rien s. m. indéterminé (riin)
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1Quelque chose (sens étymologique, sens propre, qui a été longtemps le sens essentiel et qui est encore conservé).
En tous les bienfaits d'importance, la preuve ne peut avoir de lieu ; car il n'y a bien souvent que deux qui en sachent rien
Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, III, 10- Et si rien à présent peut troubler son bonheur,C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes RACAN, Stances, Conseils à M. de Bellegarde.
Je vous envoie des vers que je fis il y a trois ans.... faites-moi l'honneur, s'il vous plaît, de me mander si c'est rien qui vaille
Voiture, Lett. 196- Cependant plus j'y songe, et plus je m'examine,Moins je trouve, seigneur, à me reprocher rien Corneille, Agésil. III, 1
- Son nom fait tout pour lui sans qu'il en sache rien Corneille, Sertor. I, 1
- Je croirais vous trahir....Si je vous cachais rien des justes sentiments.... Corneille, Agés. V, 4
- Tu n'as pas sujet de rien appréhender Molière, l'Ét. V, 7
....Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire
Molière, Sicil. 10- Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui ? Molière, Tart. V, 7
Allez demander aux médecins s'il y a rien de plus préjudiciable à l'homme que de manger avec excès
Molière, l'Av. III, 5Il faut que Mme la maréchale ait renoncé à louer jamais rien, puisqu'elle ne loue pas cette pièce
Mme de Sévigné, 519À Dieu ne plaise que je diminue rien par mon discours d'un mérite aussi rare que celui-là !
Bourdaloue, Orais fun. de Condé, 1
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C'est en vertu de cette signification que l'on construit quelquefois ne.... pas, avec rien.
- On ne veut pas rien faire ici qui vous déplaise Racine, Plaid. II, 6
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Autrement on ne construit pas ne.... pas, avec rien ; construction qui est blâmée dans ces vers de Molière.
Martine : Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien. - Bélise : De pas mis avec rien tu fais la récidive, Et c'est, comme on t'a dit, trop d'une négative
Molière, Fem. sav. II, 6
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2Avec la particule négative ne, rien signifie nulle chose.
- Ne crois rien précieux, ne crois rien admirable,Rien noble, rien enfin dans la solidité,Que ce qui doit aller jusqu'à l'éternité Corneille, Imit. III, 4
- Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose,Sans aucun intérêt je perde le repos ? La Fontaine, Fabl. XI, 3
Il y a cinq ou six petits mots qui ne valent rien du tout, et qui sont d'un homme qui ne sait pas le monde
Mme de Sévigné, 89Un homme [Cromwell] ....qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance
Bossuet, Reine d'Anglet.Non, mes frères, les Philistins défaits et les ours même déchirés de ses mains [de David] ne sont rien en comparaison de sa grandeur qu'il a domptée
Bossuet, Mar.-Thér.Tout à coup on voit arriver le moment fatal où la terre n'a plus rien pour elle [la reine] que des pleurs
Bossuet, ib.Je dois vous représenter aujourd'hui un magistrat qui n'a rien ignoré, ni rien négligé dans son ministère
Fléchier, Lamoignon.- Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue Racine, Brit. IV, 2
Il ne faut rien pour gâter les plaisirs : ce sont des lits de roses, où il est bien difficile que toutes les feuilles se tiennent étendues, et qu'aucune ne se plie
Fontenelle, Dial. 2, Morts anc.La mesure de bonheur qui nous a été donnée est assez petite, il n'en faut rien perdre
Fontenelle, Mond. 4e soir.Rien n'est si beau à voir que l'Égypte dans deux saisons de l'année
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 44, dans POUGENS- N'ayant rien fait pour nous, il n'a rien mérité Voltaire, Mér. I, 3
L'axiome : Rien ne vient de rien, a été le fondement de toute philosophie
Voltaire, Dict. phil. Génération.Dumarsais, disait un riche avare, est un fort honnête homme ; il y a quarante ans qu'il est mon ami, il est pauvre, et il ne m'a jamais rien demandé
D'Alembert, Éloges, Dumarsais.
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Que rien plus, ellipse pour : que rien ne l'est plus.
Ils soutiennent qu'un tel repentir [sincère, à l'article de la mort] est si rare que rien plus,
Anal. de Bayle, t. III, p. 282
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Cela ne ressemble à rien, se dit d'une chose inconvenante, mal faite.
Vous avez bien raison de dire que dans ce siècle il y a des choses qui ne ressemblent à rien, et beaucoup de riens qu'on voudrait faire ressembler à des choses
Voltaire, Lett. de l'Élect. palatin à Volt. 23 oct. 1758
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Fig. On ne fait rien de rien, on ne saurait réussir en quoi que ce soit, si on n'a quelques moyens, quelques ressources pour y parvenir.
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Cette affaire ne tient à rien, presque rien n'empêche qu'elle ne se fasse.
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Il ne tint à rien qu'il ne fît telle chose, il ne s'en fallut presque rien qu'il ne la fît.
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C'est un homme qui ne met rien contre lui, c'est un homme très circonspect dans ses actes ou dans ses discours.
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3N'être rien, n'occuper aucun emploi, aucune position.
Il comptait pour beaucoup cet avantage si peu recherché de n'être rien
Fontenelle, Reyneau.Vous épousez une personne qui n'est rien, et qui n'a rien
Marivaux, Marianne, part. 8Je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : tu ne seras jamais rien
Paul-Louis Courier, Lett. à l'Acad. des inscriptions.
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N'être rien, n'être d'aucun prix, d'aucune valeur, d'aucun intérêt, n'être compté pour rien.
Un simple soldat qu'on emportait fort blessé, comme on le plaignait en le voyant tout couvert de sang : ce n'est rien, dit-il, le régiment a fait son devoir
PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 330- Je ne suis pas de ceux qui disent : ce n'est rien,C'est une femme qui se noie La Fontaine, Fabl. III, 10
Le concile d'Éphèse ne leur est plus rien [aux calvinistes]
Bossuet, 1er avert. 19Les maux d'autrui ne sont rien à nos yeux
Massillon, Avent, Afflict.- Mes bons amis, et bien boire et bien rireN'est rien encor sans les amours Béranger, Mes chev.
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Cet homme ne m'est rien, n'est pas mon parent.
Il [un pauvre diable] descend de Pierre Corneille, en droite ligne, et Mlle Corneille, à la rigueur, n'est rien à Pierre Corneille
Voltaire, Lett. d'Argental, 9 mars 1763
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N'être de rien à quelqu'un, ne l'intéresser en aucune façon.
Le beau temps ne vous est de rien, vous y êtes trop accoutumée
Mme de Sévigné, 10 nov. 1675[à vous calvinistes, qui pactisez avec les luthériens] on voit bien que la sainte table ne vous est de rien
Bossuet, 2e avert. 23Sans compter que nous ne vous sommes de rien, ni vous de rien à nous
Marivaux, Marianne, part. 3Cette affaire [de Sirven] agite toute mon âme : les tragédies, les comédies ne me sont plus de rien
Voltaire, Lett. d'Argental, 10 févr. 1766
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N'être de rien, n'appartenir à rien.
Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine
Bossuet, Panég. St Franç. de Paule, 1
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4De rien avec ne, nullement.
Elle ne peut de rien profiter ni aussi de rien nuire
Descartes, Diopt. 9Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là
Molière, Sicil. 10Mon indulgence ne servirait de rien, il faut qu'elle [la demande en grâce] soit signée de trois autres de mes confrères
Voltaire, Zadig, 13
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De rien, se dit absolument et populairement, pour : ce n'en vaut pas la peine. Je vous remercie du coup de main que vous m'avez donné.- De rien.
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5Ne rien faire, demeurer dans l'oisiveté, le repos.
- Quant à son temps, bien le sut dispenser :Deux parts en fit, dont il soulait passerL'une à dormir et l'autre à ne rien faire La Fontaine, Épitaphe.
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Avec ellipse de ne.
Passer.... La nuit à bien dormir et le jour à rien faire
Boileau, Sat. IIL'homme.... Et formé pour agir se plaisait à rien faire
Voltaire, Disc. 6
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Ne rien faire, n'avoir aucun emploi.
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Il ne fait plus rien, il n'a plus d'emploi.
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N'avoir rien, être sans fortune.
Vous n'avez rien ; vous trouvez un établissement le plus avantageux et le plus brillant
Mme de Genlis, Théât d'éduc. Bonne mère, II, 5
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Ne rien dire, garder le silence, se taire.
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Ne rien dire signifie aussi dire des choses qui ne sont que du bavardage.
- Celle qui toujours parle et ne dit jamais rien Boileau, Sat. X
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Ne parler de rien, garder le silence sur un objet qu'on a sur le cœur, ou qui préoccupe, ou qui importe.
Mme de S*** ne me parla de rien ; mais elle me reçut avec une froideur qui me fit assez connaître son juste ressentiment
Mme de Genlis, Mères riv. t. II, p. 111, dans POUGENS
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Fig. Ne rien dire, avec un nom de chose pour sujet, ne pas agréer, ne pas intéresser. Cela ne me dit rien.
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6Familièrement. Cela ne fait rien, est de peu d'importance. Cela ne me fait rien.
Deux ou trois pages qui ne font rien à la question
Bossuet, 3e Avert. 31
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On dit dans le même sens : cela me fait moins que rien.
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7Ne faire semblant de rien, se comporter comme si on ignorait, comme si on ne s'intéressait pas à.
Ne faites pas semblant de rien, et me laissez faire tous deux
Molière, G. Dand. II, 10
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Avec ellipse de ne.
- Pour moi je vais faire semblant de rien Molière, G. Dand. I, 2
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8Ne compter pour rien, n'avoir aucun égard à, ne faire aucun cas de. Avec ellipse de ne.
- Vous ne comptez pour rien les pleurs de Bérénice Racine, Bér. IV, 5
Tout le reste de la terre n'est compté pour rien
Massillon, Carême, Enfant prod.À ces mauvaises dispositions introduites dans les esprits par la réforme, ajoutons l'autorité de l'Église méprisée, la succession des pasteurs comptée pour rien
Bossuet, Var. XIl compte même pour rien la réputation
Fénelon, Tél. X- Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? Racine, Athal. I, 1
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On dit aussi : ne compter à rien, ne compter rien.
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9Il n'en est rien, la chose dont il s'agit n'existe pas.
S'il y avait un homme alors auprès duquel la philosophie d'Eusèbe devait réussir, c'était l'empereur Julien ; cependant il n'en fut rien
Diderot, Opin. des anc. phil. (Éclectisme).
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Il n'y a rien que.... il y a peu de temps que.... Il n'y a rien qu'il était ici.
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10Familièrement. Ne savoir rien de rien, ne savoir absolument rien.
- Ver-vert, c'était le nom du personnage,Transplanté là de l'indien rivage,Fut, jeune encor, ne sachant rien de rien,Au susdit cloître enfermé pour son bien GRESS., Ver-vert, ch. I
J'eus la bêtise de dire à M. Montaigu, qui ne savait rien de rien, ce que j'avais fait
J.-J. Rousseau, Conf. VII
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Ne dire rien de rien, ne dire rien du fait principal ni des circonstances qui s'y rapportent.
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11Rien se dit quelquefois des personnes.
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12Ne.... rien que, uniquement, seulement.
- Il s'aperçoit qu'il n'a tiréDu fond des eaux rien qu'une bête La Fontaine, Fabl. IV, 7
L'artisan exprima si bien Le caractère de l'idole, Qu'on trouva qu'il ne manquait rien à Jupiter que la parole
La Fontaine, ib. IX, 6- Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,Bien loin d'y prendre part, n'en ont rien fait que rire Molière, Sgan. 16
- Monsieur, vous n'avez rien qu'à dire,Je mentirai si vous voulez Molière, Amph. II, 1
Ce qu'il avait vu arriver à tant de sages vieillards, qui semblaient n'être plus rien que leur ombre propre, le rendait continuellement attentif à lui-même
Bossuet, le Tellier.- Sans rien prétendre Que quelque heure à me voir.... Racine, Bér. II, 2
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Elliptiquement, rien que, en ne faisant que, en ne comptant que.
Rien que d'y penser, je gage Qu'il meurt presque en ce moment
Béranger, Billet d'enterr.- Il les domine tous, rien que par ses tombeaux Victor Hugo, Odes, III, 5
- On l'eût pris pour un capitaine,Rien qu'à voir sa mine hautaine Victor Hugo, la Fiancée du timbalier.
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13Ne.... rien moins que, locution qui signifie nullement.
Ma comédie n'est rien moins que ce qu'on veut qu'elle soit
Molière, 1er plac. au roi.- Un pédant qu'à tout coup votre femme apostropheDu nom de bel esprit et de grand philosophe,D'homme qu'en vers galants jamais on n'égala,Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela ! Molière, F. sav. II, 9
Aujourd'hui des troupes de femmes, faisant profession de piété et conduites par un directeur qui certainement n'est rien moins que saint Augustin....
Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 352Je sais que vous n'avez trouvé rien moins que ce que vous espériez dans la situation où vous êtes
STAAL, Mém. t. I, p. 229Il arrive souvent [en changeant quelque chose au livre d'un autre] qu'on s'écarte du sujet, et qu'on ne fait rien moins que le perfectionner
Mém. de Trévoux, 1725, t. I, p. 110Croyez-moi, Rousseau n'est rien moins qu'un méchant homme
Marmontel, Mém. VIII
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Absolument.
Un jour que je ne pensais à rien moins, on vint me chercher de la part du comte de la Roque
J.-J. Rousseau, Conf. III
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Elliptiquement.
Vous a-t-il fait dire des choses impertinentes [Virgile, dans l'Énéide] ? - Rien moins.... j'y dis de très belles choses
Fontenelle, Didon, Stratonice.
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Ne.... rien moins, se dit quelquefois pour rien moindre, et prend alors un sens affirmatif signifiant que l'objet dont il s'agit n'est pas moindre que.
Ces riches vêtements dont le baptême les a revêtus ; vêtements qui ne sont rien moins que Jésus-Christ même, selon ce que dit l'apôtre
Bossuet, Mar.-Thér.Quand Dieu.... choisit une personne d'un si grand éclat pour être l'objet de son éternelle miséricorde, il ne se propose rien moins que d'instruire tout l'univers
Bossuet, Anne de Gonz.
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Ne.... rien de moins, locution qui signifie rien de moindre.
Le parti [les protestants] n'eut pas plus tôt senti ses forces, qu'on n'y médita rien de moins que de partager l'autorité
Bossuet, 5e avert. 5Une indifférence, qui, selon M. Jurieu, ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme
Bossuet, 6e avert. III, 9Il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir
La Bruyère, VIII
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14Quand rien est suivi d'un adjectif, on les sépare par la préposition de. Rien de fâcheux n'est arrivé. Il ne se fait rien d'utile. Il n'est rien de tel que de se bien porter.
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On supprime quelquefois de dans le style archaïque et dans le style poétique.
- Et n'ayant rien si cher que ton obéissance.... Malherbe, II, 1
- Seigneur, réglez si bien ce violent courroux,Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vous Corneille, Théod. IV, 5
Il n'est rien tel en ce monde que de se contenter
Molière, D. Juan, I, 2Il n'est rien tel que les jésuites
Pascal, Prov. IVIl n'est rien tel que d'être à son aise
Hamilton, Gramm. 9
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15Par abus, rien, sans la négative ne, se dit pour nulle chose. Tout ou rien. Rien du tout. Dieu a créé le monde de rien.
Le roi et ceux qui l'accompagnaient admirèrent le courage de ce jeune homme, qui considérait comme rien les plus grands tourments
Saci, Bible, Machab. II, VII, 12- Qu'appelles-tu sur rien, dis ? - J'appelle sur rienCe qui sur rien s'appelle en vers ainsi qu'en prose ;Et rien, comme tu le sais bien,Veut dire rien ou peu de chose Molière, Amph. II, 3
- Et sa morale faite à mépriser le bienSur l'aigreur de sa bile opère comme rien Molière, F. sav. II, 9
Laissez faire ; ils ne sont pas au bout ; J'y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout
Racine, Plaid. I, 7- Quoi, dira-t-on, aimer sans plaire ?Oui, n'est-ce donc rien que d'aimer ? LAMOTTE, Odes, t. I, p. 220, dans POUGENS
Encore une fois, le testament qu'elle a fait pour moi et rien, c'est la même chose
Marivaux, Marianne, part 10Il n'y a personne d'assez hardi pour dire que les choses retourneront à rien ; comment peut-on être assez hardi pour dire qu'elles viennent de rien ?
Voltaire, Dict. phil Newt. I, 1
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Par exagération. Si peu que rien, pas plus gros que rien, moins que rien, extrêmement peu, très petit. Donnez-m'en si peu que rien.
Il me semble que je vais vous rendre mille petits services, pas plus gros que rien
Mme de Sévigné, 15 oct. 1677- Ariste veut me voir pour moins que rien peut-être PICARD, Médiocre et rampant, III, 8
-
Dans une réponse, rien se dit pour nulle chose. Que vous a-t-il donné ? rien.
-
Pour rien, gratuitement, sans payer.
Je veux une compagnie de cavalerie pour rien
Voltaire, l'Ingénu, 9
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Fig. Pour rien, sans s'en ressentir.
Pigeon n'aime que trop bien, N'étant pas, comme on peut croire, L'oiseau de Vénus pour rien
Piron, Fables.Ce roi [Frédéric II] a aussi les siens [préjugés] qu'il faut lui pardonner ; on n'est pas roi pour rien
Voltaire, Lett. d'Alemb. 11 juin 1770
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Réduire à rien, anéantir.
Seigneur, tu te moqueras d'elles [des nations], et tu les réduiras à rien
Voltaire, Philos. Déf. mil. Bolingbr. 44
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Cela s'est réduit à rien, il n'en est presque rien resté ; se dit aussi d'une affaire dont on se promettait un grand succès et qui n'en a eu aucun.
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On dit dans un sens analogue : venir, devenir, aller à rien.
Ce grand voyage de M. le Prince et de M. de Turenne, pour aller dégager M. de Luxembourg, est devenu à rien
Mme de Sévigné, 182Ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien par le rabais et par le peu de débit des blés et autres grains
Mme de Sévigné, 31 mai 1687Cette ressemblance devient à rien
Mme de Sévigné, 585[L'abbé d'Auvergne] C'était un fort gros homme, qui vint à rien avant qu'être arrêté dans sa chambre
Saint-Simon, 188, 4
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16De rien, après un substantif, marque la petitesse, le peu de valeur, le peu d'importance, etc.
Elle a dans la tête une philosophie Qui déclare la guerre au conjugal lien, Et vous traite l'amour de déité de rien
Molière, Princ. d'Él. I, 2Un précipice caché derrière une petite haie de rien
Mme de Sévigné, 18 oct. 1688Louvois tire de son côté une petite épée de rien qu'il portait, en présente la garde au roi
Saint-Simon, 407, 91
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Cet homme est venu de rien, s'est élevé de rien, il est venu d'une basse condition.
Il s'était élevé de rien à une fortune considérable
Hamilton, Gramm. 6
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Dans le même sens : un homme de rien.
- Vous n'êtes pas homme de rien,Ou ma foi je me trompe bien Scarron, Virg. I
- Puis se marie, épouse une fille de rien,Dont le moindre défaut fut de naître sans bien COLLIN D'HARLEV., Vieux célib. IV, 11
Chardon de la Rochette.... paysan comme moi malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mœurs, enfin un homme de rien
Paul-Louis Courier, Lettre à l'Académie.
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17Familièrement. Rien que cela, se dit, par antiphrase, pour exprimer quelque chose qui excite l'attention, la surprise.
Le roi a dit d'un certain homme, dont vous aimiez assez l'absence cet hiver, qu'il n'avait ni cœur, ni esprit, rien que cela
Mme de Sévigné, 206
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18Rien signifie quelquefois, par exagération, peu de chose. Il a eu cette maison pour rien. Il mange très peu, il vit de rien. Il se fâche de rien.
- Et qu'avez-vous donné pour tout cela ? fort bien ;Un peu de votre amour ? mais vraiment c'est pour rien Victor Hugo, Hernani, III, 4
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19Rien, quoique nom indéterminé, peut être représenté par le pronom il.
Je suis persuadé, selon la doctrine du Seigneur Jésus, que rien n'est impur de soi-même, et qu'il n'est impur qu'à celui qui le croit impur
Saci, Bible, St Paul, Ép. aux Rom. XIV, 14Quel malheur plus grand que de ne plus rien voir tel qu'il est ?
Buffon, Nature des anim.
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20S. m. déterminé. Néant, nullité.
- Un rien s'assemble mal avec un autre rien Corneille, l'Illus. com. III, 6 (1re édit.)
- . Quand il lui plut vous donner l'être,Le rien fut sa matière, et l'ouvrier sa voix Corneille, Trad. du ps. CLVIII
Tout ce qui n'est pas corps leur paraît un rien
Bossuet, Connaiss. V, 6Que peut rechercher un rien comme moi, que des biens proportionnés au peu qu'il est ?
Bossuet, 4e sermon, Pâques, ILe Mercure Galant est immédiatement au-dessous du rien
La Bruyère, I- Sans sortir de mon indolence,Je reconnais tous les traversDe ce rien qu'on nomme science BERNIS, Épît. VII, à mes dieux pén.
Herschell se demande si la matière qui constitue les queues des comètes ne se réduirait pas à quelques livres ou même à quelques onces ; M. Babinet a exprimé une idée analogue en disant que les comètes sont des riens visibles
GUILLEMIN, dans Presse scientifique, t. I, p. 138
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Terme de mystiques.
Se plonger dans son rien, ne produire aucun désir
Bossuet, Instr. sur les ét. d'orais. III, 2
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21Peu de chose.
- Un songe, un rien, tout lui fait peur,Quand il s'agit de ce qu'il aime La Fontaine, Fabl. VIII, 11
Voilà d'étranges présents, un ruban, une ceinture, un petit pigeon, une ombre, un souffle, un rien ; c'est le denier de la veuve
Mme de Sévigné, 511Je ne suis rien ; mais ce rien après tout, c'est ce que j'ai de plus cher, puisque c'est moi-même
Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 419- Il engagea ce rien pour chercher la fortune Boileau, Sat. I
Une terreur panique, un rien vous arrache la victoire
Fénelon, Tél. XIC'est un rien [une correction dans l'Écossaise] ; mais rien, c'est beaucoup
Voltaire, Lett. d'Argental, 9 juill. 1760Un rien peut la retenir comme un rien l'entraîner
Mme de Staël, Corinne, XVII, 9- Ah ! pour un rien, Nous laisserions finir le monde,Si nos femmes le voulaient bien Béranger, âge futur.
-
En un rien, en un instant.
- Et changeant en un rien sa colère en furie Régnier, Sat. X
-
22S. m. pl. Bagatelles, choses de peu d'importance.
Je ne veux point vous écrire davantage aujourd'hui.... je n'ai que des riens à vous mander
Mme de Sévigné, 89Voilà ce qui s'appelle causer et dire des riens
Mme de Sévigné, 504J'admire quelquefois les riens que ma plume veut dire ; je ne la contrarie point
Mme de Sévigné, 4 mars 1672- À quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles,Et ces riens enfermés dans de grandes paroles ? Boileau, Sat. IX
Écrivez-moi les moindres détails, des riens : mon amitié pour vous en fera des choses
MAINTEN., Lett. à d'Aubigné, 11 mai 1677Comme des enfants.... dont les haines et les animosités puériles ne roulent que sur des riens
Massillon, Carême, Pardon.- Tous ces aimables riens qu'on nomme amusement BOISSY, Deh. tromp. II, 10
- Je retourne à mes riens que tu nommes frivoles André Chénier, Élégie VIII
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Au singulier.
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23Rien pris adverbialement, en rien, nullement ; emploi qui n'est plus usité.
- Mais tout ce que je fais ne me profite rien RACAN, les Berg. II, 1
- Allons, vous dis-je, il n'y a rien à balancer Molière, G. D. I, 8
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24En rien, loc. adv. En quelque chose.
- Je le dis à regret ; excusez-moi, mesdames,De vous fâcher en rien.... BOISSY, Babillard, SC. 4
-
Avec ne, nullement.
- Ce qui glace mes sens ne vous émeut en rien Lemercier, Fréd. et Br. V, 1
-
25En moins de rien, loc. adv. Très promptement.
- Ma joie en moins d'un rien comme un éclair s'enfuit Régnier, Sat. X
Comme elle était jeune, belle et adroite, en moins de rien elle gouverna absolument le roi, et, bientôt après, tout le royaume
Voiture, Œuv. t. II, p. 277- En vit-on jamais un dont les rudes traversesPrissent en moins de rien tant de faces diverses ? Corneille, Hor. IV, 4
En moins de rien les deux dames furent grandes camarades
Scarron, Rom. com. I, 4- Mille caquets divers s'y font en moins de rien Molière, Tart. I, 1
-
26Comme si de rien n'était, comme si la chose n'était pas arrivée.
Tout d'un coup on lui vient dire qu'il verra clair, et que ses pauvres yeux que la fluxion avait mis hors de la tête y étaient rentrés heureusement, comme si de rien n'était
Mme de Sévigné, 6J'attends du chaud la liberté de mes mains ; elles me servent quasi comme si de rien n'était
Mme de Sévigné, 286Cependant [pendant les exécutions de Lalli, Sirven, Calas, etc.] les Français dansent comme si de rien n'était
Voltaire, Lett. d'Argental, 30 août 1769
Remarque
1. Le sens étymologique et propre de rien est chose. 2. Avec la négation ne, rien niant toute chose, équivaut au latin nihil. 3. De cet emploi presque continu vient le sens de chose très petite : des riens, un rien. 4. De là l'inutilité d'un autre mot comme pas, point, pour déterminer la négation ; voy. plus haut, n° 1, le vers de Molière. 5. De là aussi, dans le style négligé et dans des phrases très communes, l'emploi de rien avec le sens négatif, sans ne ; emploi qui est presque toujours mauvais dans le style élevé, par exemple : 6. Le Dictionnaire de l'Académie conseille d'éviter la locution rien moins, attendu qu'elle prête à l'amphibologie, signifiant tantôt en aucune façon, et tantôt au contraire rien de moindre. Il est vrai que l'Académie elle-même et plusieurs auteurs, parmi lesquels Bossuet, donnent quelquefois à rien moins le sens de rien de moins, de rien moindre. Il n'est rien moins que sage, veut dire proprement : il n'est aucune chose moins que sage, en d'autres termes : de toutes les choses qu'il est, celle qu'il est le moins c'est sage. Cette locution est essentiellement négative, et ne peut pas être autre chose. Rien moins ne peut pas dire chose moindre, pas plus que rien plus ne veut dire dit chose plus grande. Il paraît donc qu'il faut dans tous les cas conserver à rien moins sa signification négative ; et, quand on voudra le sens positif, on emploiera rien moindre ou rien de moins.
Proverbes
On ne fait rien pour rien
, l'intérêt personnel se mêle presque toujours dans les services rendus. Qui ne risque rien n'a rien
. Qui prouve trop ne prouve rien
. Il fait de cent sols quatre livres, et de quatre livres rien
, se dit d'un mauvais ménager. Ce que vous dites et rien, c'est tout un
, c'est la même chose, ce sont des paroles inutiles, qui ne prouvent rien.
Étymologie
Berry, rin ; bourguig. et bressan, ran ; wallon, rein ; provenç. re ; anc. catal. ren ; catal, mod. re, res ; du lat. rem, chose. Dans l'ancienne langue, riens est le nominatif singulier et rien le régime singulier ; au pluriel, riens est le régime.