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un seul est le mot juste.

serrer dans le Littré

1 article· 46 citations· rimes· synonymes· conjugaison

serrer v. a. (sê-ré)

  1. 1Étreindre, presser. Serrer un nœud.

    • Ouf ! vous me serrez trop Molière, Tart. III, 3
    • Ce qu'on sent, ce qu'on touche, c'est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent ; plus on serre les choses glissantes, plus elles échappent Bossuet, Méd. sur l'Év. la Cène, 90e jour.
    • Matta lui serra la main [à sa maîtresse] Hamilton, Gramm. 4
    • Cresphonte en expirant me serra dans ses bras Voltaire, Mérope, I, 1
    • On ne serre point ses membres délicats [de l'enfant] avec des liens qui en suspendraient les mouvements Barthélemy, Anach. ch. 47
    • Paul, les yeux enflammés de colère, criait, serrait les poings, frappait du pied, ne sachant à qui s'en prendre Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.
    • Absolument.

      • Et votre don de l'assemblée ? madame, il est accordé à huit cent mille francs ; voilà qui est fort bien ; notre pressoir est bon, il n'y a qu'à serrer Mme de Sévigné, 331
      • Ces animaux mordent quand on s'y expose, sans cependant serrer beaucoup Buffon, Quadrup. t. IX, p. 23
      • Serrer le cou, étrangler.

      • Autrefois, serrer les pouces à un accusé, le soumettre à une torture où les pouces étaient violemment serrés pour le forcer à faire des aveux.

      • Fig. Serrer les pouces à quelqu'un, exercer sur lui une contrainte morale, lui faire avouer ce qu'il veut taire.

      • Fig. et familièrement. Serrer le bouton à quelqu'un, le presser vivement sur quelque chose.

      • Fig. Serrer la bourse, rendre économe, empêcher de dépenser de l'argent.

        • M. de Montmartel me mande que c'est une opération de finance fort difficile [le commentaire sur Corneille, pour Mlle Corneille].... voilà ce que c'est que d'être battu dans les quatre parties du monde ; cela serre les cœurs et les bourses Voltaire, Lett. d'Argental, 28 août 1761
      • Fig. Serrer les nœuds de l'amitié, rendre l'amitié plus intime entre deux personnes.

        • Dès nos plus jeunes ans.... L'amour serra les nœuds par le sang commencés Racine, Bajaz. I, 4
        • M. de Beauvilliers tenait au Dauphin [duc de Bourgogne] par tous les liens les plus forts qui peuvent former et serrer les unions les plus étroites Saint-Simon, 326, 17
      • Dans le langage poétique, serrer les nœuds de l'hymen, épouser.

      • Fig. Serrer le cœur, causer une vive douleur.

        • Il me serre toujours le cœur, quand il me demande si je ne sais point de nouvelles Mme de Sévigné, 401
        • Je sens une main qui me serre le cœur Mme de Sévigné, 25 mai 1680
        • Le monde est rempli de misères qui serrent le cœur VAUVENARGUES, la Simplicité.
      • Que la fièvre le serre, se dit par imprécation d'un homme de qui on a à se plaindre.

        • Que la fièvre te serre, chien de vilain, à tous les diables ! Molière, l'Avare, II, 6
        • Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur Molière, Bourg. gent. II, 7
  2. 2Joindre près à près, mettre près à près. Vous nous avez trop serrés.

    • Serrer les dents, presser les deux mâchoires l'une contre l'autre.

    • Familièrement, en parlant des animaux, serrer la queue, mettre la queue entre les jambes, ce qui est un signe de peur, de désappointement.

      • Il lui fallut à jeun retourner au logis.... Serrant la queue et portant bas l'oreille La Fontaine, Fabl. I, 18
    • Serrer son écriture, rapprocher les lettres ou les lignes les unes des autres. Votre écriture est trop lâche, serrez-la davantage.

  3. 3Terme d'art militaire. Serrer les rangs, les rapprocher. Serrez vos rangs : marche.

    • Fig.

      • Mon Dieu ! que vous me dites bien sur la mort de M. de la Rochefoucauld et de tous les autres : on serre les files, il n'y paraît plus Mme de Sévigné, à Mme de Grignan, 5 juin 1680
      • On avait serré les rangs, et la génération des enfants croissait pour remplacer celle des pères Mme de Staël, Corinne, I, 7
    • Absolument. Serrez, serrez les rangs.

      • Celui qui a dit qu'à la cour comme à l'armée, quand on voit tomber à droite et à gauche, on crie : serre, et on avance, n'a eu que trop raison Voltaire, Lett. Mme Denis, 3 mars 1752
      • Serrez, se dit aussi à des troupes qui marchent et qu'on veut faire avancer plus diligemment

      • Serrer sur, marcher à la suite d'une troupe en s'en tenant fort près.

        • Ce n'est que vers trois heures qu'il [le 4e corps] a commencé à marcher ; il a constamment serré sur le 3e corps LE GÉNÉRAL GÉRARD, Quelques documents.
      • Serrer sur, se dit aussi avec le même sens en terme de marine. Chaque vaisseau doit serrer sur son matelot d'avant, pour empêcher l'ennemi de couper la ligne.

  4. 4Terme du jeu de trictrac. Serrer son jeu, ne pas l'étendre, couvrir autant qu'on le peut toutes ses dames.

    • Serrer trop son jeu, s'ôter à soi-même ses meilleures chances, pour ne laisser aucune dame à battre.

  5. 5Terme d'escrime. Serrer la mesure, serrer la botte, presser vivement son adversaire.

    • Fig. Serrer la mesure, serrer la botte, presser son adversaire dans la dispute.

  6. 6Terme d'équitation. Serrer l'éperon à un cheval, lui donner de l'éperon.

    • Serrer la volte, s'approcher du centre de la volte.

    • Serrer la demi-volte, faire revenir le cheval avec justesse sur le terrain où il commence la demi-volte.

    • Serrer la botte, serrer les jambes pour presser un cheval d'avancer.

  7. 7Rendre étroit.

    • Les deux mers, venant à serrer la terre des deux côtés, font une langue Vaugelas, Q. C. III, 1
  8. 8Serrer une place, la gêner, en couper les communications.

    • La dernière sortie n'a pas été faite du côté où est la redoute, mais d'un autre côté qui serrait la ville de plus près PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 162
    • Tes ennemis [de toi, Jérusalem] t'environneront de tranchées, et t'enfermeront, et te serreront de toutes parts Bossuet, Hist. II, 8
    • Mahomet II commença par serrer la ville [Constantinople] du côté de l'Europe et du côté de l'Asie Voltaire, Mœurs, 91
    • Il [Dion] serrait la citadelle de si près, que la garnison, faute de vivres, n'observait plus aucune discipline Barthélemy, Anach. ch. LX
    • Chargé de m'emparer d'une hauteur voisine,Qui voit le camp romain, le serre et le domine SAURIN, Spartac. IV, 1
    • Serrer de près une ville, en presser le siége.

  9. 9Pousser, presser.

    • Notre armée est retournée au camp de Bischen, qui était celui où M. de Turenne était si bien fortifié, et dont il était sorti pour serrer les ennemis contre la montagne et les combattre PELLISSON, Lett. hist. t. II, p. 389
    • Le marquis de la Fare, capitaine des gardes du régent, se présente entre la porte et le maréchal [Villeroy], l'arrête, lui demande son épée ; Leblanc lui remit l'ordre du roi ; et, dans le même instant, le comte d'Artagnan, commandant des mousquetaires gris, le serre du côté opposé à la Fare Duclos, Œuvr. t. VI, p. 147
    • Son second cri [du goëland] qu'il ne jetait que quand on le poursuivait ou qu'on le serrait de près, ce qui par conséquent était une expression de crainte ou de colère Buffon, Ois. t. XVI, p. 191
  10. 10Fig. Être pressant dans une discussion.

    • Voici un témoignage pour les protestants qui les serrera de plus près ; ce sera celui de Bucer Bossuet, Var. V, 14
    • Le maraud m'embarrassait ! en disputant il prend son avantage, il vous serre, vous enveloppe Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 8
  11. 11Passer très près de.... Serrer la muraille.

    • Terme de marine. Serrer la terre, s'approcher de la terre.

      • Nous avons serré la terre de Feu d'assez près pour apercevoir, avec nos lunettes, des sauvages qui attisaient de grands feux, seule manière qu'ils avaient d'exprimer leurs désirs de voir relâcher les vaisseaux LA PÉROUSE, Voy. t. II, p. 50, dans POUGENS
    • Serrer le vent, s'approcher beaucoup de la direction du vent.

      • Je crus devoir attendre une circonstance plus favorable, et serrer le vent qui battait en côte LA PÉROUSE, ib. t. II, p. 137
    • Serrer de la voile, gouverner aussi près du vent que possible.

    • Serrer un bâtiment, s'en approcher.

    • Serrer la ligne, tenir très près les uns des autres les vaisseaux qui forment une ligne de combat.

  12. 12Fig. Serrer son style, en retrancher tout ce qui est inutile, écrire avec concision.

    • Serrer un sujet, le traiter sans digression.

    • Serrez, serrez, réduisez votre évaluation qui est trop forte, rabattez-en.

      • On parla beaucoup de Thèbes aux cent portes et du million de soldats qui sortait par ces portes.... Serrez, serrez, disait M. André ; je soupçonne, depuis que je me suis mis à lire, que le même génie qui a écrit Gargantua écrivait autrefois toutes les histoires Voltaire, l'Homme aux 40 écus, d'un bon souper
  13. 13Mettre une chose en un lieu où elle ne court aucun risque. Serrer des hardes. Serrer sa bourse, son argent.

    • Serrer quelque chose sous la clef Laurent, serrez ma haire avec ma discipline Molière, Tart. III, 2
    • Serrer les foins, les blés, les mettre à couvert dans le grenier, dans la grange.

  14. 14Terme de marine. Serrer une voile, la plier et l'attacher avec des cordelettes.

  15. 15Se serrer, v. réfl. Exercer sur soi-même une étreinte, une constriction. Se serrer avec une ceinture.

    • Absolument. Se serrer, porter un corset trop étroit, des vêtements trop étroits. Cette jeune fille s'abîme la santé à force de se serrer.

  16. 16Se joindre près à près, se mettre près à près. Se serrer les uns contre les autres.

    • Serrez-vous contre moi MAIRET, Soliman, V, 5
    • Labérius [après avoir joué dans les mimes par l'ordre de César] alla pour prendre sa place parmi les chevaliers, qui se serrèrent de telle sorte qu'il n'en trouva point Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. I, 2, § 2
    • Et d'un cri de menace,Défiant les Romains, qui se serrent, font face SAURIN, Spartacus, I, 4
    • Les rangs éclaircis par la mort, par la fuite, se sont serrés et restent fermes CHARRAS, Waterloo, 12
    • Se serrer contre le mur, se mettre tout contre.

  17. 17Se serrer, se dit de l'action du cheval qui s'étrécit, ne s'étend pas assez d'une main à l'autre, et ne prend pas assez de terrain.

  18. 18Devenir serré, clos. Cette bourse se serre avec des cordons.

    • Fig. Le cœur se serre, on est saisi d'affliction.

Étymologie

Wallon, seré ; bourg. sarrai ; Berry, sarrer ; picard, sérer, fermer, tout sérant, tout près ; provenç. sarrar, serrar ; espagn. et portug. cerrar ; ital. serrare ; du lat. serare, de sera, barre. La double rr dans serre, serrer, serrare, etc. est fautive ; il n'en faut qu'une ; cette erreur vient de ce que les peuples romans ont confondu sera, serrure, avec serra, scie. En Normandie, serrer signifie cueillir, récolter : serrer des pois. Malherbe remarque qu'en Provence serrer a la signification de fermer : Serrer n'a pas la signification de fermer en France, mais en Provence et autres tels lieux où l'on dit : serrer les yeux, serrer la porte, serrer la fenêtre, pour clore, Comm. sur Desportes, t. IV, p. 382.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander