retiré, ée part. passé (re-ti-ré, rée)
-
1Ramené en tirant. Un homme retiré vivant de dessous les décombres.
-
2Tiré en arrière, contracté.
Ma peau est toute sèche et toute retirée
Saci, Bible, Job, VII, 5Les pattes toutes brûlées et toutes retirées du pauvre Raton embrassent les mains des heureux Bertrands
Voltaire, Lett. d'Alembert, 7 nov. 1774Nous trouvâmes cette charmante créature pâle, livide, agitée de convulsions, les lèvres retirées
Voltaire, Jenni, 6
-
3En termes de vénerie, on dit qu'un cerf est retiré, lorsque, forcé, il est, pour ainsi dire, desséché, ce qui fait qu'il ne peut plus souffler ni tirer la langue.
-
4Il se dit des choses qu'on rentre pour les mettre à l'abri. Les récoltes retirées dans les granges.
-
Fig.
- Tout le savoir du monde est chez vous retiré Molière, Tart. I, 6
-
Il se dit des eaux qui rentrent dans leur lit.
Les eaux étaient alors retirées, puisque les deux grands continents [Asie et Amérique] étaient unis vers le nord, et également peuplés d'éléphants
Buffon, 4e ép. nat. Œuv. t. XII, p. 234
-
-
5Qui a quitté un lieu, un séjour.
-
6Établi en un lieu de retraite.
Retiré dans la province de Saintonge, où se formaient déjà des factions, il les arrêta par sa vigilance
Fléchier, Duc de Mont.- Évrard seul, en un coin prudemment retiré,Se croyait à couvert de l'insulte sacré Boileau, Lutr. V
- Là, depuis trente hivers, un hibou retiréTrouvait contre le jour un refuge assuré Boileau, ib. III
Un secrétaire de la reine Marie de Médicis, nommé Chalons, retiré à Rouen dans sa vieillesse, conseilla à Corneille d'apprendre l'espagnol, et lui proposa d'abord le sujet du Cid
Voltaire, Comm. Corn. Cid, Préface
-
Être retiré, vivre retiré, mener une vie fort retirée, vivre loin du commerce des hommes.
Non, me répondit-elle, en rougissant un peu ; tu te trompes, je ne suis pas si dévote que retirée
Marivaux, Pays. parv. part. IVJe ne l'ai point encore vu, parce que je vis fort retiré
D'ALEMBERT, Lett. au roi de Prusse, 28 avril 1777
-
En un sens analogue.
Nous blamâmes ensemble la manière retirée dont les femmes sont obligées de vivre en Espagne, comme éprouvant par nous-mêmes que nous perdions quelque chose de n'avoir pas la liberté entière de nous entretenir
LA FAY., Zayd. Œuv. t. I, p. 112, dans POUGENSJe pense que le signe le plus assuré du vrai contentement d'esprit est la vie retirée et domestique
J.-J. Rousseau, Hél. IV, 10
-
7Être retiré, se dit d'une personne qui est chez elle le soir et qui ne reçoit plus de visite.
- Et, retiré chez lui, le paisible marchandVa revoir ses billets et compter son argent Boileau, Sat. VI
-
Qui a quitté le salon, le cabinet pour s'aller coucher.
Je l'écris [ma lettre] aujourd'hui, samedi au soir ; il n'est que dix heures, tout est retiré
Mme de Sévigné, 1er oct. 1684
-
8Qui se plaît à la retraite.
Que, pendant ces discords, j'ai de fois désiré Le repos retiré De qui tant de grands saints nous ont montré l'exemple !
RACAN, Psaum. XXVILa piété consiste dans les sentiments intérieurs d'une âme retirée en elle-même et occupée de Dieu
Bourdaloue, Exhort. Char. env. les pauv. t. I, p. 23Hélas ! il n'est plus que quelques âmes retirées, des solitaires pénitents
Massillon, Carême, Jeûne.- Alors un petit juif, au long nez, au teint blême,Pauvre, mais satisfait, pensif et retiré,Esprit subtil et creux, moins lu que célébré.... Voltaire, les Systèmes.
-
Il est toujours retiré en lui-même, il est taciturne et peu communicatif.
-
9Qui a cessé d'exercer une profession. Un médecin retiré.
-
10Solitaire, peu fréquenté.
- Allez ; que l'on me laisse en ces lieux retirés Voltaire, Oreste, I, 3
J'ai acheté à deux lieues de mes Délices une terre encore plus retirée, où je compte finir mes jours dans la tranquillité
Voltaire, Lett. Diderot, 16 nov. 1758Nous sommes dans le quartier le plus retiré, dans la rue de la Grosse-Tour [à Bruxelles]
Voltaire, Lett. au pr. roy. de Pr. mai 1738Au fond de cette chapelle retirée, voici quatre écuyers de marbre
Chateaubriand, Génie, IV, II, 8