Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

sien dans le Littré

1 article· 37 citations· rimes· synonymes

sien, sienne adj. poss. relatif à la troisième personne du singulier (siin, si-è-n' ; au masculin, l'n se lie quand sien précède son substantif : un siin-n ami ; l'n ne se lie pas dans les autres cas : le siin est meilleur ; au XVIe s. d'après Palsgrave, p. 3, sienne se prononçait sianne)

  1. 1Avec l'article, le, la, les.

    • Avez-vous un secret important ? versez-le hardiment dans ce noble cœur : votre affaire devient la sienne par la confiance Bossuet, Louis de Bourbon.
    • Nos écrits sont mauvais ; les siens valent-ils mieux ? Boileau, Épît. II
    • Il [Montfort] travaillait depuis un temps à l'histoire de la géométrie ; chaque science, chaque art devrait avoir la sienne Fontenelle, Montfort.
    • Héliogabale alla jusqu'à vouloir détruire tous les objets de la vénération de Rome, et ôter tous les dieux de leurs temples pour y placer le sien Montesquieu, Rom. XVI
    • L'évêque de Luçon, fils du célèbre Bussy, m'a dit qu'ayant demandé à M. de Meaux quel ouvrage il eût mieux aimé avoir fait s'il n'avait pas fait les siens, Bossuet lui répondit : les Lettres provinciales Voltaire, Louis XIV, 32
    • Je voudrais en fait de belles lettres qu'on fût de tous les pays, mais surtout du sien Voltaire, Mél. litt. Cons. à un journaliste.
    • Plus heureuse que son ancienne amie, elle [Ninon] ne se plaignit jamais de son état, et Mme de Maintenon se plaignit quelquefois du sien Voltaire, Mél. litt. sur Mlle de l'Enclos.
  2. 2Il s'emploie sans article, et signifie à soi.

  3. 3Familièrement, avec l'article un, une.

  4. 4S. m. Le sien, son bien.

    • Ne point mentir, être content du sien, C'est le plus sûr.... La Fontaine, Fabl. V, I
    • Il [d'Aubigné] appelle Henri IV le conquérant du sien ; éloge qui renferme, ce me semble, en deux mots toute la justice de sa cause, et toute la gloire des autres conquérants Mme DE CAYLUS, Souvenirs, p. 8, dans POUGENS
    • Qui donne de l'encens ne donne rien du sien LA CHAUSSÉE, Gouvernante, I, 3
    • Si vous avez le plaisir de quereller, il faut bien que de mon côté j'aie le plaisir de pleurer ; chacun le sien, ce n'est pas trop Molière, Mal. imag. I, 2
    • Bornez-vous à votre lot ; Chacun le sien n'est pas trop PANNARD, Œuvr. t. III, p. 347
    • Fig. Mettre du sien dans une affaire, y contribuer de son argent, de sa peine, de son imagination.

      • Ce cavalier en était toujours [des collations, divertissements, etc.] ; et c'était un grand hasard quand il n'y mettait pas quelque chose du sien, pour surprendre agréablement par quelque trait de magnificence et de galanterie Hamilton, Gramm. 7
      • Il [Méry] n'a rien mis du sien dans sa réputation que son mérite Fontenelle, Méry.
      • Il est entouré de mille volumes, et il en compose un où il ne met rien du sien Lesage, Diable boit. 6
      • La comtesse : Mais surtout que personne.... - Suzanne : Ah ! Figaro ! - La comtesse : Non, non, il voudrait mettre ici du sien Beaumarchais, Mar. de Figaro, II, 24
    • Familièrement, mettre du sien, ajouter à un récit des détails imaginaires. Il a mis du sien dans cette histoire.

      • Le prince n'a point assez de toute sa fortune pour payer une basse complaisance, si l'on en juge par tout ce que celui qu'il veut récompenser y a mis du sien La Bruyère, IX.
    • Ajouter du sien à un texte, y ajouter des choses qui n'appartiennent pas à ce texte.

      • Quoi qu'il en soit, je le prends au mot [Burnet rétractant un passage de son livre], et je le loue de désavouer de bonne foi ce qu'il dit que son traducteur avait ajouté du sien Bossuet, Déf. Var. 1er disc. 22
  5. 5Au pluriel, tous ceux qui sont en relation avec celui dont on parle, à quelque titre que ce soit (parents, descendants, héritiers, soldats, domestiques, partisans).

  6. 6Dans le langage de l'Écriture, les siens, en parlant de Dieu, ceux qui se consacrent, se dévouent à lui. Dieu connaît les siens.

    • Il ne faut point espérer d'être du nombre des siens, si l'on n'est résolu d'en faire hautement profession Bourdaloue, Resp. humain, 2e avent, p. 374
  7. 7Familièrement, au féminin pluriel. Faire des siennes, faire des fredaines, des folies, des tours, soit de jeune homme, soit de fripon.

    • Fig.

      • J'ose dire qu'encore qu'au siècle où nous sommes, la fortune fasse bien des siennes, elle ne sera pas si folle que de se commettre avec un mérite comme le vôtre Scarron, Epît. Dédic. Œuv. t. I, p. 152, dans POUGENS
      • Je vous dirai que l'amour fait ici des siennes Mme de Sévigné, à Bussy, 23 déc. 1682
      • Le tonnerre a fait des siennes, en attendant le canon : il est tombé sur le chevalier de la Luzerne, qui était à la tête de sa troupe ; il a brûlé ses habits et sa culotte, sans lui faire beaucoup de mal Voltaire, Lett. Mme de Fontaine, 28 mai 1760

Étymologie

Berry, sen, senne ; saintong. son : o n'est grain tout son, ce n'est pas tout sien. Voy. MIEN (l'opinion que mien, tien, sien sont des formes diphthonguées de mon, ton, son, ou men, ten, sen, appartient à M. Baudry).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander