Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

saisir dans le Littré

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saisir v. a. (sé-zir)

  1. 1Prendre avec vigueur, avec effort et tout d'un coup. Saisir quelqu'un par le bras.

  2. 2Prendre un objet pour le tenir, pour s'en servir ou pour le porter. Le manche de cet outil est trop gros, on ne peut le saisir. Saisir une marmite par les anses.

    • Fig. Saisir le moment, l'occasion favorable, en profiter.

      • Les Romains, saisissant l'occasion de leur ressentiment [des Étoliens] ou plutôt de leur folie, firent alliance avec eux Montesquieu, Rom. 5
      • Je saisis cette occasion pour apprendre à cinq ou six lecteurs qui ne s'en soucient guère, que l'article Messie, imprimé dans le grand dictionnaire encyclopédique.... n'est pas mon ouvrage.... Voltaire, Mél. litt. à M. de la Harpe.
      • Pour étouffer les révolutions, il est un premier moment qu'il faut saisir Raynal, Hist. phil. XVIII, 43
    • On dit dans le même sens : saisir un avantage.

    • Saisir un prétexte, s'en servir, s'en autoriser.

  3. 3S'emparer de, occuper en force.

  4. 4Unir, agglutiner.

    • De gros sables qui furent saisis et agglutinés par la pâte d'argile Buffon, Min. t. II, p. 114
    • Terme de marine. Lier étroitement deux objets par des cordages ou de toute autre façon.

  5. 5Fig. Embrasser par le regard, s'emparer par le coup d'œil.

  6. 6Fig. Comprendre, discerner. Le traducteur a mal saisi le sens de son auteur.

    • Ce qu'on doit ne point voir, qu'un récit nous l'expose ;Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose ;Mais il est des objets que l'art judicieuxDoit offrir à l'oreille et reculer des yeux Boileau, Art p. III
    • Comme nous saisissons aisément ce qui est simple et bien ordonné et que nous apercevons sans peine les rapports des parties qui font l'ensemble.... DUMARSAIS, Œuvr. t. V, p. 38
    • La plupart des jeunes gens, les plus vifs et les moins pensants, qui ne voient que par les yeux du corps, saisissent cependant merveilleusement le ridicule des figures Buffon, Disc. nat. anim. Œuv. t. V, p. 364
    • Il y a un âge pour bien saisir l'usage du monde J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Il [Dieu] est le principe de tout ; il est impassible, invisible, incorruptible, il n'y a que l'entendement qui le saisisse Diderot, Opin. des anc. philos. (Pythagorisme).
    • On entend par visible ce qui est fait pour être aperçu par l'œil, et M. Hutcheson entend par beau ce qui est fait pour être saisi par le sens interne du beau Diderot, Œuv. t. II, p. 413, dans POUGENS
    • Il n'a pas saisi ce principe si bien développé par Locke, Hobbes, Condillac, que nous recevons nos idées par nos sensations ; mais il l'entrevoit CHAMPAGNE, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 88
  7. 7Il se dit d'une attaque vive de maladie, d'une impression sur les sens.

    • Un parfum saisit agréablement notre odorat quand nous y pensons le moins Fénelon, t. III, p. 282
    • À ces dernières paroles [d'une harangue au roi] la voix lui manqua [à l'avocat général Servin] ; une apoplexie le saisit, et on l'emporta expirant Voltaire, Hist. parl. XLIX.
    • Le soir la fièvre me saisit ; mon domestique se sentit frappé en même temps que moi Marmontel, Mém. IX
  8. 8Fig. Mettre sous l'impression vive et soudaine de quelque sentiment, de quelque passion, de quelque vue.

    • L'impérieuse aigreur de l'âpre jalousie,Dont en secret dès lors mon âme fut saisie Corneille, Sertor. I, 1
    • Fuyez donc les fureurs qui saisissent mon âme Corneille, Nicom. V, 7
    • Considérez la pieuse reine devant les autels ; voyez comme elle est saisie de la présence de Dieu Bossuet, Mar.-Thér.
    • Les cœurs sont saisis d'une joie soudaine par la grâce inespérée d'un beau jour d'hiver Bossuet, ib.
    • Une sainte frayeur des jugements de Dieu le saisissait ; on voyait sa foi dans ses yeux et dans ses paroles Fléchier, Duc de Mont.
    • C'est lui ! d'horreur encor tous mes sens sont saisis Racine, Athal. II, 7
    • Que malgré la pitié dont je me sens saisir,Dans le sang d'un enfant je me baigne à loisir ? Racine, Andr. I, 2
    • Va voir si la douleur ne l'a point trop saisie Racine, Bérén. III, 4
    • L'épouvante saisit les cœurs Fénelon, Tél. XVI
    • Veut-il [Homère] peindre deux hommes que personne ne puisse méconnaître et qui saisissent le spectateur, il vous met devant les yeux la folie incorrigible de Pâris et la colère implacable d'Achille Fénelon, t. XXI, p. 208
    • Il y a de certaines idées d'uniformité qui saisissent quelquefois les grands esprits Montesquieu, Esp. XXIX, 18
    • Cette formule criminelle digne tout au plus de Grégoire VII ou de Boniface VIII, et dont la seule lecture nous saisit d'indignation : Nous réhabilitons Henri dans sa royauté [Henri IV] Voltaire, Frag.sur l'hist. XVI
    • Tout ce qui saisit l'imagination des hommes ne leur permet pas une justice si exacte Duclos, Consid. mœurs, 14
    • Je n'avais point encore été saisie par une affection qui pût me dominer Mme de Staël, Corinne, XIV, 4
    • Absolument.

      • Voilà ce qui surprend, frappe, saisit, attache Boileau, Art p. III
      • Se précipitant entre les hommes et les chevaux, ils [les montagnards écossais, à Preston-Pans] tuent les chevaux à coups de poignards, et attaquent les hommes le sabre à la main ; tout ce qui est nouveau et inattendu saisit toujours Voltaire, Louis XV, 24
  9. 9Être saisi, être frappé subitement de douleur ou de plaisir ou d'étonnement. Je suis encore tout saisi de cette nouvelle.

    • Elle a été si excessivement saisie de ce procédé, qu'elle en est devenue une image de Benoît Mme de Sévigné, 400
    • Mme de Chaulnes fut saisie du refus de ma mère ; elle se tut, elle rougit, elle s'appuya CH. DE SÉVIGNÉ, dans SÉV. 25 juill. 1689
  10. 10Faire une saisie, retenir par voie de saisie. L'huissier a saisi son mobilier.

    • Ce fut alors que ce roi, le vainqueur et le père de ses sujets [Henri IV], ordonna qu'on ne saisirait plus, sous quelque prétexte que ce fût, les bestiaux des laboureurs et les instruments de labourage Voltaire, Pol. lég. Diatribe à l'aut. des Éph.
    • M. l'abbé Terrai me saisit tout le bien libre que j'avais en rescriptions, les seuls effets dont je pusse disposer Voltaire, Lett. Florian, 21 mars 1770
    • Aucun livre ne peut entrer en France sans être saisi par les commis, qui se font depuis quelque temps une assez jolie bibliothèque Voltaire, Lett. à Mme du Deffant, 6 janv. 1764
    • J'apprends par une lettre de mon père que ma malle a été saisie et confisquée aux Rousses, bureau de France sur les frontières de Suisse J.-J. Rousseau, Conf. V
    • On s'était attendu, en saisissant les biens des jésuites dans cette province [Buenos-Ayres], de trouver dans leurs maisons des sommes considérables ; on en a néanmoins trouvé fort peu BOUGAINVILLE, Voy. t. I, p. 201
    • J'ai de la fraude en pacotilleQu'à la barrière on saisirait Béranger, Portrait.
  11. 11Mettre en possession de.

    • Terme de jurisprudence. Le mort saisit le vif, l'héritier est immédiatement investi des biens du défunt.

  12. 12Saisir un tribunal d'une affaire, la porter devant lui.

    • Ils [les jésuites] disaient pour se défendre, que l'Eglise universelle était saisie de leur cause par l'appel qu'ils avaient fait au futur concile D'Alembert, Destr. des jés. Œuv. t. V, p. 77, dans POUGENS
  13. 13Se saisir, v. réfl. S'empoigner l'un l'autre.

    • Nous nous saisîmes l'un l'autre ; nous nous serrâmes à perdre la respiration Fénelon, Tél. V
  14. 14S'emparer, se rendre maître d'une personne ou d'une chose.

  15. 15Fig. Il se dit dans un sens analogue avec un nom de chose pour sujet.

  16. 16Évoquer devant soi une affaire.

    • On se divisa, et le parlement d'Angleterre se saisit de la contestation Raynal, Hist. phil. XIV, 22
  17. 17S'émouvoir, être saisi. Cet homme se saisit au moindre contre-temps qui lui arrive.

  18. 1Ajoutez :

    • Saisir quelqu'un dans ses biens, exercer une saisie sur ses biens.

      • Comme les tribunaux ne pourraient pas faire saisir le préfet par corps ni dans ses biens pour la non-exécution du contrat Corresp. de Napoléon 1er, t. XIX, n° 15880

Étymologie

Provenç. sazir, sayzir ; ital. sagire et staggire ; angl. to seize ; gaélique, sàs ; bas-lat. (dans les lois barbares) ad proprium sacire, s'emparer. Comme ad proprium sacire a pour synonyme ad proprium ponere, Diez pense que l'étymologie est l'ancien haut-allemand sazjan, mettre, poser, l'ital. sagire s'y rapportant comme palagio se rapporte à palatium. Scheler, sans rien proposer, objecte que cette étymologie ne rend pas compte de la forme staggire ; mais il est douteux que staggire, dont le sens propre paraît être fixer, arrêter, soit le même mot que sagire ; probablement staggire se rapporte à stagio, demeure, séjour, étai. Depuis, Scheler, dans un article sur l'étymologie de saison, s'est rapproché de cette dernière manière de voir sur staggire.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander