Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

renvoyer dans le Littré

1 article· 43 citations· rimes· synonymes· conjugaison

renvoyer v. a. (ran-vo-ié, quelques-uns prononcent ran-voi-ié)

  1. 1Envoyer de nouveau.

  2. 2Faire reporter à quelqu'un une chose qu'il avait envoyée, oubliée, prêtée, etc. On lui avait envoyé un présent, il l'a renvoyé. Je vous renverrai incessamment le livre que vous m'avez prêté. Je vous renvoie votre canne que vous avez oubliée.

    • Renvoyer des lettres, envoyer à une personne les lettres écrites par elle.

      • Son premier mouvement fut de lui renvoyer ses lettres Hamilton, Gramm. 6
  3. 3Ne pas accepter. Renvoyer un présent.

    • Il [le philosophe] leur renvoie [à ses lecteurs] tous leurs éloges, qu'il n'a pas cherchés par son travail et par ses veilles La Bruyère, I
  4. 4Faire retourner quelqu'un au lieu d'où il était envoyé, d'où il était parti. On a renvoyé le courrier deux heures après son arrivée. Renvoyer une escorte. Renvoyer son équipage.

    • Absolument.

      • Le livre que j'avais envoyé querir en Angleterre est imparfait ; j'y renvoie, pour avoir ce qui reste Malherbe, Lett. II, 25
  5. 5Repousser, répercuter, réfléchir. Une plaque de cheminée qui renvoie la chaleur dans la chambre. Ce mur, ce joueur renvoie bien la balle.

    • Fig. et familièrement. Renvoyer la balle à quelqu'un, lui riposter, lui répliquer vivement.

    • Se renvoyer la balle, se dit de deux personnes qui veulent se décharger l'une sur l'autre de l'embarras d'une affaire, d'un travail, etc.

  6. 6Fig. Reporter à, faire honneur à.

    • Industrieux à se cacher dans les actions éclatantes, il en renvoyait la gloire au ministre, sans craindre dans le même temps de se charger des refus que l'intérêt de l'État rendait nécessaires Bossuet, le Tellier.
    • C'était en ces occasions que M. de Turenne, se dépouillant de lui-même, renvoyait toute la gloire à celui à qui seul elle appartient légitimement Fléchier, Turenne.
    • Non, non, le temps n'est plus que Néron, jeune encore,Me renvoyait les vœux d'une cour qui l'adore Racine, Brit. I, 1
    • Se renvoyer, renvoyer l'un à l'autre. Ils se sont renvoyé les reproches les plus vifs et les injures les plus piquantes.

  7. 7Congédier.

    • Je renvoie Hermione, et je mets sur son front, Au lieu de ma couronne, un éternel affront Racine, Andr. III, 7
    • Le sénat répondit obligeamment à tous ces chefs, et renvoya Apollonius comblé d'honneurs et de présents Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 598, dans POUGENS
    • Ce plaisir si doux au cœur de l'homme, d'en renvoyer un autre content de nous J.-J. Rousseau, Ém. II
    • Il s'agit de renvoyer son auditoire plus instruit et surtout meilleur, de consoler, d'encourager les uns, de modérer et d'adoucir les autres Marmontel, Œuv. t. VI, p. 43
    • Donner à quelqu'un son congé.

      • Il est pourtant vrai que vous me renvoyez, Madame ; d'où vient ma disgrâce ? Marivaux, Fausses confid. III, 10
      • Cléon : Il [un domestique] est parti, je l'ai renvoyé ce matin. - Valère : Vous l'avez renvoyé : moi, je l'ai pris ; qu'il vienne Gresset, le Méch. V, 8
      • La marquise de Pompadour, qui avait fait renvoyer le comte de Maurepas, fit renvoyer de même le garde des sceaux Machaut et le comte d'Argenson Voltaire, Hist. parl. LXVII
      • Le roi ne me regarde [moi, Mme de Maintenon] que comme une personne attachée à Mme de Montespan ; n'a-t-il pas dit : Si elle vous déplaît, renvoyez-la ? Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 18, dans POUGENS
    • Redonner à un novice ses habits du monde et le mettre hors du couvent, parce qu'on ne le trouve pas propre à demeurer en religion.

    • Fig. et familièrement. Renvoyer quelqu'un bien loin, le refuser sèchement.

      • J'allai lui proposer un tour de promenade, il me renvoya bien loin J.-J. Rousseau, Ém. II
    • On dit quelquefois absolument, renvoyer, dans le même sens. Je l'ai renvoyé.

  8. 8Adresser une personne à quelqu'un, en quelque lieu, ou à quelque chose, pour qu'elle s'éclaire, apprenne, se règle. Ces chiffres renvoient le lecteur aux notes placées à la fin du volume.

    • C'est à vous à ordonner, ma chère madame ; car je les renvoie [des fermiers] tous à vos ordres Mme de Sévigné, à Mme de Guitaut, 5 févr. 1693
    • Après avoir considéré la lettre à laquelle vous me renvoyez Bossuet, Lett. 219
    • Vit-on jamais affaiblir la justice en faveur des juges, et livrer la bonne cause à leurs passions, sous prétexte de la renvoyer à leur conscience ? Fléchier, le Tellier.
    • C'est là [aux Écritures] que Jésus-Christ les avait souvent renvoyés, comme au témoignage le moins suspect de la vérité de son ministère Massillon, Myst. Passion, 2
    • Vous direz que l'esprit des femmes est moins propre à réfléchir qu'à saisir ; mais je vous renvoie au traité italien des études des dames et à la liste que M. Ménage a faite des femmes philosophes DUMARS., Œuv. t. III, p. 329
    • J'ai pour moi ma conscience, et vous renvoie à la vôtre J.-J. Rousseau, Confess. IX
    • Les observateurs de Lusace et celui du Palatinat m'ont pris pour juge de leurs différents ; je les ai tous renvoyés à la nature Bonnet, Lett. div. Œuv. t. XII, p. 167, dans POUGENS
    • Fig. Renvoyer de Caïphe à Pilate, se dit des personnes qui, ayant à leur disposition une affaire, une grâce, se renvoient l'une à l'autre celui qui sollicite.

  9. 9Faire entrer dans la classe de.

    • Ce sont ceux que les grands et le vulgaire confondent avec les savants, et que les sages renvoient au pédantisme La Bruyère, I
    • Renvoyer aux mille et une nuits, refuser toute créance.

      • Il [M. Simon] renvoie aux mille et une nuits la prétendue reine abeille avec son sérail Voltaire, Singul. nat. 6
  10. 10Remettre à un autre temps.

    • Vous êtes imprudent de renvoyer l'affaire de votre salut à un temps que Dieu ne vous a point promis Massillon, Carême, Impén. fin.
    • Si vous renvoyez votre conversion à la mort, vous mourrez dans votre péché Massillon, ib.
    • Sous prétexte de l'absence de quelques personnes on renvoya encore une fois cette affaire Montesquieu, Espr. XXVIII, 18
    • Absolument.

      • Notre prodigue touché ne renvoie pas à l'avenir ; il ne loue pas la vertu dans la vaine espérance d'en suivre un jour les règles saintes Massillon, Carême, Enf. prod.
      • Ne renvoyez pas à un autre temps Massillon, Carême, Samarit.
      • Et comme Archias, ils renvoyèrent au lendemain Condillac, Hist. anc. II, 8
      • Renvoyer aux calendes grecques, voy. CALENDES.

  11. 11Reconnaître comme étant du domaine de, de la compétence de.

    • Le naturaliste, en traitant des minéraux, doit se borner aux objets que lui présente la nature, et renvoyer aux artistes tout ce que l'art a produit Buffon, Min. t. I, p. 61
    • Ne trouver bon que pour.

      • On renvoie les gémissements aux commençants Bossuet, Nouv. myst. 9
  12. 12Renvoyer une pétition, une proposition, etc. l'adresser à ceux qui doivent l'examiner, y faire droit, ou en rendre compte. La chambre a renvoyé la pétition au ministre de la guerre.

  13. 13Terme de jurisprudence. Ordonner qu'une partie se pourvoira ou qu'un accusé sera traduit devant tel ou tel juge. La chambre d'accusation l'a renvoyé devant les assises.

    • Quand Tullus Hostilius renvoya le jugement d'Horace au peuple, il eut des raisons particulières que l'on trouve dans Denys d'Halicarnasse Montesquieu, Esp. XI, 12
    • Le parlement renvoya l'affaire [de Lalli] au Châtelet en première instance ; et, bientôt après, des lettres patentes du roi renvoyèrent à la grand' chambre et à la Tournelle la connaissance de tous les délits commis dans l'Inde Voltaire, Pol. et lég. Fragm. hist. sur l'Inde, 18
    • Renvoyer un accusé, le renvoyer absous, quitte et absous, le renvoyer d'accusation, le décharger de l'accusation portée contre lui.

    • On dit de même : Il a été renvoyé de la plainte.

    • Renvoyer les parties à se pourvoir, se déclarer incompétent.

    • Renvoyer un plaideur de sa demande, la lui refuser par jugement.

    • Renvoyer deux plaideurs dos à dos, les débouter l'un et l'autre de leur prétention.

  14. 14Terme de marine. Renvoyer de bord, se dit quelquefois au lieu de virer de bord, vent devant.

Remarque

J. J. Rousseau a dit renvoyer pour dans le sens de remettre à ; cela n'est pas correct : Je n'ai pas écrit la moitié de ce que j'avais à écrire ; la moitié de la relation et le reste sera renvoyé pour lundi prochain, à Mme de Warens, 23 oct. 1737.

Étymologie

Re..., et envoyer.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander