Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

rendre dans le Littré

1 article· 274 citations· rimes· synonymes· conjugaison

rendre v. a. (ran-dr')

  1. 1Remettre une chose, une personne à celui à qui elle appartient, redonner.

    • Je ne pus m'empêcher de lui répondre [à un seigneur qui hésitait à se lancer dans un hasard] : vous devez tant à la fortune, vous avez tant reçu d'elle ; ce ne sera pas lui donner beaucoup, ce ne sera que lui rendre quelque chose Guez de Balzac, De la cour, 4e disc.
    • Bien loin d'interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais qu'accomplir l'ouvrage que j'ai commencé.... achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à mon maître Bossuet, Bourgoing.
    • Allez, hypocrites, dit-il : rendez à César ce que vous confessez vous-mêmes être à César, et rendez à Dieu ce qui est à Dieu Bourdaloue, Serm. 22e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 318
    • Pour consumer autrui, le monstre se consume,Et, dévorant maisons, palais, châteaux entiers,Rend pour des monceaux d'or de vains tas de papiers Boileau, Lutr. V
    • C'est un homme d'honneur, de piété profonde,Et qui veut rendre à Dieu ce qu'il a pris au monde Boileau, Sat. IX
    • Gardons Proserpine, Les enfers ne rendent rien QUIN., Proserp. V, 1
    • C'est l'usage parmi tous les honnêtes gens : Quand il est survenu rupture ou brouillerie.... On se rend l'un à l'autre et lettres et portraits Regnard, les Ménechm. IV, 3
    • D'un maudit lansquenet le caprice outrageantM'oblige à te prier de vouloir bien me rendreCent louis que de moi le besoin te fit prendre Regnard, ib. IV, 5
    • Nous rendrons aux quatre éléments ce que nous tenons d'eux, après avoir souffert quelque temps par eux, et après avoir été agités de crainte et d'espérance pendant les deux minutes de notre vie Voltaire, Lett. à Mme du Deffant, 1er nov. 1773
    • Louis le Germanique avait pris l'Alsace à Lothaire, mais il la rendit ; Charles le Chauve la prit et ne la rendit point Voltaire, Ann. Emp. Louis II, 869
    • Il [Frédéric III] rend le jeune Ladislas à ses peuples ; on l'a beaucoup loué d'avoir été un tuteur fidèle, quoiqu'il n'eût rendu ce dépôt que forcé par les armes Voltaire, ib. Frédéric d'Autriche, 1450
    • Je n'ai guère vu dans les enfants que ces deux espèces de générosité : donner ce qui ne leur est bon à rien, ou donner ce qu'ils sont sûrs qu'on va leur rendre J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Une autre difficulté encore plus grande, c'est l'argent que je n'ai pas ; beaucoup d'amis m'en offrent ; mais je ne serais pas en état de le rendre, et je ne veux l'aumône de personne D'Alembert, Lett. à Voltaire, 4 août 1770
  2. 2Terme de marine. Rendre son bâtiment après le désarmement, le remettre et le laisser aux soins des directions du port.

    • Rendre le quart, remettre le service du quart à celui ou à ceux qui le prennent après.

    • Anciennement. Rendre le bord, revenir au port.

      • Il [le capitaine] ne rendra le bord qu'après avoir consommé tous ses vivres, en sorte qu'il ne lui en reste au plus que pour quinze jours lorsqu'il entrera dans le port où il devra désarmer, Ordonn. de 1689, VII, 26
  3. 3Remettre à son adresse. Rendre un paquet.

    • Le cardinal de Bouillon, à qui la lettre était adressée, ne l'a point rendue au roi, et lui en a seulement rendu compte PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 416
    • Ta lettre m'a été rendue à Erzeron où je suis Montesquieu, Lett. pers. 8
    • Voici les lettres que j'ai reçues pour vous ; je suis bien fâché de ne vous les pas rendre en main propre Voltaire, Lett. Rochefort, 28 janv. 1767
  4. 4Voiturer, porter, conduire. Rendre des marchandises en un lieu.

  5. 5Rendre de l'ouvrage, le remettre à celui à qui il est destiné. J'ai donné de l'ouvrage à mon tailleur qui ne me le rend pas.

  6. 6Transmettre.

  7. 7Fig. S'acquitter, en parlant de certains devoirs, de certaines obligations, de marques de respect, de civilité. Absolument.

    • Au nom de cette aveugle et prompte obéissanceQue j'ai toujours rendue aux lois de la naissance Corneille, Poly. III, 4
    • J'adore ce grand cœur qui rend ce qu'il doit rendreAux illustres aïeux dont on vous voit descendre Corneille, Sertor. II, 3
    • Vous n'avez point rendu gloire au Dieu qui tient dans sa main votre âme et tous les moments de votre vie Saci, Bible, Daniel, V, 23
    • Si on lisait dans le cœur du maître [Louis XIV], je crois que l'on y verrait qu'il estime plus les hommages de M. le Prince [Condé] que ceux que lui pourrait rendre tout le reste de l'univers La Fontaine, Lett. XI
    • Et le mari benêt, sans songer à quel jeu,Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu Molière, Éc. des femmes, I, 1
    • Mais au moins sois complaisante aux civilités qu'on te rend Molière, Princ d'Él. II, 4
    • Mais, quand on est du monde, il faut bien que l'on rendeQuelques dehors civils que l'usage demande Molière, Mis. I, 1
    • Les ministres lui rendent [à Mme de Maintenon] la cour que les autres leur font Mme de Sévigné, 21 juin 1680
    • Mettez la foi et l'obéissance à la place de la raison, passez outre sur ma parole et rendez-moi cette obéissance Bossuet, Lett. à Mme du Mans, 27 mai 1701
    • Elle que j'avais vue si attentive pendant que je rendais le même devoir [oraison funèbre] à la reine sa mère, devait être, sitôt après, le sujet d'un discours semblable Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Le prince victorieux fléchit le genou, et, sur le champ de bataille [Rocroy], il rend au Dieu des armées la gloire qu'il lui envoyait Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Il ne fallut pas emprunter la voix d'un prophète inconnu pour lui dire comme à Ézéchias : vous mourrez ; un fils osa rendre ce triste et charitable office à son père, et la fidélité de l'un fit voir la résignation de l'autre Fléchier, le Tellier.
    • Andromaque elle-même, à Pyrrhus si rebelle,Lui rend tous les devoirs d'une veuve fidèle Racine, Andr. V, 5
    • [à Athènes] Au retour d'une bataille on rendait publiquement les derniers devoirs à ceux qui avaient été tués Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 467, dans POUGENS.
    • Quand même vous vous tromperiez.... en rendant à une fausse vertu l'estime et l'honneur qui ne sont dus qu'à la vertu véritable, qu'eu serait-il ? Massillon, Carême, Injust. du monde.
    • Je lui rends des respects et des soins Dancourt, Parisienne, SC. 3
    • Il [Montézuma] met le comble à son avilissement, en rendant hommage de sa couronne au roi d'Espagne Raynal, Hist. phil. VI, 9
    • M. de Louvois, toute sa vie, avait une grande considération pour elle [Mme de Boisdauphin, mère de Mme de Louvois], et ses enfants après lui ; c'était une femme aussi qui savait se faire rendre Saint-Simon, 129, 176
    • Rendre le devoir conjugal, ou, simplement, rendre le devoir, satisfaire à l'intention du mariage.

    • Rendre une reconnaissance, témoigner de la reconnaissance.

      • J'ai rendu jusqu'ici cette reconnaissance à ces soins tant vantés d'élever mon enfance Corneille, Héracl. I, 2
    • Rendre des honneurs, accorder, décerner des honneurs.

      • Il n'y a que les républiques qui rendent de tels honneurs [une statue] ; les rois ne donnent que des récompenses Voltaire, Charles XII, 3
    • Terme de féodalité. Rendre foi et hommage, rendre aveu, reconnaître en qualité de suzerain.

    • Rendre visite, aller visiter.

    • Fig.

    • Rendre ses visites, faire les visites que l'usage prescrit dans certaines circonstances.

    • Rendre à quelqu'un sa visite, faire une visite à une personne qui est venue vous visiter.

      • Les croyant de retour, elle avait été chez eux sans les trouver, et ils venaient lui rendre sa visite Mme de Genlis, Veillées du château t. I, p. 424, dans POUGENS
    • Rendre le salut, saluer quelqu'un par qui on a été salué.

    • On dit de même : Je lui ai rendu son salut. Il ne m'a pas rendu mon salut.

  8. 8Rendre service à quelqu'un, l'obliger.

    • L'important service qu'il rendait continuellement à l'État, en faisant connaître les hommes capables de remplir les grandes places Bossuet, le Tellier.
    • Voulez-vous être rare ? rendez service à ceux qui dépendent de vous La Bruyère, VI
    • Richelieu était ingrat, ambitieux, tyrannique ; mais il avait rendu de très grands services Voltaire, Hist. parl. L.
    • Rendre de bons offices, de mauvais offices à quelqu'un, servir ou desservir quelqu'un de parole ou d'action.

      • Ce grand pontife [Robespierre] aux indévots Rendit quelques mauvais offices M. J. CHÉNIER, Épître à Delille
    • Il se dit parfois en un sens tout opposé. Rendre des mépris, témoigner des mépris.

    • Rendre un déplaisir, rendre déplaisir, causer un déplaisir, causer déplaisir.

      • J'offre ces mêmes vœux et ces mêmes hosties Pour ceux dont la malice ou les antipathies M'ont rendu déplaisir, m'ont nui, m'ont offensé Corneille, Imit. IV, 9
      • J'ai des parents et des amis parmi eux, à qui j'ai été bien aise de ne rendre pas ce déplaisir Corneille, Lett. au P. Boulard, 10 juin 1656
  9. 9Rendre preuve, s'est dit pour faire acte de.

    • La grande preuve qu'il avait rendue de sa vertu l'avait fait honorer de ses sujets et élever en l'état où il était Mém. de Villeroy, t. V, p. 105, dans LACURNE
    • Ayant rendu toutes les preuves de générosité qu'on saurait attendre d'un prince ARNAULD D'ANDILLY, Lett. 71, dans GODEFROY, Lex. de Corneille.
    • On a dit dans le même sens : rendre témoignage de.

      • Les témoignages de valeur qu'il [Alexandre] y rendit vont au delà de toute l'imagination La Fontaine, Lett. XI
  10. 10Payer de retour soit en bien, soit en mal. Rendre la pareille. Rendre le réciproque. Rendre le change.

    • Au passif et impersonnellement.

      • Au grand jour où il sera rendu à chacun selon ses œuvres Massillon, Avent, Bonheur.
    • Absolument.

      • Le cheval sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut Buffon, Morc. choisis, p. 137
      • Le cheval rend à la main, il sent la bride et y obéit.

      • Dieu vous le rende, phrase que prononcent d'ordinaire ceux à qui on fait l'aumône ou à qui on rend quelque service.

        • Que le ciel vous le rende, madame, lui répondis-je Marivaux, Pays. parv. part. 1
  11. 11Rendre combat, rendre le combat, résister à une attaque, combattre.

    • Timée, après avoir rendu un glorieux combat, demeura sur la place Vaugelas, Q. C. 591
    • Où sont-ils ces combats que vous avez rendus ? Racine, Iphig. IV, 4
    • La terreur de ses armes [de Charles XII] était si grande, que la moitié de l'armée saxonne s'enfuit à son approche sans rendre le combat Voltaire, Charles XII, 2
  12. 12Faire recouvrer ce qui a été perdu. Rendre la santé, la vue. Rendre la parole. Rendre la liberté.

  13. 13Remettre en un certain état, avec un nom de personne pour régime. Ce médecin le rendit à la santé. Un arrêt de non-lieu l'a rendu à la liberté.

    • Cela le rendit à lui-même, cela le remit en son état ordinaire, fit cesser ses illusions, ses préventions.

  14. 14Faire devenir, être cause qu'une personne ou une chose devient ce qu'elle n'était pas auparavant. Rendre suivi d'un participe passé ; tournure moins usitée qu'avec un adjectif, mais autorisée par les meilleurs auteurs.

    • Qui peut rendre pur celui qui est né d'un sang impur ? Saci, Bible, Job, XIV, 4
    • J'aime tout en vous, et même votre beauté.... ayez pitié de votre portrait, ne le rendez point celui d'une autre [en devenant maigre par la maladie] Mme de Sévigné, 18 oct. 1688
    • Si vous ne me rendez cet endroit vraisemblable, je croirai que j'ai lu un roman Mme de Sévigné, 19 juill. 1690
    • L'amitié qu'elle [Mme de la Fayette] a pour moi, qui la rend sur cette affaire [la nomination de Ch. de Sévigné à la députation] comme si c'était pour son fils Mme de Sévigné, 4 sept. 1689
    • La mortification lui rend [au chrétien] la mort familière Bossuet, Bourgoing.
    • Ces juges sévères qui, selon le langage du prophète, rendent les fruits de la justice amers comme de l'absinthe Fléchier, Lamoignon.
    • De combien de remords m'ont-ils rendu la proie ! Racine, Andr. I, 4
    • Non, non, mon intérêt ne me rend point injuste Racine, Brit. I, 1
    • Aimez, profitez du temps, Jeunesse charmante, Rendez vos désirs contents QUIN., Isis, II, 7
    • Les images des ancêtres rangées en grand nombre dans une salle rendent-elles un homme plus estimable ? Rollin, Traité des Ét. V, 1re part. § 6
    • Vous eût-elle [l'Église] appelé à son secours par l'imposition des mains, et rendu participant de ses honneurs, si vous eussiez déclaré que vous ne prétendiez pas entrer en part de ses travaux ? Massillon, Confér. Zèle contre les scand.
    • Le cardinal de Tencin, archevêque de Lyon, si connu par la manière dont il avait fait sa fortune, en rendant catholique ce Law ou Lass, auteur du système qui bouleversa la France Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
    • Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir sa curiosité, ne vous pressez jamais de la satisfaire J.-J. Rousseau, Ém. III
    • Il lui rendit les bienfaits odieux, les bienfaiteurs insupportables, la reconnaissance importune Marmontel, Mém. VIII
    • Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire,Aussitôt confondus comme délibérés Malherbe, II, 1
    • Rendre en si doux ébat les heures consumées Malherbe, VI, 25
    • Sa réponse rendra nos débats terminés Corneille, Veuve, V, 8
    • Un favorable aveu pour ce digne hymenéeRendrait ici sa course heureusement bornée Corneille, Tois. d'or, I, 2
    • N'ait rendu de nos dieux le courroux apaisé Rotrou, St Gen. III, 2
    • Il pleut, le soleil luit, et l'écharpe d'Iris Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire La Fontaine, Fabl. VI, 3
    • Tandis que le héros admire Cythérée,Elle rend par ces mots son âme rassurée La Fontaine, Adonis.
    • Vous me direz, pourquoi cette narration ?C'est pour vous rendre instruit de ma précaution Molière, Éc. des f. I, 1
    • C'est que l'amie [Mme de Maintenon] est d'un orgueil qui la rend révoltée contre les ordres de l'autre [Mme de Montespan] Mme de Sévigné, 7 août 1675
  15. 15Produire, rapporter. Sa ferme lui rend dix mille francs par an.

    • Quelques grains rendant cent pour un, d'autres soixante, et d'autres trente Saci, Bible, Évang. St Math. XIII, 8
    • Le cabinet de M. de Julienne a rendu à la vente beaucoup au delà de ce qu'il avait coûté Diderot, Salon de 1767, Œuv. t. XIV, p. 7, dans POUGENS
    • Le revenu territorial, les douanes et les petites branches de commerce ne rendent pas annuellement, à Ceylan, plus de 2 200 000 livres Raynal, Hist. phil. II, 15
    • Absolument.

      • Le jeu rendait à merveille dans les commencements Hamilton, Gramm. 2
      • J'ai grand nombre d'écoliers ; mais cela rend peu Dancourt, le Prix de l'arquebuse, SC. 14
      • Comme il y a souvent des années où la chasse et la pêche rendent très peu, ils [les sauvages] sont désolés par des famines fréquentes Montesquieu, Lett. pers. 120
      • Ce métier où l'on devrait mourir de faim ne laisse pas de rendre Montesquieu, ib. 36
      • L'État ne peut subsister qu'autant que le travail des hommes rend au delà de leurs besoins J.-J. Rousseau, Contr. III, 8
      • Ce n'était [la mine d'Ucantaya, au Pérou] qu'une croûte d'argent presque massif, qui rendit d'abord beaucoup, mais qui fut bientôt épuisée Raynal, Hist. phil. VII, 30
      • Fig.

        • Les du Maine commencèrent à me faire mille avances ; lassés de ce que cela ne rendait pas, ils pressèrent Mme de Saint-Simon de m'amener à Sceaux Saint-Simon, 258, 211
      • Ce fermier rend tant de sa ferme, il en paye tant.

  16. 16Il se dit du suc qui sort de certaines choses. Cette orange, cette viande rend beaucoup de jus. Cette volaille a rendu de la graisse.

  17. 17Exhaler. Cette fleur rend une odeur agréable.

    • Fig. Rendre l'âme, l'esprit, le dernier soupir, la vie, mourir.

      • Prêt à rendre l'âme Bossuet, le Tellier.
      • Quelques heures après il rendit doucement l'esprit, le dix-septième de janvier de l'année 395, l'an seizième de son empire et la cinquantième de son âge Fléchier, Hist. de Théodose, IV, 77
      • Je rends dans les tourments une pénible vie Racine, Phèdre, IV, 6
      • Ne me donnez plus de ces vilaines pilules ; elles ont failli à me faire rendre l'âme. - Je voudrais qu'elles t'eussent fait rendre mon drap ! BRUEYS, Avoc. Pat. II, 3
  18. 18Faire entendre. Cet instrument rend un son harmonieux.

    • .... Plainte Qu'encore ne rendrai-je en ces derniers efforts, Si.... Régnier, Élégie I
    • Le zinc rend, lorsqu'on le plie, un petit cri comme l'étain Buffon, Min. t. V, p. 407
    • Son armure en marchant rend un son plus horrible Delille, Én. IX
  19. 19Rejeter par les voies naturelles ou autrement. Rendre de la bile. Rendre par haut et par bas.

    • [à Vichy] On tourne, on va, on vient, on se promène ; on entend la messe ; on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu'on les rend : il n'est question que de cela jusqu'à midi Mme de Sévigné, 277
    • J'ai une médecine à prendre, à rendre et beaucoup de lettres à écrire Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 1714, t. IV, p. 66, dans POUGENS.
    • Le lamantin rend beaucoup de sang par ses blessures Buffon, Quadrup. t. XI, p. 264
    • Ce paysan, âgé de trente-cinq ans, rendit par la bouche, en mai 1759, des salamandres de différentes grandeurs, les unes vivantes, les autres mortes Bonnet, Consid. corps org. t. V, p. 144, dans POUGENS
    • Dans le commencement des fièvres et des maladies inflammatoires, les malades rendent ordinairement une urine rouge, très colorée, ardente, imitant presque la couleur de sang, chaude et âcre FOURCROY, Connaiss. chim. t. X, p. 172
    • Nous retirâmes des flots le malheureux Paul sans connaissance, rendant le sang par la bouche et par les oreilles Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
    • Cette plaie, ce vésicatoire rend beaucoup, il en sort beaucoup d'humeur.

    • Populairement. Rendre gorge, vomir pour avoir trop bu ou trop mangé ; et fig. restituer par la force ce que l'on a mal acquis.

    • Absolument, rendre, vomir.

      • Fig. et familièrement. Il a bon cœur, il ne rend rien, c'est-à-dire il ne rend pas ce qu'on lui prête.

  20. 20Livrer, céder.

    • Le gouverneur, vieil et barbu, ne dit au roi que ces paroles : Je viens rendre Gand à Votre Majesté, c'est tout ce que j'ai à lui dire Racine, Frag. hist.
    • Elle trahit mon père, et rendit aux RomainsLa place et les trésors confiés en ses mains Racine, Mithr. I, 1
    • Lorsque, en vertu du traité les troupes françaises qui étaient dans Damiette rendirent cette ville Voltaire, Mœurs, 58
    • Une seconde lettre du roi [Xerxès] ne contenait que ces mots : " Rends-moi tes armes. " Léonidas écrivit au-dessous : " Viens les prendre, " Barthélemy, Anach. Introd. II, 2
  21. 21Terme de manége. Rendre la bride à son cheval, la tenir moins haute, moins ferme.

    • Serrer les genoux, appuyer des éperons, rendre la bride Voltaire, Bl. et noir.
    • Rendre la main, lâcher un peu la bride.

  22. 22À certains jeux, donner à l'adversaire un avantage. Aux échecs, rendre un pion, un fou, un cavalier, se priver soi-même d'un pion, d'un fou, d'un cavalier.

    • Si je me suis laissé battre, c'est par pure courtoisie, et je vous rendrai la tour au lieu du fou tant qu'il vous plaira CH. DE BERN., le Gentilh. camp. II, § 13
    • Rendre des points dans les jeux où l'on compte par points comme les dominos, le billard, etc.

    • Fig. Rendre des points, être plus fort, se croire plus fort que l'adversaire.

      • En toutes choses, je suis homme à lui rendre des points CH. DE BERN., les Ailes d'Icare, § 1
  23. 23Représenter, exprimer.

    • Est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'Écriture soit si ancienne, qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à en rendre toute l'élégance ou toute la force dans la dernière rigueur ? Bossuet, Hist. II, 13
    • Pourvu qu'on forme un tout qui rende parfaitement l'original Hamilton, Gramm. 1
    • Aucune expression n'y peut atteindre ; vous n'êtes fidèlement rendue que dans mon cœur Marivaux, l'Heur. stratag. I, 12
    • Ces nuances-là étaient délicates à saisir ; je ne sais si je les ai bien exprimées, mais je sais qu'il sera difficile à une actrice de les rendre Voltaire, Lett. d'Argental, 14 déc. 1751
    • Le livre [le conte du Tonneau de Swift] est très mal traduit en français ; il n'était pas possible de rendre le comique dont il est assaisonné Voltaire, Mél. litt. Lett. à M. le prince de ***, 5
    • C'est la même idée, mais elle est grossièrement rendue dans Garnier, et admirablement dans Corneille ; l'expression fait la poésie Voltaire, Comm. Corn. Rem. Pomp. V, 1
    • Thymèle, du temps de Domitien, fut à Rome ce que la fameuse Empuse avait été dans la Grèce ; il n'y avait point d'action théâtrale qu'elle ne rendît avec la force, la vivacité et l'énergie dont elle était susceptible CAHUSAC, Dans. anc. et mod. I, III, 3
    • Pour rendre ces sortes d'effets, il faut un pinceau et non pas des paroles Buffon, Ois. t. V, p. 436
    • Nous remarquerons que penser et bien rendre ce qu'on pense sont deux choses bien différentes Condillac, Gramm. I, 9
    • Voilà ce que le papier ne peut jamais rendre ; voilà où le geste triomphe du discours ! Diderot, Lett. sur les sourds et muets
    • On rend avec netteté ce que l'on conçoit bien D'Alembert, Œuv. t. I, p. 147
    • Les mots arrivent plus aisément pour rendre une émotion vive qu'une idée claire D'Alembert, ib. t. III, p. 239
    • Si le traducteur ne rend pas ce style et ce goût, il n'a rien rendu ; il a anéanti son auteur en croyant le faire revivre D'Alembert, Éloges, Saci.
    • L'objet des arts est infini en lui-même : il n'est borné que par leurs moyens ; le modèle universel, la nature, est présent à tous les artistes ; mais le peintre, qui n'a que les couleurs, ne peut en imiter que ce qui tombe sous le sens de la vue ; le pinceau de Vernet ne rendra jamais dans une tempête le cri des matelots et le bruit des cordages Marmontel, Œuv. t. IX, p. 410
    • Absolument.

      • Bien écrire, c'est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre Buffon, Disc. de récept.
  24. 24Traduire. Rendre un passage mot à mot.

    • Je suis bien éloigné de désapprouver qu'après avoir fait expliquer du latin pendant un certain temps et après avoir fait observer sur ce latin les principales règles de la syntaxe, on fasse rendre du français en latin, soit de vive voix, soit par écrit DUMARS., Œuv. t. I, p. 213
  25. 25Répéter. L'écho rend les sons.

    • Chavigni en parla à Monsieur en ces propres termes en présence de Madame, qui me les rendit le lendemain Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 192, dans POUGENS
    • Je vous rendrais vos paroles, et ma lettre ne serait que l'écho de la vôtre, parce que je suis assez heureuse pour penser comme vous dans cette occasion Mme de Sévigné, à Moulceau, 6 janv. 1687
    • J'ai parlé à d'Alembert comme un ange ; je vous rendrai cette conversation au Grandval Diderot, Lett. à Mlle Voland, 9 oct. 1759
  26. 26Rendre témoignage, certifier, témoigner.

    • Merci, que le prince de Condé et le vigilant Turenne n'ont jamais surpris dans un mouvement irrégulier, et à qui ils ont rendu ce grand témoignage, que jamais il n'avait perdu un seul moment favorable Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Ces hommes auparavant si timides.... rendent hardiment témoignage devant les princes des prêtres assemblés à la résurrection de Jésus-Christ Massillon, Confér. Zèle contre les scand.
  27. 27Rendre un arrêt, une sentence, prononcer un arrêt, une sentence.

    • Ce fut le 9 mars 1765 que fut rendu cet arrêt authentique qui justifia les Calas, et qui changea leur destinée Voltaire, Comm. Œuv. aut. Henr.
    • Rendre des oracles, prononcer des oracles.

    • Rendre la justice, administrer la justice.

      • Affligea-t-il les malheureux, et leur fit-il acheter, par quelque dureté, la justice qu'il leur a rendue ? Fléchier, Lamoignon.
      • [Ces juges] qui, fiers de leur pouvoir, et même de leur vertu, redoutables indifféremment aux innocents et aux coupables, font croire qu'ils ne rendent la justice aux uns qu'à regret, et aux autres qu'avec colère Fléchier, ib.
      • L'Écriture, après avoir représenté le courage de David dans ses combats.... ajoute incontinent, comme la perfection de son règne, qu'il rendait justice et jugement à son peuple Fléchier, le Tellier.
      • Le devoir des juges est de rendre la justice, leur métier est de la différer La Bruyère, XIV
    • Rendre justice à quelqu'un, reconnaître son mérite, ses droits.

      • Si vous doutiez de ma sincère et parfaite joie, je douterais de la vôtre : ne nous offensons point, rendons-nous justice l'une à l'autre Mme de Sévigné, 26 août 1685
      • Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice Racine, Phèdre, IV, 2
      • Un brave chevalier peut être d'un parti différent d'un autre brave chevalier ; mais tous deux doivent se rendre justice Voltaire, Lett. Richelieu, 20 mai 1771
    • On dit dans un sens analogue : C'est une justice à lui rendre. Il faut lui rendre cette justice.

    • Avec cette locution on ne peut représenter justice par un pronom et dire par exemple : Vous lui avez rendu justice ; et il méritait que vous la lui rendissiez. Il faudrait prendre une autre tournure. Cependant cette règle, exacte en soi, n'est pas toujours observée, surtout si le sens ne reçoit aucun dommage.

      • On ne lui avait pas assez rendu justice [à Mme du Châtelet] ; car, mon cher ami, à qui la rend-on ? il faut être mort, pour que les hommes disent enfin de nous un peu de bien, qui est très inutile à notre cendre Voltaire, Lett. d'Aigueberre, 26 oct. 1749
      • Aux sentiments de qui rendriez-vous justice, si vous ne la rendiez pas aux miens ? D'Alembert, Lett. à Voltaire, 9 mars 1770
  28. 28Rendre ses comptes, rendre compte, soumettre à qui de droit les résultats d'une gestion.

    • La Némésis des païens fait des avances et du crédit [à la jeunesse] ; elle agrée que les comptes soient rendus sans compensation ; mais elle se dédommage sur la vieillesse, Anal. de Bayle, t. III, p. 299
    • Il [Périclès] songeait à les rendre [ses comptes], lorsque Alcibiade dit qu'il ferait mieux de songer à ne les rendre pas ; et cette plaisanterie fut un conseil qu'il suivit Condillac, Hist. anc. II, 5
    • Rendre compte d'une chose, en donner le détail. Rendre compte d'un événement. Rendre compte de sa gestion.

      • Quand je dis qu'il n'est point besoin de rendre compte de ce que font les acteurs pendant qu'ils n'occupent point la scène, je n'entends pas dire qu'il ne soit quelquefois fort à propos de le rendre, mais seulement qu'on n'y est pas obligé Corneille, 3e disc.
      • Bien faire et bien rendre compte de tout, c'est la perfection ; mal faire et mal rendre compte, c'est l'abîme ; mais d'un homme qui ne rendrait pas bon compte ou d'un autre qui ferait mal et qui rendrait bon compte, celui-ci se sauverait plutôt que l'autre Lett. etc. de Colbert, III, 2, p. 174
    • Rendre compte, être responsable de.

      • Si nous contemplons le terme où elle [la vie] aboutit et le compte qu'il en faut rendre Bossuet, Duch. d'Orl.
      • J'ai paru devant les Romains, citoyen au milieu de mes concitoyens, et j'ai osé leur dire : Je suis prêt à rendre compte de tout le sang que j'ai versé pour la république Montesquieu, Sylla et Eucrate.
    • Avec inversion et familièrement.

      • Elle [Thérèse] est sa maîtresse absolue, va, vient, sans compte rendre J.-J. Rousseau, à Mme d'Épinay, 13 déc. 1766
    • Rendre compte de quelqu'un, veiller sur sa conduite.

      • Puis je rendrai de vous un très bon compte à l'avenir, et vous jure ma foi Que nuit et jour vous serez près de moi La Fontaine, Gag.
    • Se rendre compte à soi-même de quelque chose, y réfléchir et s'en faire une notion claire.

      • Dirai-je.... qu'il se rendait compte à lui-même de tous les jugements qu'il avait rendus, et repassait de temps en temps toutes les années de sa vie ?... Fléchier, Lamoignon.
    • Populairement et fig. Rendre ses comptes, mourir.

    • Rendre raison d'une chose, en expliquer la cause. Rendre raison de différents phénomènes naturels.

    • Rendre raison à quelqu'un, se battre en duel avec lui pour réparation d'une offense.

  29. 29V. n Aboutir.

    • Alors, ouvrant une porte secrète qui rendait dans le temple, ils l'assommèrent à coups de pierres lui et ceux qui l'accompagnaient Saci, Bible, Machab. II, 1, 1
    • Le petit degré qui rend à votre garde-robe HAUTEROCHE, Cocher supp. SC. 3
    • Elle s'attache à l'orteil dès le soir Un brin de fil qui rendait à la porte De la maison.... La Fontaine, Gag.
    • Il faut vous dire que je logeais dans une aile du château assez retirée, et qui, par un escalier dérobé, rendait dans le jardin, d'où l'on pouvait venir à ma chambre Marivaux, Marianne, 9e part.
  30. 30Cette raquette rend bien, rend mal, elle est bien tendue, mal tendue.

  31. 31Terme de marine. Un cordage rend, donne ou adonne, quand il s'allonge sous l'effort qu'il subit.

  32. 32Se rendre, v. réfl. Être rendu, donné en retour.

  33. 33Se rendre à quelque chose, reprendre quelque chose.

    • Se rendre à son devoir, se réformer, céder à l'empire de la raison.

  34. 34Aller, se transporter. Se rendre aux ordres d'un chef, d'un supérieur.

    • Par formule de politesse. Je me rends à vos ordres.

    • Se rendre à son devoir, se rendre au lieu où le devoir appelle.

  35. 35Aboutir. Le sang se rend au cœur.

    • Où se rend ce chemin-là ? Cette rivière allait se rendre dans le grand port Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 650, dans POUGENS
  36. 36Devenir, se faire tel.

    • Aux dépens de Néarque il doit se rendre sage Corneille, Poly. III, 3
    • S'il se rendait d'une humeur trop sévère Corneille, Théod. I, 1
    • Le Seigneur s'est rendu le refuge du pauvre Saci, Bible, Psaum. IX, 10
    • Ce chétif animalQui voulut en grosseur au bœuf se rendre égal La Fontaine, Fabl. V, 1
    • Vers le Levant, le Vieil de la MontagneSe rendit craint par un moyen nouveau La Fontaine, Fér.
    • Il se rend complaisant à tout ce qu'elle dit Molière, Tart. III, 1
    • Plusieurs, dans la crainte d'être trop faciles, se rendent inflexibles à la raison Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Les inventions par lesquelles ils [les orgueilleux] s'imaginent forcer la nature, et se rendre différents des autres, malgré l'égalité qu'elle a ordonnée Bossuet, Gornay
    • [Dans le protestantisme] Chacun s'est fait à soi-même un tribunal où il s'est rendu l'arbitre de sa croyance Bossuet, Reine d'Anglet.
    • Ils [les peuples] ont dans le fond du cœur je ne sais quoi qui s'échappe.... et on ne leur laisse plus rien à ménager, quand on leur permet de se rendre maîtres de leur religion Bossuet, ib.
    • On se rend complice des injustes entreprises d'un grand, ou compagnon de ses débauches Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 273
    • Au fond de leur palais leur majesté terribleAffecte à leurs sujets de se rendre invisible Racine, Esth. I, 3
    • C'est nous le plus souvent qui nous rendons tendres, pour orner nos passions ; mais c'est la nature qui nous rend amoureux Marivaux, Pays. parv. part. 5
    • Je défierais qu'on imaginât une personne plus chétive que je me suis rendue Marivaux, Marianne, 6e part.
  37. 37Céder, se soumettre.

    • Dès le premier essai mon courage se rend Régnier, Sat. I
    • Cette haute vertu qui règne dans votre âme,Se rend-elle si tôt à cette lâche flamme ? Corneille, Cid, II, 5
    • Vous ne vous rendez pas à la surprenante merveille de cette statue mouvante et parlante ? Molière, Festin, V, 2
    • Ah, monsieur, rendez-vous à tant de preuves, et jetez-vous vite dans le repentir Molière, ib. V, 5
    • Tout le monde s'est rendu à son jugement Pascal, Prov. XVII
    • Vous seriez bien difficile, si vous ne vous rendiez à de si bonnes raisons Mme de Sévigné, 558
    • Ceux qui auraient été assez insensibles pour ne pas se rendre aux paroles du P. Bourgoing, auraient été forcés de se rendre à la force toute-puissante de ses exemples Bossuet, Bourgoing
    • Je me rends, monsieur, à vos remarques Bossuet, Lett. 157
    • Ces lâches combattants qui se sont rendus aux moindres assauts Bourdaloue, Pensées, t. III, p. 105
    • Le maréchal de Villars a tant fait de représentations pour n'aller pas en Italie, que le roi s'y est rendu Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 4 juill. 1706
    • Il est impossible qu'on ne se rende pas à cette vérité quand on la sent Voltaire, Ingénu, 8
    • Je me rends avec plus de docilité que personne aux bonnes critiques ; mais les mauvaises ne m'épouvantent pas Voltaire, Lett. d'Argental, 13 juill. 1751
    • Se rendre sur une chose, céder sur une chose.

      • Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire et sur l'opinion qu'elle a de sa beauté La Bruyère, III
      • L'on ne se rend point sur le désir de posséder et de s'agrandir La Bruyère, ib.
    • Absolument.

      • Je me rends, dit-elle, Psyché ; oubliez le mal que je vous ai fait La Fontaine, Psyché, II, p. 212
      • Dorante : Il n'y a plus rien à dire, je me rends. - Climène : Rendez-vous ou ne vous rendez pas, je sais fort bien que vous ne me persuaderez pas de.... Molière, Critique, 7
      • Quoi ! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin ! Molière, Méd. m. lui, I, 6
      • ....Souple à la raison, corrigez sans murmure ; Mais ne vous rendez pas dès qu'un sot vous reprend Boileau, Art p. IV
      • J'ai promis à Burrhus ; il a fallu me rendre Racine, Brit. IV, 4
      • Quand même, dit saint Chrysostome, tout le monde vous appellerait [à une dignité].... examinez les qualités de votre âme, et ne vous rendez point, si vous vous trouvez indigne de cet honneur Massillon, Confér. Vocation, 1
      • Quelquefois les institutions les plus salutaires sont mal reçues, parce qu'elles ne viennent pas dans un temps favorable ; mais bientôt les bons esprits se rendent Voltaire, Lett. Rochefort, 27 mars 1771
      • Il ne se rend jamais, c'est un opiniâtre qui ne cède jamais.

  38. 38Il se dit de l'amour qui obtient la victoire.

  39. 39Il se dit, dans la guerre, des villes qui se soumettent, des troupes, des individus qui capitulent ou deviennent prisonniers.

    • ....Voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,Et que seuls désormais en vain ils se défendent,Ils demandent le chef : je me nomme, ils se rendent Corneille, Cid, IV, 3
    • Joachin, roi de Juda, sortit de Jérusalem, et vint se rendre au roi de Babylone avec sa mère, ses serviteurs, ses princes et ses eunuques Saci, Bible, Rois, IV, 24, 12
    • Un des gardes du prince d'Orange qui s'est venu rendre PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 56
    • Le roi n'est plus occupé qu'à recevoir les députés des villes qui se rendent Mme de Sévigné, 150
    • Je me rends prisonnier, et demeure en otage Voltaire, Zaïre, I, 4
    • Cette île de Minorque s'appelait autrefois l'île de Vénus ; il est juste que ce soit à M. de Richelieu qu'elle se rende Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 5 mai 1756
    • Avant ce jour [Pultava], seize mille soldats du roi Charles eussent attaqué toutes les forces de l'empire moscovite, et eussent péri jusqu'au dernier plutôt que de se rendre Voltaire, Charles XII, 4
    • Pondichéry, livré aux horreurs de la famine, fut obligé de se rendre le 15 janvier 1761 Raynal, Hist. phil. IV, 23
    • Avec ellipse du pronom personnel.

      • Les femmes de ceux qui s'y étaient retirés, ayant été prises dans la ville, ont beaucoup contribué, comme on croit, à la faire rendre PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 135
  40. 40Se rendre, n'en pouvoir plus. Je ne peux plus marcher, je me rends.

    • Qui mange et qui boit mieux que Dracon en un seul repas ? il enivre toute une compagnie et se rend le dernier La Bruyère, III
    • Ce cheval se rend, il est outré à force de fatigue, ou bien, il finit par obéir.

    • Terme de chasse. Une bête se rend lorsqu'elle commence à être mal menée et à paraître sur ses fins.

  41. 41Être prononcé.

    • Les sentences criminelles se rendent dans la place publique par les syndics, avec beaucoup d'appareil D'Alembert, Gouv. de Genève.
  42. 42Être traduit. Cela se rend en latin ainsi.

  43. 43S. m. Le rendre, l'action de rendre.

    • L'un est diverti par une vilaine honte qu'il a que le rendre ne lui soit une confession d'avoir reçu Malherbe, Lexique, éd. L. Lalanne.

Synonymes

RENDRE, RESTITUER. Rendre est plus général : on rend quand on remet à qui de droit ce qui a été pris, prêté ou donné. Restituer est plus particulier : on restitue quand on remet ce qu'on a pris, volé, ou ce qu'on gardait par quelque raison que ce fût : Je vous restitue ce livre qu'on m'avait confié, sans me dire qu'il fût à vous.

Proverbes

Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Amis au prêter, ennemis au rendre. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire à chacun ce qui lui est dû.

Étymologie

Wallon, reind ; provenç. rendre, reddre, redre, retre ; catal. et espagn. rendir ; ital. rendere, du lat. reddere (par intercalation de la nasale n devant d), de re...., et dare, donner. On remarquera que quelques formes romanes n'ont pas intercalé l'n. D'après M. Baudry, dans reddere il y a deux racines confondues par homonymie : dare, radical , quand reddere signifie redonner ; et le radical dhā, poser, faire, quand reddere signifie faire ou faire devenir. Corssen aussi (Beitr. p. 117) reconnaît le radical dhā dans con-dere, ab-dere.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander