Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

satire dans le Littré

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satire s. f. (sa-ti-r')

  1. 1Primitivement, à Rome, sorte de pièce dramatique, où il y avait un mélange de musique, de paroles et de danse, d'où le nom de satira ou satura, proprement farcissure ; cette satire ne se développa pas ; mais le nom resta et passa à la satire proprement dite, qui fut inaugurée par Lucilius.

  2. 2À Rome, et, par suite, chez les modernes, ouvrage en vers, fait pour censurer, pour tourner en ridicule, les vices, les passions déréglées, les sottises des hommes.

    • C'est ce qui m'a contraint de librement écrire,Et, sans piquer au vif, me mettre à la satire Régnier, Sat. I
    • Regarde cet homme négligemment habillé et assez malpropre ; il se nommera Régnier, sera neveu de Desportes, et méritera beaucoup de gloire ; il sera le premier qui fera des satires en français Mlle DE SCUDÉRY, Clélie, t. VIII, suite de la 4e partie, liv. II, p. 587
    • Je vais composer contre eux une satire en style de Juvénal, qui les déchirera de la belle façon Molière, Bourg. gent. II, 6
    • L'ardeur de se montrer, et non pas de médire,Arma la vérité du vers de la satire Boileau, Art p. II
    • Je veux dans la satire un esprit de candeur,Et fuis un effronté qui prêche la pudeur Boileau, ib.
    • Muse, changeons de style, et quittons la satire ;C'est un méchant métier que celui de médire Boileau, Sat. VII
    • La satire en leçons, en nouveautés fertile, Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile ....Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice, Va jusque sous le dais faire pâlir le vice, Et souvent, sans rien craindre, à l'aide d'un bon mot, Va venger la raison des attentats d'un sot Boileau, ib. IX
    • Boileau a-t-il appris à quelqu'un que la Pucelle est un mauvais ouvrage ? non, sans doute ; à quoi donc ont servi ses satires ? à faire rire aux dépens de dix ou douze gens de lettres, à faire mourir de chagrin deux hommes qui ne l'avaient jamais offensé.... Voltaire, Mél. litt. Mém. sur la sat. Despréaux
    • Racine, Corneille, Molière, etc. ont été accablés de leurs temps par des volumes de satires ; qui est-ce qui en connaît aujourd'hui une seule ? D'Alembert, Éloges, Despréaux, Note 40
    • La satire, arme dont il semble qu'il ne doit être permis de se servir que contre ceux qui par leur rang ou leur pouvoir sont à l'abri de tout autre châtiment Condorcet, Haller.
    • Distinguons deux espèces de satire : l'une politique, et l'autre morale ; l'une et l'autre ou générale, ou personnelle Marmontel, Œuv. t. X, p. 124
  3. 3Il se dit aussi de certains ouvrages mêlés de vers et de prose qui sont faits dans la même intention. Les Satires de Varron. La Satire de Pétrone.

    • La Satire Ménippée, satire que Varron avait inventée en mêlant agréablement la prose avec les vers, le sérieux avec l'enjoué, et qu'il avait nommée Ménippée, parce que Ménippe le cynique avait traité avant lui des matières graves d'un style plaisant et moqueur Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. I, II, 3
    • Par antonomase, la Satire Ménippée, recueil de pièces mordantes ou railleuses faites en faveur d'Henri IV et contre les ligueurs.

  4. 4Tout discours, tout écrit qui reprend, qui raille.

Remarque

On ne confondra pas orthographiquement satire, de satira, et satyre de σάτυρος, l'un un poëme, l'autre une divinité.

Étymologie

Lat. satira ou satura, satire, proprement plat de différents mets, de satur, farci, rassasié. Comparez la racine sat, qui est dans satur et dans satis, avec le goth. sath, allem. satt, rassasié, et l'homérique ἃδην, assez.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander