Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

second dans le Littré

1 article· 37 citations· rimes· synonymes

second, onde adj. (se-gon, gon-d' ; au XVIIe siècle, Marg. Buffet, Observ. p. 131, regarde comme une faute de prononcer le c comme un g ; au contraire, Chifflet, Gramm. p. 225, dit que le c se prononce comme un g ; le d se lie : un se-gon-t avis ; Chifflet dit que le d ne se lie jamais, quoi qui le suive ; au pluriel, l's se lie, les se-gon-z et les combattants)

  1. 1Deuxième, qui suit immédiatement le premier. Il n'est pas premier, il n'est que second. Remporter le second prix. Se marier en secondes noces.

    • ....ô bon Dieu, Nous te sommes si chers qu'entre les créatures, Si l'ange est le premier, l'homme a le second lieu Malherbe, I, 1
    • Seconde partie : Que l'homme sans la foi ne peut pas connaître le vrai bien ni la justice Pascal, Pens. VIII, 2, éd. HAVET.
    • Et quoique le roi d'Angleterre, dont le cœur égale la sagesse, sût que la princesse sa sœur, recherchée de tant de rois, pouvait honorer un trône, il lui vit remplir avec joie la seconde place de France, que la dignité d'un si grand royaume peut mettre en comparaison avec les premières du reste du monde Bossuet, Duch. d'Orl.
    • La princesse Anne n'était point heureuse pour avoir la confiance de Philippe et des deux princesses qui ont fait successivement avec lui la seconde lumière de la cour Bossuet, Anne de Gonz.
    • Utique était la seconde place d'Afrique, fort riche et fort opulente Rollin, Hist. anc. Œuvr. t. I, p. 527, dans POUGENS
    • L'impression est le juge naturel du premier moment ; la discussion l'est du second D'Alembert, Œuv. t. III, p. 428
    • Terme de classe. Cet écolier est second, ou, substantivement, le second, il est celui que le professeur a jugé avoir le mieux fait une composition après un autre élève.

    • Terme de vénerie. Ce cerf est à sa seconde tête, il prend trois ans.

    • Se dit, dans certains calendriers, d'un mois embolismique.

    • Pain second, voy. PAIN, n° 1.

    • En chimie, eau seconde, eau-forte affaiblie.

    • Causes secondes, les créatures, autant qu'elles sont causes elles-mêmes, comparativement au Créateur qui est la cause première.

      • Dieu agit par les causes secondes ; il a voulu que ces causes produisissent leurs effets, et que ces effets devinssent causes à leur tour Bonnet, Causes prem. II, 8
    • Causes secondes se dit aussi des lois irréductibles ou effets généraux auxquels l'expérience conduit.

    • La seconde main, un intermédiaire. Acheter une chose de la seconde main, l'acheter à celui qui l'a achetée au producteur.

    • Fig. Ne tenir une nouvelle que de la seconde main, de seconde main, ne l'avoir apprise que par un intermédiaire.

    • Érudition de seconde main, érudition qui est puisée non aux sources, mais aux compilations.

  2. 2Il se dit de celui qui, dans une série de mêmes noms, y est le deuxième.

    • Le second des Césars, le premier des humains, C'est Auguste.... Delille, Én. VI
  3. 3Fig. Autre.

    • Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits La Fontaine, Poés. mêlées, XVIII, Élégie pour Fouquet.
    • Qui ne voit combien courtes et fragiles sont encore ces secondes vies que notre faiblesse nous fait inventer pour couvrir en quelque sorte l'horreur de la mort ? Bossuet, Duch. d'Orl.
    • Marly sera bientôt un second Versailles Mme de Maintenon, Lett. au cardin. de Noailles, 19 juil. 1698
    • Qu'ils cherchent dans l'Épire une seconde Troie Racine, Andr. I, 2
    • Une manière de faire des grâces qui est comme un second bienfait La Bruyère, X
  4. 4Fig. Qui s'ajoute à. C'est un second crime de tenir un serment criminel.

  5. 5Inférieur, surtout au féminin.

  6. 6Poétiquement. Sans seconde, sans pareille.

    • On dit de même : N'avoir point de seconde, en parlant d'un objet du genre féminin.

    • On le trouve au masculin, avec un nom masculin.

      • [Chez Marie-Thérèse], de fort beaux cheveux blonds, Une vive blancheur, les plus beaux yeux du monde, Et d'autres appas sans seconds D'une personne sans seconde La Fontaine, Lett. I
  7. 7Terme de musique. Épithète qui, entre deux parties ou voix égales, indique la plus basse. Second violon. Second ténor.

    • On dit seconde basse pour baryton ou basse moins grave que la basse proprement dite.

  8. 8Terme de marine. Second foc, synonyme de faux foc.

    • Second pont, pont supérieur au premier, pont qui porte la seconde batterie.

    • Second entre-pont, faux entre-pont.

    • La seconde ancre, celle qui est immédiatement inférieure en grosseur à la maîtresse ancre.

  9. 9S. m. Le second, le second étage d'une maison. Il demeure au second.

    • Lisette : Du côté de la place Maubert, chez un marchand de café, au second. - Frontin : Une place Maubert, une madame Dorman, un second ! non, mon enfant, je ne connais point cela, et je prends toujours mon café chez moi Marivaux, l'Épreuve, sc. 12
    • Les personnes qui habitent cet étage. Le second était brouillé avec le troisième.

  10. 10Terme de jeu de paume. Ouverture de la galerie qui est entre le dernier et la porte.

  11. 11Celui qui tient le second rang.

    • Jonathas demandait pour toute grâce à David d'être le second après lui Bossuet, 5e avert. 28
    • Je vous fis.... Le second de la terre, et non pas mon égal Voltaire, Sémir. II, 7
    • Celui qui, dans une partie de paume, tient le second lieu d'un côté.

  12. 12Celui qui accompagnait un homme dans un duel et se battait contre l'homme amené par l'adversaire.

    • Meillancour, écuyer de mon frère qui me servait de second, et qui avait été blessé dans le petit ventre et désarmé, et le chevalier du Plessis, second de Praslin, nous vinrent séparer Retz, Mém. t. I, liv. I, p. 12, dans POUGENS
    • M. de Nemours estima assez Villars pour le prendre pour second au duel qu'il eut contre M. de Beaufort Saint-Simon, 3, 50
    • Ils [les ducs de Beaufort et de Nemours] s'appelèrent en duel, ayant chacun quatre seconds Voltaire, Louis XIV, 5
    • Aujourd'hui les seconds ne sont plus en usage ; dans un duel il y a des témoins qui ne se battent pas.

  13. 13Celui qui fait société à un autre.

    • L'homme seul est quelque chose d'imparfait ; il faut qu'il trouve un second pour être heureux Pascal, Pass. de l'amour.
  14. 14Celui qui aide un autre dans une entreprise, dans une affaire.

    • Celui qui appuie ou soutient quelqu'un dans une discussion.

      • Mon second, soutenant mon discours, lui dit : Vous feriez bien, mon père.... Pascal, Prov. IV
      • Je viens à la hâte vous donner un avis, César, et je mène avec moi un bon second pour vous persuader ; c'est Catilina Fénelon, Dial. des morts anc. Dial. 38
  15. 15Terme de marine militaire. Le second, ou, plus souvent, le matelot d'un vaisseau, le vaisseau qui est destiné à en soutenir un autre dans le combat. Second de l'avant, second de l'arrière se dit pour marquer le poste que le second doit prendre dans le combat.

    • M. du Quesne, qui avait MM. de Valbelle et de Tourville pour ses seconds, était au centre de notre corps de bataille Mém. de Villette, 1675, dans JAL
    • Le second se dit du second capitaine ou lieutenant.

    • Terme de marine marchande. L'officier qui commande après le capitaine. Le capitaine et le second.

  16. 16Terme de musique. Partie secondaire ou d'accompagnement dans un duo. Faire le second.

  17. 17Mon second, se dit, dans une charade, de la seconde partie du mot décomposé. On dit mieux le dernier : le premier, le dernier et l'entier, à moins que le mot ne soit partagé en plus de deux parties, ce qui est rare.

  18. 18En second, loc. adv. qui exprime subordination, infériorité. Il ne tient pas la première place, il n'est qu'en second.

    • L'âme perd sa faculté de juger, et même son empire ; elle ne veut plus qu'en second, et souvent elle veut l'impossible Buffon, Nature des anim.
    • Capitaine en second, le capitaine qui doit commander à défaut du capitaine en pied.

    • On dit dans le même sens : colonel en second, lieutenant en second.

    • Signer en second, se dit d'un notaire qui signe avec celui qui a reçu, qui a dressé l'acte.

Remarque

1. Second se met toujours avant son substantif, excepté quand on parle d'un tome, d'un livre, d'un chant, où l'on peut le mettre avant ou après : le tome second, ou le second tome, le second livre ou le livre second de Télémaque, le second chant ou le chant second de l'Iliade. 2. Deuxième était peu employé au XVIIe siècle ; cependant on le trouve dans Balzac : Aristippe. Discours deuxième, édit. 1658 ; dans Descartes. La deuxième objection n'est qu'une supposition.... Réponse aux instances de Gassendi, 4 ; dans la Fontaine : Le premier [ail] passe, aussi fait ce deuxième, Paysan ; et dans Bossuet : Deuxième point, 1er sermon sur la Providence. 3. Deuxième ne se dit guère (si ce n'est dans les nombres composés : vingt-deuxième, cent-deuxième, etc.) ; c'est second qu'on emploie le plus souvent. En faveur de deuxième, on a prétendu qu'il valait mieux que second, pourvu que le nombre des objets dépassât deux, second terminant une énumération après premier, et deuxième indiquant qu'il sera suivi de troisième, etc. Mais cette raison, tout arbitraire, laisse prévaloir l'usage.

Étymologie

Berry, seu ; provenç. segon ; espagn. et portug. segundo ; ital. secondo ; du lat. secundus, de sequi, suivre, (voy. ce mot).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander