Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

serre dans le Littré

3 articles· 55 citations· rimes· synonymes

1serre s. f. (sê-r')

  1. 1Action de serrer ; résultat de cette action. Donner une serre.

    • Populairement. Il a la serre bonne, se dit d'un homme qui a le poignet vigoureux.

    • Fig. Cela se dit d'un homme avare ou rapace.

    • Il a la serre bonne, se dit aussi d'un homme qui dans un écrit pince fortement un adversaire.

      • Il [Linguet] a de l'esprit pourtant, et a quelquefois la serre assez forte Voltaire, Lett. d'Alembert, 23 déc. 1768
  2. 2Action de serrer, de presser les fruits dans un pressoir. La première serre. La seconde serre.

  3. 3Presse pour serrer l'une contre l'autre les deux parties d'un moule de fondeur.

  4. 4Petit cadre qui s'enchâsse dans les moules où l'on jette en lames les matières d'or et d'argent.

    • Coin pour affermir un châssis.

  5. 5Terme de marine. Synonyme de vaigre, planche qui sert au revêtement intérieur des membres du navire.

    • Serre-bauquière, serre placée immédiatement au-dessous de la bauquière.

    • Serre-gouttière, serre placée au-dessus de la fourrure de gouttière, pour seconder l'effort de cette ceinture.

    • Serres de mât, pièces de bois qu'on met au pied des mâts pour les affermir.

  6. 6Pied des oiseaux de proie ; dit main en termes de fauconnerie. Le milan a les serres bonnes. L'aigle a les serres très fortes.

    • Fig.

    • Fig. La serre, la rapacité.

      • Chaque jour le fer du soldat et la serre des agents français flétrissent les beautés naturelles de Rome, Paul-Louis Courier, Lett. I, 34
    • Terme de fauconnerie. Chausser la grande serre de l'oiseau, entraver l'ongle du gros doigt du faucon avec un petit morceau de peau.

    • La Fontaine a dit serre en parlant de l'ours.

  7. 7Galerie close de vitrages dans une exposition chaude, où l'on serre pendant l'hiver les plantes qui craignent la gelée. On admet trois espèces de serres : les serres chaudes, où le degré de chaleur doit être maintenu depuis quinze degrés jusqu'à trente ; la serre tempérée, où le thermomètre ne doit pas descendre en hiver au-dessous de six degrés, ni monter au delà de quinze ; et la serre froide, où le thermomètre ne doit pas descendre au delà du terme de la congélation, ni monter au-dessus de huit ou dix degrés.

    • Fig. Cela est venu en serre chaude, c'est un fruit de serre chaude, se dit de talents précoces dont on a hâté la maturité par un travail forcé.

    • Fig. Être tenu en serre chaude, n'avoir aucune liberté d'action.

      • Nous ne songeons pas que cette énorme population [de Paris] a été longtemps entretenue, comme en serre chaude, par l'ancien ordre de choses Mirabeau, Collection, t. III, p. 232
    • Serre chinoise, serre enfoncée dans la terre.

  8. 8Serre à légumes, espèce de cellier.

  9. 9Terme de pêche. Chambre de la bourdigue, qui sert de décharge à la dernière tour, quand il y a beaucoup de poissons.

  10. 10

    • Dans le Puy-de-Dôme, réservoir où l'on recueille l'eau des sources, les Primes d'honneur, p. 442, Paris, 1874
  11. 11Le local où, dans le Trésor ou à la Banque, on garde les valeurs (voy. RESSERRE au Supplément).

Étymologie

Bourguig. et Berry, sarre ; provenç. et ital. serra ; du lat. sĕra, barre pour fermer une porte, serrure.

2serré, ée part. passé (sè-ré, rée)

  1. 1Étreint, pressé. Nœud bien serré. Un homme serré dans ses souliers.

    • Télémaque et Mentor, les larmes aux yeux, prennent congé du roi, qui les tient longtemps serrés entre ses bras et qui les suit des yeux aussi loin qu'il le peut Fénelon, Tél. XXIII
    • Il [l'orang-outang] a les vertèbres du cou plus courtes [que l'homme], les os du bassin plus serrés, les hanches plus plates.... Buffon, Quadrup. t. VII, p. 85
    • Mes deux bras lui servirent de ceinture, très serrée à la vérité, mais sans se déplacer un moment J.-J. Rousseau, Conf. IV
    • Fig.

      • L'âme, qui ne sent point qu'il puisse sortir d'elle autre chose que du mal, liée d'ailleurs et serrée par une main souveraine.... Bossuet, Ét. d'orais. X, 17
    • De la toile bien serrée, du drap bien serré, de la toile, du drap qui a été bien frappé, bien battu avec le peigne.

  2. 2Rapproché.

    • Il va les épaules serrées, le chapeau abaissé sur les yeux pour n'être point vu La Bruyère, VI
    • Terme d'histoire naturelle. Se dit de parties qui sont dressées et rapprochées les unes des autres ou d'un axe commun.

    • Terme de vénerie. Tête serrée, celle dont les perches sont rapprochées, en parlant du cerf.

  3. 3Étroit.

    • La retraite leur était difficile et par un lieu fort serré PELLISSON, Lett. hist. t. III, p. 227
    • Voyez comme la vertu est contrainte de marcher dans des voies serrées ; on la méprise, on l'accable Bossuet, Sermons, Devoirs des rois, 2
  4. 4Dont les communications sont coupées.

    • Quand les Gaulois, après avoir brûlé leur ville [des Romains], inondaient tout leur pays, et les tenaient serrés dans la capitale Bossuet, Hist. III, 6
  5. 5Qui est mis près à près.

    • Ils marcheront serrés dans leurs rangs, sans que jamais ils quittent leur route Saci, Bible, Joel, II, 7
    • Restait cette redoutable infanterie espagnole, dont les gros bataillons serrés.... demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Les Parthes, se séparant, se mirent de tous les côtés à tirer de loin, sans qu'il leur fût possible, quand ils l'auraient voulu, de manquer leurs coups ; tant le bataillon des Romains était serré Rollin, Hist. anc. Œuv. t. IX, p. 501, dans POUGENS
    • Ô mes philosophes, il faudrait marcher serrés comme la phalange macédonienne ; elle ne fut vaincue que parce qu'elle combattit dispersée Voltaire, Lett. d'Alemb. 23 juill. 1769
    • Ils volent serrés [les pinsons d'Ardenne], se posent et partent de même Buffon, Ois. t. VII, p. 183
    • Terme d'architecture. Ordonnance serrée, se dit en parlant de colonnes plus serrées que de coutume.

  6. 6Au trictrac, jeu serré, jeu qui n'est pas étendu, et où l'on ne se découvre point.

  7. 7Terme de médecine. Pouls serré, pouls dont les battements sont séparés par de courts intervalles, et se présentent durs et tendus.

    • Le malade se plaignait de froid ; le pouls redevint serré, précipité, et la respiration laborieuse DES ESSARTZ, Instit. Mém. scienc. t. I, p. 443
    • Avoir le ventre serré, ne pas aller facilement à la garde-robe.

  8. 8Poursuivi de manière à être près d'être saisi.

    • Il se vit si serré, qu'il fut contraint de combattre sur le sommet de la montagne Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VII, p. 459
  9. 9Fig. Qui est concis, précis, qui n'a rien de trop, en parlant du style.

    • Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants,Affecta d'enfermer moins de mots que de sens Boileau, Art p. II
    • Lecteurs sages, remarquez que Pascal, ce coryphée des jansénistes, n'a dit dans tout ce livre sur la religion chrétienne que ce qu'ont dit les jésuites ; il l'a dit seulement avec une éloquence plus serrée et plus mâle Voltaire, Pensées de Pascal, avertiss.
    • Il [milord Tirconel, ambassadeur] a le discours serré et caustique, je ne sais quoi de franc que les Anglais ont, et que les gens de son métier n'ont guère Voltaire, Lett. Mme Denis, 12 janv. 1751
    • En quoi consiste le style serré ? à mettre chaque idée à sa véritable place D'Alembert, Œuv. t. III, p. 268
    • Cette langue forte et serrée qui semble indiquer bien plus de sentiments encore qu'elle n'en exprime Mme de Staël, Corinne, XVI, 4
    • Il se dit aussi de l'écrivain lui-même.

      • L'auteur est serré dans ses preuves Bossuet, Expos. doctr. avert. Lettres.
      • Quelque soin qu'on apporte à être serré et concis, et quelque réputation qu'on ait d'être tel, ils vous trouvent diffus La Bruyère, I
      • Chilon était fort court et fort serré dans tous ses discours Fénelon, Chilon.
  10. 10Fig. Un cœur serré, un cœur qui ne se dilate pas.

    • Sentiez-vous cette douce paix sans laquelle le cœur demeure toujours serré et flétri au milieu des délices ? Fénelon, Tél. XVIII
    • Avoir le cœur serré de douleur, de tristesse, et, absolument, avoir le cœur serré, être très affligé.

      • J'ai le cœur si serré que je ne puis parler Tristan L'Hermite, Mariane, II, 1
      • J'ai le cœur serré de ma petite fille [Marie-Blanche] ; elle sera au désespoir de vous avoir quittée [pou être mise au couvent] Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 6 mai 1676
      • Nulle parole ne sortait de sa bouche [de Phérécyde] ; car son cœur était trop serré [à cause de la mort d'Hippias qu'il avait élevé] Fénelon, Tél. XVII
      • Il s'était retiré dans sa maison, le cœur serré de tristesse Montesquieu, Lett. pers. 14
    • Avoir le gosier serré, ne pouvoir parler, à cause de l'émotion qu'on éprouve.

      • Mme de Chaulnes avait les grosses larmes aux yeux, en me disant adieu avec un gosier serré Mme de Sévigné, 25 mai 1689
  11. 11Fig. et familièrement.

    • Un homme serré, un homme avare, qui a de la peine à donner, à dépenser Les discours de son confesseur forcèrent Monsieur de vivre d'une manière qui pouvait passer pour serrée à son égard [quant à lui] Saint-Simon, 93, 219
    • On appelle ordinairement ces avares qui ne donnent pas, des gens serrés, des vilains, des ladres CHAMPAGNE, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. III, p. 100
  12. 12Fig. Fortune serrée, situation où l'on est à l'étroit quant à l'argent.

    • Une mère et un fils dans la fortune la plus serrée Voltaire, Pol. et lég. Déclaration de M. de Voltaire.
  13. 13Mis dans quelque lieu pour être gardé.

    • Ses habits sont confiés à Bertrande, ses joyaux serrés par la bonne femme RICCOBONI, Œuv. t. V, p. 301, dans POUGENS
  14. 14Adv. D'une manière serrée, près à près.

    • M. d'Humières, quoiqu'il ait marché aussi serré qu'il a pu, a perdu deux cent quarante cavaliers, qui sont prisonniers à Mons, pour s'être écartés, tantôt les uns, tantôt les autres PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 83
  15. 15Fig. Sans se compromettre, sans se découvrir.

    • On s'était écouté l'un l'autre paisiblement ; on parlait de part et d'autre assez serré Bossuet, Confér. avec Claude, 2
  16. 16Bien fort. Il gèle serré.

    • Quand un coup il a desserré,Il en reçoit un bien serré Scarron, Virg. VI
    • Je dormais bien serré Dancourt, Sancho Pança, I, 12
    • Adieu, le vieux malade de Ferney vous embrasse bien serré Voltaire, Lett. la Harpe, 22 janv. 1773
    • Je ne peux vous écrire de ma main ; j'ai la fièvre bien serré à Châlons Voltaire, Lett. d'Argental, 12 sept. 1748
    • Il [le rat de Madagascar] mord assez serré, et ne s'apprivoise pas Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 216
    • Lorsqu'on voulait prendre ces oiseaux [des goëlands], ils cherchaient à mordre et pinçaient très serré Buffon, Ois. t. XVI, p. 184
    • Mentir serré, bien serré, mentir effrontément.

    • Jouer serré, ne point se hasarder, ne jouer qu'à beau jeu.

      • Iras-tu à notre société demain ? je n'irai plus, moi ; on y joue trop petit jeu, et puis ils y ont admis des artistes ; cela joue serré PICARD, Manie de briller, I, 13
    • Fig. Jouer serré, agir avec prudence, avec réserve, de manière à ne pas se compromettre.

  17. 2Ajoutez :

    • Les dents serrées, se dit quand on rapproche les mâchoires de manière que les dents d'en bas appuient fortement contre les dents d'en haut ; ce qui indique d'ordinaire un état spasmodique, une colère concentrée.

      • Il avait le poing fermé, le visage en contraction, les dents serrées LETOURNEUR, Trad. de Clarisse Harlowe, lettre LXXVIII.

3serré, ée adj. (sè-rrée, rrée)

  1. Terme de botanique. Se dit quelquefois des feuilles qui ont leur bord garni de dentelures à sinus anguleux, à la différence de dentelé, qui a les dentelures à sinus arrondis.

Étymologie

Lat. serratus, en forme de scie, de serra, scie.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander