Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

séparer dans le Littré

1 article· 59 citations· rimes· synonymes· conjugaison

séparer v. a. (sé-pa-ré)

  1. 1Désunir ce qui était joint, ce qui formait un tout ou était considéré comme tel. Séparer la tête du corps. Séparer les chairs d'avec les os.

  2. 2Ôter les unes d'à côté des autres des choses qui étaient mal rangées.

    • Voilà des livres qu'on a mis pêle-mêle ; il faut les séparer et les ranger par ordre de matières Dict. de l'Acad.
  3. 3Mettre à part les uns des autres des objets de différentes espèces. Séparer dans la cave le vin vieux du vin nouveau.

    • Se séparer quelque chose, mettre quelque chose à part pour soi.

      • Ce grand Dieu.... au milieu de la corruption, commença à se séparer un peuple élu Bossuet, Hist. I, 3
  4. 4Diviser un espace au moyen de quelque chose qu'on place entre ses parties. Séparer une cour en deux par un mur. Séparer une chambre en trois par des cloisons.

  5. 5Former, être une séparation entre deux choses. Le mur qui sépare ces deux maisons. Un sentier sépare ces deux propriétés.

    • Fig. La ligne qui sépare le sublime du boursouflé.

  6. 6Il se dit des obstacles naturels qui sont interposés entre des pays. Cette rivière sépare ces deux provinces. Les Pyrénées séparent l'Espagne de la France.

  7. 7Mettre une certaine distance entre.

    • Il se dit aussi de la distance dans le temps.

      • Je parle des cent ans qui se sont écoulés depuis ce temps-là, à peu près comme je parlerais de deux mille ans qui nous séparent des Grecs Fontenelle, Vie de Corn.
  8. 8Il signifie quelquefois simplement diviser. Séparer les cheveux sur le front.

    • Terme de manége. Séparer les rênes, en prendre une dans chaque main.

    • Terme de vénerie. Séparer l'empaumure, se dit d'un cerf dont les andouillers commencent à paraître.

  9. 9Couper les communications entre.

    • Son industrie [d'Alexandre] fut de séparer les Perses des côtes de la mer, et de les réduire à abandonner eux-mêmes leur marine, dans laquelle ils étaient supérieurs Montesquieu, Esp. X, 14
  10. 10Faire que des personnes, des animaux, des choses ne soient plus ensemble. Séparer des chevaux en différentes écuries.

  11. 11Renvoyer des troupes militaires.

    • On n'a point encore séparé ce régiment de noblesse Mme de Sévigné, 24 juill. 1689
    • On va séparer la noblesse [appelée sous les armes en Bretagne] ; voilà un air un peu tranquille Mme de Sévigné, 6 août 1689
  12. 12Séparer des hommes, des animaux qui se battent, faire cesser leur combat en les éloignant les uns des autres. La nuit sépara les combattants.

  13. 13Fig. Entretenir l'inimitié.

    • Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus Racine, Andr. II, 5
    • Séparer deux amis, faire cesser leur amitié.

    • Il se dit, dans un sens analogue, des intérêts.

      • Pendant qu'à Rome la guerre réunissait d'abord tous les intérêts, elle les séparait encore plus à Carthage Montesquieu, Rom. 4
  14. 14Terme de jurisprudence. Séparer de biens un mari et une femme, ordonner en justice qu'il n'y aura plus entre eux communauté de biens.

    • Les séparer de corps, ordonner en justice qu'ils n'habiteront plus ensemble.

      • Je ne me suis fait séparer de corps et de biens d'avec mon pénultième mari, que parce qu'il m'étourdissait tous les jours de quelque barbarisme du palais Dancourt, la Femme d'intrig. I, 7
    • Il se dit aussi d'une séparation non judiciaire.

      • Je vous prie de me séparer d'un mari avec lequel je ne saurais plus vivre Molière, G. Dand. III, 14
  15. 15Prononcer une sentence d'interdiction.

    • Le conjurant au nom de Jésus-Christ de ne les point séparer des sacrements, sans leur expliquer le crime pour lequel on les en séparait Racine, Hist. Port-Roy. 2e part.
  16. 16Fig. Considérer à part, mettre à part.

    • Séparer à deux, partager entre deux.

      • Cette duplicité d'action particulière ne rompt point l'unité de la principale ; mais elle gêne un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une Corneille, Ex. du Ment.
  17. 17Rendre distinct. La raison sépare l'homme de tous les animaux.

  18. 18Terme de chasse. Séparer les quêtes, distribuer aux valets de limier une forêt par cantons pour y aller détourner un cerf.

  19. 19Se séparer, v. réfl. Être séparé, disjoint. L'écorce de cet arbre s'est séparée du bois.

    • Au lieu de m'abandonner à un ennui, qui ne se peut pas séparer de la sueur [à Vichy] Mme de Sévigné, 28 mai 1676
    • M. le comte de Guiche a fait une action dont le succès le couvre de gloire..... vous voyez bien que son bonheur et sa valeur ne se sont point séparés Mme de Sévigné, 3 juill. 1672
    • Être partagé en, divisé en. À cet endroit le chemin se sépare en deux. La rivière se sépare en plusieurs bras.

  20. 20En parlant des personnes, s'éloigner l'une de l'autre. Après avoir causé quelque temps, ils se séparèrent. Il est tard, il faut nous séparer.

  21. 21Terme de vénerie. Le cerf cherche par des bonds à se séparer de sa voie, ou, simplement, à se séparer, à interrompre la trace, les émanations odorantes qui dirigent les chiens.

    • On dit encore, lorsqu'un cerf quitte les bêtes dont il est accompagné, qu'il se sépare ; et, si alors les chiens abandonnent le change pour suivre sa voie, on dit qu'ils l'ont bien séparé.

  22. 22Cesser de se battre, d'être aux prises.

    • Messieurs, messieurs, si vous ne vous séparez, je frapperai sur l'un et sur l'autre, et je vous séparerai à bons coups de canne Dancourt, Déroute du pharaon, sc. 25
  23. 23Cesser de vivre en commun.

    • Faute de cela [un gouvernement qui les réglât], Abraham et Loth ne peuvent compatir et sont contraints de se séparer Bossuet, Polit. I, III, 1
    • Alcippe, tu crois donc qu'on se sépare ainsi ? Pour sortir de chez toi, sur cette offre offensante, As-tu donc oublié qu'il faut qu'elle [ta femme] y consente ? Boileau, Sat. X
    • Terme de jurisprudence. Se séparer de corps ou de biens, se dit d'époux qui obtiennent en justice la séparation de corps ou de biens.

  24. 24Subir une séparation.

    • Le moment où l'on se retrouve et celui où l'on se sépare sont les deux plus grandes époques de la vie, comme dit le grand livre du Zend Voltaire, Zadig, 18
  25. 25Rompre des liens qui nous attachent à quelqu'un.

    • Rompre les liens qui nous attachent à quelque chose.

      • Ils ne se peuvent séparer des affaires, pour les regarder avec quelque liberté de jugement Guez de Balzac, De la cour, 5e disc.
      • Malheur à la créature qui ne se voit point en Dieu, et qui, se fixant en elle-même, se sépare de la source de son être, qui l'est aussi par conséquent de sa perfection et de son bonheur ! Bossuet, Concupisc. 24
      • Séparons-nous du monde, avant que le monde se sépare de nous Bourdaloue, Serm. 17e dim. après la Pentecôte, Dominic. t. IV, p. 73
    • Se séparer de soi-même, cesser d'être soi, d'être homme.

      • Lorsque mon premier maître eut formé le cruel projet de me confier ses femmes, et m'eut obligé, par des séductions soutenues de mille menaces, de me séparer pour jamais de moi-même Montesquieu, Lett. pers. 9

Étymologie

Provenç. sebrar, separar ; espagn. separar ; ital. separare, du lat. separare, de se indiquant séparation, et parare, disposer, arranger (voy. PARER). Séparer a été refait sur le latin au XIVe siècle ; la forme ancienne et française était sevrer (voy. ce mot).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander