Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

science dans le Littré

1 article· 43 citations· rimes· synonymes

science s. f. (si-an-s')

  1. 1Connaissance qu'on a de quelque chose.

    • Savoir quelque chose de science certaine, d'une certaine science, le savoir d'une façon tout à fait sûre.

      • Mme de Guémené me dit qu'elle savait de science certaine que le cardinal croyait que j'en avais été l'auteur [des barricades] Retz, II, 147
      • Je sais de science certaine que jamais Louis XIV ne fit une réponse si peu convenable [j'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres ; ne m'en faites pas souvenir] Voltaire, Louis XIV, 24
    • Parler de quelque chose de science certaine, en parler comme parfaitement informé.

    • De notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, ancienne formule des édits et déclarations du roi.

    • L'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre du paradis terrestre dont Dieu avait interdit les fruits à Adam.

  2. 2Ensemble, système de connaissances sur une matière.

    • Toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites ; les anciens les ont trouvées seulement ébauchées, et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues Pascal, Fragm. d'un traité du vide.
    • De là vient que, par une prérogative particulière, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensemble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier Pascal, ib.
    • Nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches Pascal, Pens. I, I, éd. HAVET.
    • J'avais passé longtemps dans l'étude des sciences abstraites.... quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences abstraites ne lui sont pas propres, et que je m'égarais plus de ma condition en y pénétrant que les autres en les ignorant Pascal, ib. VI, 23
    • Les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant ; l'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis Pascal, ib. III, 18
    • La science est ou des mots, ou des faits, ou des choses NICOLE, Ess. de mor. 1er traité, ch. 6
    • Les sciences ne viennent-elles pas aux savants, comme les richesses viennent à la plupart des gens riches ? n'est-ce pas par voie de succession ? vous héritez des anciens, vous autres hommes doctes, ainsi que nous de nos pères Fontenelle, Dial. 2, Morts mod.
    • L'Ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans la science de l'homme Voltaire, l'Ingénu, 14
    • C'était une ancienne tradition passée de l'Égypte en Grèce, qu'un dieu ennemi du repos des hommes était l'inventeur des sciences J.-J. Rousseau, Disc. rétabl. des sciences.
    • Une science bien traitée n'est qu'une langue bien faite Condillac, Œuvr. t. XXIII, p. 7
    • Il n'y a plus qu'un bouleversement général du globe qui puisse éteindre les sciences, les arts, et ensevelir les noms des hommes célèbres qui les ont cultivés Diderot, Lett. à Falconet, janv. 1866
    • Les sciences sont une espèce de grand édifice auquel plusieurs personnes travaillent de concert ; les uns, à la sueur de leur corps, tirent la pierre de la carrière, d'autres la traînent avec effort jusqu'au pied du bâtiment, d'autres l'élèvent à force de bras et de machines ; mais celui qui la met en œuvre et en place a le mérite de la construction D'Alembert, Élém. de philos. ch. 21
    • Si l'on ne doit dater l'origine d'une science que du temps où la méthode d'y découvrir la vérité a été développée Condorcet, Bucquet.
    • Ceux qui contribuent par leurs découvertes aux progrès des sciences, et ceux qui les font respecter en les rendant utiles, ont également droit à l'estime des hommes et doivent nous être également chers Condorcet, Montigni.
    • Les sciences, sans bornes comme la nature, s'accroissent à l'infini par les travaux des générations successives LAPLACE, Exp. V, 5
    • Moins par sa nature une science renferme de faits, plus tôt elle arrive à la perfection DESTUTT-TRACY, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. I, p. 391
    • Il n'est de véritable science que celle qui n'est point fondée sur l'autorité ; car la science n'est point une croyance, mais une expérience CAMBACÉRÈS, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 12
    • C'est une belle application des sciences exactes que d'avoir su déterminer les dimensions de ce globe que nous habitons, et d'avoir fait de sa grandeur le type invariable d'une mesure universelle BIOT, Instit. Mém. sc. t. III, p. LXXIV
    • La science d'une chose est l'ensemble des lois de cette chose DUHAMEL, Méthodes dans les sc. de raisonnement, 1re part. p. 29
    • Science de raisonnement, science dans laquelle les vérités pourront être obtenues par le seul raisonnement, en partant de données admises, d'axiomes, de principes primitifs.

  3. 3Savoir qu'on acquiert par la lecture et par la méditation.

    • Demi-science, science imparfaite, superficielle, bornée.

      • Nous achevons le Tasse avec plaisir ; nous y trouvons des beautés qu'on ne voit point, quand on n'a qu'une demi-science Mme de Sévigné, 67
    • Le zèle et la science, voy. ZÈLE.

  4. 4Terme de théologie. Science de simple intelligence, faculté par laquelle Dieu se connaît lui-même.

    • Science de vision, celle qui fait connaître toutes les choses à l'être suprême.

    • Science moyenne, celle par laquelle Dieu apprécie les conséquences de telle ou telle cause.

    • La science infuse, celle qui vient de Dieu par inspiration, ou qu'on nous suppose donnée par la nature.

    • Familièrement. Il croit avoir la science infuse, se dit d'un homme qui se croit savant sans avoir étudié.

  5. 5Connaissance de certaines choses utiles à la conduite de la vie, à celle des affaires.

  6. 6Science du monde.

    • J'entends ici par la science du monde, l'art de se conduire avec les hommes pour tirer de leur commerce le plus grand avantage possible, sans s'écarter néanmoins des obligations que le monde impose à leur égard D'ALEMBERT, Mélanges, etc. t. V, § 6
  7. 7La science du cœur, la connaissance des sentiments.

    • Jusqu'à quel point ils [les romans de notre siècle] ont poussé la science du cœur FONT., Réfl. poét. 12
    • Dans un sens analogue.

      • Cet incomparable morceau [Moi jalouse ! - Phèdre de Racine] offre une gradation de sentiments, une science de la tristesse, des angoisses et des transports de l'âme que les anciens n'ont jamais connue Chateaubriand, Génie, II, III, 3
      • Si l'on suivait les détails [de la mort de Clarisse Harlowe], si nous pouvions avoir ici la patience d'un lecteur solitaire, quelle science prodigieuse de douleur n'apercevrions-nous pas dans toutes les nuances par lesquelles le poëte a gradué le désespoir de ses personnages ! VILLEMAIN, Litt. franç. XVIIIe siècle, 1re leçon.
  8. 8Terme de beaux-arts. Se dit de tout ce qui peut se réduire en règles ou en préceptes.

  9. 9Terme de marine. Ligne de science, ligne qui marque la limite supérieure du doublage en cuivre de la carène.

  10. 10Toute-science, voy. TOUTE-SCIENCE, à son rang.

  11. 11Science abstraite, science considérée indépendamment de ses applications, dans le langage de la philosophie positive, qui en compte six : la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie (COMTE, Système de philosophie positive).

    • On dit quelquefois en ce sens science pure.

      • J'ai tort de dire science pure, car il n'y a pas une science pure et une science appliquée : il y a la science et les applications de la science PAUL BERT, Journ. offic. 14 janv. 1873, p. 248, 3e col.

Synonymes

SCIENCE, ART Au point de vue philosophique, ce qui distingue l'art de la science, c'est que la science ne s'occupe que de ce qui est vrai, sans aucun souci de ce qui peut être utile ; et que l'art s'occupe seulement de ce qui peut être utile et appliqué. L'agriculture est un art qui s'appuie sur diverses sciences : l'histoire naturelle, la géologie, la chimie. À un autre point de vue, la science consiste surtout dans la théorie, l'abstraction ; et l'art, dans l'application, la pratique. La rhétorique est la science qui traite de l'art qu'on appelle l'éloquence.

Étymologie

Provenç. sciensa ; espagn. ciencia ; ital. scienza ; du lat. scientia, qui vient de sciens, part. présent de scire, savoir ; rad. sanscrit, ki, savoir, k(y, remarquer, l'un et l'autre, de chid, pour skid, fendre ; le sens de transition à l'idée intellectuelle est discerner.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander