Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

serein dans le Littré

2 articles· 24 citations· rimes· synonymes

1serein, eine adj. (se-rin, rè-n')

  1. 1Qui est sans nuage, sans brouillard et sans vent, en parlant de la constitution de l'air. Le ciel était serein. Temps, air serein.

  2. 2Fig. Qui annonce une grande tranquillité d'esprit.

  3. 3Fig. Exempt de trouble, d'agitation.

    • Il se dit, en un sens analogue, des personnes.

      • La paix l'offre à mes yeux plus calme et plus serein Boileau, Épît. I
      • C'était [le comte d'Oxford] une âme sereine, inaccessible à l'envie, à l'amour des richesses et à la crainte du supplice Voltaire, Louis XIV, 24
      • M. Gordon était un vieillard frais et serein, qui savait deux grandes choses, supporter l'adversité, et consoler les malheureux Voltaire, Ingénu, 10
      • Fontenelle, qui allait quelquefois le voir [le cardinal de Fleury] ou plutôt l'observer, et qu'il recevait avec plaisir, parce que le philosophe n'avait jamais de demande à lui faire, était surpris de trouver toujours ce ministre tranquille et serein, au milieu du tumulte des affaires et des intrigues de la cour D'Alembert, Œuv. t. X, p. 97
  4. 4Terme de médecine. Goutte sereine, privation de la vue causée par la paralysie de la rétine ; ainsi dite parce qu'une opinion populaire attribuait la paralysie à une goutte d'humeur qui tombait sur l'œil, mais sereine, limpide, parce qu'en cette affection la transparence de l'œil n'est pas troublée.

    • On me mande que Mme de Pompadour est attaquée d'une goutte sereine qui lui a déjà fait perdre un œil, et qui menace l'autre ; l'Amour était aveugle, mais il ne faut pas que Vénus le soit Voltaire, Lett. d'Argence, 26 févr. 1762

Étymologie

Provenç. seren, sere ; cat. seré ; espagn. et ital. sereno ; du lat. serenus, comparé par Curtius à σείρινος, d'été, Σείριος, Sirius ; sanscr. swar, ciel, sūrya, soleil.

2serein s. m. (se-rin)

  1. Humidité fine, pénétrante, généralement peu abondante, qui tombe après le coucher du soleil, ordinairement pendant la saison chaude et sans qu'il y ait de nuages au ciel.

    • Et celui-ci pour vous garder du serein Molière, Mal. imag. I, 7
    • Je fus avant-hier toute seule à Livry me promener délicieusement avec la lune ; il n'y avait aucun serein Mme de Sévigné, 213
    • Je reviens quand il fait du serein, de peur de vous déplaire Mme de Sévigné, 432
    • Une sotte timidité me fait rompre avec l'aimable serein, le plus ancien de mes amis, que j'accuse peut-être injustement de tous les maux que j'ai eus Mme de Sévigné, 9 oct. 1676
    • Il vaut mieux rapporter ici vos belles dents que de les perdre en Provence par le serein Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 15 avr. 1671
    • Hélas ! du serein, bon Dieu ! où le pourrions-nous prendre ? il faudrait qu'il y eût de l'air Mme de Sévigné, 27 sept. 1687
    • Mlle du Rocher, qui était là, observa que le serein tombait et pourrait incommoder Léocadie Mme de Genlis, Mères riv. t. II, p. 123, dans POUGENS
    • Je prendrais l'air un moment sous ces arbres. -C'est le serein que tu prendras Beaumarchais, Mar. de Fig. V, 5

Étymologie

Berry, serein, promenades et repas nocturnes que l'on fait faire aux brebis à partir de la mi-juillet jusqu'à la fin d'août : mener les oueilles au serein ; provenç. seren ; catal. seré ; espagn. portug. et ital. sereno. Ménage le dérive de serenus, parce que le serein tombe particulièrement les jours sereins. Mais déjà La Monnoye a contesté cette étymologie, et remarqué qu'il s'agissait non du temps serein, mais du temps du soir. Cette conjecture prend une grande force par l'historique, où, dans les textes anciens, serain n'a que le sens de soir. Il faut donc admettre une dérivation de serum, le soir, ou plutôt une confusion de la très ancienne langue qui rattacha serenus, serein, à serum, soir.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander