sensible adj. (san-si-bl')
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1Qui est doué de sensibilité. Les êtres sensibles et les êtres inanimés.
Il vaut mieux enlever l'esprit hors de ses réflexions, et traiter l'homme comme sensible, au lieu de le traiter comme raisonnable
Montesquieu, Lett. pers. 33
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2Par extension, qui jouit d'une sensibilité exquise, plus grande qu'à l'ordinaire. Un cheval qui a la bouche sensible.
- En voilà pour tuer une oreille sensible Molière, Femm. sav. II, 6
Jamais oreille ne fut plus sensible à l'harmonie
Voltaire, Mél. litt. Mme du Châtelet.
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Sensible à l'éperon, se dit d'un cheval qui obéit à cette aide.
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Qui reçoit une impression trop vive des objets. L'œil est une partie fort sensible. Il est sensible aux moindres variations du temps.
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Sensible aux mouches, se dit d'un cheval qui craint beaucoup la piqûre de ces insectes.
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Terme de botanique. Se dit des plantes qui ferment leurs feuilles quand on y touche, ou qui ont des feuilles tellement délicates qu'on ne peut y toucher sans les froisser.
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3Fig. Qui reçoit une impression morale.
- Puisque Rome le veut, puisqu'il est impossibleDe la rendre une fois à la pitié sensible MAIRET, Mort d'Asdr. I, 4
- Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage ! Corneille, Hor. II, 5
- Aux larmes de sa mère il a paru sensible Racine, Théb. II, 3
- Peu sensible aux charmes d'Hermione Racine, Andr. I, 1
- À mes périls Atalide sensible Racine, Baj. II, 5
Quels hommes [les Spartiates], s'écria par admiration l'un des seigneurs persans, qui ne sont sensibles qu'à l'honneur et point à l'argent !
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. III, p. 231, dans POUGENSPeu de gens aussi sensibles au mérite sont à portée de le favoriser, ou peu de gens à portée de le favoriser y sont aussi sensibles
Fontenelle, Ozanam.
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On le dit avec à et un infinitif.
N'étant guère moins sensible à reconnaître les obligations que j'ai aux autres excellentes personnes...
Voiture, Lett. 50
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Sensible sur.
Vous n'êtes que trop vive et trop sensible sur ma vie et sur ma santé
Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 6 mai 1671Mes parents sont si peu sensibles à ce que je fais pour eux, et le sont tant sur ce que je ne puis faire, que leur commerce ne me donne que du chagrin
MAINTEN., Lett. à M. d'Aubigné, 1er nov. 1683
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On a dit, mais on ne le dit plus, sensible en.
- Trop sensible en ton mal, de regret je me pâme Régnier, Élég. II
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Particulièrement. Être sensible à quelque chose, en éprouver un vif déplaisir.
Docile à la censure quand elle était juste, Moncrif y était pourtant très sensible
D'Alembert, Éloges, Moncrif.
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Absolument.
Un plus sensible que moi se plaindrait du monde ; mais je me contente de l'oublier
Guez de Balzac, liv. V, lett. 25
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C'est son endroit sensible, sa partie sensible, se dit en parlant des choses dont quelqu'un est le plus touché.
- Ah ! tu sais me frapper par où je suis sensible Corneille, Cinna, I, 2
S'il restait encore dans le cœur de Mme la Dauphine quelque endroit sensible, c'était à l'amour de la gloire et plus encore au salut de son époux
Fléchier, Dauphine.C'est l'attaquer par son endroit sensible
Massillon, Pet. carême, Gloire hum.
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4Absolument. Qui est aisément ému, attendri.
Son sort que tu plains te doit faire penser Que ton cœur est sensible et qu'on peut le percer
Corneille, Pomp. IV, 1- Ma voix rendrait les bois et les rochers sensibles Rotrou, St Gen. II, 3
Une personne si sensible et si délicate, qui ne pouvait seulement entendre nommer les maux, a souffert douze ans entiers et presque sans intervalle les plus vives douleurs
Bossuet, Anne de Gonz.Je me croirais un monstre si je cessais de l'aimer passionnément [le duc de Choiseul] ; je suis aussi sensible à l'âge de près de quatre-vingts ans qu'à vingt-cinq
Voltaire, Lett. Mme de St-Julien, 22 janv. 1772Les âmes sensibles ont plus d'existence que les autres ; les biens et les maux se multiplient à leur égard
Duclos, Consid. mœurs, 4À la moindre circonstance inopinée, l'homme sensible la perd [la tête] ; il ne sera ni un grand roi, ni un grand ministre, ni un grand capitaine, ni un grand avocat, ni un grand médecin
Diderot, Parad. coméd. Mém. t. IV, p. 12, dans POUGENSJe me connais sensible, je ne me crois pas faible
Mme RICCOBONI, Œuv. t. IV, p. 50, dans POUGENSSois homme sensible, mais sois homme sage ; si tu n'es que l'un des deux, tu n'es rien
J.-J. Rousseau, Ém. IVSoyez fermes et non pas opiniâtres ; courageux, et non pas tumultueux ; libres, mais non pas indisciplinés ; sensibles, mais non pas enthousiastes
Mirabeau, Collection, I, p. 51Sensible assez pour être aimante et bienfaisante, mais pas assez pour être le jouet de ses passions
Marmontel, Mém. VIII
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Particulièrement. Qui reçoit l'impression de l'amour.
Hermione est sensible ; Oreste a des vertus
Racine, Andr. II, 1- Hippolyte est sensible et ne sent rien pour moi Racine, Phèdre, IV, 5
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5Au sens passif. Qui peut être senti, qui fait impression sur les sens. Les objets sensibles. Le monde sensible.
Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles : nous ne les sentons pas, nous les souffrons
Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET.
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Idées sensibles, idées immédiatement fournies par les sens.
Une idée abstraite veut être expliquée par une idée moins abstraite, et ainsi successivement, jusqu'à ce qu'on arrive à une idée particulière et sensible
Condillac, Traité des syst. 2
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6Qui cause une impression pénible. Le froid a été très sensible cette année.
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Par extension, douloureux. Le mal de dents est un mal très sensible.
Un coup de poignard ne me serait pas plus sensible
Mme de Sévigné, 224
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7Fig. Qui fait une vive impression agréable ou pénible, qui est vivement senti en bien ou en mal.
- Rome avec une joie et sensible et profonde Corneille, Cinna, V, 3
Les reproches me sont sensibles ; il faut qu'ils me le soient beaucoup, puisque j'y ferai céder, s'il le faut, mes plus sensibles intérêts
Mme de Sévigné, 325Vous me parlez de la mort de M. de la Rochefoucauld ; elle est encore toute sensible en ce pays-ci
Mme de Sévigné, 5 avr. 1680- Ce revers est sensible, il faut le confesser Thomas Corneille, Ariane, IV, 3
C'eût été un soutien sensible à une âme comme la sienne, d'accomplir de grands ouvrages pour le service de Dieu
Bossuet, Anne de Gonz.Encore s'il eût plu à Dieu de lui conserver ce goût sensible de la piété qu'il avait renouvelé dans son cœur au commencement de sa pénitence
Bossuet, ib.Je fais cette lecture avec une sensible consolation
Bossuet, Lett. 96Ceux qui s'abandonnent à toutes sortes de divertissements très sensibles et très agréables, ne sont pas capables de pénétrer des vérités qui renferment quelque difficulté considérable
Malebranche, Recherche, II, 2e part. ch. 8, 1Amitiés sensibles qui font une impression plus vive sur le cœur, qui le touchent, qui l'affectionnent
Bourdaloue, Pensées, t. II, p. 255Laissons aux infidèles ces longues et sensibles douleurs [pour la mort des personnes chères] que la religion ne modère pas
Fléchier, Lamoignon.Ce qui fut le plus sensible au général carthaginois [Annibal], fut de voir Capoue assiégée par les Romains
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 450, dans POUGENSNe me serait-il point sensible de vous voir faire une injuste préférence ?
BARON, l'Homme à bonnes fortunes, I, 3Ce n'est pas, grand Dieu ! que ces consolations soient toujours sensibles à une âme fidèle
Massillon, Paraphr. Ps. XV, 5
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8Qui se fait percevoir, remarquer aisément, clairement.
- Mon malheur m'est visible,Et mon amour en vain voudrait me l'obscurcir ;Mais le détail encor ne m'en est pas sensible Molière, Amph. II, 2
Pour me servir d'une comparaison qui sera plus sensible
Pascal, Prov. IIC'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison ; voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison
Pascal, Moyens, 1, édit. FAUGÈRE.Si nos cœurs s'endurcissent après un avertissement si sensible [la mort rapide de Madame], que reste-t-il autre chose à la Providence que de nous frapper nous-mêmes sans miséricorde ?
Bossuet, Duch. d'Orl.Le compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible
Bossuet, Hist. I, 8Dieu se rendit sensible par de continuels miracles
Bossuet, ib. II, 3Faits qu'il a rendus sensibles aux plus ignorants
Bossuet, ib. II, 13Le premier sujet de vos plaintes [de Fénelon] regarde l'altération de votre texte imputée à M. de Chartres : En voici, dites-vous, un exemple des plus sensibles....
Bossuet, Rép. d'un théologien, 1Le silence de la nuit, rendant les échos plus forts et plus sensibles, faisait paraître leurs cris comme des cris d'une troupe beaucoup plus grosse que la leur
Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 507, dans POUGENSLes belles fables de l'antiquité ont encore ce grand avantage sur l'histoire qu'elles présentent une morale sensible
Voltaire, Dict. phil. Fabl.Cet exemple suffit pour rendre ma pensée sensible
CONDILL., Conn. hum. II, I, 9
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9Appréciable.
Presque toute la nation irritée longtemps contre sa propre félicité qui ne lui était pas encore sensible
Voltaire, Russie, II, 10En général, l'influence de la nourriture est plus grande et produit des effets plus sensibles sur les animaux qui se nourrissent d'herbes ou de fruits
Buffon, Quadrup. t. VII, p. 207Il suffit de faire chauffer ou geler de l'eau, pour que l'air qu'elle contient reprenne son élasticité et s'élève en bulles sensibles à la surface
Buffon, Hist. min. 2e part. Œuv. t. VI, p. 137Il est certain que Saturne éprouve, dans son mouvement, des variations sensibles, et il est fort vraisemblable que Jupiter est la principale cause de ces variations
D'Alembert, Œuv. t. XIV, p. 130La courbure du globe terrestre est sensible à la surface des mers : le navigateur, en approchant des côtes, aperçoit d'abord leurs points les plus élevés
LA PLACE, Expos. I, 1
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10Terme de physique. Qui indique les plus légères différences. Un thermomètre, une balance sensible.
M. d'Arci imagina de suspendre un petit canon à un pendule, et de juger de la force de la poudre par l'arc que le recul ferait décrire à ce canon.... pour juger de la supériorité d'une poudre sur une autre, on trouverait difficilement un instrument plus sensible ou plus sûr
Condorcet, d'Arci.
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11Terme de musique. Note sensible, ou, substantivement, la sensible, la note qui est à un demi-ton au-dessous de la tonique.
Beaucoup de chants populaires, pleins d'expression et de naïveté, sont dépourvus de note sensible
H. BERLIOZ, à travers chants, p. 13Il y a deux sensibles : la sensible dure, qui produit un effet si majestueux dans le plain-chant, et qui est un peu délaissée par nos compositeurs modernes, et la sensible proprement dite ; c'est dans les modes 1, 2, 3, 4, 7 et 8 de la tonalité du plain-chant qu'existait la sensible dure ; M. Hector Berlioz, dans son beau mystère l'Enfance du Christ, a employé à plusieurs reprises ce degré, et toujours avec beaucoup de bonheur
A. LOQUIN, Notions élém. d'harmonie moderne, p. 3
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Accord sensible ou dominant : les harmonistes de l'école de Rameau appelaient ainsi l'accord de septième de dominante.
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12S. m. Tout ce qui est sensible, susceptible d'être ému.
Vous pouvez dire, à coup sûr, de tout ce qui excite le sensible dans les comédies les plus honnêtes, qu'il attaque secrètement la pudeur
Bossuet, Comédie, 5Saint François de Sales, qui enseigne que les actes de piété, chassés et comme repoussés de tout le sensible, se retirent dans la haute pointe de l'esprit
Bossuet, Ét. d'orais. X, 17
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Objets des sens.
Il y a sensibles communs et sensibles propres : les sensibles propres sont ceux qui sont particuliers à chaque sens ; et les sensibles communs sont ceux qui sont communs à plusieurs sens
Bossuet, Connaiss. I, 3
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12S. m. Ajoutez :
Ses enfants [de la mère du prince de Condé], qui étaient le sensible de son cœur
Mme DE MOTTEVILLE, Mém. p. 361
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13Proverbialement et populairement. C'est comme si vous chantiez femme sensible, se dit d'une demande qui ne doit pas avoir de résultat.
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Cette locution vient d'une romance célèbre de l'opéra d'Ariodant (1799), musique de Méhul, paroles d'Hoffmann : Femme sensible, entends-tu le ramage De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux ? Pour indiquer une demande vaine, on a dit d'abord : C'est comme si tu chantais femme sensible sur l'air de Malbroug, c'est-à-dire si tu détruisais par l'air ridicule l'effet des paroles sentimentales. Puis la locution s'est abrégée, comme il arrive souvent.
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Étymologie
Esp. sensible ; portug. sensivel ; ital. sensibile ; du lat. sensibilis, de sensus, sens. Dans l'anglais, sensible veut dire intelligent ; c'est un sens qu'il tient de l'ancien français.