Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

rouiller dans le Littré

2 articles· 18 citations· rimes· synonymes· conjugaison

1rouiller v. a. (rou-llé, ll mouillées, et non rou-yé)

  1. 1Produire de la rouille sur un corps. L'humidité rouille le fer.

    • Fig.

      • Sur nos fers qu'il rouille Le temps écrit l'âge d'un vin si doux Béranger, Escl. gaul.
  2. 2Produire sur les végétaux la maladie dite rouille. Un temps humide et froid a rouillé nos blés.

  3. 3Fig. En parlant des facultés de l'esprit, altérer, faute d'exercice. L'oisiveté rouille l'esprit.

    • Je trouvai mon ami Florbel attristé et moins aimable ; le commerce d'une femme sans usage du monde, sans instruction et dépourvue d'esprit, l'avait rouillé Mme de Genlis, Parvenus, t. III, p. 237, dans POUGENS
    • Absolument.

      • Rien ne rouille promptement comme le vin, lorsqu'on s'y abandonne sans réserve Mme de Genlis, Mères riv. t. II, p. 14, dans POUGENS
  4. 4Se rouiller, v. réfl. Contracter de la rouille.

    • Le fer et l'airain, n'étant plus polis par les cyclopes, commençaient à se rouiller Fénelon, Tél. II
    • Le fer.... attire l'humide de l'air, s'en pénètre et se rouille, c'est-à-dire se convertit en une espèce de terre sans liaison, sans cohérence Buffon, Hist. min. introd. Œuv. t. VII, p. 94
    • Par extension.

      • Quelle peine a-t-on d'arracher une aumône à cet homme, dont l'argent, soigneusement accumulé, se rouille presque dans ses coffres ? FLÉCHIER, Sermons, Pentecôte.
    • Fig.

      • Ces armes [des arguments] se rouillèrent quand on ne combattit plus VOLTAIRE, Louis XIV, 35
    • Avec ellipse du pronom personnel.

  5. 5Fig. Perdre son activité, sa force, oublier ce qu'on sait.

    • Oisif en ta maison se rouille ton courage Régnier, Épit. I
    • Quoique Bondin [un médecin] aimât son métier, il s'y rouilla tout à fait, parce qu'il ne prenait plus la peine de voir ses malades Saint-Simon, 286, 143
    • Cette méthode [relire les bons livres] rafraîchit la mémoire, et empêche le goût de se rouiller Voltaire, Lett.
    • Mme du Deffant, 15 mars 1769 Dites moi si l'allemand [Voltaire écrit de Potsdam] a gâté mon français, et si je me suis rouillé comme Rousseau Voltaire, Lett. d'Argental, 28 nov. 1750
    • Irais-je, accompagné d'une femme importune,Me rouiller dans ma terre et borner ma fortune ? Gresset, le Méch. II, 7
    • Lisons tant que nos yeux nous le permettront, et tâchons d'être au moins les égaux de nos enfants ; plutôt s'user que se rouiller Diderot, Claude et Nér. II, 79
    • Avec ellipse du pronom personnel.

      • Il n'est que trop commun de rencontrer dans le monde des personnes de trente ans qui ont laissé rouiller de beaux talents Mme de Genlis, Emploi du temps, p. 29, dans POUGENS

Étymologie

Rouille ; prov. roillar, roilhar, rouelar.

2rouiller v. a. (rou-llé, ll mouillées)

  1. Terme aujourd'hui inusité qui ne s'employait qu'avec œil et qui signifiait rouler les yeux, les faire aller çà et là.

Étymologie

Berry, roeiller, regarder avec curiosité. On pourrait croire que c'est une forme de rouler ; mais, si l'on considère que rouler est dissyllabique et reoiller trissyllabique, on pensera qu'il est formé de re, et œil. À la vérité, on doit convenir que le lat. rotulare, d'où vient rouler, aurait pu donner un mot trissyllabique, si, au lieu de se changer en rotler, il s'était changé en rooler ; mais il n'aurait pas le sens qu'a primitivement reoillier, qui est regarder autour de soi (voy. l'historique).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander