Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

reste dans le Littré

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1reste s. m. (rè-st')

  1. 1Ce qui demeure d'un tout, d'une quantité quelconque. Le reste de la journée. Je finirai ce soir le reste de ma tâche. Les restes d'un festin.

    • Fig.

      • Ses deux enfants [de Mme de la Fayette] sont hors de Paris.... tous ses restes d'amis à Fontainebleau Mme de Sévigné, 9 juin 1680
    • Laisser de reste, laisser disponible.

      • Le temps que la fièvre me laisse de reste est si court Guez de Balzac, liv. I, lett. 4
    • Devoir du reste, demeurer redevable.

      • Et quand vous m'auriez donné une fois la vie et avec elle tous les biens du monde, vous me devrez toujours beaucoup de reste, tant que vous ne m'aimerez pas Voiture, Lett. 30
      • Voilà justement où je vous en demande une preuve [de votre amitié] ; voilà sur quoi je vous devrai du reste, si vous voulez bien, pour l'amour de moi, avoir beaucoup soin de vous Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 9 août 1671
    • Il donne un sou à un pauvre, et demande son reste, se dit d'un avare.

    • Fig. Il ne demande pas son reste, il s'en va sans demander son reste, il se retire promptement, sans mot dire, après avoir reçu ou craignant de recevoir quelque mauvais compliment ou traitement.

      • Dès que j'eus la clef des champs, je ne demandai pas mon reste Lesage, Guzm. d'Alf. III, 1
    • On dit dans le même sens : il n'a pas attendu son reste.

    • Être en reste, devoir encore quelque chose sur une somme.

      • Il [le roi de Prusse] m'a fait payer il y a un mois ma pension de 1758 ; vous voyez qu'il n'est en reste avec personne D'Alembert, Lett. à Voltaire, 24 févr. 1759
    • Fig.

      • La fille d'un maréchal de Domfront ne doit pas demeurer en reste de sottises Lesage, Turcaret, V, 9
      • Je lui jetai les bras au cou et l'accablai de remercîments ; de son côté, il ne demeura point en reste de politesse avec moi Lesage, Guzm. d'Alf. IV, 1
      • Il y a de la justice dans le monde ; et, pour peu que vous soyez poli, vous trouvez à coup sûr des gens fort polis qui ne sont pas en reste avec vous Voltaire, Mél. litt. Honnêt. litt. 14
    • Voici le reste de notre écu, de nos écus, se dit familièrement quand on voit venir dans une compagnie quelqu'un d'importun.

      • Mme Jourdain, apercevant Dorante et Dorimène : Voici justement le reste de notre écu ! je ne vois que chagrin de tous côtés Molière, Bourg. gent. V, 1
  2. 2Absolument. Au plur. Ce qui reste d'un repas. Manger les restes.

  3. 3Terme d'arithmétique. Résultat d'une soustraction, dit aussi excès ou différence.

    • Il se dit aussi dans la division, quand on retranche les produits du diviseur par chaque chiffre du quotient, des dividendes partiels ou du dividende total. En 38 combien de fois 7 ? 5 fois, avec 3 pour reste.

  4. 4Terme de marine. Lieu du reste, lieu de la dernière décharge des marchandises lorsque le voyage est fini.

  5. 5Fig. Il se dit des choses que l'on compare à une quantité.

    • S'il est arrivé que la république soit demeurée ferme sous telles puissances faibles, elle était peut-être obligée de son repos aux bons et solides fondements qui avaient été posés de longue main ; ce n'était pas tant un fruit du gouvernement présent que les restes de l'heureuse conduite du passé Guez de Balzac, De la cour, 5e disc.
    • Le sanglier, rappelant les restes de sa vie, Vient à lui [archer], le découd, meurt vengé sur son corps La Fontaine, Fabl. VIII, 27
    • Ce saint [Augustin] avait une si grande capacité d'aimer, qu'après avoir aimé Dieu de tout son cœur, il trouvait encore des restes pour aimer Paulin Mme de Sévigné, 22 juin 1690
    • Tout devint pauvre dans sa maison et dans sa personne ; elle voyait disparaître avec une sensible joie les restes des pompes du monde Bossuet, Anne de Gonz.
    • Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leur pensée, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peut ! Bossuet, Mar.-Thér.
    • Il fallait un homme qui.... sût se conserver de la créance dans tous les partis, et ménager les restes de l'autorité Bossuet, le Tellier.
    • Le croirai-je, seigneur, qu'un reste de tendresseVous fasse ici chercher une triste princesse ? Racine, Andr. II, 2
    • Je tremble qu'Athalie....N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes,Et d'un respect forcé ne dépouille les restes Racine, Athal. I, 1
    • Et n'êtes-vous pas trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux, veuille bien accepter les restes languissants de vos passions et de votre vie ? Massillon, Carême, Mot. de conv.
    • Il s'était formé une secte d'hommes austères et rigides, qui voyait avec indignation dans l'église d'Angleterre un reste de la hiérarchie et des cérémonies de la religion romaine que la reine Élisabeth y avait conservées Condillac, Étud. hist. II, 5
    • Et tu veux qu'éveillant encoreDes feux sous la cendre couverts,Mon reste d'âme s'évaporeEn accents perdus dans les airs ? Lamartine, Médit. X
  6. 6Il se dit de ce qu'une personne conserve de sa première apparence.

    • On veut ménager des restes de beauté ; cette économie ruine plutôt qu'elle n'enrichit Mme de Sévigné, 320
    • C'était une dame d'environ trois cents années ; mais elle avait encore de beaux restes ; et on voyait bien que vers les deux cent trente à quarante elle avait été charmante Voltaire, Princ. de Babyl. 4
    • Une femme d'environ quarante ans, qui avait encore des restes de beauté, sans avoir jamais eu d'agréments Duclos, Œuv. t. VIII, p. 109
    • Mme Roger : J'étais tout de même en ma jeunesse. - Lisette : Mais vous en avez encore de beaux restes Mme de Genlis, Théât. d'éduc. l'Intrigante, I, 1
    • Ce n'est plus qu'un reste, un beau reste, se dit d'un homme ou d'une femme qui a eu de la beauté, mais qui a vieilli.

    • Des restes d'hommes, des hommes vieillis ou mutilés.

    • Un reste de lui-même, se dit d'une personne qui a perdu ce qu'elle avait de bien au physique ou au moral.

      • Qu'est-ce que l'homme ? ... est-ce une énigme inexplicable, ou bien n'est-ce pas plutôt, si je puis parler de la sorte, un reste de lui-même ? Bossuet, la Vallière.
      • Ceux qui ne succombaient pas à la maladie [la peste d'Athènes] n'en étaient presque jamais atteints une seconde fois ; faible consolation ! car ils n'offraient plus aux yeux que les restes infortunés d'eux-mêmes Barthélemy, Anach. Introd. part. 2, sect. 3
    • Un reste de cheval, un cheval à qui le temps a ôté de sa vigueur et de sa beauté, mais qui en conserve encore.

  7. 7Ce qui reste d'une nation, d'une troupe, d'une famille.

  8. 8Ce qui était encore à faire, à dire. Je n'ai pas le temps de vous en écrire davantage ; le porteur vous dira le reste.

    • Et le reste, formule qui annonce qu'on abrége une énumération. un récit, une citation.

      • Hélas ! dirai-je, il pleut : Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut, Bon souper, bon gîte et le reste ? La Fontaine, Fabl. IX, 2
      • Je ne manque point de livres qui m'auraient fourni tout ce qu'on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie, l'étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition, et le reste Molière, Préc. Préf.
    • Fig. Le porteur vous dira le reste, phrase dont on se sert pour se moquer d'une lettre qu'on a faite beaucoup trop longue.

  9. 9S. m. pl. Dépouille mortelle de l'homme. Ses restes glacés. Ce tombeau contient ses restes.

    • Tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu'à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes Bossuet, Duch. d'Orl.
  10. 10Le reste signifie les autres, par rapport aux objets dont on parle.

    • Les Macédoniens aiment le monarchique, Et le reste des Grecs la liberté publique Corneille, Cinna, II, 1
    • Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé Corneille, ib. V, 1
    • Hors ceux-là [les termes primitifs], le reste des termes qu'elle [la géométrie] emploie y sont tellement éclaircis et définis, qu'on n'a pas besoin de dictionnaire pour en entendre aucun Pascal, Esprit géom. 1
    • Quand on voit dans l'Évangile la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau Bossuet, Mar.-Thér.
    • Il [Dieu] les épargne si peu [les princes], qu'il ne craint pas de les sacrifier à l'instruction du reste des hommes Bossuet, Duch. d'Orl.
  11. 11Ce que quelqu'un a refusé ou abandonné. Il n'a eu que vos restes, que votre reste.

  12. 12Terme de jeu. Faire son reste, mettre au jeu tout l'argent qu'on a encore devant soi.

    • Fig. Jouer de son reste, employer ses dernières ressources, hasarder tout.

    • Il se dit aussi de celui qui, n'ayant plus que peu de temps à rester dans une place, en remplit négligemment les fonctions. Il joue de son reste.

    • Au jeu du quinze, être de reste, perdre son enjeu.

      • Ils ne cavaient d'abord que trois ou quatre pistoles, comme pour badiner ; mais Caméran ayant été trois ou quatre fois de reste, il cava au plus fort, et le jeu devint sérieux ; il fut encore de reste, et il devint orageux, les cartes volèrent par la chambre Hamilton, Gramm. 3
  13. 13Terme de jeu de paume, de volant. Donner le reste à quelqu'un, lui pousser la balle, le volant, de telle sorte qu'il ne puisse le renvoyer. Je lui ai donné son reste.

    • Fig. Familièrement. Donner son reste à quelqu'un, le battre, le corriger. Il ne fera plus le tapageur, on lui a donné son reste.

    • Il signifie aussi : l'emporter en quelque chose.

      • Je viens de lire Bérénice ; vous m'aviez préparé à tant de tendresse, que je n'en ai pas tant trouvé ; du temps que je me mêlais d'en avoir, il me souvient que j'eusse donné là-dessus le reste à Bérénice, Lettre de Bussy, citée dans BAYLE, Dict. art. Bérénice
      • Vous avez beau raisonner ; monsieur est frais émoulu du collége, et il vous donnera toujours votre reste Molière, Mal. imag. II, 7
      • C'est un homme qui a un nez au visage, et qui vous a diablement donné votre reste GHERARDI, Théât ital. Fille savante, t. I, p. 230
  14. 14De reste, loc. adv. Plus qu'il n'est nécessaire pour ce dont il s'agit.

    • On dit aussi, familièrement : que de reste. Avez-vous encore de la besogne ? Que de reste.

      • Vous trouverez que de reste de quoi vous en dédommager VADÉ, Nicaise, 7
  15. 15Au reste, du reste, loc. adv. Au surplus, d'ailleurs, cependant.

    • Ç'a été au reste un grand bonheur pour moi de n'avoir vu ce témoignage de son esprit qu'en un temps où j'en ai un autre de sa civilité Voiture, Lett. 30
    • Il [Hypéride] a beaucoup de plaisant et de comique, et est tout plein de jeux et de certaines pointes d'esprit qui frappent toujours où il vise ; au reste il assaisonne toutes ces choses d'un tour et d'une grâce inimitable Boileau, Traité du subl. ch. XXVIII
    • Du reste il n'a rien fait que par votre conseil Racine, Esth. III, 1
  16. 16Au reste, dans le sens de : parlons d'autre chose. Cette formule de transition est blâmée par Voltaire dans son Commentaire.

  17. 17Terme judiciaire. Reste de droit, dernière condition juridique qu'on a en sa faveur.

    • Je vais maintenant vous faire, permettez-moi d'employer une expression judiciaire, reste de droit ; je vais me placer sur ce terrain d'admettre hypothétiquement comme vrais et fondés tous les griefs qui ont été articulés... LE ROYER, Journ. offic. 2 avril 1873, p. 2301, 3e col.

Remarque

1. Le reste suivi d'un nom au pluriel se construit avec le verbe au singulier ou au pluriel, suivant l'idée : Le reste des naufragés a péri ou ont péri. 2. Reste a été des deux genres. Au commencement du XVIIe siècle, les grammairiens le disaient masculin excepté dans cette phrase qui n'est plus usitée : à toute reste.

Synonymes

AU RESTE, DU RESTE. Ces locutions sont très voisines, et, dans beaucoup de cas, elles se confondent. Dans cette phrase : Je vous ai dit ce que je pensais de cette affaire ; du reste consultez des personnes plus habiles que moi, on dira aussi bien au reste. Mais, quand le sens exige plutôt d'ailleurs que après tout, du reste est préférable à au reste : Cet homme est bizarre, emporté, du reste brave et intrépide ; mais non pas au reste.

Étymologie

Voy. RESTER ; wallon, rest ; prov. et ital. resta, pause, repos. L'allem. rast, l'angl. rest, repos, ne paraissent être pour rien dans la formation du mot roman.

2resté, ée part. passé (rè-sté, stée)

  1. 1Qui est de reste.

  2. 2Se dit des choses qu'on laisse en un certain lieu ou état.

    • Mme la princesse, craignant peut-être alors qu'on ne songeât à revenir contre la transaction restée entre ses mains, la fit homologuer au parlement STAAL, Mém. t. I, p. 309

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander