rompre v. a. (ron-pr')
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1Mettre en fragments, enfoncer, démolir.
Il m'a rompu les dents, sans m'en laisser une seule
Saci, Bible, Jérém. Lament. III, 16Aussitôt il [Samson] rompit ces cordes comme on romprait un filet
Saci, ib. Juges, XVI, 12- Voyez si vous romprez ces dards liés ensemble La Fontaine, Fables, IV, 18
- Depuis plus d'une semaineJe n'ai trouvé personne à qui rompre les os ;La vertu de mon bras se perd dans le repos Molière, Amph. I, 2
- Tel Hercule filant rompait tous ses fuseaux Boileau, Lutr. V
- Rit des faibles remparts de nos portes d'airain ;Pour les rompre elle attend les fatales machines Boileau, Ath. V, 1
Il faut vingt-six milliers pour rompre une pièce de dix pieds de longueur sur huit pouces d'écarrissage
Buffon, Hist. nat. part. exp. Œuv. t. VIII, p. 177Le Nil rompait ses digues ; il se fit des ouvertures qui submergèrent une grande partie de la contrée
Diderot, Opin. des anc. phil. (Égyptiens).- Rien que pour toucher sa mantille,De par tous les saints de Castille,On se ferait rompre les os Alfred de Musset, l'Andalouse.
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Se rompre un bras, une jambe, se les fracturer.
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Se rompre une veine, éprouver la déchirure d'une veine.
Il [Valentinien] se rompit une veine, et tomba demi-mort entre les bras de ses officiers
Fléchier, Hist. de Théodose, I, 33
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Se rompre le cou, faire une chute dans laquelle on se tue ou se blesse grièvement.
Le traître assurément a reçu de l'argent de mes débiteurs pour me faire rompre le cou
Molière, l'Av. III, 14J'ai dix ou douze charpentiers en l'air.... qui sont à tous moments sur le point de se rompre le cou
Mme de Sévigné, 96
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Fig. et familièrement. Rompre le cou à quelqu'un, lui faire perdre ses espérances de fortune, d'avancement.
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On dit dans le même sens : se rompre le cou par sa mauvaise conduite, par son imprudence.
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Fig. Rompre l'anguille au genou, voy. ANGUILLE.
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Il rompra tout si on ne le marie, se dit ironiquement d'un fanfaron.
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2Déchirer.
- Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mainsUn mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des Saints Molière, Tart. I, 2
Notre ami [Corbinelli] était sur un testament qu'il [Vardes] a rompu
Mme de Sévigné, à Moulceau, 3 sept. 1688- Elle a trois fois écrit, et, changeant de pensée,Trois fois elle a rompu sa lettre commencée Racine, Phèdre, V, 5
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Terme d'imprimerie. Rompre une forme, séparer les lettres qui la composent, et les remettre dans leurs cassetins.
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Aujourd'hui on dit de préférence distribuer.
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Terme de gravure. Rompre une planche, la briser ou la rayer de manière qu'elle ne puisse plus servir.
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3Terme de l'Écriture. Rompre le pain, faire la cène, la communion.
Ayant rompu les pains, il les donna à ses disciples, afin qu'ils les présentassent au peuple
Saci, Bible, Évang. St Marc, VI, 41On dit que vous avez communié avec lui [Jacques Clément] en rompant tous une hostie
Fénelon, Dial. Henri III, la duch. de Montpensier.
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Fig. Rompre le pain de la parole de Dieu aux fidèles, prêcher la parole de Dieu.
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4Dans les tournois et les anciens combats, rompre une lance, rompre la lance, briser une lance en courant ou en combattant contre quelqu'un.
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Fig. Rompre une lance avec quelqu'un, contre quelqu'un, disputer en règle avec lui sur quelque sujet.
Tessé avait, dès l'arrivée de Catinat, rompu lance contre lui
Saint-Simon, 96, 20
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Fig.
On vit les dialecticiens aller d'école en école rompre des arguments, comme alors les chevaliers allaient de tournoi en tournoi rompre des lances
Condillac, Disc. de récep.
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Fig. Rompre une lance pour quelqu'un, prendre son parti dans une conversation, dans une dispute.
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Rompre en visière, briser une lance dans la visière.
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Fig. Rompre en visière à quelqu'un, lui dire en face et brusquement quelque chose.
Je ne romps jamais en visière aux gens pour le bien, non plus que pour le mal que j'en veux dire
BUSSY, Lett. t. IV, p. 221, dans POUGENSCe chevalier était le même qui m'avait surpris chez la Remy, et qui semblait né pour me rompre partout en visière
Marivaux, Pays. parv. 6e part.
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5Rompre un condamné, rompre avec une barre de fer les os des bras et des jambes à un condamné.
Le vieillard Martin est rompu vif en attestant Dieu de son innocence jusqu'au dernier soupir
Voltaire, Dict. phil. Certain.Aussi peu que je croirais l'histoire de la force de l'imagination de cette femme qui, ayant vu rompre les membres à un criminel, mit au monde un enfant dont les membres étaient rompus
Buffon, Hist. anim. ch. X
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Absolument.
On ne fait ici que pendre et rompre
GUI PATIN, Lett. t. II, p. 180
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6Gâter des voies de communication.
Les chemins sont tout rompus des torrents
Vaugelas, Q. C. VI, 4L'on sait il y a quelques jours que les impériaux ont rompu leur pont sur le Mein
PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 74Il y pleut sans cesse [à Livry], et je crains fort que vos chemins.... ne soient rompus
Mme de Sévigné, 27 mai 1675Il suffirait de rompre deux ou trois chaussées près de la ville [Bourgneuf] pour en rendre toutes les avenues impraticables
CH. DE SÉV., dans SÉV. t. XI, p. XXXVI, édit. RÉGNIER
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Fig.
Il faut penser, chrétiens, que nous étions nés pour ne mourir pas ; et, si notre crime nous a séparés de cette source de vie immortelle, il n'a pas tellement rompu les canaux par lesquels elle coulait avec abondance....
Bossuet, 1er sermon, Purification, 1
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Rompre les ponts, les passages, les gués, etc. les rendre impraticables pour ne pas être poursuivi par l'ennemi.
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7Fig. Rompre ses fers, ses chaînes, s'échapper de prison.
Mais où garder des lions [Condé et Conti] toujours prêts à rompre leurs chaînes ?
Bossuet, le Tellier.- Rompez vos fers, Tribus captives Racine, Esth. III, 9
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Rompre ses fers, ses chaînes, ses liens, se dégager d'une passion, d'un attachement.
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8Rompre la glace, la casser, afin de faciliter le moyen de cheminer.
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Fig.
Je vous ai souhaité un lot à la loterie, pour commencer à rompre la glace de votre malheur ; cela se dit-il ?
Mme de Sévigné, à Bussy, 3 avril 1681
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Fig. Rompre la glace, affronter, surmonter les premières difficultés que présente une affaire.
Boufflers.... rompit glaces et lances, et ne donna aucun repos au roi
Saint-Simon, 234, 120
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Rompre la glace se dit aussi pour faire trêve à la froideur, aux compliments, et commencer à s'entretenir familièrement, confidentiellement.
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9Fig. Rompre la paille, voy. PAILLE, n° 4.
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10Fig. Rompre la tête, les oreilles à quelqu'un, le fatiguer par trop de bruit, ou l'importuner par des discours hors de saison.
- D'assez d'autres propos il me rompit la tête Régnier, Sat. VIII
Ne me rompez pas davantage la tête
Molière, Mis. IV, 3Je vous écrivis, mercredi, ma fille, assez confusément au milieu de deux ou trois personnes qui me rompaient la tête
Mme de Sévigné, 421Dandin : Retirez-vous, vous êtes une bête. - Chicaneau : Monsieur, voulez-vous bien.... - Dandin : Vous me rompez la tête
Racine, Plaid. II, 11Madame est malade ; je ne veux pas lui rompre la tête de ces bagatelles
Mme de Genlis, Théât. d'éduc. l'Amant anonyme, IV, 2
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Se rompre la tête à quelque chose, s'y appliquer trop fortement et inutilement.
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Rompre la tête, se dit aussi des choses qui fatiguent la tête.
Hébert me mandait.... qu'elles [mes affaires] vous avaient bien rompu la tête
Mme de Sévigné, à Mme de Guitaut, 26 août 1693Un pauvre homme avec une Histoire générale sur les bras, et trente ouvriers qui lui rompent la tête, n'est guère en état de parler longtemps à ses amis
Voltaire, Lett. Thiriot, 22 juill. 1755
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11Terme de guerre. Rompre une troupe, l'enfoncer, la mettre en désordre. Terme de marine. Rompre une ligne de vaisseaux, en détruire la disposition, y mettre le désordre.
- S'il vous souvient encor du combat où les PersesEurent sitôt rompu les escadrons romains Rotrou, Bélis. V, 5
Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de rompre ces intrépides combattants
Bossuet, Louis de Bourbon.Dans cette fameuse bataille [de Chéronée], pendant qu'il [Philippe] rompait les Athéniens
Bossuet, Hist. I, 8Pyrrhus voyant que les Romains étaient rompus par ces animaux [les éléphants]
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 375, dans POUGENSIl [Tourville] présuma avec capacité que le vent.... obligerait les vaisseaux [ennemis] qui étaient à l'île d'Ouessant de sortir de ce poste, parce qu'il les repoussait et les rompait contre l'île
Mme de Sévigné, 6 août 1689
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12Terme militaire. Rompre les divisions, les pelotons, partager les divisions en pelotons et les pelotons en sections dans une colonne qui est en marche.
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Rompre le carré, reformer en colonne une troupe qui formait le carré.
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Rompre les rangs, ses rangs, ne plus garder les rangs.
La foule rompt ses rangs quand les chevaux sont passés
Mme de Staël, Corinne, IX, 1
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13Congédier, renvoyer. Rompre une assemblée, une diète.
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Rompre le camp, renvoyer les troupes dans leurs quartiers.
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Rompre une armée, en renvoyer les différents corps.
Le duc d'Anjou rompit son armée à la fin de juin
ANQUET., Ligue, I, p. 303
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Rompre une partie de jeu, la quitter.
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Rompre sa maison, son train, congédier son train, sa maison.
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Rompre sa table, cesser de tenir table.
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Rompre son ménage, cesser de tenir ménage.
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Être cause qu'une société se disperse.
Un incident assez singulier rompit cette joyeuse société
Marmontel, Mém. VI
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Dans un sens analogue, rompre un nombre de personnes, le diminuer, l'entamer.
M. de la Vieuville est mort.... il a rompu le premier le nombre des chevaliers [de l'ordre du Saint-Esprit]
Mme de Sévigné, 4 févr. 1689
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14Au trictrac, rompre son plein, être obligé de lever une des deux dames qui complètent chaque case du plein.
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15Arrêter, détourner le mouvement droit d'une chose.
Rompant tous ensemble le cours de l'eau
PELLISSON, Lett. hist. t. I, p. 141Elle [une tour] n'était point mise là pour rien ; c'était un paravent, et elle rompait.... la première impétuosité [de la bise]
Mme de Sévigné, 1er juin 1689Pour rompre la violence de ses eaux trop impétueuses [de l'Euphrate]
Bossuet, Hist. III, 4Ils rompaient l'effort du bélier avec des cordes qui en détournaient le coup
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 528, dans POUGENSIl [Charles XII] s'élance dans la rivière, suivi de son régiment des gardes ; cette foule rompait l'impétuosité du flot ; mais on avait de l'eau jusqu'aux épaules
Voltaire, Russie, I, 16Nous savons, par notre art, diriger et rompre les efforts de l'eau
Buffon, 4e époque nat. Œuvr. t. XII, p. 201Batavia est situé dans l'enfoncement d'une baie profonde couverte par plusieurs îles de grandeur médiocre, qui rompent l'agitation de la mer
Raynal, Hist. phil. II, 19
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Par extension.
Toute votre chambre me tue ; j'y ai fait mettre un paravent tout au milieu, pour rompre un peu la vue
Mme de Sévigné, 24
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Rompre un coup, en amortir l'effet.
Leurs jambes roides et paresseuses [de l'unau et de l'aï] n'ont pas le temps [dans une chute] de s'étendre pour rompre le coup
Buffon, Quadrup. t. VI, p. 84
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Aux jeux de dés rompre le coup, arrêter, détourner une chance des dés en les empêchant de rouler librement.
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On die de même : rompre le dé.
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Fig. Rompre le dé, interrompre.
Tout le monde ensemble ne retiendra pas un grand parleur auprès d'un autre qui lui aura rompu le dé
Scarron, Rom. com. II, 10
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Fig. Rompre un coup, le coup, empêcher d'avoir lieu, prévenir.
....Et que le plus souvent ils [les dieux] nous secourent si à propos qu'ils rompent le coup à de grands inconvénients qui étaient préparés pour nous arriver
Malherbe, le Traité des bienf. de Sénèque, IV, 4- Il faut rompre ce coup qui me serait fatal Corneille, Poly. V, 1
Le cardinal de Tournon rompit habilement un si dangereux coup
MÉZERAY, Abr. de l'hist. de France, 1534
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16Terme d'escrime. Rompre la mesure à son adversaire, le mettre hors d'état de porter le coup qu'il voulait.
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Rompre la mesure, reculer en parant.
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Rompre la semelle, reculer de la longueur du pied.
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17Rompre les chiens, les rappeler et leur faire quitter ce qu'ils chassent.
Les clefs de meute parvenues à l'endroit où pour mort le traître se pendit, Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit, Bien que de leurs abois ils perçassent les nues
La Fontaine, Fabl. XII, 23Le 16 janv. 1686 : Monseigneur courut le loup, et fit rompre les chiens à dix grandes lieues d'ici ; il revint assez à temps pour être à la comédie
DANGEAU, I, 282
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Fig. et familièrement. Rompre les chiens, interrompre un discours qui pourrait avoir quelque inconvénient. Il a heureusement rompu les chiens.
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Il se dit aussi pour ne pas accepter, ne pas croire.
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18Terme de dioptrique. Synonyme de réfracter. Tous les corps transparents ont la propriété de rompre les rayons de lumière qui les traversent.
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19Terme de peinture. Rompre les couleurs, les mêler pour en adoucir l'éclat.
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20Terme rural. Rompre une terre, la labourer pour la première fois après un long chômage. Rompre un pré.
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21Terme de brasserie. Rompre la couche, remuer les grains dans le germoir.
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Rompre trop jeune, retirer le grain du germoir avant qu'il soit assez avancée.
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22Rompre la laine, faire le mélange des laines de différentes couleurs que l'on veut employer à la fabrication des draps mélangés.
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23Interrompre.
- J'ai rompu vos discours d'assez mauvaise grâce,Vous le pardonnerez à l'aise de vous voir Corneille, le Ment. I, 5
- Mon abord importun rompt votre conférence Corneille, Gal. du Palais, III, 4
- Il rompt l'ordre commun, et devance le temps Molière, Mélic. I, 4
Ce passage pensa rompre notre entretien
Pascal, Prov. VIIIUne affaire qui survint au dervis rompit notre conversation jusqu'au lendemain
Montesquieu, Lett. pers. 134
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Rompre un tête-à-tête, survenir dans la compagnie de deux personnes.
Que penseraient les domestiques, s'ils la voyaient recevoir un homme sans la demoiselle de compagnie qui n'est chez elle que pour rompre les tête-à-tête ?
Mme de Genlis, Mme de Maintenon, t. II, p. 172, dans POUGENS
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Rompre le sommeil de quelqu'un, éveiller quelqu'un, troubler son sommeil.
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Rompre le fil de son discours, passer tout d'un coup d'un sujet à un autre.
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Vous rompez, vous avez rompu le fil de mon discours, se dit à un interrupteur.
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Rompre le silence, mettre fin au silence.
Un effort de douleur rompant enfin ce long et morne silence
Fléchier, Turenne.
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Rompre le silence, signifie aussi cesser de se taire.
- Tu frémiras d'horreur si je romps le silence Racine, Phèd. I, 3
- Qu'attendez-vous ? rompez ce silence obstiné Racine, Andr. III, 6
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Rompre quelqu'un, l'interrompre.
....Tu n'es pas supportable De me rompre sitôt....
Corneille, Mél. II, 4Le maréchal de Villeroy voulut le rompre [le duc de Gesvres] en parlant à quelqu'un
Saint-Simon, 73, 196
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Rompre la monotonie, empêcher que quelque chose ne soit monotone.
Si l'artiste introduit une façade dans son tableau, il ne manquera pas d'en rompre la monotonie par quelque artifice
Diderot, Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 199, dans POUGENS.
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Rompre l'eau à un cheval, l'empêcher de boire tout d'une haleine.
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24Terme de commerce maritime. Rompre charge, transborder. Sans rompre charge, sans transbordement.
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25Rompre la mesure, faire qu'un vers n'ait pas sa mesure.
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26Empêcher d'avoir lieu.
- Ce prompt retour me perd et rompt votre entreprise Corneille, Nic. I, 4
- Le ciel rompt le succès que je m'étais promis Corneille, Cinna, V, 2
- ....Ce qu'on diffère est à demi rompu Corneille, Poly. I, 1
J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit
Molière, l'Av. IV, 3- Je sais un sûr moyenPour rompre cet achat où tu pousses si bien Molière, l'Ét. I, 10
Cet homme me rompt tout
Molière, Éc. des f. III, 4- Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours,De rompre des méchants les trames criminelles Racine, Esth. III, 4
- Sachons ce qui peut rompre ou servir ses projets Delille, Parad. perdu, VI
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Rompre les desseins, les mesures de quelqu'un, empêcher qu'il ne les mette à exécution.
- Jaloux des bons desseins qu'il tâche d'ébranler,Quand il ne les peut rompre, il pousse à reculer Corneille, Poly. I, 1
- Allons, madame, allons employer toute chosePour rompre le dessein que son cœur se propose Molière, Mis. V, 8
Si vous aviez été à Paris.... vous auriez rompu toutes mes mesures, je le sens
Mme de Sévigné, 13 nov. 1689Quand Assuérus, surpris par les artifices d'Aman, voulut exterminer tout le peuple juif, Dieu rompit ce dessein impie
Bossuet, Politique, VI, III, 2Que l'amour, qui semble aussi le vouloir troubler [le mariage de Marie-Thérèse et de Louis XIV], cède lui-même.... il y a des mesures prises dans le ciel qu'il ne peut rompre
Bossuet, Mar.-Thér.
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Rompre un enchantement, en détruire l'effet.
Les prières de l'hermite Pierre et le mérite de la contrition de Renaud rompent l'enchantement [d'Armide]
Voltaire, Ess. poés. ép. VII
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Rompre un voyage, un départ, une promenade, une partie, les empêcher.
- Elle vient me prier de souffrir que sa flammePuisse rompre un départ qui lui percerait l'âme Molière, Éc. des mar. III, 2
- À rompre un rendez-vous qui dans ce lieu l'appelle Molière, les Fâch. III, 4
8 janvier 1686 : on assure qu'il a changé de résolution et que son voyage est rompu
DANGEAU, I, 2794 mai 1686 : la pluie rompit cette promenade-là
DANGEAU, I, 329Je rompis cette partie, où elle aurait été appréciée au-dessous de sa valeur
Diderot, S. la princ. d'Ashkow.
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Rompre son dessein, son entreprise, y renoncer.
- Je crois que Brute même, à tel point qu'on le prise,Voulut plus d'une fois rompre son entreprise Corneille, Cinna, III, 2
- Je m'en vais réparer l'erreur que j'ai commise,Et, dès ce même pas, rompre mon entreprise Molière, l'Ét. I, 10
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Rompre son voyage, ne pas faire le voyage qu'on avait projeté.
Je crois qu'il [Coulanges] n'en rompra pas [à cause du voyage de Rome] le voyage de Grignan
Mme de Sévigné, 18 sept. 1680Me voilà coupable encore pour n'avoir pas deviné son voyage, et n'avoir pas en conséquence rompu le mien
J.-J. Rousseau, Lett. à Mme Latour, 25 déc. 1763
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27Détruire.
Il [Dieu] a rompu leurs piéges
Malherbe, I, 2- Un amant dédaigné souvent croit beaucoup faire,Quand il rompt le bonheur de ce qu'on lui préfère Corneille, Sur. II, 1
Des crimes qui rompent la société, qui abrégent la vie, et qui déshonorent Dieu en toutes manières
Malebranche, Rech. vér. Éclairc. liv. I, t. IV, p. 110, dans POUGENS.Lui seul réunissait les gens de bien, rompait les liaisons des factieux
Bossuet, le Tellier.- Arnauld, des novateurs tu découvres la fraude,Et romps de leurs erreurs les filets captieux Boileau, Ép. III
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28Faire cesser, mettre fin à.
- Sa fureur à la fin rompit sa modestie Régnier, Élég. IV
- Je t'ai voulu sur l'heure apprendre cet amour,Pour te tirer de peine et rompre ta colère Corneille, la Place Roy. V, 6
- Mon amour généreuxQui d'un si grand héros rompt le sort malheureux Corneille, Médée, II, 5
Comme la douceur, selon l'Écriture, rompt la colère, on peut dire aussi que l'humilité dissipe l'envie
Fléchier, Sermons, Envie.- Ô Christ, ô soleil de justice,De nos cœurs endurcis romps l'assoupissement Racine, Hymnes, Ales diei nuncius.
Pour revenir, il faut rompre des inclinations que le temps a fortifiées
Massillon, Carême, Fausse conf.
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29Rendre nul, en parlant d'amitié, de relations, de paix, de traité, etc.
- Et soyez sûr que même le trépasNe peut rompre des nœuds que l'amour ne rompt pas Corneille, Rod. II, 4
- La Perse ait osé rompre une paix si profonde Rotrou, Bélis. I, 6
- Muse, redis-moi donc quelle ardeur de vengeanceDe ces hommes sacrés rompit l'intelligence Boileau, Lutr. I
Que cette âme renonce tout d'un coup à ses plaisirs, rompe les attachements les plus vifs....
Massillon, Carême, LazareC'est le seul traité [de G. Penn] entre ces peuples [les sauvages d'Amérique et les chrétiens] qui n'ait point été juré, et qui n'ait point été rompu
Voltaire, Dict. phil. Quakers, IIEntre tous les liens qui serrent les hommes, un des plus difficiles à rompre est celui du bienfait dont l'amour-propre est flatté
Diderot, Claude et Nér. I, 66
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Rompre un mariage, rompre un projet de mariage.
Argante : Cela m'aurait donné plus de facilité à rompre ce mariage. - Scapin : Rompre ce mariage ? - Argante : Oui. - Scapin : Vous ne le romprez point
Molière, Scapin, I, 6
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30Manquer à une obligation, à un engagement.
- Je romps une foi due aux secrets de ma reine Corneille, Rodog. III, 1
- Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes Racine, Andr. III, 7
- Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété Racine, Ath. I, 1
En faisant ses vœux [de chanoinesse], elle [Mme de Tencin] songea aux moyens de les rompre, et son directeur fut l'instrument aveugle qu'elle employa pour ses desseins
Duclos, Œuv. t. V, p. 418
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Faire rompre.
- Hélas ! je ne craignais que tes beautés de Grèce,Et je vois qu'une Scythe a rompu ta promesse Corneille, Toison d'or, III, 3
- Leur devoir violé doit-il rompre le mien ? Corneille, Œdipe, II, 4
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Rompre le jeûne, enfreindre la loi du jeûne, en mangeant avant l'heure prescrite, ou en mangeant quelque chose de défendu.
Ces petites incommodités qui vous ont servi de raison autrefois pour me le faire rompre [le carême]
Mme de Sévigné, 19 févr. 1690
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Rompre le jeûne, signifie aussi cesser de jeûner, manger après le jeûne.
Les premiers fidèles qui ne le rompaient [le jeûne] qu'après le soleil couché
Massillon, Carême, Jeûne.
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Rompre sa prison, s'évader.
La Babylone dont il faut rompre les prisons pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités : c'est là que nous sommes captifs et errants
Bossuet, Hist. II, 6
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Rompre son ban, sortir des lieux où l'on était relégué.
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31Fatiguer extrêmement.
J'ai fait quelques efforts pour me relever ; efforts inutiles qui m'ont rompu et ne m'ont pas soulagé
Bossuet, 1er sermon, Conception, 2
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32Dresser, accoutumer. Rompre quelqu'un au travail, aux affaires. Rompre la main d'un enfant à l'écriture.
Il le faut rompre à l'âpreté des exercices
J.-J. Rousseau, Ém. II
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Rompre l'humeur, le caractère d'un enfant, le rendre doux et docile.
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Rompre un cheval, l'assouplir.
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Rompre le cou d'un cheval, l'obliger à plier l'encolure à droite et à gauche pour la rendre flexible, afin que l'animal obéisse aisément aux deux mains.
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33V. n. Se casser, se briser.
- Mon épée en ma main en trois morceaux rompit Corneille, le Ment. II, 5
Les vents me sont moins qu'à vous [chêne] redoutables ; Je [le roseau] plie et ne romps pas
La Fontaine, Fabl. I, 22Un pressoir que l'on serre jusqu'à ce que la corde rompe
Mme de Sévigné, 13 nov. 1676Notre essieu rompit hier dans un lieu merveilleux
Mme de Sévigné, 8 mai 1680- Il se peigne, il s'apprête ;L'ivoire trop hâté deux fois rompt sur sa tête Boileau, Lutr. V
Les poiriers rompent de fruits cette année
La Bruyère, XIIIDes poutres qui avaient chacune supporté, sans se rompre, pendant un jour entier neuf milliers, avaient rompu au bout de cinq ou six mois sous la charge de six milliers
Buffon, Expér. sur les végét. 1er mém.Des pièces de bois ainsi chargées n'ont pas rompu, mais elles ont plié considérablement
Buffon, ib.
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Les greniers rompent, ils sont pleins au point de s'enfoncer sous le poids.
Si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance [des courtisans], nos greniers chaque année rompraient
Paul-Louis Courier, Simple discours.
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Fig. Il rompra plutôt que de plier, il périra plutôt que de céder.
....c'est un joug qu'à peine il recevra. - Je l'y forcerai bien ; s'il ne plie, il rompra
Tristan L'Hermite, M. de Chrispe, III, 6
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Il vaut mieux plier que rompre, il vaut mieux céder, obéir que de se perdre.
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On verra beau jeu si la corde ne rompt, se dit de grandes espérances, de belles promesses.
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34Terme militaire. Passer de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne. Rompre par divisions, par pelotons. Rompre à droite, à gauche.
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35Terme d'escrime. Reculer. Rompez. Il rompit d'une semelle.
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36Renoncer aux relations d'amitié avec quelqu'un.
- Quel astre, de votre heur et du nôtre jaloux,Vous a précipité jusqu'à rompre avec nous ? Corneille, Sophon. IV, 9
On a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime plus
LA ROCHEFOUC., Max. 351Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai rompre là-dessus
Pascal, Prov. XIl [l'abbé de Valbelle] m'a dit.... que l'archevêque de Reims rompait à feu et à sang avec le coadjuteur [d'Arles], s'il ne venait avec vous
Mme de Sévigné, 19 janv. 1674Il fallait se réformer [dans l'Église, au XVIe s.] ? qui ne le reconnaît ? mais il était encore plus nécessaire de ne pas rompre
Bossuet, Var. XI, 206Ni les conseils de la Providence, ni l'état de la princesse ne permettaient qu'elle partageât tant soit peu son cœur.... il fallait ou tout à fait rompre, ou se rengager tout à fait avec le monde
Bossuet, Anne de Gonz.La patience nous échappa de part et d'autre, et nous rompîmes à l'amiable
Lesage, Gil Bl. VII, 7- Nous romprons avec lui quand il n'aura plus rien DESTOUCH., Diss. I, 2
Toutes les mortifications qu'un roi de France peut donner à un pape sans rompre de communion avec lui
Voltaire, Louis XIV, 14J'ai rompu avec le genre humain pendant plus de six semaines, je me suis enterré dans mon imagination
Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 12 avr. 1760Résolu de rompre avec Diderot pour jamais, je ne délibérai plus que sur la manière
J.-J. Rousseau, Confess. XAu lieu de dénouer insensiblement, je rompis, ce fut une très grande faute
Marmontel, Mém. IVSouvenez-vous qu'il est plus prudent de délier que de rompre
Mme de Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 243, dans POUGENS
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Fig.
Il est vrai que c'est mon ancien ami [le serein, Mme de Sévigné l'aimait beaucoup], et que j'ai peine à rompre tout à fait avec lui
Mme de Sévigné, 353Pourquoi m'es-tu donné, ô corps mortel, fardeau accablant, soutien nécessaire, avec lequel je ne puis avoir ni guerre ni paix, parce qu'à chaque moment il faut s'accorder, et à chaque moment il faut rompre ?
Bossuet, Bourgoing.Il resta [auprès des bagages abandonnés] les plus faibles, les moins déterminés, ou les plus avares ; ceux qui ne surent point rompre avec leur butin et quitter la fortune qui les quittait, ceux-là furent surpris [par les cosaques] dans leur hésitation
Ségur, Hist. de Nap. IX, 13
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Rompre à tout, briser toutes relations.
Ils n'ont pas la force de se faire un désert du monde lui-même, nous leur disons qu'il est aisé de rompre à tout quand on le veut ; et ils soutiennent qu'en le voulant ils n'en sauraient être les maîtres
Massillon, Profess. relig. Serm. 1
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37Rompre, se dit du vin qui, laissé à l'air, change de couleur.
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38Se rompre, v. réfl. Être rompu.
Ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait
Saci, Bible, Évang. St-Luc, V, 6L'essieu crie et se rompt
Racine, Phèd. V, 6Ce morceau de fil de fer a porté, avant de se rompre, 482 livres
Buffon, Hist. min. introd. Œuv. t. VII, p. 62- À deux postes d'ici ma chaise s'est rompue BOISSY, Impatient, II, 5
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39Être réfracté. Les rayons se rompent en passant de l'air dans l'eau.
Un trait de lumière qui passe à travers un prisme se rompt et se divise de façon qu'il produit une image colorée, composée d'un nombre infini de couleurs
Buffon, Hist. min. introd. Œuv. t. VII, p. 7
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40Être brisé, se briser, en parlant des eaux, des flots.
Les flots bruyants se rompaient en plusieurs endroits
Vaugelas, Q. C. VIII, 13N'entendez-vous pas la vague qui se rompt contre ces autres rochers ?
Fénelon, Tél. IX
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41Perdre son ordre, son arrangement.
- Les astres font leur cours, le ciel ne se rompt pas Rotrou, Herc. mour. III, 3
Les bataillons du régiment des gardes, l'épée à la main, rompirent un grand bataillon des ennemis ; mais, en le rompant, ils se rompirent eux-mêmes
PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 290Il lui [à la phalange macédonienne] faut des lieux propres, et pour ainsi dire faits exprès, et, à faute de les trouver, elle s'embarrasse elle-même, ou plutôt elle se rompt par son propre mouvement
Bossuet, Hist. III, 6
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42Être défait, changé, rendu nul.
- C'est un ordre des dieux qui jamais ne se rompt,De nous vendre un peu cher les grands biens qu'ils nous font Corneille, Cinna, II, 1
La ligue se romprait....
Corneille, ib. III, 1Mandez-moi d'où vient que le marché de votre terre s'est rompu
Mme de Sévigné, 28 mai 1676Ces mariages qui se rompent ou qui se concluent dans les comédies
Bossuet, Comédie, 6Cette grande société que forment les vanneaux à leur arrivée, tend à se rompre dès que les premières chaleurs du printemps se font sentir
Buffon, Ois. t. XV, p. 82
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43S'accoutumer à. Se rompre à la fatigue, aux affaires, au travail.
La main se rompt à écrire ou à jouer d'un instrument, c'est-à-dire qu'elle corrige une roideur, qui tenait les doigts comme engourdis
Bossuet, Conn. V, 4
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44À tout rompre, loc. adv. Tout au plus (sens qui a vieilli). À tout rompre, on ne lui doit pas mille écus.
Il est vrai de dire qu'encore qu'elle [l'Académie française] fasse un dictionnaire grammatical, il n'y a que deux ou trois de ces messieurs, à tout rompre, qui sachent la grammaire française et les premiers éléments
FURETIÈRE, Factums, t. I, p. 188
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Avec éclat, avec transport (sens actuel). Applaudir à tout rompre.
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45à bois rompre, tellement que le bois, les branches menacent de se rompre. Les arbres sont chargés de fruit à bois rompre. Il pleut à bois rompre.
Étymologie
Wallon, rompi ; patois des Fourgs, rontre ; provenç. rompre, rumpre ; catal. romprer ; espagn. romper ; ital. rompere ; du lat. rumpere ; sanscrit védique, rup, devenu en sanscrit classique lup, lumpâmi, je romps.