j'ai lu un roman
Mme de Sévigné, 19 juill. 1690L'amitié qu'elle [Mme de la Fayette] a pour moi, qui la rend sur cette affaire [la nomination de Ch. de Sévigné à la députation] comme si c'était pour son fils
Mme de Sévigné, 4 sept. 1689La mortification lui rend [au chrétien] la mort familière
Bossuet, Bourgoing.Ces juges sévères qui, selon le langage du prophète, rendent les fruits de la justice amers comme de l'absinthe
Fléchier, Lamoignon.- De combien de remords m'ont-ils rendu la proie ! Racine, Andr. I, 4
- Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste Racine, Brit. I, 1
Aimez, profitez du temps, Jeunesse charmante, Rendez vos désirs contents
QUIN., Isis, II, 7Les images des ancêtres rangées en grand nombre dans une salle rendent-elles un homme plus estimable ?
Rollin, Traité des Ét. V, 1re part. § 6Vous eût-elle [l'Église] appelé à son secours par l'imposition des mains, et rendu participant de ses honneurs, si vous eussiez déclaré que vous ne prétendiez pas entrer en part de ses travaux ?
Massillon, Confér. Zèle contre les scand.Le cardinal de Tencin, archevêque de Lyon, si connu par la manière dont il avait fait sa fortune, en rendant catholique ce Law ou Lass, auteur du système qui bouleversa la France
Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir sa curiosité, ne vous pressez jamais de la satisfaire
J.-J. Rousseau, Ém. IIIIl lui rendit les bienfaits odieux, les bienfaiteurs insupportables, la reconnaissance importune
Marmontel, Mém. VIII- Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire,Aussitôt confondus comme délibérés Malherbe, II, 1
- Rendre en si doux ébat les heures consumées Malherbe, VI, 25
- Sa réponse rendra nos débats terminés Corneille, Veuve, V, 8
- Un favorable aveu pour ce digne hymenéeRendrait ici sa course heureusement bornée Corneille, Tois. d'or, I, 2
- N'ait rendu de nos dieux le courroux apaisé Rotrou, St Gen. III, 2
Il pleut, le soleil luit, et l'écharpe d'Iris Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire
La Fontaine, Fabl. VI, 3- Tandis que le héros admire Cythérée,Elle rend par ces mots son âme rassurée La Fontaine, Adonis.
- Vous me direz, pourquoi cette narration ?C'est pour vous rendre instruit de ma précaution Molière, Éc. des f. I, 1
C'est que l'amie [Mme de Maintenon] est d'un orgueil qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre [Mme de Montespan]
Mme de Sévigné, 7 août 1675
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15Produire, rapporter. Sa ferme lui rend dix mille francs par an.
Quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante, et d'autres trente
Saci, Bible, Évang. St Math. XIII, 8Le cabinet de M. de Julienne a rendu à la vente beaucoup au delà de ce qu'il avait coûté
Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 7, dans POUGENSLe revenu territorial, les douanes et les petites branches de commerce ne rendent pas annuellement, à Ceylan, plus de 2 200 000 livres
Raynal, Hist. phil. II, 15
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Absolument.
Le jeu rendait à merveille dans les commencements
Hamilton, Gramm. 2- J'ai grand nombre d'écoliers ; mais cela rend peu Dancourt, le Prix de l'arquebuse, SC. 14
Comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche rendent très peu, ils [les sauvages] sont désolés par des famines fréquentes
Montesquieu, Lett. pers. 120Ce métier où l'on devrait mourir de faim ne laisse pas de rendre
Montesquieu, ib. 36L'État ne peut subsister qu'autant que le travail des hommes rend au delà de leurs besoins
J.-J. Rousseau, Contr. III, 8Ce n'était [la mine d'Ucantaya, au Pérou] qu'une croûte d'argent presque massif, qui rendit d'abord beaucoup, mais qui fut bientôt épuisée
Raynal, Hist. phil. VII, 30
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Fig.
Les du Maine commencèrent à me faire mille avances ; lassés de ce que cela ne rendait pas, ils pressèrent Mme de Saint-Simon de m'amener à Sceaux
Saint-Simon, 258, 211
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Ce fermier rend tant de sa ferme, il en paye tant.
- Je sais ce qu'un fermier nous doit rendre par an Boileau, Lutr. IV
-
16Il se dit du suc qui sort de certaines choses. Cette orange, cette viande rend beaucoup de jus. Cette volaille a rendu de la graisse.
-
17Exhaler. Cette fleur rend une odeur agréable.
-
Fig. Rendre l'âme, l'esprit, le dernier soupir, la vie, mourir.
Prêt à rendre l'âme
Bossuet, le Tellier.Quelques heures après il rendit doucement l'esprit, le dix-septième de janvier de l'année 395, l'an seizième de son empire et la cinquantième de son âge
Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 77- Je rends dans les tourments une pénible vie Racine, Phèdre, IV, 6
Ne me donnez plus de ces vilaines pilules ; elles ont failli à me faire rendre l'âme. - Je voudrais qu'elles t'eussent fait rendre mon drap !
BRUEYS, Avoc. Pat. II, 3
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18Faire entendre. Cet instrument rend un son harmonieux.
.... Plainte Qu'encore ne rendrai-je en ces derniers efforts, Si....
Régnier, Élégie ILe zinc rend, lorsqu'on le plie, un petit cri comme l'étain
Buffon, Min. t. V, p. 407- Son armure en marchant rend un son plus horrible Delille, Én. IX
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19Rejeter par les voies naturelles ou autrement. Rendre de la bile. Rendre par haut et par bas.
[à Vichy] On tourne, on va, on vient, on se promène ; on entend la messe ; on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu'on les rend : il n'est question que de cela jusqu'à midi
Mme de Sévigné, 277J'ai une médecine à prendre, à rendre et beaucoup de lettres à écrire
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 1714, t. IV, p. 66, dans POUGENS.Le lamantin rend beaucoup de sang par ses blessures
Buffon, Quadrup. t. XI, p. 264Ce paysan, âgé de trente-cinq ans, rendit par la bouche, en mai 1759, des salamandres de différentes grandeurs, les unes vivantes, les autres mortes
Bonnet, Consid. corps org. t. V, p. 144, dans POUGENSDans le commencement des fièvres et des maladies inflammatoires, les malades rendent ordinairement une urine rouge, très colorée, ardente, imitant presque la couleur de sang, chaude et âcre
FOURCROY, Connaiss. chim. t. X, p. 172Nous retirâmes des flots le malheureux Paul sans connaissance, rendant le sang par la bouche et par les oreilles
Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
-
Cette plaie, ce vésicatoire rend beaucoup, il en sort beaucoup d'humeur.
-
Populairement. Rendre gorge, vomir pour avoir trop bu ou trop mangé ; et fig. restituer par la force ce que l'on a mal acquis.
-
Absolument, rendre, vomir.
-
Fig. et familièrement. Il a bon cœur, il ne rend rien, c'est-à-dire il ne rend pas ce qu'on lui prête.
-
-
20Livrer, céder.
Le gouverneur, vieil et barbu, ne dit au roi que ces paroles : Je viens rendre Gand à Votre Majesté, c'est tout ce que j'ai à lui dire
Racine, Frag. hist.- Elle trahit mon père, et rendit aux RomainsLa place et les trésors confiés en ses mains Racine, Mithr. I, 1
Lorsque, en vertu du traité les troupes françaises qui étaient dans Damiette rendirent cette ville
Voltaire, Mœurs, 58Une seconde lettre du roi [Xerxès] ne contenait que ces mots : " Rends-moi tes armes. " Léonidas écrivit au-dessous : " Viens les prendre, "
Barthélemy, Anach. Introd. II, 2
-
Fig.
-
Fig. Rendre les armes, s'avouer vaincu dans une contestation, dans une discussion.
-
Rendre les armes signifie aussi s'avouer charmé.
- À prudence endormie il faut rendre les armes Molière, Fem. sav. III, 2
-
Rendre la main, céder le tour, céder la place.
Ont-ils la main, ils dansent, ils se font danser les uns les autres, ils dansent encore, ils dansent toujours, ils ne rendent la main à personne de l'assemblée
La Bruyère, XVI
-
21Terme de manége. Rendre la bride à son cheval, la tenir moins haute, moins ferme.
Serrer les genoux, appuyer des éperons, rendre la bride
Voltaire, Bl. et noir.
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Rendre la main, lâcher un peu la bride.
-
22À certains jeux, donner à l'adversaire un avantage. Aux échecs, rendre un pion, un fou, un cavalier, se priver soi-même d'un pion, d'un fou, d'un cavalier.
Si je me suis laissé battre, c'est par pure courtoisie, et je vous rendrai la tour au lieu du fou tant qu'il vous plaira
CH. DE BERN., le Gentilh. camp. II, § 13
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Rendre des points dans les jeux où l'on compte par points comme les dominos, le billard, etc.
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Fig. Rendre des points, être plus fort, se croire plus fort que l'adversaire.
En toutes choses, je suis homme à lui rendre des points
CH. DE BERN., les Ailes d'Icare, § 1
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23Représenter, exprimer.
Est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'Écriture soit si ancienne, qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à en rendre toute l'élégance ou toute la force dans la dernière rigueur ?
Bossuet, Hist. II, 13Pourvu qu'on forme un tout qui rende parfaitement l'original
Hamilton, Gramm. 1Aucune expression n'y peut atteindre ; vous n'êtes fidèlement rendue que dans mon cœur
Marivaux, l'Heur. stratag. I, 12Ces nuances-là étaient délicates à saisir ; je ne sais si je les ai bien exprimées, mais je sais qu'il sera difficile à une actrice de les rendre
Voltaire, Lett. d'Argental, 14 déc. 1751Le livre [le conte du Tonneau de Swift] est très mal traduit en français ; il n'était pas possible de rendre le comique dont il est assaisonné
Voltaire, Mél. litt. Lett. à M. le prince de ***, 5C'est la même idée, mais elle est grossièrement rendue dans Garnier, et admirablement dans Corneille ; l'expression fait la poésie
Voltaire, Comm. Corn. Rem. Pomp. V, 1Thymèle, du temps de Domitien, fut à Rome ce que la fameuse Empuse avait été dans la Grèce ; il n'y avait point d'action théâtrale qu'elle ne rendît avec la force, la vivacité et l'énergie dont elle était susceptible
CAHUSAC, Dans. anc. et mod. I, III, 3Pour rendre ces sortes d'effets, il faut un pinceau et non pas des paroles
Buffon, Ois. t. V, p. 436Nous remarquerons que penser et bien rendre ce qu'on pense sont deux choses bien différentes
Condillac, Gramm. I, 9Voilà ce que le papier ne peut jamais rendre ; voilà où le geste triomphe du discours !
Diderot, Lett. sur les sourds et muetsOn rend avec netteté ce que l'on conçoit bien
D'Alembert, Œuv. t. I, p. 147Les mots arrivent plus aisément pour rendre une émotion vive qu'une idée claire
D'Alembert, ib. t. III, p. 239Si le traducteur ne rend pas ce style et ce goût, il n'a rien rendu ; il a anéanti son auteur en croyant le faire revivre
D'Alembert, Éloges, Saci.L'objet des arts est infini en lui-même : il n'est borné que par leurs moyens ; le modèle universel, la nature, est présent à tous les artistes ; mais le peintre, qui n'a que les couleurs, ne peut en imiter que ce qui tombe sous le sens de la vue ; le pinceau de Vernet ne rendra jamais dans une tempête le cri des matelots et le bruit des cordages
Marmontel, Œuv. t. IX, p. 410
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Absolument.
Bien écrire, c'est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre
Buffon, Disc. de récept.
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24Traduire. Rendre un passage mot à mot.
Je suis bien éloigné de désapprouver qu'après avoir fait expliquer du latin pendant un certain temps et après avoir fait observer sur ce latin les principales règles de la syntaxe, on fasse rendre du français en latin, soit de vive voix, soit par écrit
DUMARS., Œuv. t. I, p. 213
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25Répéter. L'écho rend les sons.
Chavigni en parla à Monsieur en ces propres termes en présence de Madame, qui me les rendit le lendemain
Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 192, dans POUGENSJe vous rendrais vos paroles, et ma lettre ne serait que l'écho de la vôtre, parce que je suis assez heureuse pour penser comme vous dans cette occasion
Mme de Sévigné, à Moulceau, 6 janv. 1687J'ai parlé à d'Alembert comme un ange ; je vous rendrai cette conversation au Grandval
Diderot, Lett. à Mlle Voland, 9 oct. 1759
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26Rendre témoignage, certifier, témoigner.
Merci, que le prince de Condé et le vigilant Turenne n'ont jamais surpris dans un mouvement irrégulier, et à qui ils ont rendu ce grand témoignage, que jamais il n'avait perdu un seul moment favorable
Bossuet, Louis de Bourbon.Ces hommes auparavant si timides.... rendent hardiment témoignage devant les princes des prêtres assemblés à la résurrection de Jésus-Christ
Massillon, Confér. Zèle contre les scand.
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27Rendre un arrêt, une sentence, prononcer un arrêt, une sentence.
Ce fut le 9 mars 1765 que fut rendu cet arrêt authentique qui justifia les Calas, et qui changea leur destinée
Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
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Rendre des oracles, prononcer des oracles.
- L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles Racine, Athal. I, 1
On a cru dans les premiers siècles du christianisme, que les oracles étaient rendus par des démons
Fontenelle, Oracles, I, 4
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Rendre la justice, administrer la justice.
Affligea-t-il les malheureux, et leur fit-il acheter, par quelque dureté, la justice qu'il leur a rendue ?
Fléchier, Lamoignon.[Ces juges] qui, fiers de leur pouvoir, et même de leur vertu, redoutables indifféremment aux innocents et aux coupables, font croire qu'ils ne rendent la justice aux uns qu'à regret, et aux autres qu'avec colère
Fléchier, ib.L'Écriture, après avoir représenté le courage de David dans ses combats.... ajoute incontinent, comme la perfection de son règne, qu'il rendait justice et jugement à son peuple
Fléchier, le Tellier.Le devoir des juges est de rendre la justice, leur métier est de la différer
La Bruyère, XIV
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Rendre justice à quelqu'un, reconnaître son mérite, ses droits.
Si vous doutiez de ma sincère et parfaite joie, je douterais de la vôtre : ne nous offensons point, rendons-nous justice l'une à l'autre
Mme de Sévigné, 26 août 1685- Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice Racine, Phèdre, IV, 2
Un brave chevalier peut être d'un parti différent d'un autre brave chevalier ; mais tous deux doivent se rendre justice
Voltaire, Lett. Richelieu, 20 mai 1771
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On dit dans un sens analogue : C'est une justice à lui rendre. Il faut lui rendre cette justice.
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Avec cette locution on ne peut représenter justice par un pronom et dire par exemple : Vous lui avez rendu justice ; et il méritait que vous la lui rendissiez. Il faudrait prendre une autre tournure. Cependant cette règle, exacte en soi, n'est pas toujours observée, surtout si le sens ne reçoit aucun dommage.
On ne lui avait pas assez rendu justice [à Mme du Châtelet] ; car, mon cher ami, à qui la rend-on ? il faut être mort, pour que les hommes disent enfin de nous un peu de bien, qui est très inutile à notre cendre
Voltaire, Lett. d'Aigueberre, 26 oct. 1749Aux sentiments de qui rendriez-vous justice, si vous ne la rendiez pas aux miens ?
D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 mars 1770
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28Rendre ses comptes, rendre compte, soumettre à qui de droit les résultats d'une gestion.
La Némésis des païens fait des avances et du crédit [à la jeunesse] ; elle agrée que les comptes soient rendus sans compensation ; mais elle se dédommage sur la vieillesse,
Anal. de Bayle, t. III, p. 299Il [Périclès] songeait à les rendre [ses comptes], lorsque Alcibiade dit qu'il ferait mieux de songer à ne les rendre pas ; et cette plaisanterie fut un conseil qu'il suivit
Condillac, Hist. anc. II, 5
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Rendre compte d'une chose, en donner le détail. Rendre compte d'un événement. Rendre compte de sa gestion.
Quand je dis qu'il n'est point besoin de rendre compte de ce que font les acteurs pendant qu'ils n'occupent point la scène, je n'entends pas dire qu'il ne soit quelquefois fort à propos de le rendre, mais seulement qu'on n'y est pas obligé
Corneille, 3e disc.Bien faire et bien rendre compte de tout, c'est la perfection ; mal faire et mal rendre compte, c'est l'abîme ; mais d'un homme qui ne rendrait pas bon compte ou d'un autre qui ferait mal et qui rendrait bon compte, celui-ci se sauverait plutôt que l'autre
Lett. etc. de Colbert, III, 2, p. 174
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Rendre compte, être responsable de.
Si nous contemplons le terme où elle [la vie] aboutit et le compte qu'il en faut rendre
Bossuet, Duch. d'Orl.J'ai paru devant les Romains, citoyen au milieu de mes concitoyens, et j'ai osé leur dire : Je suis prêt à rendre compte de tout le sang que j'ai versé pour la république
Montesquieu, Sylla et Eucrate.
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Avec inversion et familièrement.
Elle [Thérèse] est sa maîtresse absolue, va, vient, sans compte rendre
J.-J. Rousseau, à Mme d'Épinay, 13 déc. 1766
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Rendre compte de quelqu'un, veiller sur sa conduite.
Puis je rendrai de vous un très bon compte à l'avenir, et vous jure ma foi Que nuit et jour vous serez près de moi
La Fontaine, Gag.
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Se rendre compte à soi-même de quelque chose, y réfléchir et s'en faire une notion claire.
Dirai-je.... qu'il se rendait compte à lui-même de tous les jugements qu'il avait rendus, et repassait de temps en temps toutes les années de sa vie ?...
Fléchier, Lamoignon.
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Populairement et fig. Rendre ses comptes, mourir.
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Rendre raison d'une chose, en expliquer la cause. Rendre raison de différents phénomènes naturels.
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Rendre raison à quelqu'un, se battre en duel avec lui pour réparation d'une offense.
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29V. n Aboutir.
Alors, ouvrant une porte secrète qui rendait dans le temple, ils l'assommèrent à coups de pierres lui et ceux qui l'accompagnaient
Saci, Bible, Machab. II, 1, 1Le petit degré qui rend à votre garde-robe
HAUTEROCHE, Cocher supp. SC. 3Elle s'attache à l'orteil dès le soir Un brin de fil qui rendait à la porte De la maison....
La Fontaine, Gag.Il faut vous dire que je logeais dans une aile du château assez retirée, et qui, par un escalier dérobé, rendait dans le jardin, d'où l'on pouvait venir à ma chambre
Marivaux, Marianne, 9e part.
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30Cette raquette rend bien, rend mal, elle est bien tendue, mal tendue.
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31Terme de marine. Un cordage rend, donne ou adonne, quand il s'allonge sous l'effort qu'il subit.
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32Se rendre, v. réfl. Être rendu, donné en retour.
- Le mal se rend chez vous au centuple du bien La Fontaine, Fabl. VIII, 3
-
33Se rendre à quelque chose, reprendre quelque chose.
- Et cette âme innocente,Qui brave impunément la fortune impuissante,Regarde avec dédain ce qu'elle a combattu,Et se rend tout entière à toute sa vertu Corneille, Œd. V, 9
Je me rends à toute l'espérance que j'avais, et je suis persuadée que vous viendrez, comme vous me l'avez promis
Mme de Sévigné, 18 nov. 1676- Je me rends tout entier à ma grandeur suprême Voltaire, Orph. de la Chine, III, 4
-
Se rendre à son devoir, se réformer, céder à l'empire de la raison.
-
34Aller, se transporter. Se rendre aux ordres d'un chef, d'un supérieur.
- Dans deux heures Pompée en ce lieu doit se rendre Corneille, Sertor. I, 2
- J'entre un moment pour calmer son chagrin,Et me rendrai chez vous à l'heure du festin Corneille, Sertor. IV, 3
- Une jeune ingénue en ce lieu se vint rendre,Et goûter la fraîcheur sur ces bords toujours verts La Fontaine, Scamandre.
Où va donc se rendre cette multitude infinie de créatures qui disparaissent tous les jours à nos yeux ?
Massillon, Carême, Élus.La veille de mon départ, nous soupâmes chez Platon ; je m'y rendis avec Apollodore et Philotas
Barthélemy, Anach. ch. 23
-
Par formule de politesse. Je me rends à vos ordres.
-
Se rendre à son devoir, se rendre au lieu où le devoir appelle.
-
35Aboutir. Le sang se rend au cœur.
Où se rend ce chemin-là ? Cette rivière allait se rendre dans le grand port
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 650, dans POUGENS
-
36Devenir, se faire tel.
Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage
Corneille, Poly. III, 3- S'il se rendait d'une humeur trop sévère Corneille, Théod. I, 1
Le Seigneur s'est rendu le refuge du pauvre
Saci, Bible, Psaum. IX, 10- Ce chétif animalQui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal La Fontaine, Fabl. V, 1
- Vers le Levant, le Vieil de la MontagneSe rendit craint par un moyen nouveau La Fontaine, Fér.
- Il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit Molière, Tart. III, 1
Plusieurs, dans la crainte d'être trop faciles, se rendent inflexibles à la raison
Bossuet, Duch. d'Orl.Les inventions par lesquelles ils [les orgueilleux] s'imaginent forcer la nature, et se rendre différents des autres, malgré l'égalité qu'elle a ordonnée
Bossuet, Gornay[Dans le protestantisme] Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance
Bossuet, Reine d'Anglet.Ils [les peuples] ont dans le fond du cœur je ne sais quoi qui s'échappe.... et on ne leur laisse plus rien à ménager, quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion
Bossuet, ib.On se rend complice des injustes entreprises d'un grand, ou compagnon de ses débauches
Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 273- Au fond de leur palais leur majesté terribleAffecte à leurs sujets de se rendre invisible Racine, Esth. I, 3
C'est nous le plus souvent qui nous rendons tendres, pour orner nos passions ; mais c'est la nature qui nous rend amoureux
Marivaux, Pays. parv. part. 5Je défierais qu'on imaginât une personne plus chétive que je me suis rendue
Marivaux, Marianne, 6e part.
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Se rendre catholique, se rendre ermite, se faire catholique, se faire ermite.
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Terme de jurisprudence. Se rendre partie contre quelqu'un, se déclarer partie contre lui.
-
37Céder, se soumettre.
- Dès le premier essai mon courage se rend Régnier, Sat. I
- Cette haute vertu qui règne dans votre âme,Se rend-elle si tôt à cette lâche flamme ? Corneille, Cid, II, 5
Vous ne vous rendez pas à la surprenante merveille de cette statue mouvante et parlante ?
Molière, Festin, V, 2Ah, monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir
Molière, ib. V, 5Tout le monde s'est rendu à son jugement
Pascal, Prov. XVIIVous seriez bien difficile, si vous ne vous rendiez à de si bonnes raisons
Mme de Sévigné, 558Ceux qui auraient été assez insensibles pour ne pas se rendre aux paroles du P. Bourgoing, auraient été forcés de se rendre à la force toute-puissante de ses exemples
Bossuet, BourgoingJe me rends, monsieur, à vos remarques
Bossuet, Lett. 157Ces lâches combattants qui se sont rendus aux moindres assauts
Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 105Le maréchal de Villars a tant fait de représentations pour n'aller pas en Italie, que le roi s'y est rendu
Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 4 juill. 1706Il est impossible qu'on ne se rende pas à cette vérité quand on la sent
Voltaire, Ingénu, 8Je me rends avec plus de docilité que personne aux bonnes critiques ; mais les mauvaises ne m'épouvantent pas
Voltaire, Lett. d'Argental, 13 juill. 1751
-
Se rendre sur une chose, céder sur une chose.
Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire et sur l'opinion qu'elle a de sa beauté
La Bruyère, IIIL'on ne se rend point sur le désir de posséder et de s'agrandir
La Bruyère, ib.
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Absolument.
Je me rends, dit-elle, Psyché ; oubliez le mal que je vous ai fait
La Fontaine, Psyché, II, p. 212Dorante : Il n'y a plus rien à dire, je me rends. - Climène : Rendez-vous ou ne vous rendez pas, je sais fort bien que vous ne me persuaderez pas de....
Molière, Critique, 7Quoi ! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin !
Molière, Méd. m. lui, I, 6....Souple à la raison, corrigez sans murmure ; Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend
Boileau, Art p. IV- J'ai promis à Burrhus ; il a fallu me rendre Racine, Brit. IV, 4
Quand même, dit saint Chrysostome, tout le monde vous appellerait [à une dignité].... examinez les qualités de votre âme, et ne vous rendez point, si vous vous trouvez indigne de cet honneur
Massillon, Confér. Vocation, 1Quelquefois les institutions les plus salutaires sont mal reçues, parce qu'elles ne viennent pas dans un temps favorable ; mais bientôt les bons esprits se rendent
Voltaire, Lett. Rochefort, 27 mars 1771
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Il ne se rend jamais, c'est un opiniâtre qui ne cède jamais.
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38Il se dit de l'amour qui obtient la victoire.
La plupart des femmes se rendent plutôt par faiblesse que par passion
LA ROCHEFOUC., Pens. 104- Ainsi mon cœur, Frosine, un peu trop faible, hélas !Se rendit à des soins qu'on ne lui rendait pas Molière, Dép. am. II, 1
- Je ne viens point ici par de jalouses larmesVous envier un cœur qui se rend à vos charmes Racine, Andr. III, 4
Jeunes cœurs qui cherchez à vous rendre, N'aimez pas tant : Un amour trop tendre N'est jamais content
QUIN., Phaét. V, 4On dit bien que des femmes se sont rendues à des dieux déguisés en hommes, et quelquefois en bêtes ; à plus forte raison devra-t-on se rendre à des hommes déguisés en dieux
Fontenelle, Dial. 2, Morts anc.
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39Il se dit, dans la guerre, des villes qui se soumettent, des troupes, des individus qui capitulent ou deviennent prisonniers.
- ....Voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,Et que seuls désormais en vain ils se défendent,Ils demandent le chef : je me nomme, ils se rendent Corneille, Cid, IV, 3
Joachin, roi de Juda, sortit de Jérusalem, et vint se rendre au roi de Babylone avec sa mère, ses serviteurs, ses princes et ses eunuques
Saci, Bible, Rois, IV, 24, 12Un des gardes du prince d'Orange qui s'est venu rendre
PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 56Le roi n'est plus occupé qu'à recevoir les députés des villes qui se rendent
Mme de Sévigné, 150- Je me rends prisonnier, et demeure en otage Voltaire, Zaïre, I, 4
Cette île de Minorque s'appelait autrefois l'île de Vénus ; il est juste que ce soit à M. de Richelieu qu'elle se rende
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 mai 1756Avant ce jour [Pultava], seize mille soldats du roi Charles eussent attaqué toutes les forces de l'empire moscovite, et eussent péri jusqu'au dernier plutôt que de se rendre
Voltaire, Charles XII, 4Pondichéry, livré aux horreurs de la famine, fut obligé de se rendre le 15 janvier 1761
Raynal, Hist. phil. IV, 23
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Avec ellipse du pronom personnel.
Les femmes de ceux qui s'y étaient retirés, ayant été prises dans la ville, ont beaucoup contribué, comme on croit, à la faire rendre
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 135
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40Se rendre, n'en pouvoir plus. Je ne peux plus marcher, je me rends.
Qui mange et qui boit mieux que Dracon en un seul repas ? il enivre toute une compagnie et se rend le dernier
La Bruyère, III
-
Ce cheval se rend, il est outré à force de fatigue, ou bien, il finit par obéir.
-
Terme de chasse. Une bête se rend lorsqu'elle commence à être mal menée et à paraître sur ses fins.
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41Être prononcé.
Les sentences criminelles se rendent dans la place publique par les syndics, avec beaucoup d'appareil
D'Alembert, Gouv. de Genève.
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42Être traduit. Cela se rend en latin ainsi.
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43S. m. Le rendre, l'action de rendre.
L'un est diverti par une vilaine honte qu'il a que le rendre ne lui soit une confession d'avoir reçu
Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.
Synonymes
RENDRE, RESTITUER. Rendre est plus général : on rend quand on remet à qui de droit ce qui a été pris, prêté ou donné. Restituer est plus particulier : on restitue quand on remet ce qu'on a pris, volé, ou ce qu'on gardait par quelque raison que ce fût : Je vous restitue ce livre qu'on m'avait confié, sans me dire qu'il fût à vous.
Proverbes
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre
. Amis au prêter, ennemis au rendre
. Il faut rendre à César ce qui appartient à César
, c'est-à-dire à chacun ce qui lui est dû.
Étymologie
Wallon, reind ; provenç. rendre, reddre, redre, retre ; catal. et espagn. rendir ; ital. rendere, du lat. reddere (par intercalation de la nasale n devant d), de re...., et dare, donner. On remarquera que quelques formes romanes n'ont pas intercalé l'n. D'après M. Baudry, dans reddere il y a deux racines confondues par homonymie : dare, radical dā, quand reddere signifie redonner ; et le radical dhā, poser, faire, quand reddere signifie faire ou faire devenir. Corssen aussi (Beitr. p. 117) reconnaît le radical dhā dans con-dere, ab-dere.