sans prép. (san ; l's se lie : san-z un sou)
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1Il marque le manque, l'exclusion. Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Cet enfant a fait un exercice sans faute ou sans fautes. C'est un acteur sans défaut ou sans défauts. Ce que vous dites là est sans exemple.
- Bérénice la belle,Qui semble contre amour si fière et si cruelle,Me dit tout franchement en pleurant, l'autre jour,Qu'elle était sans amant, mais non pas sans amour Régnier, Dial. Chloris et Philis.
- Sépare tes présents, et ne m'offre aujourd'huiQue ton fils sans le sceptre ou le sceptre sans lui Corneille, Héracl. I, 2
Seigneur, lui dis-je, jusqu'à quand durera votre colère ? Jusqu'à ce, dit-il, que les villes soient désolées et sans citoyens, les maisons sans habitants, et que la terre demeure déserte
Saci, Bible, Isaïe, VI, 11Eh bien ! gageons tous deux, Dit Phébus, sans tant de paroles
La Fontaine, Fabl. VI, 3M. du Maine assure que cet Anglais [Law] est un homme sans honneur, sans religion et sans foi
Mme de Maintenon, Lett. à Mme de Caylus, 18 octobre 1717- Benjamin est sans force, et Juda sans vertu Racine, Athal. I, 1
L'on parle d'une région où les vieillards sont galants, polis et civils ; les jeunes gens au contraire, durs, féroces, sans mœurs ni politesse
La Bruyère, VIIIIl [Boerhaave] n'avait que quinze ans quand la mort de son père le laissa sans secours, sans conseil, sans bien
Fontenelle, Boerhaave.Une vie molle, délicieuse, sans vices ni vertus
Massillon, Carême, Mauv. riche.Don Vincent était un vieux seigneur fort riche, qui vivait depuis plusieurs années sans procès et sans femme
Lesage, Gil Blas, IV, 1On vit des troubles sans cause et des révolutions sans motifs
Montesquieu, Rom. 22Son château [du président de Brosses] était une masure faite pour des hiboux..... des vignes sans raisin, des campagnes sans blé, et des étables sans vache
Voltaire, Lett. d'Argental, 19 déc. 1758- Par lui les yeux verront les dangers sans horreur,La douleur sans faiblesse, et la mort sans terreur Delille, Parad. perdu, XI
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Je le sais bien sans vous, sans qu'il soit besoin que vous me le disiez.
- Ne me contez point tant que mon visage est beau...Je le sais bien sans vous Corneille, Galer. du Palais, II, 1
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2Il se met, avec le même sens, devant un infinitif.
- Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler Corneille, Hor. II, 3
Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion, sans l'être de la personne qu'ils aiment
LA ROCHEFOUC., Réfl. mor. n° 500Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle sans être jeune
LA ROCHEFOUC., ib. n° 497Dumarsais, sans être aussi modeste que l'abbé Girard, ignorait encore plus que lui les moyens de se procurer les honneurs littéraires
D'Alembert, Éloges, Girard.
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Sans mentir, en vérité.
Sans mentir, Dieu est bien abandonné
Pascal, dans COUSIN
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3Il se met assez souvent au commencement des phrases. Sans argent, sans protecteurs, que pouvais-je faire ? Sans vous, je n'aurais pas réussi.
Sans effort et sans bruit, il savait faire les grandes choses
Montesquieu, Arsace et Isménie.Sans la bataille de Chéronée, Démosthène eût sauvé la Grèce
Marmontel, Œuvr. t. IX, p. 203
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4Sans quoi, sans cela, autrement, sinon. Vous ferez cela, sans quoi vous serez puni. Partez à l'instant même, sans cela vous serez en retard.
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5Sans entre dans la composition de plusieurs locutions adverbiales : sans doute, sans fin, sans façon, sans faute, sans crainte, etc.
- Peut-on haïr sans cesse ? et punit-on toujours ? Racine, Andr. I, 4
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6Sans plus, sans qu'il y en ait davantage.
- La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte :Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour La Fontaine, Fabl. III, 18
Je me suis présenté [à l'Académie], mais une fois sans plus, messieurs
Paul-Louis Courier, Lett. à l'Acad. des inscript.
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7Sans plus avec un infinitif, non davantage.
- Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,Sans plus les fatiguer d'inutiles prières Racine, Phèdre, V, 5
- Et sans plus me charger du soin de votre gloire Racine, Mithr. III, 5
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8Sans que, locut. conjonct. avec le subjonctif.
- Des dignités, des biens que jusqu'au bout du mondeOn suit, sans que l'effet aux promesses réponde La Fontaine, Fabl. VII, 12
- Je rendrais mon ouvrageCapable de sentir, juger, rien davantage,Et juger imparfaitement,Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument La Fontaine, Fabl. X, 1
- Le compère aussitôt va remettre en sa placeL'argent volé ; prétendant bienTout reprendre à la fois sans qu'il y manquât rien La Fontaine, ib. X, 15
Je prends pour principe que jamais un corps ne se meut par son poids sans que son centre de gravité descende
Pascal, Équil. des liqueurs, IIHélas ! nous ne pouvons arrêter un moment les yeux sur la gloire de la princesse, sans que la mort s'y mêle aussitôt pour tout offusquer de son ombre
Bossuet, Duch. d'OrléansIl se laissa gronder sans qu'il en fût autre chose
Hamilton, Gramm. 4Les puissances établies par le commerce.... s'élèvent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive
Montesquieu, Rom. 4
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9Sans peut se construire avec que, qui prend le sens de sinon.
Je pensai qu'il valait mieux que j'examinasse seulement ces proportions en général, et sans les supposer que dans les sujets qui serviraient à m'en rendre la connaissance plus aisée
Descartes, Méth. II, 11Sachant combien de divers automates ou machines mouvantes l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces
Descartes, ib. V, 9- Sans songer qu'à me plaire, exécutez mes lois Corneille, Perth. II, 1
- Il recevra des vœux, de l'encens, des victimes,Sans recevoir par là d'honneurs que légitimes Corneille, Pomp. V, 4
Mille petits amours sont venus voltiger à l'entour d'elle à fleur d'eau, sans mouiller que la pointe de leurs pieds
D'ABLANCOURT, Lucien, Dial. Notus et Zéphyre.- Sans avoir, en aimant, d'objet que son amour Racine, Bérén. II, 2
Et sans parler que des gains licites, on paye au tuilier sa tuile
La Bruyère, XIIHarlay était sans mœurs dans le secret, sans probité qu'extérieure
Saint-Simon, 17, 198
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10Sans que, avec l'indicatif ou le conditionnel, signifie : n'eût été que, n'était que, sans cette raison, sans ce fait, sans cette considération (cette locution, très usitée au XVIIe siècle, ne l'est plus maintenant, mais rien n'empêcherait de la reprendre).
- Sans que je crains de commettre Géronte,Je poserais tantôt un si bon guet,Qu'il serait pris ainsi qu'au trébuchet La Fontaine, Confid.
- Sans que mon bon génie au devant m'a poussé,Déjà tout mon bonheur eut été renversé Molière, l'Ét. I, 11
Je suis si lasse de cette chienne d'écriture, que, sans que vous croiriez mes mains plus malades, je ne vous écrirais plus que je ne fusse guérie
Mme de Sévigné, 260J'en prendrais présentement [d'une essence], sans que je me ferais scrupule de me servir d'un remède si admirable, quand je n'en ai nul besoin
Mme de Sévigné, 20 oct. 1675Vous m'avez écrit la plus aimable lettre du monde ; j'y aurais fait plus tôt réponse, sans que j'ai su que vous couriez par votre province
Mme de Sévigné, 25 juin 1670Marlbourough mande à Villars qu'il l'eût attaqué le 10 juin, sans que le prince Louis de Bade, au lieu d'arriver le 9, n'était arrivé que le 15
Saint-Simon, 149, 171
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11Sans, employé d'une manière absolue et sans régime.
La perruque [de Louis XIV] était la seule pièce, dit-on, qui tînt bon contre le déshabillé ; personne ne l'avait jamais vu sans
STE-BEUVE, Portraits contemporains, t. I, p. 372, nouv. édit. Paris, 1870
Remarque
1. Avec sans, la règle est que l'infinitif se rapporte au sujet de la proposition ou au régime ; mais cela n'est pas absolument nécessaire quand une équivoque est impossible, et le vrai sens évident. 2. Les grammairiens ont condamné la locution : sans pas ou sans point, et critiqué cette phrase de Montesquieu : César avait de grandes qualités sans pas un défaut, Rom. 11. Mais, pas et point étant non des négations, mais des mots qui renforcent la négation, il n'y a aucune raison grammaticale pour condamner cette manière de parler. 3. La préposition sans reçoit également après elle ni ou et entre deux régimes ; mais dans ce dernier cas on répète sans : Sans crainte ni pudeur, sans force ni vertu ; sans crainte et sans pudeur, sans force et sans vertu. La raison de cette différence, c'est que sans est exclusif par lui-même, et que ni l'est aussi, ce qui fait que ce dernier peut suppléer sans ; au lieu que et, n'ayant pas le même caractère, ne dit pas ce que sans doit dire, ce qui oblige à le répéter. 4. Lorsque sans précède immédiatement un verbe, ce verbe doit-il être suivi de l'article contracté du, ou bien de la préposition de sans article ? Doit-on dire : asseoir des impôts sans exciter de plaintes, comme on dirait : en n'excitant pas de plaintes ; ou faut-il dire : sans exciter des plaintes ? Quand la tournure de phrase est affirmative, on omet l'article : Cependant on peut aussi mettre l'article, mais cela est moins usité. Au contraire, quand la tournure est négative, on met l'article : Il ne peut parler sans faire des fautes. Cependant l'article pourrait aussi être omis ; toutefois cela est moins usité. 5. Sans que, suivi du subjonctif, ne prend ne, ni quand la phrase principale est affirmative, ni quand elle est négative. La négation n'est pas même admise après sans que suivi de ni, aucun, personne, rien, jamais : Elle n'est pas non plus admise, bien que sans soit suivi du verbe craindre : Vous pouvez traiter avec lui, sans craindre ou sans crainte qu'il vous trompe. Cependant on en trouve quelques exemples.
Étymologie
Wallon, sai ; picard, sins ; provenç. sens, senes, ses ; ancien cat. senes ; cat. moderne sens ; ancien espagn. senes, sen ; espag. moderne, sin ; portug. sen, sem ; ital. senza. Les formes sans s dans le vieux français, dans les patois et dans plusieurs langues romanes, viennent du latin sine, que les étymologistes regardent comme provenant du préfixe se, sed, qui signifie séparation (proprement, à part soi, s(, s(d étant l'ablatif du pronom réfléchi), et de ne sur lequel les étymologistes disputent (voy. Journ. de Kuhn, XIX, 163). Les formes avec s, qui sont aussi fort anciennes, représentent un latin barbare sinis, formé sur le modèle de certains adverbes. Enfin l'italien senza, que des étymologistes ont rattaché à absentia, ne paraît pas devoir être séparé des autres formes romanes ; mais il ne s'explique guère. Sans que s'explique, comme l'historique le fait voir, par sans ce que.