Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

repousser dans le Littré

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repousser v. a. (re-pou-sé)

  1. 1Pousser de nouveau, rejeter, renvoyer. On lui avait poussé la balle, il la repoussa avec la même force.

    • Absolument.

      • Il [un corps] est poussé sans repousser, puisque le repos n'a point de force pour résister au mouvement Malebranche, Rech. vér. lois des mouv. part. 1
  2. 2Éloigner.

  3. 3Terme d'imprimerie. Marquer, imprimer à la main une lettre, un signe qui manque dans une feuille tirée. Repousser un point qui manque à la fin d'une phrase.

  4. 4Faire reculer quelqu'un, l'écarter de soi.

    • Fig.

      • Nulle part sur cette côte immense on ne voit de ces rochers affreux dont l'aspect repousse le navigateur Raynal, Hist. phil. XI, 11
  5. 5Pousser en arrière.

    • L'amiral [vaisseau], où était la reine, conduit par la main de celui qui domine sur la profondeur de la mer et qui dompte les flots soulevés, fut repoussé aux ports de Hollande Bossuet, Reine d'Angl.
    • Pousser au loin.

      • Le castor... presque policé est repoussé dans le fond des déserts Buffon, Ois. t. XV, p. 116
    • Fig. Écarter de.

      • C'est ainsi que Dieu.... l'a repoussée doucement [Mlle de Grignan] de ce haut degré de perfection où elle aspirait Mme de Sévigné, 25 oct. 1686
  6. 6Il se dit d'attaquants que l'on force à reculer.

    • Trois fois il s'efforça de rompre ces intrépides combattants, trois fois il fut repoussé par le valeureux comte de Fontaines Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Les Suédois furent repoussés, mais ne furent pas mis en déroute Voltaire, Russie, I, 17
    • On dit de même : repousser les efforts de l'ennemi. Repousser une attaque, un assaut.

    • Repousser la force par la force, employer la force pour se défendre.

    • Repousser quelqu'un avec perte, lui faire subir un grand échec.

    • Fig. et familièrement. Il a été repoussé à la barricade, il a fait des tentatives pour obtenir quelque chose, mais a été refusé ouvertement.

  7. 7Fig. Infliger un refus, un mauvais accueil.

    • La F*** a été rudement repoussé, quand il a proposé d'être à M. le Dauphin ; le roi ne peut souffrir ceux qui quittent le service Mme de Sévigné, 415
    • Quoique vous m'ayez souvent repoussée politiquement sur ce sujet [les jésuites], je n'ai jamais cru que vous fussiez d'un autre sentiment que moi Mme de Sévigné, 6 oct. 1680
    • Quand on ne peut jamais rien dire qui ne soit repoussé durement Mme de Sévigné, 6 nov. 1680
    • Comment faisiez-vous pour vivre, étant repoussé de tout le monde ? BERN. DE ST-PIERRE, Chaum. ind.
    • Repousser une demande, la rejeter, l'écarter.

      • Ni la fortune insolente, Repoussant avec fierté La prière humble et tremblante De la triste pauvreté Voltaire, Ép. LXXVII
  8. 8Écarter de soi quelque chose qui blesse.

    • Repousser une injure, s'en défendre avec force, avec vivacité.

      • Pour repousser une légère offense qu'il a reçue, il en fait une atroce dont il s'applaudit Bourdaloue, Jug. dern. 2e avent, p. 345
      • Outragés sans repousser l'outrage D'Alembert, Éloges, Crébillon.
    • Repousser la calomnie, la réfuter hautement.

      • Je me borne à mon devoir ; c'est celui de repousser la calomnie Voltaire, Lett. Dorat, 1er mars 1768
    • Repousser la raillerie, faire tarre le railleur, le réduire au silence.

    • Écarter de soi quelque chose dont on ne veut pas.

      • Il repoussait leurs louanges comme des offenses Bossuet, Louis de Bourbon.
      • On a pour les violentes douleurs je ne sais quelle complaisance qui s'oppose aux remèdes, et repousse la consolation Fontenelle, Bonh. Œuv. t. III, p. 353, dans POUGENS
    • Repousser une tentation, une mauvaise pensée, la rejeter de son esprit.

  9. 9Produire la répulsion, le dégoût.

    • Son air, son ton, ses manières me repoussèrent à tel point qu'il ne fut pas en moi de le bien recevoir J.-J. Rousseau, Corresp. du Peyrou, t. III, p. 205, dans POUGENS
    • Avec un extérieur peu attirant et presque fait pour repousser ceux qui n'y étaient pas aguerris, l'abbé d'Olivet portait au fond du cœur une envie d'obliger sincère et active, que plusieurs gens de lettres ont éprouvée D'Alembert, Éloges, d'Olivet.
  10. 10Produire de nouveaux jets, de nouvelles parties, en parlant de plantes et d'animaux. Cet arbre a repoussé de plus belles branches.

    • La propriété que ces insectes ont de repousser une nouvelle tête et une nouvelle queue à la place de celles que la section leur a fait perdre Bonnet, Observ. vers, Œuv. t. I, p. 219, dans POUGENS
  11. 11V. n. Pousser en écartant. Ce ressort repousse trop, ne repousse pas assez, il a trop de force, il n'a pas assez de force.

    • Pousser en arrière, en parlant d'un fusil dont la crosse frappe rudement l'épaule quand on le tire. Ce fusil repousse.

    • Terme de marine. Faire usage du repoussoir.

  12. 12Terme de peinture, en parlant des couleurs. Le bleu a repoussé dans ce tableau, c'est-à-dire qu'avec le temps il a fini par dominer et faire disparaître les couleurs auxquelles il était mêlé.

  13. 13Fig. Produire la répugnance, l'antipathie. Il a une figure qui repousse. Ses manières repoussent.

  14. 14Produire de nouveaux jets.

    • Il parut une multitude de sauterelles qui se forma lorsque les pluies du printemps commençaient à faire croître l'herbe, et ces pluies la faisaient repousser après qu'elle avait été coupée Saci, Bible, Amos, VII, 1
    • Cette avenue et tout ce qui était désolé des chenilles, et qui a pris la liberté de repousser avec votre permission, est plus vert qu'au printemps dans les plus belles années Mme de Sévigné, 383
    • Il se dit dans un sens analogue des ongles, des cheveux.

  15. 15Se repousser, v. réfl. Exercer l'un sur l'autre une action qui écarte. Les pôles de même nom d'un aimant se repoussent.

Étymologie

Re..., et pousser.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander