Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sacrifice dans le Littré

1 article· 40 citations· rimes· synonymes

sacrifice s. m. (sa-kri-fi-s')

  1. 1Chez les Hébreux, offrande faite à Dieu avec certaines cérémonies et consistant en des victimes ou des dons.

    • Sacrifice perpétuel, sacrifice par lequel on offrait tous les jours quatre agneaux en holocauste, deux le matin et deux le soir.

      • Depuis le temps que le sacrifice perpétuel aura été aboli, et que l'abomination de la désolation aura été établie Saci, Bible, Daniel, XII, 11
    • Sacrifice de jalousie, cérémonie à laquelle le sacrificateur soumettait une femme dont le mari suspectait la fidélité.

      • Que si elle n'a point été souillée, elle n'en ressentira aucun mal, et elle aura des enfants ; c'est là la loi du sacrifice de jalousie Saci, Bible, Nomb. V, XXVIII, 29
    • Terme de l'Écriture. Offrir un sacrifice de louanges, célébrer les louanges de Dieu.

    • En un sens analogue. Un sacrifice de larmes, de prières.

      • Ceux dont elle a présenté les vœux ou les plaintes, offrent pour elle de tous côtés les sacrifices de leurs larmes ou de leurs prières Fléchier, Mme de Montaus.
    • Faire d'une vertu son sacrifice du matin et du soir, la pratiquer avec une constance inviolable.

      • Il en faisait [de l'administration de la justice] son culte perpétuel, son sacrifice du matin et du soir, selon cette parole du Sage : La justice vaut mieux devant Dieu que de lui offrir des victimes Bossuet, le Tellier.
  2. 2Chez les chrétiens, le sacrifice de Jésus-Christ, la mort de Jésus-Christ sur la croix pour la rédemption du genre humain.

    • Son sacrifice continuel, sa présence perpétuelle dans l'hostie consacrée.

      • Pour considérer ce que c'est que la mort, et la mort en Jésus-Christ, il faut voir quel rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans interruption, et pour cela remarquer que dans les sacrifices la principale partie est la mort de l'hostie Pascal, Lettre sur la mort de son père
      • Les prêtres offrent pour elle le sacrifice de Jésus-Christ sur les autels Fléchier, Duch. de Montaus.
    • Le saint sacrifice de la messe, ou, simplement, le saint sacrifice, le sacrifice de la messe.

      • Ah ! nous pouvons achever ce saint sacrifice pour le repos de Madame avec une pieuse confiance Bossuet, Duch. d'Orl.
      • Il [Montausier] assistait tous les jours au saint sacrifice ; et son attention et sa modestie imprimaient le respect aux âmes les moins touchées de la révérence du lieu et de la sainteté du culte Fléchier, Duc de Montaus.
      • Quels châtiments réservez-vous donc, grand Dieu, aux sacrifices indignes, aux oblations profanes, aux mystères souillés ? Massillon, Confér. Excell. du sacerd.
    • Absolument. Le sacrifice, le saint sacrement.

      • Les chrétiens ne connaissent plus la sainte frayeur dont on était saisi autrefois à la vue du sacrifice ; on dirait qu'il eût cessé d'être terrible, comme l'appelaient les saints Pères Bossuet, Louis de Bourbon.
  3. 3Il se dit de ce qui était offert aux dieux, dans le polythéisme.

  4. 4Sacrifices humains, sacrifices dans lesquels la victime est un être humain.

    • Nous serions amplement dédommagés des fatigues extrêmes de cette campagne, si nous pouvions parvenir à détruire l'usage des sacrifices humains, qu'on dit être généralement répandus chez les insulaires de la mer du Sud LA PÉROUSE, Voy. t. II, p. 12, dans POUGENS
    • Sacrifices sanglants, sacrifices dans lesquels on immole des victimes.

  5. 5Il se dit de la consécration à la vie religieuse.

    • Allez à l'autel, victime de la pénitence, allez achever votre sacrifice Bossuet, la Vallière.
  6. 6Fig. Abandon, privation, perte à laquelle on se résigne. Un sacrifice d'argent. Il a fait de grands sacrifices pour l'éducation de son fils.

    • Que ces sacrifices particuliers [de nos affections] honorent et préviennent le sacrifice universel où la nature entière doit être consommée par la puissance de Jésus-Christ Pascal, Lettre sur la mort de son père
    • Je veux, dit-il, m'arracher jusqu'aux moindres vestiges de l'humanité ; reconnaissez-vous un chrétien qui achève son sacrifice, qui fait le dernier effort, afin de rompre tous les liens de la chair et du sang, et ne tient plus à la terre ? Bossuet, le Tellier.
    • Vous offrîtes à Dieu le sacrifice de vos cheveux Bossuet, Lett. abb. 20
    • J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice Racine, Esth. I, 3
    • Mais le roi, qui le hait, veut que je le haïsse ;Il ordonne à mon cœur ce cruel sacrifice Racine, Iph. V, 1
    • Il [Cromwell, dans son alliance avec le gouvernement français contre l'Espagne] traita véritablement en supérieur, en obligeant le roi de France de faire sortir de ses États Charles II et le duc d'York.... on ne pouvait faire un plus grand sacrifice de l'honneur à la fortune Voltaire, Louis XIV, 6
    • Il est doux pour un véritable amant de faire des sacrifices qui lui sont tous comptés J.-J. Rousseau, Hél. I, 11
    • Tel est, mon ami, l'effet assuré des sacrifices que l'on fait à la vertu ; s'ils coûtent souvent à faire, il est toujours doux de les avoir faits J.-J. Rousseau, ib. I, 44
    • Non, madame, dit-il, restez ; il n'est plus temps ; je ne veux point de sacrifices Marmontel, Mém. VIII
    • L'homme n'agit qu'en vue de son bonheur, il ne cesse point de s'aimer, et il ne s'aime jamais plus que quand il fait les plus grands sacrifices Bonnet, Causes prem. IV, 17
    • Le sacrifice des forces navales fut jugé, mal à propos peut-être, indispensable Raynal, Hist. phil. XIII, 58
    • Il y a une certaine gloire attachée aux grands sacrifices, qui du moins satisfait un peu l'amour-propre Mme de Genlis, Vœux témér. t. II, p. 245, dans POUGENS
    • Un sacrifice absolu est plus facile à obtenir qu'un demi-sacrifice Mme de Genlis, Ad. et Th. t. II, p. 292
    • Depuis la veille, quatre mille traîneurs et trois mille soldats étaient morts ou égarés ; les canons et tous les bagages perdus ; à peine restait-il à Ney trois mille combattants et autant d'hommes débandés ; enfin, quand tous ces sacrifices ont été consommés, et tout ce qui avait pu passer réuni, ils ont marché.... Ségur, Hist. de Nap. X, 9
  7. 7Terme de peinture. Artifice qui consiste à négliger certains accessoires d'un tableau, pour mieux faire ressortir les parties principales.

Remarque

Le sacrifice est tantôt passif : le sacrifice d'Abraham, le sacrifice fait par Abraham ; tantôt actif : le sacrifice d'Isaac par Abraham, d'Iphigénie par Agamemnon

Étymologie

Wallon, sacrifieg ; provenç. sacrifici ; espagn. sacrificio ; ital. sagrifizio ; du lat. sacrificium, de sacer, sacré, et facere, faire : action de faire une œuvre sacrée. L'ancienne langue disait sacrifiement.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander