Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

rudesse dans le Littré

1 article· 21 citations· rimes· synonymes

rudesse s. f. (ru-dè-s')

  1. 1Qualité de ce qui est brut, de ce qui n'est pas dégrossi, poli.

    • Et que serait-ce, bon Dieu ! si j'allais rechercher toutes les impertinences de cet ouvrage, les mauvaises façons de parler, les rudesses, les incongruités, les choses froides et platement dites qui s'y rencontrent partout ! Boileau, Dissert. sur Joconde.
    • Mais du discours enfin l'harmonieuse adresseDe ces sauvages mœurs adoucit la rudesse Boileau, Art p. IV
    • J'aimerais mieux maintenir par les lois la rudesse du peuple vainqueur, qu'entretenir par elles la mollesse du peuple vaincu Montesquieu, Esp. X, 12
    • Leurs poëtes [des peuples libres] auraient plus souvent cette rudesse originale de l'invention qu'une certaine délicatesse que donne le goût Montesquieu, ib. XIX, 27
    • Lacépède, dont la douceur bénigne et la politesse.... n'avaient eu d'autre tort que de se tourner en adulation un peu fade devant la rudesse du premier empire VILLEMAIN, Souvenirs contemporains, les Cent-Jours, XII
  2. 2Qualité de ce qui est rude, âpre au toucher. La rudesse de la peau. La rudesse d'une toile neuve.

  3. 3Par extension. Il se dit de ce qui est désagréable à voir, à entendre, à lire, etc. La rudesse de la voix, des traits, du style. La rudesse de son pinceau.

  4. 4Rigueur, en parlant des saisons.

    • La rudesse de la saison.... me fait trop de peur pour me laisser sortir de la chambre Guez de Balzac, liv. IV, lett. 17
  5. 5Fig. Ce qui, dans le caractère, dans l'humeur, dans les manières d'agir, est comparé à l'action des corps rudes.

    • Il ne faut pas.... vous figurer que ce présent [du cardinal de Retz à Mme de Grignan] soit autre chose.... qu'une pure bagatelle, dont le refus serait une très grande rudesse Mme de Sévigné, 24 juillet 1675
    • La sincérité passe pour incivilité et pour rudesse Fléchier, Duc de Mont.
    • Qu'il était éloigné de ceux qui, joignant à la sévérité de leur profession la rudesse de leur humeur.... Fléchier, le Tellier
    • De Joad l'inflexible rudesse De leur superbe oreille [des princes] offensait la mollesse Racine, Ath. III, 3
    • Nourri dans les forêts, il en a la rudesse Racine, Phèd. III, 1
    • ....Que puissent nos chants Du cœur d'Assuérus adoucir la rudesse ! Racine, Esth. III, 3
    • Il [Viviani] n'avait point cette rudesse et une certaine fierté sauvage que donne assez souvent le commerce des livres sans celui des hommes Fontenelle, Viviani.
    • Poétiquement. Insensibilité.

      • J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse Racine, Phèd. IV, 2
  6. 6Action, parole dure, choquante.

Étymologie

Rude ; prov. et esp. rudeza ; catal. rudesa. On a dit aussi ruderie.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander