rogner v. a. (ro-gné)
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1Retrancher sur la longueur, sur la largeur, sur les extrémités. Rogner du papier. Rogner la marge d'un livre, ou rogner un livre.
- Permettez donc qu'à chaque patteOn vous les rogne ; et pour les dentsQu'on vous les lime en même temps La Fontaine, Fabl. IV, 1
- Il saisit, en pleurant, ce rochet qu'autrefoisLe prélat trop jaloux lui rogna de trois doigts Boileau, Lutr. IV
Ne pourrait-il pas me dire, comme Diogène à celui qui lui reprochait d'avoir rogné les espèces : il est vrai ; ce que tu es à présent, je le fus autrefois, mais tu ne deviendras jamais ce que je suis
Diderot, Claude et Nér. I, 22
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Fig. Rogner les ongles à quelqu'un, les lui rogner de près, lui diminuer, lui retrancher son pouvoir, son profit, sa fortune.
Les opérations de finances .... m'ont rogné les ongles
Mme DU DEFFANT, Lett. à H. Walpole, t. IV, p. 307, dans POUGENSOn a rogné jusqu'au vif les griffes de l'inquisition ; elle n'est plus qu'un fantôme
Voltaire, Lett. d'Argental, 6 mai 1768Si Balthazar Beker s'en était tenu à rogner les ongles au diable
Voltaire, Dict. phil. Beker.
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Fig. Rogner les ailes, empêcher d'agir, de s'élever.
Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrais, c'est la faute de monsieur votre intendant qui m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie
Molière, l'Av. V, 2Puisque vous êtes, monsieur, à portée de rendre service aux belles-lettres, ne rognez pas de si près les ailes à nos écrivains
Voltaire, Mél. litt. à un premier commis.Platon dit que les âmes avaient autrefois des ailes ; je crois qu'elles en ont encore aujourd'hui, mais on nous les rogne
Voltaire, Lett. Chabanon, 28 sept. 1770
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Fig. et absolument. Taillez et rognez comme il vous plaira, je vous laisse le maître absolu.
- Que chacun taille, rogne et glose sur mes vers Régnier, Sat. XI
Je me mis à tailler et à rogner à ma fantaisie ; et tout ce que je fis fut trouvé fort bien
Lesage, Guzm. d'Alf. III, 9- Lui seul dans la maison taille, rogne, gouverne J.-B. Rousseau, Flatteur, I, 1
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2Terme rural. Couper des branches, des racines.
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3Rogner le pied d'un cheval, abattre la mauvaise corne.
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4Fig. et familièrement. Ôter, retrancher à quelqu'un une partie de ce qui lui est dévolu.
M. de Louvois, à la mort du duc du Lude, voulut rogner l'office du grand maître de l'artillerie en faveur de sa charge de secrétaire d'État
Saint-Simon, 23, 12Le lansquenet défendu va rogner ses rentes et son équipage
Dancourt, Désol. des joueuses, sc. 1
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Il se dit aussi pour dépenser, entamer.
Mon fils par vous accoutumé à rogner ce grand héritage
Voltaire, Ép. 59
Étymologie
Wallon, rognî ; Berry, reugner, rougner ; prov. redonhar, rezonar, rezoynar, rogner, tondre, couper ; du lat. rotundus, rond : proprement couper en rond. Rotundus avait donné dans le provençal redon, et dans le vieux français reon, roon ; le vieux français dit rooignier, en trois syllabes.