Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sacre dans le Littré

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1sacre s. m. (sa-kr')

  1. 1Action par laquelle on sacre un roi.

    • Le sacre n'est qu'une cérémonie, mais elle en impose au peuple Voltaire, Hist. Parlem. XXXIV
    • Quoique Philippe n'eût encore que sept ans, la cérémonie de son sacre se fit à Reims le 23 mai, jour de la Pentecôte 1059, du vivant de son père, qui mourut l'année d'après BRIAL, Mém. hist et lit. anc. t. IV, p. 490
  2. 2L'action par laquelle on sacre un évêque.

    • Pour dire un mot de moi en particulier et sur un fait dans le fond très indifférent, étais-je indigne d'être invité par M. de Cambrai à faire son sacre, moi qu'il appelait, quoique indigne, son père et son maître ? Bossuet, Remarques sur la rép. de M. de Cambrai, Avant propos.
  3. 3Se disait de la procession de la Fête-Dieu. Le sacre d'Angers.

Étymologie

Voy. SACRER ; provenç. et ital. sagra ; espagn. sacra.

2sacre s. m. (sa-kr')

  1. 1Grand oiseau de proie du genre faucon, falco sacer, Schl.

    • Le sacre n'est point, comme le dit M. Brisson, une variété du faucon, mais une espèce différente qu'il faut considérer à part Buffon, Ois. t. II, p. 21
  2. 2Ancien canon, pesant environ 2850 livres ; il lançait un projectile de 5 livres.

Étymologie

Portug. sacre ; de l'arabe çaqr, épervier. M. Dozy rejette l'opinion de Diez qui voit dans sacre la traduction de ἱέπαξ, épervier (de ἑρὸς, sacré), attendu que çaqr est un mot ancien dans l'arabe.

3sacre s. m. (sa-kr')

  1. Homme capable de toutes sortes de rapacités et même de crimes.

    • Ce maréchal de Joyeuse était une manière de sacre et de brigand, qui pillait tant qu'il pouvait Saint-Simon, 278, 6
    • L'abbé Dubois.... était en plein ce qu'un mauvais français appelle un sacre, mais qui ne se peut guère exprimer autrement Saint-Simon, 390, 13

Étymologie

Sacre 2, par allusion à la rapacité de cet oiseau de proie.

4sacré, ée part. passé (sa-kré, krée)

  1. 1Qui a reçu le sacre. Charles X sacré à Reims.

  2. 2Qui est consacré à un emploi spirituel, en parlant des personnes ou des choses.

    • Recevez des mains de l'Église le dévot habit du grand saint Bernard, ou plutôt représentez-vous la main de Jésus invisiblement étendue ; c'est lui qui vous couvre de ce sacré voile, qui sera le rempart de votre pudeur Bossuet, 3, Vêture, 2
    • Quelle ardeur de vengeanceDe ces hommes sacrés rompit l'intelligence ? Boileau, Lutr. I
    • Si l'on dit qu'une personne, un édifice sont sacrés, cela signifie qu'ils sont consacrés, employés à des usages spirituels Voltaire, Dict. phil. Droit canonique.
    • Vases sacrés, vases servant au culte dans les diverses religions.

      • Balthazar fait apporter les vaisseaux sacrés enlevés du temple de Jérusalem, et mêle la profanation avec le luxe Bossuet, Hist. II, 4
    • Ordres sacrés, la prêtrise, le diaconat et le sous-diaconat, par opposition aux ordres mineurs.

    • Les livres sacrés, l'Ancien et le Nouveau Testament.

    • Les lettres sacrées, l'étude et la connaissance de ces livres et de la religion.

    • L'histoire sacrée, l'histoire du peuple de Dieu, par opposition à l'histoire profane ou des gentils.

    • Le sacré collége, le collége des cardinaux.

    • La sacrée faculté, la faculté de théologie.

    • Le Sacré-Cœur, voy. CŒUR, n° 1.

  3. 3Il se dit, par antiphrase, de ce qui, étant sacré de sa nature, est détourné à une mauvaise fin.

  4. 4Qui concerne la religion et le culte des dieux, chez les polythéistes. Le bœuf sacré des Égyptiens.

    • Feu sacré, feu qui chez les Romains et d'autres peuples anciens était constamment entretenu. Le feu sacré de Vesta.

    • Fig. Le feu sacré, voy. FEU 1, n° 4.

    • Les livres sacrés des Indiens, les Védas ; les livres sacrés des parsis, le Zend-Avesta.

    • Guerre sacrée, se dit de trois guerres entreprises par les Grecs pour la défense du temple de Delphes.

    • Bataillon sacré, voy. BATAILLON, n° 3.

    • Cette dénomination s'est appliquée à des corps d'élite, chez plusieurs nations modernes, et surtout à ceux qui se formèrent dans des retraites et des déroutes.

    • Année sacrée, année pendant laquelle on célébrait des jeux périodiques.

    • Nouvelle ou première année sacrée, s'est dit de celle de l'avénement de l'empereur régnant ; les suivantes s'appelaient, seconde année sacrée, etc.

    • Danse sacrée, danse faisant partie du culte.

    • Poulets sacrés, poulets dont on observait à Rome la manière de manger pour en tirer des augures.

      • Un autre fit plus, et, voyant que les poulets sacrés ne mangeaient point, il les jeta dans la mer, disant : Qu'ils boivent donc, puisqu'ils ne veulent pas manger Rollin, Hist. anc. Œuv. t. XI, 2e part. p. 441, dans POUGENS.
      • Nos poulets sacrés et nos augures dont vous [Cicéron] vous moquez avec tant de grâce dans votre traité de la Divination Voltaire, Lett. de Memmius, 2
      • Un homme qui avait fait à Rome un argument contre les poulets sacrés se regardait peut-être comme un philosophe VAUVENARGUES, Réfl. et max. 325
    • La voie Sacrée, nom d'une rue de l'ancienne Rome.

  5. 5Langue sacrée, langue dans laquelle sont écrits les ouvrages qui traitent d'une religion. Le sanscrit est la langue sacrée chez les Indiens.

    • Je suis très étonné qu'aucun de nos Français n'ait eu la curiosité d'apprendre à Bénarès l'ancienne langue sacrée, comme ont fait M. Holwell et M. Dow Voltaire, Lett. Bailly, 27 févr. 1777
  6. 6Sacré a été dit de quelques maladies qu'on attribuait à une influence surnaturelle.

    • Vous devez savoir qu'il y avait beaucoup de maladies diaboliques, qu'on appelait sacrées chez presque toutes les nations, et que l'on croyait guérir avec des exorcismes Voltaire, Mél. hist. Un chrétien contre six Juifs, 37
    • Particulièrement, la maladie sacrée, l'épilepsie.

    • Feu sacré, sorte de maladie (voy. BOUQUET 2).

  7. 7Consacré à.

    • Oh ! que j'aime la solitude ! Que ces lieux sacrés à la nuit, Éloignés du monde et du bruit, Plaisent à mon inquiétude ! ST-AMAND, Ode à la solitude.
  8. 8Il se dit des choses qui méritent d'être vénérées inviolablement.

  9. 9Il se dit des personnes que leur qualité rend inviolables. À Rome la personne des tribuns du peuple était sacrée.

    • Sacrée Majesté, titre qu'on donnait à l'empereur d'Allemagne, et qu'on donne à l'empereur d'Autriche quand on lui parle.

      • Je vous entends, Sacrée Majesté, quand vous vous êtes levé ici de bon matin, vous y trouvez la journée bien longue Fénelon, Dial. des morts mod. (Charles-Quint, un jeune moine).
      • Que l'empereur est le général-né, le défenseur, l'avoué de l'Église, principalement contre les infidèles ; et que de là lui vient le titre de Sacrée Majesté Fontenelle, Leibnitz.
      • Un petit moine de Saint-Just disait à Charles-Quint : Sacrée Majesté, n'êtes-vous pas lasse d'avoir troublé le monde ? faut-il encore désoler un pauvre moine dans sa cellule ? Voltaire, Lett. au roi de Pr. 21 avr. 1760
    • Le titre de Sacrée Majesté s'est donné jadis à d'autres souverains que l'ancien empereur d'Allemagne.

      • Dans le fameux traité de Munster, on nomme Sa Sacrée Majesté Impériale, Sa Sacrée Majesté Très Chrétienne, et Sa Sacrée Majesté Royale de Suède Voltaire, Ann. Emp. Ferdinand III, paix de Vestph.
    • Fig.

      • L'épître sur Sa Sacrée Majesté le Hasard a bien un grand fonds de vérité, et, si cette épître était rabotée, je la regarderais comme le meilleur de vos ouvrages Voltaire, Lett. au roi de Pr. 30 mars 1759
  10. 10Sacré est une épithète qui s'ajoute à des termes d'injure pour leur donner plus de force ; mais cela en fait des blasphèmes, et n'est tout au moins que d'un emploi bas et grossier.

    • Populairement. Sacré chien, de l'eau-de-vie très forte. Un petit verre de sacré chien.

  11. 11Terme d'anatomie. Qui appartient à l'os sacrum. Nerfs sacrés.

    • Trous sacrés, trous dont huit antérieurs, situés sur la face pelvienne du sacrum, quatre de chaque côté de la ligne médiane, les uns au-dessus des autres, et huit postérieurs, placés à la face spinale du même os, et présentant la même disposition que les antérieurs avec lesquels ils correspondent.

  12. 12S. m. Ce qui est sacré.

    • Il paraît ici depuis peu un poëme anglais intitulé le Paradis perdu et qui a été traduit en français par une main habile, où l'on a été généralement blessé d'un mélange du sacré et du profane qui s'y rencontre Rollin, Traité des Ét. II, 1
  13. 10Ajoutez :

    • Vous boirez quelquefois le sacré chien tout pur pour noyer le chagrin Let. du P. Duchène, 1re lettre, p. 2

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander